La taille critique des banques françaises

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On oublie trop souvent que les banques sont des entreprises et que, de ce fait, elles obéissent aux logiques de rentabilité et de performance. Les banques françaises ont développé des stratégies de concentration, ce qui a eu des effets sur leur taille. Dans quelle mesure la taille peut-elle influencer les banques dans leur développement ? Quel modèle élaborer pour optimiser la taille critique ?
Publié le : mercredi 1 octobre 2014
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EAN13 : 9782336357966
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La taille critique René SANTENAC
des banques françaises
La question fondamentale que pose cet ouvrage est celle de la taille critique
des banques et de leur pérennité. On oublie trop souvent que les banques sont des
entreprises et, de ce fait, obéissent aux logiques de rentabilité et de performance,
bien qu’elles soient d’un type particulier. Les banques françaises ont développé
des stratégies de concentration, ce qui a eu des effets sur leur taille. Par ailleurs,
cet état de fait a eu pour conséquence une dose de vulnérabilité sur leur marché.
Et ce, doublement, en raison de la crise fi nancière ainsi qu’une absence dans
la maîtrise des risques. René Santenac, en sa qualité de chercheur, conduit la
réfl exion sur le terrain de l’évaluation de « la taille critique ou taille optimale
d’une organisation en général et de la banque en particulier ». Dans quelle
mesure la taille peut-elle infl uencer l’entreprise dans le cadre de sa stratégie de
développement ? Quel modèle élaborer pour optimiser la taille critique ?
Ces questions sont hautement pertinentes au moins pour deux raisons. La La taille critiquepremière tient au fait que les banques constituent un levier indispensable de
l’activité économique de par leur fonction principale de fi nanceur de l’économie.
La seconde tient au fait que le contexte économique actuel est caractérisé par une des banques françaisescrise, qui est d’abord fi nancière. Elle révèle nombre d’Etats, notamment européens,
aux prises avec une dette, parfois faramineuse, fragilisant ainsi leur position sur
les marchés fi nanciers. C’est aussi la révélation de l’identité de banques détenant
des créances qui peinent à être honorées par leurs débiteurs aussi bien publics
que privés. Préface de Emmanuel OKAMBA
L’auteur ne manque pas de faire remarquer que la croissance interne exige de
plus en plus une polyvalence des métiers ainsi qu’une adaptation aux changements.
L’objectif étant de demeurer compétitif pour faire face aux évolutions. C’est bien
là l’enjeu cardinal, survivre et prospérer dans un monde en constante mobilité et
mutation. L’ouvrage de René Santenac nous livre un point de vue intelligent et
intéressant nous inclinant à souhaiter qu’il soit lu, aimé et fréquenté.
Pierre-Yves CHICOT / MCF – HDR
René SANTENAC, Docteur en sciences de gestion, rédige ici un
ouvrage sur l’économie industrielle et la gestion, singulièrement sur
le secteur bancaire. Comment ne pas dire que cet ouvrage paraît fort
à propos ?
Couverture : « Superpositions de la transparence fi nancière », d’Isabelle FIRMO MARCHAIS (Plasticienne).
ISBN : 978-2-343-03746-2
25,50 €
ENTREPRISE_MANAGE_GF_SANTENAC_13,5_TAILLE-CRITIQUE-BANQUES-FR.indd 1 19/09/14 12:22:09
René SANTENAC
La taille critique des banques françaises




LA TAILLE CRITIQUE DES BANQUES FRANCAISES
































Entreprises et Management
Collection dirigée par Ludovic François


La collection Entreprises et Management est destinée à accueillir des travaux traitant
des questions liées aux sciences de gestion et à l’entreprise. Les ouvrages publiés ont
pour la plupart une vocation pratique. Certains d’entre eux sont issus de thèses
professionnelles soutenues à HEC.


Dernières parutions

Nicolas MUNDSCHAU, Recruter les jeunes talents. Attirer,
Sélectionner, Fidéliser, 2013.
Noah GAOUA, La déductibilité des charges financières en droit fiscal
français des entreprises, 2013.
Nada KHACHLOUF, Apprendre dans les réseaux de PME, Le rôle des
contacts personnels, 2013.
Florent PESTRE, La Responsabilité sociale des entreprises
multinationales. Stratégies et mise en œuvre, 2013.
Gérard REYRE, Huit questions sur l’aventure humaine dans l’entreprise,
2013.
Françoise DUPUICH (dir.), Regards croisés sur la Responsabilité
Sociale de l’Entreprise (RSE), 2012.
Philippe HERMEL et Pascal CORBEL, Le management des évolutions
organisationnelles et stratégiques, 2012.
Pascal DURAND-BARTHEZ, François LENGLART (dir.), Choisir son
droit. Conséquences économiques du choix du droit applicable dans les
contrats internationaux, 2012.
Anne CHANON et Jérôme AURIAC, L’entreprise à l’ère des défiances,
2012.
Michaela TOURNAY-TIBI, Aurélie DANO, Élodie ARANDA-HAPPE,
Yves PÉLIGRY, Le défi énergétique de la Chine. Comment la Chine
prépare-t-elle son avenir énergétique ?, 2012.
Andrés DÁVILA, Simon COUDERC, Les défis de la petite entreprise
internationale, 2012.
Kamilia BAHIA, Le Processus de réalisation d’un mémoire ou d’une
thèse en marketing, 2011.
Françoise DUPUICH (sous la dir. de), La Gestion des ressources
humaines en devenir, 2011.
René SANTENAC





LA TAILLE CRITIQUE
DES
BANQUES FRANCAISES





Préface de Emmanuel Okamba






















Ouvrage rédigé avec le concours du

CREDDI-LEAD
(Centre de Recherche en Economie et en Droit du Développement
Insulaire et Laboratoire d’Economie Appliquée au Développement)

Créé en 2010, Le CREDDI-LEAD résulte d’un cadre pluridisciplinaire de chercheurs de la Faculté des
sciences juridiques et économiques de l’Université des Antilles en Guadeloupe. Le CREDDI a reçu le label
Equipe d’Accueil (EA 2438) du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (MESR).

























© L’HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-03746-2
EAN : 9782343037462

SOMMAIRE


Préface de Emmanuel OKAMBA p.7
Avant-Propos p.9
Introduction Générale p.11

Première Partie :
LA MUTATION DU SECTEUR BANCAIRE FRANÇAIS p.17
Introduction de la première partie p.19
Chapitre 1 : Le cadre institutionnel et ses évolutions p.19
Section 1 : Les structures concurrentielles et leurs règlementsp.21
Section 2 : Du risque bancaire au développement de la concentration p.33
Chapitre 2 :L’évolution des groupes bancaires p.52
Section 1 : Les fondements de la taille critique p.52
Section 2 : Les stratégies de croissance et l’innovation bancaire p.69
Conclusion de la Première Partie p.80

Deuxième Partie :
LES CHOIX STRATEGIQUES ET LES PERFORMANCES p.83
Introduction de la deuxième partie p.85
Chapitre 1 : La relativité de la taille critique des banques p.85
Section 1 : Les facteurs et les modèles de la relativité de la taille p.86
Section 2 : La rationalisation des coûts et l’optimisation p.98
Chapitre 2 : La relation entre structures et stratégies bancaires p.112
Section 1 : Le pilotage du ROI et les opportunités p.112
Section 2 : La performance et les limites de la taille critique p.127
Conclusion de la Deuxième Partie p.138

Troisième Partie :
LES PERSPECTIVES DU MODELE ECONOMIQUE ET INDUSTRIEL
BANCAIRE p.141
Introduction de la troisième partie p.143
Chapitre 1 : La pertinence d’un modèle bancaire industriel p.144
Section 1 : La gestion des ressources et les hypothèses du modèle p.144
Section 2 : Les risques induits par la taille critique p.168
Chapitre 2 : Les facteurs de contingence de la taille critique p.182
Section 1 : L’architecture d’optimisation de la taille critique p.183
Section 2 : Contraintes et perspectives du secteur bancaire p.196
Conclusion de la Troisième Partie p.221

Conclusion Générale p.224




5

















































Préface de Emmanuel OKAMBA

Le présent livre analyse les conséquences de la taille critique de la banque pour
démontrer l’émergence d’un phénomène récent qui concerne les avancées
importantes nées de la nouvelle gouvernance bancaire, notamment dans la
tension entre les contraintes de « Bâle II » à celles de « Bâle III », où la gestion et
le pilotage des risques, mettent au grand jour, le lien entre la structure et la
stratégie qui limite la rationalité du banquier, même dans les Départements
Français d’Outre Mer. La crise financière de ces dernières années a montré
combien de fois, la relation entre les risques bancaires et la taille était pertinente
dans la gestion et le pilotage de la performance bancaire.
La contribution de l’auteur est nourrie par sa réflexion en tant que chercheur,
maître de conférences à l’Université des Antilles et de la Guyane et son expérience
professionnelle de cadre de banque, qui a assisté de l’intérieur aux effets des
stratégies de croissance, interne et externe, des banques françaises, marquée par
un accroissement de la crise de liquidité et de la crise de confiance et un
renchérissement du crédit par une augmentation du taux interbancaire qui ont
touchés tous les pays du monde. Ces effets se sont rapidement répercutés sur les
marchés boursiers par une chute des cours, tandis que le resserrement du crédit
pour les entreprises et les ménages pèse sur l'activité économique mondiale,
mettant en lumière l’effet taille des banques que l’auteur modélise pour démontrer,
finalement, la substantialité de la structure par rapport à la stratégie. L’effet taille,
bien connu des théoriciens de l’école de la contingence, indique que dans toute
organisation, il existe une taille optimale à partir de laquelle, se manifeste la
performance, en de ça de laquelle se manifestent les pertes et au delà de laquelle se
manifestent les gains. Les banques commerciales de France ont accru leur taille
sans trop se soucier de « l’effet taille » qui se manifeste par les risques. Que cette
taille soit définie par le niveau des fonds propres, le Produit Net Bancaire, le
Résultat Net, le nombre d’agences des banques, les stratégies de croissance ne
sont performantes que si elles conduisent à l’équilibre entre les risques et la taille.
Le modèle que présente l’auteur est une validation de l’intérêt de la taille critique
dans la maîtrise de la gestion et du pilotage de la nouvelle gouvernance bancaire.


Emmanuel OKAMBA
Maître de Conférences HDR en Sciences de Gestion


7

















































Avant-Propos

Cet ouvrage est destiné aux dirigeants des entreprises et des administrations, aux
collaborateurs du secteur bancaire, aux étudiants et aux chercheurs en stratégie et finance.
Ils trouveront de nouvelles pistes de réflexions qui leur permettront de développer de
nouveaux concepts autour de la stratégie, de la finance, dans le domaine de l’économie, de
la gestion, de la finance et de la banque.
La finance internationale, non encore à son apogée, accuse aujourd’hui une crise sans
précédent qui oblige l’ensemble de ces acteurs à trouver les voies et moyens pour sortir
dans cette spirale.
De nouveaux enjeux se dessinent en ce moment et un nouveau mode de régulation doit se
mettre en place : le recentrage de l’économie réelle avec l’économie financière et la net
économie, la prise en compte des risques souverains dans le dispositif Bâle III pour les
banques, la financiarisation des PME, vecteurs de la dynamique économique, l’adaptation
de la dette comme vecteur du développement et non comme un obstacle à la croissance.
Autant de défis qui s’imposent dans un monde sans cesse en mutation.
Ce ne sont ni les recettes d’hier ni les réformes d’avant qui permettront de sortir de ce
marasme. Une nouvelle conception de la finance naît, avec elle un nouveau mode de
régulation, une nouvelle partition pour ces acteurs. Aujourd’hui, les banques sont au cœur
de cette tourmente et sont entraînées par des pays ne pouvant faire face à leurs
engagements, la Grèce, l’Italie, l’Espagne et demain d’autres pays. La menace d’une crise
systémique n’est pas souhaitable mais toutefois plausible.
Les différentes stratégies mises en œuvre par les établissements bancaires français qui les
ont conduits à rechercher une taille critique pour être compétitif face à leurs concurrents
européens et internationaux, ont mené quelques fois à des contre-performances et les ont
exposés à de nouveaux risques. C’est ce concept de taille critique qui est certes louable
mais critiquable au regard des objectifs à atteindre.
Louable pour la part de marché, le poids de la puissance financière, le nombre de clients,
le nombre d’employés, l’implantation géographique, le poids de ces fonds propres…
Mais critiquable pour l’ensemble de ces concepts non homogènes et générant chacun un
risque à leur niveau.
Ne pourrait-on pas mesurer la taille critique de ces organisations sous l’angle du niveau des
risques au-delà des critères susvisés supra ou ne doit-on pas déterminer un modèle
matriciel qui permettrait de relativiser cette notion ?
Ce sont toutes ces questions que cet ouvrage se propose d’aborder.
Ouvrage dédié également à ceux sans qui « TOUT » ne serait pas possible, Catherine,
Cassandre, Terrence, Noham, ma famille et mes amis les plus chers. A mon correcteur le
plus sérieux et le plus drôle, Aristide, à mes collègues à l’ensemble de mes collaborateurs.
Merci à vous TOUS !

9

















































Introduction Générale

L’objet et l’intérêt de l’ouvrage
Cet ouvrage traite de la taille critique des organisations dans le cadre de leur stratégie de
développement. La taille critique est la structure optimale qu’une organisation peut
atteindre, en dessous de laquelle sa rentabilité est faible et l’expose aux attaques des
concurrents et à partir de laquelle l’organisation maximise son gain nécessaire à sa
croissance interne et externe pour assurer sa pérennité.
C’est le cas des banques françaises qui ont développé des stratégies de concentration et qui
ont atteint des tailles qui les ont rendues toutefois vulnérables du fait de la crise financière
et de la non-maîtrise des risques. Nous cherchons à déterminer comment évaluer la taille
critique ou taille optimale d’une organisation en général et de la banque en particulier.
Dans quelle mesure la taille peut-elle influencer l’entreprise dans le cadre de sa stratégie de
développement ? Quel modèle élaborer pour optimiser la taille critique ?
D’une part, quelles sont les conséquences de l’effet de la taille sur les stratégies de
croissance externe des banques françaises qui ont absorbé ou pris des participations dans
les banques des pays européens. Ces banques ont vu leurs structures financières se
déséquilibrer du fait de leur surexposition aux risques, par exemple la crise en Grèce, dont
1l’impact financier est estimé à 53 Milliards d’euros, où le Groupe Crédit Agricole est
exposé avec sa filiale Emporiki (cinquième banque grecque et qui pèse 10% de part de
marché) dont elle détient 72% d’actions. C’est aussi le cas du Groupe Société Générale qui
contrôle 54% de la banque Geniki Bank, qui pèse 2% de part de marché en Grèce. On
pourrait également ajouter l’exposition aux risques de positions prises, nées des opérations
risquées des traders au sein de la Société Générale. L’exposition du risque pourrait se
traduire par trois voies, la dette souveraine, la dégradation de la qualité de signature des
pays (PIIGS : Portugal, Irlande, Italie, Grèce, Espagne), la dette interbancaire, avec la perte
de confiance entre établissements bancaires et la dette des ménages, du fait de la crise des
2« subprimes ».
Néanmoins, les établissements bancaires français sont sur un socle de solidité leur
permettant de dégager des bénéfices confortables et de résister à la crise dans une certaine
mesure du fait du marché intérieur et des contraintes réglementaires qui les protègent.
D’autre part, les conséquences de la croissance interne exigent de plus en plus une
polyvalence des métiers pour les salariés et une adaptation aux changements afin de
demeurer compétitif pour faire face aux évolutions.
Toutes ces conséquences ont un point commun : la faiblesse des outils d’évaluation de la
taille critique d’une banque dans la mise en œuvre de sa stratégie.
Il s’agit également d’un ouvrage de réflexion théorique sur le lien entre la stratégie et la
3structure de l’entreprise. Ce lien avait déjà été étudié par CHANDLER A.D (1962) dans

1 Les Echos “impact de la restructuration de la dette grecque pour les banques françaises »,
Mai 2011
2 Subprimes : désigne des emprunts plus risqués pour le prêteur que la catégorie des
primes. Terme utilisé pour caractériser la crise financière aux Etats-Unis en 2007.
3 CHANDLER Alfred Dupont (1962) : “Strategy and Structure : Chapters in the History of
Industrial Enterprise”, 1964 by Editors of the Business History Review.
11 le cadre de l’industrie américaine. Cette étude a été généralisée par MINTZBERG H
4(1982) à l’ensemble des organisations sans toutefois que ces auteurs abordent la question
de l’optimisation. Le secteur bancaire dans lequel les stratégies de concentration des
groupes poussent de plus en plus ces établissements français à faire des opérations de
fusions/acquisitions, pose avec acuité le problème de l’évaluation de la taille critique d’une
banque pour améliorer sa performance.


La problématique
Au cours de ces dix dernières années, le secteur bancaire a connu d’importants
mouvements de concentration liés aux stratégies de croissance externe et de croissance
interne, sans toutefois atteindre la taille critique. Elles ont quelques fois déséquilibré leurs
structures financières sous le double effet de la crise financière et des règles de gestion des
5risques développées par le dispositif Bâle II .
Premièrement, concernant les stratégies de croissance externe, les banques qui se sont
lancées dans ces opérations de fusions/acquisitions, ont cherché à augmenter leur taille et
se sont implantées dans des zones géographiques dynamiques. Mais elles ont été
progressivement confrontées à la crise financière dans ces zones.
Deuxièmement, les stratégies de croissance interne ont eu pour conséquence une
profonde mutation des métiers de la banque, rendant l’activité universelle et non
spécifiquement rattachée aux activités traditionnelles de banque. C’est ainsi que,
progressivement, cette dernière décennie, les établissements bancaires français ont
développé des activités d’assurance, de santé, d’immobilier, de loisirs (gestion des
voyages), de l’internet avec l’avènement du développement des nouvelles technologies de
l’information et de la communication.
Quelques années plus tard, la plupart des ces banques ont enregistré des pertes
d’exploitation considérables liées aux stratégies de croissance externe. Elles ont liquidé des
actifs pour se recentrer sur le métier traditionnel de la banque de détail. Le Crédit
Lyonnais qui, avant d’être absorbé par le Crédit Agricole, a revendu l’équipementier
Adidas dont il était propriétaire. Le Groupe BNPP qui, profitant de la crise financière, a
absorbé Fortis pour augmenter sa taille. Les Caisses d’Epargne et les Banques Populaires
qui ont été contraintes de fusionner du fait des opérations risquées de leur filiale Natixis,
mais ce mariage leur a permis de devenir le deuxième banquier français en termes de parts
de marché et de réseaux d’agences.
Pourquoi les stratégies de croissance mises en œuvre par les banques françaises se sont-
elles traduites par des performances quelque peu contrastées ?


La substantialité de la taille critique dans la stratégie de croissance
Dans la stratégie de croissance, la taille influence la rentabilité et la pérennité d’une banque
du fait des coûts de structures qu’elle engendre. Plus la banque atteint la taille critique, plus
elle améliore sa performance. Moins la banque atteint la taille critique, moins elle améliore

4 MINTZBERG Henry (1982) : « Structure et dynamique des organisations » 1982, Editions
d’Organisation.
5 Bâle II : désigne un dispositif prudentiel pour mieux caractériser les risques bancaires, de
crédit, de fonds propres et de contreparties.
12 sa performance. La faible prise en compte par le banquier de l’influence de la taille sur la
stratégie se traduit par des coûts de structures et a un impact sur l’augmentation des
risques. D’où la rationalité limitée du banquier dans le choix de sa stratégie de croissance.


Les fondements théoriques
La recherche de la taille critique situe notre problème au cœur de la théorie de la décision,
qui étudie la rationalité du décideur. Il s’agit d’étudier les rationalités mises en œuvre par
les banquiers dans la recherche de la taille optimale liée à la stratégie de croissance. Ces
rationalités sont étudiées par la théorie néoclassique et la théorie néo-institutionnelle
(théorie béhavioriste, théorie de la contingence, la théorie de l’agence et la théorie des
coûts de transaction) pour optimiser les choix du banquier dans la conduite de sa stratégie
de croissance eu égard à la taille de sa structure.

6 Premièrement, s’agissant de la théorie néoclassique , elle considère le banquier comme
un homo eoconomicus qui cherche à optimiser ses gains en minimisant ses coûts dont les
coûts de structures. Pour CHANDLER A. il y a un lien étroit entre la structure et la
stratégie. Ce lien est présenté par MINTZBERG H. qui met en avant la nécessité de
développer une grande taille pour assurer une position concurrentielle sur le marché. Pour
7PORTER M (1999) cette position s’obtient en conjuguant les cinq forces (pouvoir des
clients, des fournisseurs, des produits de substitutions, la menace des entrants potentiels et
l’intensification de la concurrence intra sectorielle). Cela permet d’adopter selon PORTER
M. une stratégie par la différenciation (développement du packaging, de la forfaitisation,
de la différenciation par produits et des services…), ou par les coûts (réalisation
d’économies d’échelle pour gérer les coûts de structures). Ces auteurs ne cherchent pas
une taille critique, ils analysent quelles sont les entreprises qui peuvent profiter des
opportunités qu’offre le marché. La conjoncture financière des marchés de ces dernières
années a montré les limites d’un pilotage de la performance fondée sur l’opportunisme du
marché. Ces limites se situent surtout au niveau de l’émergence des risques financiers
traditionnels, de marché, de crédit, mais également l’avènement de nouveaux risques que
sont les risques opérationnels définis par les accords de Bâle II. Ces accords viennent
poser un cadre institutionnel contraignant, obligeant les banques des pays développés à
maîtriser leurs risques. On peut également noter l’avènement de nouveaux risques, tels que
les risques géostratégiques d’exposition de place et les risques souverains. Aussi, dans le
cadre de la croissance interne, les banques ont développé l’innovation, modèle de
8SCHUMPETER (1911) qui est également le moteur de la croissance.

Deuxièmement, la théorie néo-institutionnelle étudie l’entreprise comme un ensemble
de contrats que le décideur doit optimiser, tout en tenant compte de l’optimisation de la

6 ème ABRAHAM-FROIS Gilbert (1992) : « Micro Economie », Economica, 3 Edition,
Paris.
7 PORTER Michael (1999): « L’Avantage concurrentiel », Edition Dunod, Octobre 2003
et (1980) « Choix stratégiques et Concurrence: Techniques d’analyse des secteurs et de la
concurrence dans l’industrie », Edition Economica, Janvier 1986.
8 SHUMPERTER Joseph (1911) : « Théorie de l’évolution économique: Recherche sur le profit, le
èmecrédit, l’intérêt et le cycle de conjoncture », Edition Dalloz, 2 édition, année 1926.
13
??taille de l’organisation de l’entreprise. Le contrat est toutefois limité par l’opportunisme
des parties, qui induit des coûts d’agence, des coûts de transaction, des frais de structure.
La théorie de l’agence, fondée sur la relation du principal agent, développée par
9JENSEN M.-C et MECKLING W (1976) , qui considère que « la relation d’agence est
fondée sur un contrat dans lequel les parties ont recours aux services d’autres personnes
afin d’accomplir des tâches, impliquant un caractère de délégation de nature décisionnelle
au principal agent ».
Cette relation du principal agent nous permettra d’étudier le caractère asymétrique
informationnel des décisions et des coûts qu’ils comportent sur les unités. Nous mettrons
en exergue les limites que peut comporter une stratégie de taille principalement fondée sur
l’opportunisme des organisations. Ces coûts peuvent être décomposés en trois catégories :
(1) Les coûts de surveillance et de contrôle de la société mère pour orienter et influencer
la société fille à la fusion/acquisition dans le but d’atteindre les objectifs assignés,
(2) Les coûts d’engagements et d’obligations entre la mère et la fille, contraignant la mère
au respect de ses engagements et du poids de sa signature,
(3) Le coût de perte résiduel résultant dans le cadre de l’augmentation d’une taille critique
entre les effets attendus du mandataire (la mère) envers le mandant (la fille) afin de
conduire à la maximisation de la société fille.
Ce cadre théorique nous propose d’identifier et d’anticiper les comportements
opportunistes des parties et de les minimiser pour parvenir à un résultat optimal de la taille
10d’une organisation. Par ailleurs, les travaux réalisés par AKERLOFF (1970) , nous
permettront d’examiner les imperfections du marché et le caractère de sélection adverse
ou du « risque moral » développé dans le secteur bancaire qui limite le développement, du
fait de l’asymétrie informationnelle.

11 La théorie béhavioriste de SIMON H. (1955) , basée sur la psychologie cognitive et la
rationalité limitée des agents économiques.
Elle nous permettra de mettre en exergue, la rationalité limitée du décideur du fait qu’il ne
dispose pas toujours de toutes les informations lui permettant de prendre une décision
optimale. Elle nous permettra d’étudier les limites du banquier suivant les informations et
des moyens de les traiter dont il dispose au moment de choisir une stratégie de taille
critique.

12 La théorie des coûts de transaction développée par WILIAMSON O. (1975 & 1985)
13et RH. COASE (1937) fondée sur le principe que toute transaction économique génère
des coûts de recherche d’informations et des coûts de défaillances du marché, coûts de

9 JENSEN M-C et MECKLING W.: « Theory of the firm: Managerial Behaviour, Agency costs
and Ownership structure », Journal of Financial Economics, 1976, Vol. 3, année 1976.
10 AKERLOFF Georges : « The market for lemons : quality uncertainty and market mechanisn »
dans Quarterly Journal of Economics, 1970, n°84, pp 488-500, dans Quarterly Journal of
Economics, 1970, n°84, pp 488-500, année 1970.
11 SIMON Herbert : « Administrative Behaviour (1947) », « A Behavioral Model of Rational Choice
(1955) », Journal of Economics, « Theories of Decision Making in Economics and Behavioral
Science » (1959).
12 WILLIAMSON Olivier (1975, 1985) : « Markets and Hierarchies: Analysis and Antitrust
Implications (1975) », Free Press, « The Economic Institutions of Capitalism » (1985).
13 COASE Ronald (1937) : « The nature of the firm », Edition Economica 1937.
14
&&&&prévention, coûts de comportement opportuniste des acteurs et des firmes en particulier.
Ils sont donc communément appelés coûts de transaction. Ces coûts conduisent les
agents, les acteurs économiques à rechercher des arrangements d’ordres institutionnel et
alternatif pour les minimiser. Ce qui conduit les organisations et en l’occurrence les
banques, à définir au préalable une base hiérarchique des décisions à prendre en fonction
des coûts engendrés. Cette théorie nous permettra d’analyser les impacts des coûts
imputables aux secteurs bancaires et de dresser la hiérarchisation, voire la classification des
solutions possibles pour atteindre une taille critique eu égard aux stratégies de croissance.

La théorie de la contingence étudie les liens entre la performance et les facteurs de
contingence de la structure de l’entreprise. Les facteurs sont la taille, l’âge, les effectifs, le
chiffre d’affaires (ou produit net bancaire), les fonds propres. D’après ses auteurs,
14LAWRENCE P.R et LORSH J.W (1989) il n’existe pas de structure qui soit
universellement performante. Celle-ci dépend de la manière dont l’entreprise combine les
facteurs de contingences. Cette théorie nous permettra de voir que les facteurs de
contingence influencent les stratégies de concentration pour atteindre une taille critique.

La théorie des jeux permet d’avoir une approche mathématique des problèmes de
stratégies entre la taille, les outils comptables et de pilotage de l’activité pour parvenir à
une certaine taille critique. Elle étudie la recherche de situation opérationnelle entre les
15choix possibles. Théorie développée par NEUMAN J.V et MORGENSTERN O. (1953)
16à partir des travaux de Blaise PASCAL qui nous permettront de voir comment les
établissements bancaires ont su tirer leur épingle des jeux stratégiques
dominants/dominés, de l’asymétrie informationnelle et des enjeux de pouvoir sur les
marchés dans la banque de détail, mais aussi dans la banque à l’international, dans la
banque d’investissements, dans la banque des marchés spécialisés. Les travaux sur
17l’équilibre de Nash nous permettront de déterminer un équilibre possible, voire optimal
de la taille critique des organisations bancaires.

Toutes ces théories vont nous permettre de modéliser la structure critique d’une banque,
compte tenu de sa stratégie et des facteurs de contingence qu’elle mobilise.


Le terrain d’étude, la période et les outils
La modélisation de la taille critique dans le secteur bancaire a un caractère exploratoire.
L’étude portera principalement sur la structure des quatre plus grands établissements
bancaires français que sont la BNP Paribas, le Crédit Agricole, la Société Générale, le
Groupe des Banques Populaires-Caisse d’Epargne. Ces banques ont développé des

14 LAWRENCE et LORSH (1989) : « Adapter les structures de l’entreprise », Editions
d’Organisation, Paris 1989.
15 NEUMAN J.V et MORGENSTERN O. (1953) : « Theory of games and economic behaviour »,
Princeton University Press (1944).
16 PASCAL Blaise : « Traité des sections coniques », Paris, Edition Gauthier-Villars, année
1654.
17 NASH : principe de la théorie des jeux, qui est une approche mathématique des
problèmes de stratégie, pour les situations de choix. « Théorie des jeux et du
comportement économique » Ed. PUP, année 1944.
15
&&&stratégies de croissance pour le développement de leur taille, alors que les performances
obtenues n’ont pas toujours été à la hauteur des résultats attendus.
La période étudiée est celle allant de 1999 à 2009.
Les déclarations bilancielles à partir des outils de l’analyse factorielle des données (analyse
discriminante, analyse par correspondance) et de l’analyse financière (ratios de rentabilité
et de structures financières) vont nous permettre de modéliser la taille critique d’une
banque.


Le plan
Cet ouvrage comprend trois parties, à travers une démarche qui se veut analytique et
scientifique. Dans la première partie, nous dresserons les différentes mutations du
secteur bancaire, autour de deux chapitres ; l’un concernera le cadre institutionnel et l’autre
l’organisation du secteur bancaire et ses évolutions. Nous déterminerons le concept de la
taille critique de ces organisations. Dans la deuxième partie, nous analyserons les choix
stratégiques et la performance des établissements bancaires français pour atteindre une
taille critique. Deux chapitres y seront développés. Le premier nous permettra de voir que
la taille critique est un élément relatif et limité, le second permettra de mettre en avant
l’hypothèse de subsidiarité existante entre la structure et la stratégie. Dans la troisième
partie, nous poserons les perspectives d’une industrie moderne dans le secteur bancaire.
Le premier chapitre examinera la pertinence d’un tel modèle à caractère industriel et
rentable, le second chapitre sera consacré aux facteurs de contingence liée à la taille
critique et des risques qui pèsent sur ces organisations, en mettant en lumière la nécessité
d’une amélioration dans la modélisation et l’architecture des dispositifs de prévention.
























16




















PREMIERE PARTIE

LA MUTATION DU SECTEUR
BANCAIRE FRANÇAIS






































































Introduction de la première partie
Au cours de ces vingt dernières années, la banque a connu de profondes mutations tant
réglementaires que sur le plan de ses activités. Ces mutations ont conduit les banques à
élaborer de nouvelles stratégies et à mettre en place des outils technico-logistiques
puissants pour répondre à une compétitivité sans cesse croissante. Le but étant multiple :
captation des flux financiers, mise en place d’une gestion segmentée de leur clientèle,
développement d’activités nouvelles, recherche d’activités génératrices de profitabilité,
croissance externe pour mieux appréhender le marché européen et international.
Néanmoins, ces stratégies ont également connu des contre-performances, des
restructurations, des pertes de parts de marché. Comment le secteur bancaire français
s’est-il formé ? Comment s’est-il adapté lors de ces différentes mutations ? Quels types
d’activités les banques ont-elles développés pour maintenir un niveau de rentabilité pour
asseoir leur pérennité ?
Cette première partie nous permettra de dresser l’état des lieux du secteur bancaire et nous
analyserons les fondements institutionnels, organisationnels et les stratégies de croissance
développées par les banques françaises dans leur recherche de la taille critique. Elle est
composée de deux chapitres.
Dans le chapitre I, nous traiterons du cadre institutionnel des banques, de leurs structures,
des contraintes réglementaires qui pèsent sur elles, en matière de conformité, de
Compliance, des ratios prudentiels et de l’impérieuse nécessité à maîtriser leurs risques. Mais
également des différentes stratégies mises en place pour atteindre une taille critique,
notamment des phénomènes de concentration. Modèle abordé sous la double approche
pratique et théorique en examinant la rationalité du banquier qui cherche à maximiser ses
gains. Nous tirerons aussi les bénéfices de la théorie de la chaîne de valeur, que nous
adapterons au secteur bancaire.
C’est dans le chapitre II qu’il y sera analysé l’organisation des groupes bancaires français et
leurs performances comparées aux banques transfrontalières. La question de la taille sera
examinée et les stratégies de développement à travers les processus de diversification,
d’innovation et de leurs impacts sur le modèle économique de banque à la française.
Contexte de marché, marqué par une forte désintermédiation, par une baisse progressive
des marges qui a conduit à la modification structurelle et nécessaire du produit net
bancaire. Cette étape est l’un des fondements de la mutation et du décloisonnement de
l’activité bancaire, via les processus de croissance interne et de croissance externe.


CHAPITRE I
Le cadre institutionnel et ses évolutions
La banque est définie comme étant un établissement commercial abritant les activités d’un
organisme bancaire qui centralise les échanges monétaires de toutes natures entre les
18acteurs d’une collectivité (cf. définition ). Il convient donc de situer la banque depuis sa
création au cœur du système d’échange entre les agents économiques et plus
particulièrement au cœur des offreurs et demandeurs de capitaux. Ainsi en empruntant à la

18 Collection Microsoft® Encarta® 2004. © 1993-2003 Microsoft Corporation.
19 comptabilité la matrice actif/passif, nous pouvons schématiser les opérations de banques
comme suit.
>>Tableau 01 sur le bilan des banques :

Actif (Emplois) Passif (Ressources)
Prêts Dépôts d’épargne
(Les Demandeurs de Capitaux) (Les Offreurs de Capitaux)

Cependant, la banque a connu de profondes mutations depuis les années 1983-1984. Elle a
dû s’adapter aux contraintes réglementaires (loi bancaire de 1984), au marché, développer
de nouvelles stratégies d’activités pour faire face à la montée inhérente des risques. Nous
sommes passés d’un système d’intermédiation bancaire, où la banque devait intercaler son
bilan entre les offreurs et demandeurs de capitaux, à la désintermédiation bancaire
caractérisée par une dérivation des flux vers des marchés directs, tels que les marchés
financiers et monétaires. C'est-à-dire d’un système de distribution de crédit très encadré
par les autorités (années 70), à un système de généralisation de la concurrence par la
libération des conditions d’exercices, une accentuation de la compétitivité, de la
différenciation d’offres tout en exerçant les mêmes activités pour les mêmes agents
économiques et pour le même marché. Cette désintermédiation (fin des années 80) s’est
accompagnée du phénomène de déréglementation (suppression des règles et des
contraintes). Avec l’accroissement de la mondialisation des échanges, est donc survenu au
plan financier, l’avènement de la globalisation financière qui est l’action d’étendre au plan
international les échanges financiers. Ainsi au schéma simple de l’intermédiation, nous
sommes passés à un schéma plus complexe de la désintermédiation : >> Tableau 01 (bis)
BILAN
Actif (Emplois) Passif (Ressources)
Prêts Dépôts
MARCHES FINANCIERS
Financier, Monétaire, Dérivés

Cependant le système bancaire français a continué de poursuivre sa mutation, pour
s’adapter aux évolutions du marché. C’est ainsi que la ré-intermédiation financière s’est
développée et les banques ont su démontrer leurs capacités à gérer des ressources
considérables. Développement accru des SICAV (Sociétés d’investissements à Capital
Variable), augmentation des commissions perçues en matière d’OPCVM, création des
Plans d’épargne Populaires/PEP). Le secteur bancaire est devenu depuis les années 2000
l’un des plus rentables des marchés.
Les banques ont également su mettre en place des procédés industrialisés pour gérer leurs
offres, la clientèle, leurs investissements, leurs personnels, leurs excédents de trésorerie.
L’entrée progressive du contrôle de gestion a permis de suivre grâce à de nombreux outils
d’analyse l’optimisation des fonds propres, la gestion de l’allocation des actifs/passifs.
L’avènement des nouvelles technologies de la communication et de l’information a su
accompagner ces divers changements où les banques ont pu mettre à profit ces nouveaux
outils de contrôle en continu de leurs activités et des rentabilités qu’elles dégagent. Nous
examinerons, dans ce chapitre, trois éléments. Premièrement, les raisons qui ont amené à
l’obsolescence de la loi bancaire de 84 et la nécessité d’un pilotage nouveau par les
20 directives européennes données au sein du Comité de Réglementation Bancaire et
Financière. Deuxièmement, l’accentuation de la concurrence qui a conduit les banques à
s’aligner sur les taux et à développer une nouvelle plate-forme de tarification et de
différenciation par la matrice prix/qualité de service. Troisièmement, nous emprunterons à
19Michael PORTER la notion de niche de valeur pour nous permettre d’analyser les
nouveaux gisements de profits sur des activités porteuses à forte valeur ajoutée. Nous
examinerons les offres de la diversification du secteur corroborées à l’ouverture des
frontières intra-communautaires qui permettent de toucher une clientèle de près de 300
millions d’habitants.


Section 1
Les structures concurrentielles et leurs règlements
A) Du fondement interne de ces organisations
Le premier mouvement majeur qui a touché l’ensemble du secteur bancaire s’est opéré en
1984. Auparavant, l’organisation du système bancaire français était établie par les lois de
1941-1945 qui stipulaient que les établissements de crédit étaient destinés à effectuer des
opérations de retraits, de dépôts et de crédits pour les particuliers et « quasi
institutionnels ». Les banques étaient encadrées par le Conseil National du Crédit et étaient
organisées autour de l’AFB (Association Française des Banques). Elles sont actuellement
sous l’organe de la Commission de Contrôle des Banques. L’exercice de la profession se
faisait dans un cadre strict de distribution des crédits, dont l’Etat fixait les lignes
budgétaires. On retrouvait alors deux types d’établissements de crédit, d’une part les
banques d’affaires, collectrices de fonds qui avaient la possibilité d’intervenir auprès des
marchés financiers pour trouver les ressources propres à leur développement ; d’autre
part, les banques de crédit à moyen terme, participant activement au développement de la
consommation du crédit. Cependant, les crises financières et économiques qui ont émaillé
la fin des « trente glorieuses », l’impact des chocs pétroliers successifs (1972-1973), la
dérive inflationniste pour atteindre près de 14%, ont conduit à une crise financière
montrant les limites d’un système basé sur une dichotomie stricte empêchant les
établissements de crédit de pourvoir à leur propre développement via des ressources
financières nouvelles. La faillite de certains établissements, ne permettant pas d’assurer aux
épargnants leurs propres dépôts, est un motif de plus qui a conduit à des changements
majeurs. Le principe de la spécialisation et de la spécificité de l’activité bancaire ne pouvait
répondre efficacement aux enjeux et défis de l’économie française. La loi bancaire de 1984
(promulguée par la loi n°96-597), en même temps qu’elle témoigne d’une volonté politique
forte, accompagne une première vraie mutation, marquée par une libéralisation du métier à
côté d’une vague de nationalisation. Trois grands principes sont mis en œuvre
accompagnant l’intermédiation financière :
(1) Le principe de l’universalité des métiers,
(2) Le rôle renforcé des organes de contrôles,
(3) La protection accrue des épargnants dans le cadre des relations banques
~ clients.

19 Michael PORTER : « L’avantage concurrentiel », Edition Dunod, Octobre 2003 et « Choix
Stratégiques et Concurrence », Edition Economica, Janvier 1986.
21
xxxPremièrement, l’universalité mettra fin à la spécialisation des métiers. Les établissements
bancaires de crédit sont conduits à réaliser tous types d’opérations financières et
commerciales. En même temps s’accompagne sur les marchés le principe de la
désintermédiation bancaire.
Deuxièmement, le rôle renforcé des organes de contrôle a permis de bâtir des normes de
métiers autant sur les aspects de liquidités financières, de division des risques, d’équilibre
des fonds propres que sur les surveillances de position de change. On retrouve trois
organes directifs et deux autres organes consultatifs :
- L’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR) : issue de la fusion de
la Commission Bancaire, de l’Autorité de Contrôle des Assurances et des
Mutuelles, qui a été créée le 09 mars 2010. On y retrouve également le Comité
des Etablissements de Crédit et des Entreprises d’Investissement (l’ex CECEI).
Autorité administrative indépendante associée à la Banque de France. Il agrée et
surveille les établissements de banques et d’assurances, il représente la France
dans les instances internationales. Il veille également à la bonne
commercialisation des contrats d’assurance-vie, lutte pour la stabilisation
financière et la protection des épargnants.
- L’Autorité des Marchés Financiers : qui provient de la fusion de la Commission
des Opérations de Bourse (COB), du Conseil des Marchés Financiers (CMF) et
du Conseil de Discipline de la Gestion Financière (CDGF). Il a pour mission de
veiller à la protection des épargnants, à la bonne information des investisseurs
ainsi qu’au bon fonctionnement des marchés d’instruments financiers. Il exerce 4
types de responsabilités : Réglementer, Autoriser, Surveiller, Sanctionner.
- Le Comité de la Réglementation Bancaire et Financière (CRBF) : qui fixe les
conditions d’exercice à l’application du métier, notamment en matière de fonds
propres minimum, d’implantation des réseaux, des règles comptables.
- Le Conseil National de Crédit et du Titre (CNCT) : service d’Etat, sans
personnalité juridique ni patrimoniale, présidé par le Ministre de l’Economie, qui
comprend 50 membres dont le comme vice-président, le Gouverneur de la
banque de France. Il analyse le financement de l’économie en France et de son
intermédiation. Il étudie aussi le comportement des agents non financiers et veille
aux instruments et système de paiement.
- L’Association Française des Établissements de Crédit et des Entreprises
d’Investissements (AFECEI) : qui veille aux intérêts de la profession dans son
ensemble.

Troisièmement, la protection accrue des épargnants : qui garantit à chacun une somme
minimale permettant, même en cas de faillite, de récupérer tout ou partie de ses dépôts
jusqu’à concurrence de 100 000 euros, par client et par établissement, selon la directive
européenne de décembre 2008 qui a relevé le plafond anciennement fixé à 70 000 euros.
Ce principe instruit même la mise en place d’une solidarité de place entre établissements.
Le deuxième mouvement du secteur bancaire français a été porté par le marché et les
marchés financiers. C’est la fin de la période 1982/1984 et le début des années 1990/1995.
Cette période s’accompagne de l’ère de la désintermédiation financière, de la dérégulation
du système bancaire et du décloisonnement. Cette désintermédiation permet aux clients
des banques d’accéder directement au marché financier. Là encore, le rôle des pouvoirs
publics sera considérable dans le paysage bancaire français. La volonté politique de
procéder à une nouvelle mutation du secteur bancaire accompagnera une politique
22 massive de dénationalisation devant permettre aux établissements bancaires de crédit
d’être armés pour faire face à la demande sans cesse croissante du public et au
renforcement tant de la concurrence interne qu’externe. L’ensemble des établissements
bancaires fut marqué par cette vague de dénationalisation, ce fut le cas notamment de la
Banque Nationale de Paris et de la Société Générale. Ces dénationalisations
s’accompagnent de l’innovation financière génératrice de nouveaux produits, de nouveaux
procédés de distribution et par conséquent d’une nouvelle forme d’intermédiation
financière. C’est ainsi qu’à côté des activités traditionnelles telles que la distribution de
crédit, les banques se sont lancées dans des activités plus risquées de marché, avec la
création du Marché à terme international de France (le MATIF) et le Marché des options
de la place de Paris (le MONEP). Elles ont également développé des techniques de
financement plus complexes telles que le crédit bail, l’affacturage, les opérations de
titrisations, les financements de type LBO (Leverage Buy Out, pour la reprise d’entreprise
permettant de bénéficier de l’effet de levier fiscal et l’effet de levier d’endettement).
Le troisième mouvement du secteur bancaire s’est opéré avec l’avènement de l’€uro qui a
porté une nouvelle mutation des banques françaises. Elles ont été contraintes, période
1999/2000, d’anticiper une nouvelle donnée, liée à une forte concurrence, à une
insuffisance de leurs niveaux de rentabilité et dans le même temps de s’adapter à un
nouveau pilotage de leur activité bancaire fondée sur le carré magique :
Activité Rentabilité
Pérennité Risque

Cette profonde mutation a obligé les établissements bancaires français à modifier leurs
réseaux, à assurer une meilleure couverture du marché et à mieux répondre à la demande.
Le pilotage de l’activité se mesure désormais par le taux de productivité des agents des
banques, par sa capacité à maîtriser ses risques de marché et ses risques de contreparties.
Ce mouvement devant permettre aux banques françaises de se préparer à la concurrence
transfrontalière intra-européenne qui est devenue par la suite mondiale.
Le quatrième mouvement du secteur bancaire a été marqué par une réglementation accrue
de la profession pour permettre aux établissements d’améliorer leur gestion de pilotage,
leurs risques qui se sont multipliés au fil des années et à mettre en place des organisations
et des adaptations nouvelles en vue du renforcement des processus de contrôle. Cette
nouvelle orientation est marquée par le règlement du contrôle interne du CRBF 97-02
(arrêté du 31 mars 2005 modifiant le CRBF 97-02, J.O. du 9 avril 2005). Ce texte vise d’une
part, à accentuer le contrôle interne au sein des établissements et d’autre part à remettre à
plat les principes des ratios prudentiels vers une refonte du pilotage sur la division des
risques. En effet, le contrôle interne consiste à mettre en place un système de suivi des
opérations financières et des procédures internes. Il impose aux établissements de crédit
une organisation du système de comptabilité et une surveillance du système d’information.
Il vise à mettre en place des procédures pour mieux anticiper les risques tels que les
risques de marché, les risques opérationnels, les risques de contrepartie, etc.
Il a permis de spécifier les modalités de contrôles autour de 3 orientations :
1) Le contrôle permanent : Veille du risque, des finances, de la logistique et des ressources
humaines.
2) Le contrôle périodique : Veille en audit des réseaux, des opérations illicites et du respect des
procédures.
3) Le contrôle de la conformité : Veille de la déontologie, des procédures et des nouveaux
produits. Veille de la lutte contre le blanchiment et le noircissement des capitaux.
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