Notre-Dame de Recouvrance

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La localisation de l’Église Notre-Dame-de-Recouvrance : État de la question. Introduction Les origines de l’église Notre-Dame-de-Recouvrance remontent à l'époque de la fondation de la ville. En 1629, après la prise de Québec par les frères Kirke, Samuel de Champlain multiplie les démarches en France pour récupérer le territoire perdu. Il aurait alors fait le vœu de construire une église à Québec si le Canada était rendu à la France. La localisation de l’église Notre-Dame-de-Recouvrance demeure jusqu’à ce jour aussi incertaine que celle de la chapelle de Champlain ainsi que la résidence des Jésuites. La documentation sur cette église est peu abondante. On mentionne son existence bien sûr dans les Relations des Jésuites, le Catalogue des bienfaiteurs aux Archives nationales du Québec et dans le greffe du Notaire Martial Piraube en date de 1639. L’abbé Laverdière, James MacPherson Le Moine et Silvio Dumas y consacrent chacun un article respectivement en 1869, 1872 et 1958. Plus récemment, Georges Gauthier Larouche a abordé le sujet dans une publication traitant de l'église primitive de Québec, publié en 2014. Finalement on s’intéresse indirectement à cette bâtisse dans le cadre des recherches touchant la chapelle funéraire de Champlain. L’objectif de texte est de préciser la localisation de cette première église paroissiale.
Publié le : jeudi 28 août 2014
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La localisation de l’Église Notre-Dame-de-Recouvrance : État de la question.
Introduction
Les origines de l’église Notre-Dame-de-Recouvrance remontent à l'époque de la fondation de la ville. En 1629, après la prise de Québec par les frères Kirke, Samuel de Champlain multiplie les démarches en France pour récupérer le territoire perdu. Il aurait alors fait le vœu de construire une église à Québec si le Canada était rendu à la France.
La localisation de l’église Notre-Dame-de-Recouvrance demeure jusqu’à ce jour aussi incertaine que celle de la chapelle de Champlain ainsi que la résidence des Jésuites.
La documentation sur cette église est peu abondante. On mentionne son existence bien sûr dans les Relations des Jésuites, le Catalogue des bienfaiteurs aux Archives nationales du Québec et dans le greffe du Notaire Martial Piraube en date de 1639. L’abbé Laverdière, James MacPherson Le Moine et Silvio Dumas y consacrent chacun un article respectivement en 1869, 1872 et 1958. Plus récemment, Georges Gauthier Larouche a abordé le sujet dans une publication traitant de l'église primitive de Québec, publié en 2014. Finalement on s’intéresse indirectement à cette bâtisse dans le cadre des recherches touchant la chapelle funéraire de Champlain.
L’objectif de texte est de préciser la localisation de cette première église paroissiale.
Notre-Dame-de-Recouvrance
Statue de Notre-Dame-de-Recouvrance au Mémorial de la Nouvelle-France dans l'église de Brouage, patrie de Champlain.
Ce mot Recouvrance évoque aujourd’hui, en Saintonge particulièrement, un vocable de la Vierge Marie. Patronne d’un collège auquel elle a donné son nom et qui se situe au Nord de la ville de Saintes bien que le culte ait pris son origine à Pons. (1) Antonio Huot mentionne également :
« En 1252, les Cordeliers de Pons en Saintonge, découvrirent, alors qu’ils faisaient creuser le roc de leur propriété pour la construction d’un monastère, une petite chapelle contenant une statue de la Sainte-Vierge, à laquelle ils attribuèrent le vocable de Notre-Dame-de-Recouvrance, en mémoire d’une antique chapelle érigée sous ce titre en l’honneur de Marie, à Saintes, dès le premiers siècles chrétiens. Sous l’impulsion des cordeliers, le culte de Notre-Dame-de-Recouvrance reprit toute sa vigueur d’autrefois. L’église des franciscains de Pons devint vite un lieu de pèlerinage célèbre dans la région et le théâtre de nombreux miracles. Au temps de Champlain, c’était la grande dévotion mariale de la Saintonge. Le fondateur de Québec emporta dans son cœur au Canada le culte de Notre-Dame-de-Recouvrance. » (2)
Le site internet du séminaire de Québec explique bien la dévotion à Notre-Dame-de-Recouvrance :
« Il faut dire ici que la dévotion à Notre Dame de Recouvrance était bien répandue en Normandie. Les épouses de marin la priaient pour « recouvrer » leurs maris partis en mer.
Voici quelques notes historiques sur les origines de cette statue. La statue de Notre Dame de Recouvrance, qu'on pouvait voir dans l'ancienne chapelle à Tourailles daterait du 14ème siècle. La tradition rapporte que la statue de la Vierge fut retrouvée miraculeusement par une brebis, dans les rochers de Sainte-Honorine-la-Guillaume. Elle fut brisée à la Révolution de 1789 et les morceaux furent cachés dans le cimetière. Les têtes, le bras droit de la Vierge, celui de l'enfant Jésus disparurent dans la tourmente. Réparée sommairement, on habilla la statue, à la mode des madones italiennes, pour cacher ses cicatrices, et c'est sous cet aspect qu'elle reçut, au cours du 19ème siècle, les hommages des dévots. La statue que l'on peut voir dans l'actuelle basilique est l'œuvre du sculpteur parisien Joseph Lefèvre. La translation de la nouvelle statue eut lieu le 2 juin 1903, elle fut couronnée le 17 août 1939. » (3))
Statue de Notre-Dame-de-Recouvrance dans la basilique cathédrale Notre-Dame-de-Québec.
Dans le bas on peut lire:
Statue bénite le 13 juin 1929 à l’occasion du premier congrès marial de « Québec et placée en cette église pour rappeler le vœu fait par Samuel de Champlain d’ériger une chapelle en l’honneur de Notre Dame de Recouvrance si la colonie tombée aux anglais en 1629 était rendue à la France ».
La courte existence de l’église Notre-Dame-de-Recouvrance.
De retour au Canada en 1633, Champlain remplit sa promesse et entreprend la construction d'une chapelle votive dédiée à Notre-Dame-de-la-Recouvrance.
Plaque située dans l’église de Brouage. Photo : Michelle Lallement, de Marennes, France.
Le catalogue des bienfaiteurs de Notre-Dame-de-Recouvrance mentionne :
 « L’an 1633, M. de Champlain fit bâtir la chapelle Notre-Dame-de- Recouvrance aux frais de Messieurs de la Compagnie. Les pères de la  Compagnie de Jésus l’entretinrent d’ornement et de cire jusqu’au mois  de juin de l’année 1634 » (4)
Il s'agit alors de la deuxième chapelle de quelque importance qui ait été érigée à Québec, la première étant celle établie par les Récollets à la Basse-Ville dès leur arrivée en 1615.
Selon J.B.A.Ferland, cette bâtisse, propriété de la Compagnie des cent-Associés est sans doute construite sur ses terrains devant le fort Saint-Louis où s’élève aujourd’hui la cathédrale anglicane. Il s’inspire sans doute du Catalogue des bienfaiteurs de Notre-Dame-de-Recouvrance qui mentionne :
« Dans le temps que Champlain était forcément retenu en France par suite de l’expédition des Kirke il avait promis que s’il rentrait à Québec il érigerait une chapelle sous le vocable de Notre Dame de Recouvrance. Il accomplit son vœu l’année même de son retour La chapelle qu’il construisit fut bâtie près du fort Saint Louis et elle devint la première église paroissiale de Québec. On y plaça un tableau recouvré du naufrage dans lequel périt le P Noyrot ballotté par la mer et jeté sur la côte par les flots ce tableau fut recueilli sans avoir été gâté et fut envoyé à Québec pour orner la chapelle votive de Champlain » (5)
Georges Gauthier Larouche mentionne le texte du père le Jeune en 1634:
"La sage conduite et la prudence de Monsieur de Champlain gouverneur de Kebec et du fleuve Sainct Laurens, qui nous honore de sa bienveillance, retenant un chacun dans son devoir, a fait que nos paroles et nos prédications ayent été bien receues et la Chappelle qu'il a fait dresser proche du fort à l'honneur de nostre dame, a donné une belle commodité aux Francois de fréquenter les sacrements de l'Eglise, ce qu'ils ont fait aux bonnes Festes de l'année et plusieurs tous les mois avec une grande satisfaction de ceux qui les ont assistez".
Dans les anales de l’Hôtel-Dieu on retrouve la description suivante :
« Elle est fort jolie : la voûte et le balustre luy donnoient un air  De propreté qui la rendait for gaye » (6)
Bref, Notre-Dame-de-Recouvrance et la maison des jésuites servant de presbytère auraient été érigés sur la terre des cent-Associés et leur appartiennent (Niellon, 1990, p 5). D’ailleurs M. de Gand était le syndic de la paroisse d’alors (Provost, 1954, p. 8).
A défaut de carte, il est difficile d’avoir un portrait exact des bâtiments existants de cette époque. Le fort Saint-Louis est situé tout proche au sommet de la falaise et la famille Couillard exploite une ferme à peu de distance au nord. Il y a aussi dans le secteur la maison de Champlain, léguée à Hélène Desportes en 1634 ainsi que la résidence des Jésuites construite en 1635. (Groupe de recherches en Histoire du Québec Inc., 1998, p.17). On
retrouve en annexe A, un plan hypothétique de Québec de 1639 à partir des documents présentés ici.
Construite en bois de sapin, elle mesurait quarante pieds par vingt neuf pieds de largeur (Gosselin, 1908, p. 22).
En 1636, le père Lejeune mentionne une information importante quant à l’agrandissement et la conversion de cette chapelle en une église paroissiale (Dumas, 1958, p. 32) :
« …les premiers sacrifices de la Messe que nous presentasmes en ces contrées, furent offerts dans un meschant petit taudis, qui maintenant nous feroit honte; nous nous servismes par après d'une chambre; puis on fit bastir une Chapelle; on a tasché de la changer en Eglise, l’augmentant de moitié ou environ,& avec tout cela les jours des Festes, les deux premières Messes qui se disent à Kebec sont si fréquentées, que cette grande Chapelle, ou cette petite église, se voit remplie usque ad cornu altaris ( ), d'un bout à l'autre… »
Donc, en 1636, on procède à l’agrandissement de moitié ou environ de Notre-Dame-de-Recouvrance. Elle est dédicacée à l’immaculée-Conception (Niellon, 1990, p. 6) Les relations des Jésuites mentionnent, juste avant, un autre fait intéressant:
 « …On fit bâtir une Chapelle; … »
Donc, entre 1633 et 1636, Notre-Dame-de-Recouvrance est certainement une chapelle. Cette situation expliquerait l’amalgame entre la chapelle Champlain et la chapelle Notre-Dame-de-Recouvrance (Bourchart d’Orval, 1951, p.112). Après 1636, cette confusion n’est plus possible, car on mentionne « on a tâché de la changer en église, l’augmentant de moitié ou environ».
Il est permis de croire que la chapelle Champlain serait édifiée en 1636 suite à l’agrandissement de Notre-Dame-de-Recouvrance. Mais il n’y a pas de sources écrites de ces faits. (Niellon, 1990, p5).
En juin 1640, cette église ainsi que la chapelle Champlain et la résidence des Jésuites sont détruits par un incendie. Le père Vimont raconte l'incendie de l'église paroissiale. Il écrit:
"... le feu se mit en notre maison de Québec, qu'il a réduite en poudre, et la Chapelle de Monsieur le Gouverneur, et l'Église publique: tout a été consommé. Cela se fit si soudainement, qu'en moins de deux ou trois heures, on ne vit de tous ces bâtiments, et de la plupart de tous nos meubles qu'un peu de cendres et quelques pans de murailles qui sont restés pour publier cette désolation... tout s'est consommé dans les flammes. Le vent assez violent, la sécheresse extrême, le bois onctueux de sapin dont ces édifices étaient construits, allumèrent un feu si prompt et si violent, qu'on ne pût quasi rien sauver toute la vaisselle et les cloches et calices se fondirent... il fallut alors prendre logis à la salle des pauvres, jusques à ce que Monsieur le Gouverneur (Montmagny) nous prêtât une maison, dans laquelle étant logés, il a fallu changer cette salle des malades en une église. Voilà une perte dont nous nous ressentirons longtemps. " (Relation des Jésuites, Éditions du Jours, 1972 p. 50)
Par la suite, la Compagnie des cent-Associés donnera à la Fabrique les moyens de sa survie financière en lui faisant concession de plusieurs propriétés qu’elle érigera plus tard en fief (GRHQR, 1990, p. 17)
Après l’incendie la maison des cent-Associés a servi d’église paroissiale jusqu’en 1650, date de la première messe de Notre-Dame-de-la-Paix.
« Sur ce terrain s’élevait la maison des cent-Associés. Elle servit d’église paroissiale après l’incendie de Notre-Dame-de-
Recouvrance 14 juin 1640, et de résidence aux R.R. Pères jésuites pendant dix-ans 1640-1657. »
Quant la localisation de la maison des cent-Associés, le rapport Niellon mentionne :
« Les cent-Associés avaient fait bâtir une maison sur leurs terres du cap. Celle-ci, selon M. Trudel, avait été construite pour tenir lieu, (croyons-nous) de maison seigneuriale et d’édifice administratif; elle était de pierre et comprenait une chapelle à l’étage. Le commissaire général de la Compagnie, F. Derré de Gand, y réside. Les données de ce bâtiment sont fort rares. Elles le seraient moins si l’on admettait qu’il s’agit du futur Palais de Sénéchaussée, siège de la Justice seigneuriale. Il serait logique que ce tribunal, constitué en 1651 par le Gouverneur Lauzon, ait été logé dans la maison de la Compagnie seigneuresse mais nous n’en avons pas la preuve. » (Niellon et al. 1990, p. 7).
Plus tard, les Récollets occuperont le site du Sénéchaussée.
La localisation de Notre-Dame-de-Recouvrance: Les fouilles de l’abbé Laverdière.
En 1869 l’abbé Charles-Honoré Laverdière pense avoir trouvé une partie des fondations de l’église Notre-Dame-de-Recouvrance qui serait tout près de la basilique actuelle, cependant elle est dans l’orientation de la rue de la Fabrique (Drapeau, 1880, p. 9)
 Plan des fouilles de l’abbé Laverdière.
En 1958, Sylvio Dumas (7) critique l’interprétation de l’abbé Laverdière et dans un long exposé parfois obscur. On peut résumer ses arguments:
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L’orientation différente des deux églises n’a pas de sens d’un point de vue architectural.
La localisation de cette église est trop éloignée et donc hors de portée de l’incendie qui origina à la résidence des
Jésuites située 200 pieds plus au sud. Dumas s’appuie sur Honorius Provost qui a analysé une lettre de Mme d’Ailleboust à Mrg de Laval en date de 1661 dont voici un extrait. (8)
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Le père Poncet demande à Mme d’Ailleboust un morceau de terrain proche de l’église sur lequel autrefois nous étions bâtis avant notre incendie de 1640.
Donc, le terrain dont parle Mme d’Aillebout est situé au sud de la rue Buade sur les terres de l’église et plus anciennement les terres de la concession d’Ailleboust à partir de 1649.
Localisation de la Réserve d’Ailleboust sur le cadastre actuel.
Dans ce même texte, Mme d’Ailleboust mentionne également une cabane en écorce, occupée par le maître de chapelle Martin Boutet bien présente sur le plan de Bourdon de 1660.
Le terrain proposé par Laverdière a été bouleversé entre 1660 et 1675 par les constructions de Mgr de Laval, presbytère, dépendance, etc. La maçonnerie de 1633 n’aurait pas survécu à ce bouleversement.
Laverdière conclue que la « terre primitive de l’église » par la donation du Guillaume Couillard d’un terrain de 80
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perches à la fabrique en 1652 était à l’est du terrain donné. Cependant, le procès verbal de Bourdon situe bien cette terre primitive au sud et à l’ouest du terrain donné par Couillard à sa femme. Laverdière interprète donc les textes pour les faire coïncider avec le mur qu’il a découvert de 1869.
En vue d’expliquer l’orientation des vestiges trouvés par Laverdière, celui-ci souligne que la rue Buade avait la direction de la rue de la Fabrique. Il semble tirer cette conclusion du texte de la réserve d’Ailleboust qui mentionne un segment vers le nord-ouest. La rue de Buade n’a jamais eu cette direction, mais bien un peu le contraire tirant sur le nord-est visible sur le plan Bourdon de 1660.
Dumas constate que le 26 juillet 1667 la Compagnie des Indes occidentales exige un inventaire des emplacements dans ses domaines. Tout propriétaire est tenu de présenter ses titres de propriétés. La fabrique déclare avoir eu quatre concessions dont voici le plan dressé par Honorius Provost en 1954.
Donc, selon Dumas, les titres produits en 1674 indiquent clairement que la Fabrique ne possédait pas un pouce carré de terre à la haute-ville avant 1645. Ainsi les murs trouvés par Laverdière faisaient partie de la pièce de terre donné
verbalement par Guillaume Couillard en 1645 et ratifiée plus tard le 19 janvier 1652.
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Finalement:
« La découverte de 1869 se résumait, à mon avis, à des vestiges d’un ancien corridor qui reliait au Séminaire, vers 1720, la sacristie de la cathédrale (Dumas, 1958, p. 42) »
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