Ménages à Lubumbashi

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L'étude sur Les ménages à Lubumbashi. Hébergement des parents et vie domestique dépeint l'autre face de transfert des parents entre les ménages en Afrique. Elle remet en cause l'essentialisation de la solidarité dite africaine et expose les contradictions entre les réalités de la scène et celles de coulisses de la sphère domestique dans les milieux urbains en Afrique subsaharienne. Cette étude concerne tout public intéressé aux questions des dynamiques familiales en Afrique.
Publié le : vendredi 1 août 2014
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EAN13 : 9782806107190
Nombre de pages : 314
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Les ménages à Lubumbashi !
Dans la même collection 1.J. KAMANDA KIMONA-MBINGA,Le défi congolais. De la dégénérescence à la renaissance, 2001. 2.Z. HABIMANA MAKAMBA (dir.),Courants actuels de la philosophie africaine, 2002. 3.Ph. DENIS et C. SAPPIA (dir.),Femmes dAfrique dans une société en mutation, 2004. 4.P.-J. LAURENT (dir.),Décentralisation et citoyenneté au Burkina Faso, 2004. 5.STANGHERLIN etM. PONCELET, G. PIROTTE, G. E. SINDAYIHEBURA,Les ONG en villes africaines. Études de cas à Cotonou (Benin) et à Lubumbashi (RDC), 2006. 6.Ch. BECKER et Ph. DENIS (eds),Lépidémie du sida en Afrique subsaharienne. Regards historiens, 2006. 7.E. P. NGOMA-BINDA,Principes de gouvernance politique éthique… Et le Congo sera sauvé, 2009. 8.P. PETIT (dir.),Société civile et éducation. Le partenariat à lépreuve du terrain, 2010. 9.L. VIDAL & C. KUABAN (dir.),Sida et tuberculose : la double peine ? Institutions, professionnels et société face à la coinfection au Cameroun et au Sénégal,2010. 10.J.-P. SEGIHOBE BIGIRA,Partenariat pour les forêts du Bassin du Congo et développement durable. Le droit à lépreuve des enjeux,2012. 11.D. MOTTIER,Une ethnographie des pentecôtismes africains en France. Le temps des prophètes, 2014. 12.M. NTUBUBA BISIMWA,Les pouvoirs politiques traditionnels dans la gouvernance démocratique en RDC, 2014. 13.J.-C. MASHINI,Gouverance en RD Congo. Regard et témoignage, 2014. 14.F. LAPEYRE et A. LEMATRE (dir.),Politiques publiques et pratiques informelle en Afrique subsaharienne, 2014. 15.O. KAHOLA TABU,Les ménages à Lubumbashi. Hébergement des parents et vie domestique, 2014. !
Collection  ESPACE AFRIQUE » Les ménages à Lubumbashi Hébergement des parents et vie domestique Olivier Kahola Tabu
D/2014/4910/27 ISBN : 978-2-8061-0170-9 © Academia-LHarmattan s.a. GrandPlace, 29 B-1348 Louvain-la-neuve Tous droits de reproduction, dadaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans lautorisation de léditeur ou de ses ayants droit. www.editions-academia.be
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Préface
Il y a pratiquement quinze années déjà, en 2000, alors que les bruits de la guerre parvenaient jusque dans l’hinterland de Lubumbashi, j’ai monté avec une équipe de jeunes chercheurs congolais un Observatoire du changement urbain (OCU) au sein de l’Université de Lubumbashi. C’était une idée hautement saugrenue vu le contexte, et peut-être était-ce là ce qui rendait le projet excitant pour tous. Parmi les douze chercheurs de l’équipe de base, Olivier Kahola était le dernier arrivé du groupe. Notre première série d’enquêtes portait sur les ménages de la ville, dont on n’avait plus produit d’état des lieux depuis des enquêtes datant des années 1980. Nous voulions, à travers un échantillon raisonné de quatre-vingt-quatre ménages répartis dans tous les quartiers de la ville, dresser un instantané de leur situation dans un contexte de précarité – une précarité qui prenait des formes différentes dans les différentes couches de la population, mais qui les réunissait toutes dans une commune incertitude face aux lendemains : les troubles des années 1990 avaient emporté avec eux les institutions de l’ancien monde indus-triel katangais, bases de l’ordre paternaliste d’autrefois. Nous avions pris le parti méthodologique de recourir à des données tant quantitatives que qualitatives. Les données quantitatives permettaient de faire ressortir des ordres de grandeurs ainsi que des asymétries significatives. C’est ainsi que le nombre de parents dans un foyer qui ne relevaient pas directement de la famille nucléaire apparut avec son poids démographique important ; c’est ainsi qu’apparut la prédis-position des ménages plus aisés pour ce genre d’accueil ; ou encore la tendance des maris à intégrer leurs jeunes frères dans le foyer, et, symétriquement, celle des épouses à faire venir leurs jeunes sœurs. Ces résultats m’avaient fort intéres-sé en raison des lectures que j’avais faites sur les questions d’anthropologie de la parenté, où les asymétries instillent des dynamiques au sein des systèmes familiaux.
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Ménages à Lubumbashi
Olivier Kahola, quant à lui, avait trouvé là un terrain de prédilection pour étudier une autre asymétrie : celle entre d’une part le discours public sur la solidarité familiale et d’autre part les faces cachées, parfois ténébreuses, de l’arène familiale. Il excellait dans la conduite des enquêtes, faisant preuve d’autant d’application empirique que de discerne-ment ethnographique : chacun de ses comptes-rendus était un portrait de famille d’une grande densité sociologique. C’est à partir de sa pratique du terrain, et non d’une ré-flexion en chambre, que s’est développé son intérêt pour la vie quotidienne des ménages confrontés à la débrouille, une débrouille dont il connaissait lui-même les tenants et abou-tissants en tant que jeune citadin lushois. Son intérêt ne s’est jamais tari et le présent ouvrage est le résultat heureux d’un prolongement de nos interrogations d’alors. Même si le thème de recherche principal est l’insertion des parents dans les ménages, c’est bien la ques-tion plus large des dynamiques familiales de l’Afrique ur-baine contemporaine qui est abordée dans tout le travail. Si beaucoup d’auteurs plaident pour une approche quali-quantitative, rares sont ceux qui dépassent l’énoncé d’un vœu pieux. Olivier Kahola met quant à lui résolument ce principe en application. Ses données quantitatives permet-tent non seulement de chiffrer la diffusion relative de certains phénomènes, ouvrant la comparaison avec des études so-cioéconomiques antérieures comme celle en l’OCU en 2000 (Petit 2003), mais encore de susciter des interrogations qui aiguillonnent les enquêtes qualitatives. Et d’autre part, les données recueillies par l’observation ou l’entretien engagent à trouver leurs éventuelles manifestations chiffrables dans l’enquête statistique ; elles nous plongent en outre dans la vie intime des familles, dont elles mettent au jour les logiques pratiques qu’une enquête quantitative peine à discerner. Quel est donc l’originalité d’un tel portrait des ménages lushois en ce début de siècle ? Tout d’abord, Olivier Kahola nous montre les configurations familiales émergentes, comme par exemple les familles monoparentales, les nou-velles polygamies, les familles soutenues par des filles
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Préface
adultes non mariées restant vivre chez leurs parents. Par défaut, il montre aussi que quoi qu’en disent les nouvelles Eglises, il n’est point de salut en dehors de la parenté : les fraternités et sororités chrétiennes ne se concrétisent pas dans l’apparition de ménages émancipés des liens familiaux. Olivier Kahola dresse un état des lieux nuancé de la nu-cléarisation des ménages, à la fois sous contrôle – les époux disposent d’une capacité à limiter l’afflux de parents par un jeu interactionnel dont ce livre démêlé les rouages – et sous contrainte – de nombreuses pressions poussent à accepter l’insertion de parents, et c’est ici que la « solidarité africaine » apparaît dans sa valeur d’assertion performative, à défaut d’avoir une valeur proprement descriptive. Il passe en revue les facteurs spécifiques intervenant dans la sélection des pa-rents à intégrer : l’âge, le genre et les liens généalogiques restent les bases imprescriptibles de ce choix. L’univers conjugal dans lequel l’auteur nous fait pénétrer apparaît au total très peu fusionnel, les attachements et les loyautés de chacun des deux conjoints restant plutôt dévolus à leurs familles d’origine respectives. Tout au long du travail apparaît d’ailleurs l’importance de la ruse, voire du cynisme, dans les tactiques développées par les parents. Néanmoins, cet univers parfois impitoyable n’est pas du tout dénué de considérations relevant de la morale, de l’honneur et de la honte : il faut pouvoir démontrer que l’on est un mari ca-pable (et pas un « Mario » entretenu), une femme honorable, ou un bon fils (ou fille) qui soutient ses parents, quitte à user parfois de procédés inavouables sur la place publique. Bref, à travers tous ces éléments qui témoignent des logiques enche-vêtrées à l’œuvre dans la définition des « solidarités » entre parents, cet ouvrage thèse permet une approche précise et subtile des formes contemporaines de la sociabilité familiale en milieu urbain. C’est pour moi un grand plaisir que l’Observatoire ait ainsi contribué à initier cet élan vers une nouvelle socio-anthropologie des familles congolaises. Pierre Petit, matre de recherches au FNRS Professeur et Directeur de lInstitut de sociologie de lULB
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Introduction
Qu’y avait-il de nouveau à questionner l’hébergement des parents et les pratiques de la solidarité ? Les différentes études en sciences sociales (Marie, 1997 ; Locoh, 1995 ; Lallemand, 1993) n’ont-elles pas suffisamment traité de ces problématiques ? Nous conviendrons que ces études ont présenté les solidarités familiales (hébergement des parents) dans leur dimension généreuse (les entraides entre les parents, la socialisation, la scolarisation, etc.). Ces aspects positifs occultent parfois des scènes douloureuses que vivent les époux et les parents hébergés. Pour saisir les différentes réalités autour de l’hébergement, il est important de pénétrer les deux sphères de la vie domestique à savoir : « la scène » et « les coulisses ». C’est à travers cette introspection des interfaces entre ces versants que mes recherches visent les logiques reproductrices de l’hébergement des parents dans les ménages à Lubumbashi. L’ambition d’interroger l’hébergement des parents a été motivée par trois raisons fondamentales. D’abord, les précé-dentes études sur les ménages à Lubumbashi « n'ont jamais cherché à connaître la composition des ménages qu'elles étudiaient, elles se contentaient d'en donner les effectifs sans chercher à appréhender les liens qui unissaient entre eux les membres » (Petit 2003 : 91). Les liens de parenté dans les ménages sont des éléments objectifs de compréhension des logiques sous-tendant l’hébergement des parents. Ensuite, mes visites d’enquête dans les ménages m’ont permis d’observer des scènes douloureuses et des recompositions familiales passionnantes pour le spécialiste en sciences hu-maines que je suis devenu. Enfin, je tenais à revisiter les dis-cours entendus et que je continue d’entendre sur l’accueil des parents afin d’éviter une essentialisation. Mon analyse porte sur l’hébergement des parents. Elle cherche à comprendre le contenu que lui donnent les con-joints, car « créditer les relations de parenté d’une solidarité spontanée, c’est se limiter au niveau de la sentimentalisa-tion », souligne Burguière (1986). Pour étudier les modalités
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