POURQUOI ET, COMMENT ETRE TEMOINS DU MESSIE AUPRES DU PEUPLE JUIF

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Publications du Berger d’Israël PUB 08LES RACINES DE L’ANTISEMITISME Jean-Daniel CHEVALIERCOMMUNIQUE AU LECTEURCe dossier complète l’article publié sur le même sujet dans le journal du Berg erd’Israël n°532 (mars 2004).SommaireIntroduction page 2L’antisémitisme païen page 2L’antisémitisme chrétien page 3L’apport des Lumières et de la philosophie allemande page 5L’antisémitisme politique page 6L’antisémitisme musulman page 8Un antisémitisme juif ? page 10Conclusion page 11Bibliographie page 12Créé le 25 mars 2004 - 1 -Publications du Berger d’Israël PUB 08Introduction.Voilà un sujet qui a déjà fait couler beaucoup d’encre. D’où le risque de propo sréecrh aduuf f«é ». Pour autant, le sujet est d’une telle importance qu’il n’est pas superflu de le reprendre de temps à autre commeune manière d’en faire le point ou munisee à« jour » et de discerner toujours davantage les tenan ts etaboutissants de cet épineux problème, soulignant les conséquences qu’ils peuvent engendrer en c e début deXXIème siècle.Tout d’abord, il convient de rappeler que le term aen tisé« mitisme » a été créé au XIXème siècle vers1880 et que son auteur, l’Allemand Wilhelm Marr, désignait par ce mot l’hostilité à l’égard des J uifs. D’aucunsaujourd’hui expliquent que ce terme n’est pas pertinent car les Arabes, entre-autres, sont sémite s. Or nouspouvons être amenés à parler de l’antisémitisme dans les pays arabes, ce à quoi certains répliqueront q ue celan’a aucun sens. Aussi ...
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LES RACINES DE L’ANTISEMITISME
COMMUNIQUE AU LECTEUR
Jean-Daniel CHEVALIER
Ce dossier complète l’article publié sur le même sujet dans le journal du Berger d’Israël n°532 (mars 2004).
Introduction
L’antisémitisme païen
L’antisémitisme chrétien
Sommaire
L’apport des Lumières et de la philosophie allemande
L’antisémitisme politique
L’antisémitisme musulman
Un antisémitisme juif ?
Conclusion
Bibliographie
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Introduction.
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Voilà un sujet qui a déjà fait couler beaucoup d’encre. D’où le risque de proposer du « réchauffé ». Pour autant, le sujet est d’une telle importance qu’il n’est pas superflu de le reprendre de temps à autre comme une manière d’en faire le point ou une « mise à jour » et de discerner toujours davantage les tenants et aboutissants de cet épineux problème, soulignant les conséquences qu’ils peuvent engendrer en ce début de XXIème siècle.
Tout d’abord, il convient de rappeler que le terme « antisémitisme » a été créé au XIXème siècle vers 1880 et que son auteur, l’Allemand Wilhelm Marr, désignait par ce mot l’hostilité à l’égard des Juifs. D’aucuns aujourd’hui expliquent que ce terme n’est pas pertinent car les Arabes, entre-autres, sont sémites. Or nous pouvons être amenés à parler de l’antisémitisme dans les pays arabes, ce à quoi certains répliqueront que cela n’a aucun sens. Aussi précisons dès maintenant que, malgré son imperfection, chaque fois que les mots « antisémitisme » ou « antisémite » seront utilisés dans les lignes qui suivent, il désignera l’hostilité voire la haine des Juifs et (ou) du judaïsme, les deux étant intimement liés.
L’antisémitisme est aussi vieux que le peuple d’Israël ou presque. Nous remonterons donc à ses débuts, notamment à travers la Bible. Il s’est développé tout au long de l’histoire sans jamais disparaître. En conséquence de quoi, aujourd’hui, à peu près toutes les sources d’antisémitisme existent de façon plus ou moins vigoureuse. Nous essaierons de toutes les aborder, à savoir l’antisémitisme païen, chrétien, philosophique, politique et islamique. Toutes ces sources se sont plus ou moins « fécondées » ce qui veut dire qu’il n’est pas toujours évident de les distinguer de manière absolue. Mais leurs effets sont bien identifiables à travers l’histoire et dans l’actualité de ce début de XXIème siècle. Nous évoquerons également certaines forces irrationnelles existant au sein du peuple juif lui-même, forces étonnamment destructrices à l’encontre de Juifs, ou suicidaires.
Comment un « mal » aussi universel a-t-il pu s’étendre aussi loin dans le temps et dans l’espace, même en des lieux où il n’y a pas de Juifs ou presque ? Le croyant, chrétien ou même juif, est-il immunisé contre ce fléau ? Y a-t-il une racine commune à toutes les sources d’antisémitisme connues ? C’est ce que nous allons tenter d’élucider.
L’antisémitisme païen.
Les premiers signes de xénophobie anti israélite apparaissent en Egypte. Dans le livre de l’Exode (1,9-16), Pharaon s’inquiète de la présence de ce peuple hébreu dans lequel il voit une menace. Lui vient alors l’idée de faire mourir tous les bébés mâles hébreux. Toujours dans le livre de l’Exode (8,25-27) Pharaon suggère à Moïse que le peuple hébreu serve son Dieu en Egypte. Moïse lui fait alors remarquer que les pratiques des israélites sont « abominables » aux yeux des Egyptiens et que s’ils faisaient ces pratiques en Egypte, les Egyptiens les lapideraient aussitôt. C’est la raison pour laquelle le peuple doit sortir d’Egypte pour servir son Dieu. Nous trouvons là une première allusion à cette distiction spécifique des Israélites qui en fait un peuple « inassimilable » et rejeté. La Bible nous parle d’Amaleq, l’ennemi irréductible du peuple d’Israël et du SEIGNEUR. Amaleq est le petit-fils d’Esaü, le frère ennemi de Jacob. Il s’oppose à l’installation d’Israël en Canaan. Son combat contre Israël au désert est si terrible qu’il amène l’Eternel à dire à Moïse « qu’Il effacera la mémoire d’Amaleq, et que c’est la guerre entre le SEIGNEUR et Amaleq d’âge en âge » (Exode 17,14-16). Amaleq symbolise l’ennemi par excellence. Dans les prophéties, beaucoup d’ennemis d’Israël sont appelés à se convertir au SEIGNEUR, comme l’Egypte ou Babylone, par exemple. Mais pas Amaleq. Il n’y a pas d’avenir pour Amaleq qui, dans son opposition à Israël, représente le « rebelle » à Dieu. Plus loin dans la Bible, nous rencontrons un sinistre personnage qui suggère à son roi, Assuérus (Xerxès Ier), tout simplement d’exterminer le peuple d’Israël sous prétexte qu’un de ses membres, Mardochée, refusait de se prosterner devant lui, le représentant du pouvoir royal. Il s’agit d’Haman, et Haman est descendant …. D’Amaleq. (Esther 3,8-9).
Dès l’Antiquité Israël est sujet d’incompréhension et de moqueries, du fait de sa religion radicalement différente de celle des autres peuples et de sa foi au Dieu unique. Au IIème siècle Av J.C. le roi Antiochus IV Epiphane mène une guerre à outrance contre le judaïsme. Déjà à cette époque, nous trouvons l’accusation de meurtre rituel humain, accusation qui survit jusqu’à aujourd’hui dans le monde arabe. Les Romains étaient intrigués par le Shabbat. Ils y voyaient un signe de paresse et de décadence qui risquait de se répandre dans l’Empire. Nous rencontrons également dès l’Antiquité, de la part des païens, les
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Publications du Berger d’Israël PUB 08 accusations d’athéisme , d’insociabilité ou encore d’impiété. A peu près tous les éléments de l’antisémitisme actuel sont nés à cette époque. Il suffit de lire les écrits d’auteurs tels que Démocrite ou Tacite pour s’en rendre compte. Le grammairien greco-égyptien Apion (Ier siècle après J.C.) produisit des écrits qui pourraient servir de base à tous les discours antisémites ultérieurs. L’antisémitisme païen existe encore aujourd’hui. Il combat le peuple juif en tant que fondateur de la morale judéo-chrétienne, base de la civilisation occidentale. Ce néo-paganisme désire un retour à la « pureté » païenne que l’héritage biblique est venu polluer. Il s’agit de s’affranchir des limites posées par la morale (judéo-chrétienne) pour revenir à l’ « innocence » des origines. L’antisémitisme païen lutte également contre l’universalisme et le prophétisme bibliques, vus comme un danger de perte des identités. Il lutte contre la conception biblique du « temps droit » [il y a un point de départ et un point d’arrivée, avec l’espérance messianique entre les deux] pour affirmer au contraire le « temps cyclique » et « l’éternel retour ». On le rencontre aujourd’hui essentiellement dans les milieux d’extrême droite, mais aussi dans les milieux anti-cléricaux de gauche. Le Philosophe italien Julius Evola (1898-1974) en fut un des principaux artisans. Le GREECE (Groupe de Recherche et d’Etude sur la Civilisation Européenne), lui aussi proche de l’extrême droite est un exemple de cet antijudaïsme païen.
L’antisémitisme chrétien.
L’Eglise primitive.
Chronologiquement nous arrivons à l’antisémitisme chrétien dont on peut penser qu’il est arrivé très tôt dans l’histoire de l’Eglise comme en témoigne la mise au point que doit faire l’apôtre Paul dans l’épître aux Romains chapitres 9 à 11.
Paul lutte contre l’antisémitisme naissant dans l’Eglise pagano chrétienne de Rome. Il lutte entre autres contre la théologie de lasubstitution, qui veut que le peuple juif n’ait plus aucun rôle ni aucun devenir en tant que peuple dans l’œuvre de l’Eternel, en dehors de l’Eglise. Or les promesses faites à Israël en tant que nation subsistent bel et bien. « Les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables » (Romains 11,29). Pour le théologien protestant A. Maillot, dans son commentaire de cette épître, Israël continue de jouer un rôle essentiel dans l’œuvre de l’Eternel en ce qu’il est témoin des promesses et de la grâce de Dieu. C’est pour cela qu’Israël « doit toujours être au centre de la théologie chrétienne (…) ce qui est certain, c’est que sans Israël, l’Eglise n’aura jamais qu’une théologie bancale et que la famille de Dieu, de quelque côté qu’on la voie, est une famille en deuil. » (Epître aux Romains, A. Maillot, Ed Labor et Fides, Le Centurion page 298).  Malgré ces constats lucides, cela n’empêche pas l’auteur d’utiliser le terme « judaïser » pour parler péjorativement du légalisme des chrétiens à l’égard des Juifs, quand ils disent : eux, les Juifs, n’ont rien compris ; nous, les chrétiens, avons compris…Ce qu’il appelle « la perdition par les œuvres ». Il entretient ainsi, malgré la meilleure volonté, un regard négatif sur le judaïsme… et sur le peuple qui s’en réclame.
Les Pères de l’Eglise.
L’antisémitisme chrétien ne va vraiment prendre de l’ampleur que lorsque les chrétiens d’origine juive seront très minoritaires, voire marginalisés dans l’Eglise. Ainsi,dès les IIème et IIIème siècle, de grands auteurs 2 chrétiens tels que Tertullien ou Origène vont commencer à voir les catastrophes de 70 et 135 comme des châtiments de Dieu suite à la crucifixion de Jésus. L’animosité antijuive va se développer et s’élaborer théologiquement. Elle va, entre autres, s’appuyer sur des textes des Evangiles tels que Matthieu 27,25 où la foule qui crie « à mort » à propos de Jésus clame aussi « que son sang soit sur nous et nos enfants », phrase par la suite interprétée de façon perverse sur le plan juridique, afin de servir d’alibi à des persécutions futures. Or cet alibi ne tient pas sur le plan juridique. Comme le démontre bien Raphaël DRAI dans son livre « Le mythe de la loi du talion » (Ed. Alinéa, 1991), l’enseignement biblique s’inscrit en faux contre l’idée que les générations futures puissent supporter les sanctions des fautes des générations qui les ont précédées (Deutéronome 24,16). Cette animosité antijuive va aussi s’appuyer sur des textes comme Matthieu 21,33-46 où certains ont vu le rejet d’Israël, avec l’Eglise « nouvel Israël ». Or le texte est clair : ce n’est pas la vigne (le peuple juif) qui est rejetée mais ceux qui en ont la charge, c’est à dire les dirigeants religieux juifs de l’époque tel que Caïphe (dont le Talmud parle comme d’un blasphémateur). La particularité de l’antisémitisme chrétien est qu’il ne conduit pas explicitement au massacre ou à l’extermination. Au contraire, il faut que les Juifs survivent car à travers leur situation misérable et leurs
1 Les israélites adorent un Dieu invisible et unique, en opposition aux païens qui adorent plusieurs divinités visibles et palpables. Les israélites étaient donc vus comme un peuple sans dieu. 2 Les catastrophes de 70 et 135 sont respectivement la destruction du Temple et la dernière révolte armée juive face aux Romains menée arBar Kohkba.un bain de san et ui s’achève ar Créé le 25 mars 2004 - 3 -
Publications du Berger d’Israël PUB 08 souffrances, ils sont les témoins utiles et nécessaires du châtiment de Dieu. Certains Pères de l’Eglise développent donc un mépris sans borne pour les Juifs. Pour exemple, citons un des plus célèbres, Jean Chrysostome (IVème siècle), dont les propos antijuifs laissent songeur : « Vivant pour leur ventre, la bouche béante, ils ne se conduisent pas mieux que les porcs et les boucs dans leur grossièreté et l’excès de leur gloutonnerie. Ils ne savent faire qu’une chose, se gaver et se saouler. » (Que Sais-je N° 2039, PUF, 1993, page 28). Ces propos dans la bouche d’un des plus grands théologiens de l’Eglise illustrent parfaitement ce que l’historien français Jules Isaac appela « l’enseignement du mépris » dans son livre de référence « Jésus et Israël » (1948). Une telle approche va durer tout au long des siècles avec plus ou moins de conséquences.
Les chrétiens reprirent les principaux griefs païens (débauche, immoralité, culte archaïque suscitant la moquerie,…) tout en les étayant d’une dimension religieuse. Pour Grégoire de Nysse (IVième siècle), un autre père de l’Eglise, les Juifs sont « Assassins du Seigneur, des prophètes, ennemis de Dieu et des lois, ennemis de la grâce et de la foi de leurs Pères, avocats du diable, race de vipères, calomniateurs, moqueurs, hommes dont l’esprit erre dans les ténèbres, levain des pharisiens, assemblée de démons, pécheurs, lapidateurs, êtres malfaisants et détestant la justice… » (Capitale Jérusalem, Claude Duvernoy, Ed Atlantic, Paris, 1988, page 127).
Avec le christianisme l’antisémitisme devient plus construit, plus argumenté et non plus fondé uniquement sur des rumeurs populaires. Un virage s’opère avec Constantin (314). Les persécutions contre les chrétiens prennent fin en même temps que les privilèges accordés aux Juifs. En 325 apparaît au Concile de Nicée le dogme faisant des Juifs un peuple « déicide ». Les Empereurs byzantins épaulés par les responsables de l’Eglise, vont par ailleurs progressivement élaborer une juridiction antijuive.
3 Le marcionisme (qui distingue le « dieu méchant » des Juifs dans l’Ancien Testament du « bon dieu » des chrétiens dans le Nouveau Testament) va développer un terreau anti judaïque fertile. Se développe également l’idée que le retour du Christ est lié à la conversion des Juifs. Aussi tant que ceux-ci refusent de se convertir, ils retardent son retour .
L’époque médiévale.
Cependant en Europe jusqu’au Moyen-Age, la situation des Juifs n’est pas aussi mauvaise qu’on pourrait le croire. En témoigne le rayonnement d’un philosophe tel que Rachi (1040-1105) à Troyes ou Maïmonide (1135-1204) en Espagne. Leur situation se dégrade petit à petit plus particulièrement à partir des premières croisades (fin du XIème siècle). L’antisémitisme, rappelons-le, s’articule autour de deux facettes : rabaisser les Juifs en tant que peuple incrédule et déicide, et ne pas les massacrer, leur témoignage étant utile. Au XIIIème siècle, le pape Innocent III explique : « Les Juifs contre lesquels crie le sang du Christ, bien qu’ils ne doivent pas être tués afin que le peuple chrétien n’oublie pas la loi de Dieu, doivent rester des errants sur terre jusqu’à ce que leur cœur se remplisse de honte et qu’ils cherchent le nom de Jésus-Christ notre Seigneur. » (Les Juifs chez les chrétiens, Jean Letellier, Ed Centurion, Paris, 1991, page 47). Le clergé et les chrétiens en déduiront malgré tout, parfois, des actions sanglantes. Les premières croisades seront le théâtre de massacres considérables tout au long du chemin depuis la France jusqu’à Jérusalem. (2000 brûlements à Strasbourg, etc. Quelques vestiges architecturaux subsistent de cet état d’esprit tel que sur l’Eglise de Wittenberg où une truie allaite ses porcelets ainsi que des Juifs, la représentation de Juifs obscènes sur des hauts reliefs de la cathédrale de Colmar, ou encore à la cathédrale de Strasbourg avec la femme voilée représentant la synagogue « aveugle » face à l’Eglise triomphante.
Au XIIème siècle ressurgit l’accusation de meurtre rituel (cette accusation remontant à l’Antiquité) avec en plus la profanation d’hosties. Les juifs tuent des enfants non juifs pour prendre leur sang nécessaire à la confection du pain de la Pâque. Malgré la « Bulle d’Or » de l’Empereur Frédéric II en 1236, ainsi que la déclaration du pape Innocent IV en 1247 disculpant les Juifs, l’accusation de crime rituel se répend dans toute l’Europe pour y subsister jusqu’au XXème siècle (en Pologne) et jusqu’à aujourd’hui dans le monde arabe.
A l’occasion de la peste noire en Europe au XIVème siècle naît l’idée du « complot juif », les Juifs étant ennemis de l’humanité. Enbouc émissaireidéal, ils sont accusés d’empoisonner les puits et, malgré les appels au calme du pape Clément VI, se développe une montée de l’antisémitisme accompagnée de nombreuses mises à mort et persécutions.
De la Réforme protestante à Vatican II.
3 ème Marcion ( 2 siècle) conçu un christianisme débarrassé de l’Ancien Testament et d’une partie du Nouveau Testament. Il y avait selon lui un Mauvais Dieu qui avait donné la Loi juive et le bon Dieu qui a envoyé Jésus-Christ. Cette tentation marcionniste refait surface actuellement dans le silla e du conflit roche oriental. Créé le 25 mars 2004 - 4 -
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En Europe, la Réforme protestante n’apporte pas de véritables bouleversements pour les Juifs. Dans la sphère luthérienne, malgré des débuts prometteurs de la part de Luther, la situation des Juifs n’a pas été véritablement modifiée. Les propos ouvertement antijuifs de Luther à la fin de sa vie, aigri pas le fait que ceux-ci n’adhéraient pas à sa Réforme, sont demeurés célèbres, les Juifs n’étant que des « enfants du diable condamnés aux flammes de l’enfer… » (Que Sais-je N°1801, PUF, page 57). Ses pamphlets antijuifs n’ont certes pas eu autant d’audience que son livreJésus est juif de naissanceétait un progrès en soit à (qui l’époque) mais ils ont assurément contribué au développement d’une culture antisémite. C’est au lendemain de la deuxième Guerre Mondiale que l’Eglise luthérienne allemande fit une déclaration de repentance pour sa responsabilité dans la catastrophe nazie (la branche confessante étant entrée en dissidence dès les années trente). Des démarches similaires suivirent dans d’autres pays de la part d’Eglises luthériennes.
Le plus révolutionnaire sur la question juive, en son temps, fut Calvin. Il ne s’agit pas d’une rupture totale et absolue d’avec l’antisémitisme chrétien de l’époque, mais d’une importante réhabilitation du peuple de la Bible. Cela se résume par : « Les Juifs sont pécheurscomme les autres, ni plus, ni moins ». Une avancée considérable…C’est dans les pays où la Réforme calviniste s’est opérée que, le plus souvent, la condition juive s’est le plus améliorée. Bien que le Concile de Trente ait affirmé dès le XVIème siècle que tous les hommes sont « déicides », il faudra attendre le Concile Vatican II (1962) pour que l’Eglise catholique romaine modifie conséquemment sa position vis à vis du peuple juif, (encycliquenostra aetatenotamment la suppression du )avec Juif perfide (apparue vers le IXème siècle) dans la liturgie du Vendredi Saint. La Shoah n’est sans doute pas étrangère à ce revirement.
L’Eglise aujourd’hui.
L’antisémitisme est semble-t-il à peu près éradiqué de la plupart des Eglises, du moins en Occident. Cependant, la théologie de lasubstitution ou un regard péjoratif sur le judaïsme subsiste encore chez bon nombre de chrétiens de tous horizons. De plus, l’antisémitisme chrétien est encore présent dans certaines Eglises orientales et orthodoxes, Eglises n’ayant toujours pas fait d’examen de conscience sur le sujet, faute de « Shoah locale », les pogromes n’ayant pas suffi… ou du fait d’un contexte politique et religieux arabo musulman (au Moyen-Orient notamment) non seulement réprimant toute attitude plus ou moins positive à l’égard du peuple juif, mais incitant à une attitude judéophobe. Bon nombre de chrétiens arabes engagés dans la cause nationale arabe contre l’Etat d’Israël cumulent ainsi les arguments théologiques et politiques propices à l’antisémitisme. Cette attitude va parfois jusqu’à supprimer de la liturgie le terme biblique « Sion ».
Pour en terminer sur ce chapitre, écoutons ce que dit Nicolas Baudy dans son livre « Les grandes questions juives » (Ed Planète,1968, page 170), à propos de Jules Isaac et de son livre « Jésus et Israël ». « Dans les années 1942-1944, après la déportation des siens, il (Jules Isaac) a lu et relu les Evangiles. La thèse centrale deJésus et Israëlpeut se résumer ainsi : la tradition, l’enseignement, dispensé par l’Eglise, en particulier depuis Constantin, depuis le IVème siècle, ne correspond nullement à ce qui est dit, à ce qui est écrit dans les Evangiles, concernant les rapports des Juifs et de Jésus. Cette conception, cette tradition, cette perpétuelle mise en accusation des Juifs déborde largement, fausse le texte évangélique ». Une manière de rendre hommage à cet homme exemplaire qui a tant contribué au dialogue judéo-chrétien.
L’apport des Lumières et de la philosophie allemande.
On peut être surpris que des philosophes, parfois très reconnus, aient pu contribuer à nourrir l’antisémitisme. Et pourtant…
La naissance du racisme moderne et argumenté se situe à la fin du siècle des Lumières. Des personnes comme Buffon (1707-1788), dont l’audience était peut-être aussi importante que celle de Voltaire, y ont contribué. Ce naturaliste français pensait que l’homme « blanc » était « supérieur ». C’est ce genre de « découverte » qui permettra à l’antisémitisme de construire son fondement raciste. Rajoutons à ce racisme philosophique et pseudo-scientifique le fait qu’une part de la philosophie issue des Lumières était en conflit ouvert avec la Bible hébraïque et cultivait un certain antijudaïsme, et l’on obtient un terreau efficace qui a contribué à l’antisémitisme. Voltaire (1694-1778) inséra dans son dictionnaire philosophique bon nombre d’articles propices à une pensée antijuive comme par exemple, « nos maîtres et nos ennemis, que nous croyons et que nous détestons. (…) Le plus abominable peuple de la terre, dont les lois ne disent pas un mot de la spiritualité et de l’immortalité de l’âme » (Les Juifs chez les chrétiens, Jean Letellier, Ed Centurion, 1991, page 95). Si le Siècle
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Publications du Berger d’Israël PUB 08 des Lumières a contribué à l’émancipation de la société et des individus (y compris des Juifs), il n’en a pas moins véhiculé des éléments favorisant l’antisémitisme.
Le rejet de la Bible de la part de certains philosophes n’a pas été sans conséquence pour les Juifs. En s’écartant de la tradition biblique qui voit en Adam l’ancêtre de tous les hommes et qui exclut ainsi la notion de race, Goethe (1749-1832) par exemple, ne pense pas que l’humanité remonte à un ancêtre commun, mais que les races ont eu des ancêtres différents. Concernant les Juifs, il se demande si ce sont des hommes. Dès lors, ils n’ont pas part à sa cité idéale. Kant (1724-1804) cultivait un antijudaïsme assez musclé. Le judaïsme était pour lui une religion qu’il fallait « aider à mourir ». La philosophie allemande s’est particulièrement distinguée dans le rejet et la détestation du judaïsme. Ceci n’a pas été sans conséquence dans l’avènement de l’antisémitisme européen et notamment le nazisme en Allemagne. Le grand philosophe allemand Fichte (1762-1814), disciple de Kant, considérait que le christianisme était perverti par l’héritage hébraïque et qu’il fallait opérer à cet égard une sorte de purification. La notion de création, en particulier, était dénoncée et combattue, notion qui pose la distinction fondamentale entre l’univers et son Créateur. La philosophie allemande a nourri une pensée antijuive depuis Kant jusqu’à Nietzsche et Heidegger. Elle a cherché à dissocier absolument le christianisme de ses racines hébraïques, apportant ainsi son concours à l’antijudaïsme chrétien des sociétés européennes.
L’antisémitisme politique.
L’antisémitisme politique se trouve principalement dans deux familles opposées : l’extrême droite et l’extrême gauche. Mais si l’on y réfléchit bien, on s’aperçoit que cet antisémitisme politique provient en fin de compte de pensées ayant beaucoup de choses en commun. Il s’est nourri de l’antijudaïsme philosophique abordé précédemment. Ce que l’on trouve dans l’antisémitisme politique, qu’il soit d’extrême droite ou d’extrême gauche, c’est que les Juifs sont ennemis de l’humanité. Ils ont un rôle néfaste dans la marche du monde.
La relation entre les Juifs et l’argent est au cœur de l’argumentaire antisémite politique. Déjà au Moyen-Âge, la luxure des Juifs et leur prétendu goût immodéré pour l’argent étaient invoqués dans les discours antijuifs. Le Concile de Latran en 1215 avait interdit presque toutes les professions aux Juifs, hormis le métier de la banque interdit aux chrétiens. Plus tard, Shakespeare, dans « Le marchand de Venise », montre Shylok, un usurier juif inflexible. A quelqu’un qui lui doit de l’argent et ne peut lui rembourser, il exige qu’on lui prélève une livre de chair sur son corps en paiement de sa dette. Cet argument antijuif ainsi abordé était somme toute assez banal à l’époque. (L’histoire est vraie ! Mise à part que l’usurier était …catholique.).
Aux sources de l’Extrême gauche.
K. Marx, qui cultivait un antijudaïsme militant, traita le sujet dansLa question juive(1843). Pour lui, le judaïsme contient un « élément antisocial, général et actuel » (Que Sais-je N°1801, PUF, page 93). Cependant c’est le caractère profane des Juifs qu’il combat d’abord. Pour Marx, « quel est le culte profane du Juif ? L’argent. Eh bien ! En s’émancipant du trafic et de l’argent, par conséquent du judaïsme réel et pratique, l’époque actuelle s’émanciperait elle-même » (Idem page 94). Toujours dansLa question juive, Marx écrit : « Dans sa dernière signification, l’émancipation juive consiste à émanciper l’humanité du judaïsme ».(Idem page 94). Plus tard dansLe Capital,Marx confirme son antisémitisme politique. Ainsi écrit-il que « toutes les marchandises… sont de l’argent, des Juifs intérieurement circoncis »(Idem page 94), (formule qui fut modifiée dans les éditions postérieures à sa mort).
Certaines branches du socialisme se montrent parfois antisémites. C’est au nom du combat contre le judéo-christianisme et le capitalisme que certains auteurs socialistes ont développé une argumentation antijuive, comme par exemple Fourier et Proudhon. A la fin du XIXème siècle, Albert Regnard, dans la « Revue socialiste », fait l’éloge du livre du raciste antisémite Drumont « Aryens et sémites ». Il écrit : « Le livre de M. Drumont […] a eu l’immense mérite de ramener l’attention d’une génération trop indifférente sur un de ces problèmes d’intérêt primordial dont la solution importe le plus au bonheur du genre humain. En tapant comme un sourd, en faisant jouer la mine dans tous les coins, contre le judaïsme, ce démolisseur forcené ne s’est pas aperçu qu’il ruinait du même coup l’édifice catholique. […] C’est aussi par ses violentes attaques contre cet autre produit immédiat du Sémitisme : le Capitalisme […], d’autant plus que les coups de fouet ne vont pas cingler le visage des seuls fils d’Israël, mais encore d’un tas d’agioteurs incirconcis, judaïsés par le christianisme ! » (L’HISTOIRE N°269, Octobre 2002, page 51). Créé le 25 mars 2004 - 6 -
Publications du Berger d’Israël PUB 08 L’antijudaïsme et l’anticléricalisme ont parfois fait bon ménage du côté de la gauche socialiste ! L’alliance « droite-gauche » (que rêvait Drumont) contre les Juifs n’a pas toujours été qu’un mythe en cette fin du XIXème siècle, même si elle n’a pas abouti. Aujourd’hui cette alliance peut à l’occasion exister dans un antisionisme partagé. Dans la famille socialiste, l’antisémitisme est moins une doctrine officielle qu’une opinion parmi d’autres. Alors que l’antisémitisme se rencontrait également à gauche durant l’affaire Dreyfus, on mesure d’autant mieux le courage d’un Zola (ou d’un Georges Clémenceau) qui s’engagea résolument, au début assez isolé, dans la défense d’un Juif, des Juifs… Paradoxalement, l’affaire Dreyfus, symbole de l’antisémitisme, sera autant le reflet d’une xénophobie antijuive politique, religieuse et raciste, que du combat contre cette même xénophobie
Aux sources de l’extrême droite.
Si on se place à l’autre extrême, à droite, le pouvoir nazi voyait aussi un danger chez les Juifs en ce qu’ils, selon lui, dominaient le système capitaliste. L’action des Juifs dans l’économie représentait pour les nazis une menace pour l’Allemagne et pour le monde. Notons que pour les nazis, les Juifs étaient aussi un danger en tant qu’artisans du bolchevisme. Une vision antijuive paranoïaque, mais cohérente avec l’idée du complot juif mondial. On touche ici au caractère irrationnel de l’antisémitisme. Où qu’ils soient, les Juifs sont une menace pour le monde. Encore lebouc émissaire
En plus de leur rôle dans l’économie et de leur rapport à l’argent, les Juifs sont dangereux, pour l’extrême droite (mais aussi pour l’extrême gauche), en ce qu’ils sont bellicistes et poussent les dirigeants à s’engager dans la guerre. Les Juifs ont pu ainsi être désignés comme les responsables de la guerre de 1914-1918. Plus tard dans les années trente, les nazis dénoncèrent le complot juif conduisant les démocraties à ème entrer en guerre contre le troisième Reich, faisant de la 2 Guerre Mondiale une « guerre juive ». L’écrivain antisémite Louis-Ferdinand Céline écrivait dans « Bagatelles pour un massacre », Paris Denoël, 1937: « La guerre pour la bourgeoisie c’était déjà bien fumier, mais la guerre maintenant pour les Juifs ! (…) On s’est étripé toujours sous l’impulsion des Juifs depuis des siècles et des siècles (…). » (L’Arche, Mai 2003 page 66) L’un des exemples les plus célèbres de cet antisémitisme politique se trouve dans « Les Protocoles des sages de Sion », un texte vieux de presque un siècle. C’est à la fin du XIXème siècle à Paris qu’est écrit ce texte par un agent au service de la police secrète russe. Ces « Protocoles » sont le procès verbal d’une réunion de dirigeants juifs qui cherchent à élaborer un complot en vue de dominer le monde. Ces « Sages de Sion » cherchent entre autres à déclencher le désordre social et la révolution. Ce document, qui est en fait inspiré d’un pamphlet de 1864 visant Napoléon III (dans lequel il n’y a pas d’allusion aux Juifs), sera publié en Russie en 1905 sans grande audience. Le Tsar Nicolas II diligenta une enquête qui établit qu’il s’agissait d’un faux. Mais les dirigeants nazis (comme d’autres avant et après eux) s’inspireront de ce faux, notamment Hitler dans son livre « Mein Kampf ». La croyance en une conspiration fomentée par les Juifs influencera la politique antijuive du régime nazi.
Aujourd’hui.
L’antisémitisme politique n’est pas mort. Il est peut-être un de ceux qui se portent le mieux. Lors de la crise financière asiatique de 1998, le Président indonésien de l’époque, Suharto, vit dans ce krach la main malfaisante des Juifs. Durant la guerre en Irak en 2003, nombreux sont ceux, et pas seulement dans les extrêmes, qui ont dénoncé la main-mise du « lobby juif » sur le pouvoir américain afin de le pousser à la guerre.
L’antisémitisme politique s’épanouit particulièrement bien à travers l’antisionisme. Certains militants anti-israéliens de tendance alter-mondialiste et néo-tiers-mondiste désignent l’Etat d’Israël comme étant un Etat impérialiste, un « maillon important dans la mondialisation économico financière », mondialisation qui menace le monde. L’Etat des Juifs est vu comme le fer de lance du capitalisme et du colonialisme. Il est vu comme un Etat par essence guerrier, qui met en danger la stabilité mondiale. Qu’ils soient en diaspora ou citoyens de l’Etat d’Israël, les Juifs mettent en danger la paix du monde, sauf une petite minorité, comme certains aiment à le souligner, (petite minorité de préférence déjudaïsée ?), précision qui leur permet de ne pas être suspecté d’antisémitisme…
Depuis l’époque nazie, « Les Protocoles des Sages de Sion » n’ont jamais vraiment disparu. Cet écrit retrouve une nouvelle jeunesse dans les milieux néo-nazis et dans bon nombre de pays arabes où il est édité et vendu en librairie. Fin 2002 pendant le Ramadan, « Le cavalier sans monture » un feuilleton en 40 épisodes inspiré par ce texte a été diffusé sur des chaînes de télévision en Egypte, en Irak, au Liban via la chaîne du Hezbollah, etc. Ce feuilleton a été vendu dans 22 pays musulmans. Pour illustrer l’état d’esprit de cette
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Publications du Berger d’Israël PUB 08 production relevons simplement que dès le premier épisode, une voix off commente : « Les sionistes ont acheté la conscience du monde avec leur argent… ». (Reportage, 15/11/02 Proche Orient Info).
En ce début de XXIème siècle, l’antisémitisme politique est particulièrement vivant à travers un antisionisme militant que l’on rencontre dans une alliance informelle que d’aucuns qualifient de « rouge (extrême gauche) - brun (extrême droite) - vert (islamisme) », même si ses promoteurs se disculpent énergiquement de tout antisémitisme. Pourtant, force est de constater que cet antisionisme, fondé sur une approche révisionniste de l’histoire, produit directement ou indirectement de la violence antijuive, tout comme l’antijudaïsme chrétien par le passé. Le caractère irrationnel, propagandiste et même dans certains cas, mensonger des condamnations sans nuances ni mesures de l’Etat d’Israël est un ferment d’antisémitisme dont les fruits vénéneux se développent sans réelles entraves.
Prenons quelques exemples.
Quand Pascal Boniface, Directeur de l’IRIS (l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques), organisme d’Etat, explique dans une interview à un journal suisse que l’Etat d’Israël devrait être mentionné dans l’axe du mal au même titre que la Corée du Nord on réalise que cette haine de l’Etat d’Israël peut s’exprimer sans tabou et au mépris de toute raison, contribuant à développer un antisémitisme politique qui a le vent en poupe.
Et que dire des propos de l’ambassadeur de l’Etat français en poste en Grande-Bretagne qualifiant en public l’Etat d’Israël de « petit Etat de merde » ? Cela en dit long sur l’esprit qui peut régner au moins dans une partie de l’administration française. Ce haut fonctionnaire n’a eu pour toute sanction, qu’une simple mutation.
Ne croyons pas que cet antisionisme soit neutre. Il conduit des personnes aussi reconnues que Edgard Morin (sociologue), Sami Naïr (député européen) et Danièle Sallenave (Maître de conférence à Paris-X -Nanterre) à écrire dans un grand quotidien français (Le Monde, 4 juin 2002) que les Israéliens (juifs, évidemment !) sont devenus en deux générations un « peuple méprisant ayant plaisir à humilier »…..Sauf « une admirable minorité » bien sûr ! Antisémites, nous ? Enfin !…
L’antisémitisme politique fonctionne en tandem (en France spécialement) avec de nombreux médias qui, sous couvert d’une liberté de critiquer la politique israélienne (liberté on ne peut plus légitime), alimentent un regard plus que réprobateur sur l’Etat d’Israël (et sur les Juifs qui le soutiennent en diaspora) en véhiculant une information qui s’apparente plus à une propagande anti-israélienne qu’à une véritable information. Pour exemple, nous retiendrons quelques cas récents comme la désinformation sur le siège de la Basilique de la Nativité à Bethléem en 2002, faisant passer l’armée d’Israël pour des profanateurs de lieux saints, les soi-disant viols de femmes arabes par les soldats israéliens ou le soi-disant massacre de Jénine (2002), ou encore ème la « fausse vraie » mort du petit Mohamed A Dura (symbole de la 2 Intifida en l’an 2000), faisant de Tsahal une armée sanguinaire abattant froidement des enfants désarmés etc. Cela va jusqu’à « nazifier l’Etat d’Israël ».
Du Juifbouc émissaire nous passons à la dimension de l’Etat (d’Israël)bouc émissaire, celui dont la disparition réglerait tant de problèmes… L’ancien Secrétaire général de l’ONU, Boutros Boutros Ghali n’a-t-il pas dit que si cet Etat posait tant de problèmes, il vaudrait mieux qu’il n’existe plus ? « Il vaut mieux qu’un seul périsse et que le peuple vive, disait Caïphe… » (Jean 11,50)
L’antisémitisme musulman.
L’origine de l’antisémitisme musulman remonte pratiquement à la naissance de l’Islam. Ce dernier se construit en grande partie en opposition au judaïsme et au christianisme. Très rapidement, dans l’émergence de l’Islam, comme du reste pour le christianisme, sont énoncés un jugement et une condamnation du judaïsme et des Juifs. Mis à part quelques rares sourats du Coran favorables aux « gens du Livre » (Juifs et Chrétiens), le livre saint des Musulmans contient une liste impressionnante de griefs portés à l’encontre de ceux qui ont perverti la foi au Dieu unique, à savoir les Juifs. Ils sont, entre autres, menteurs, hypocrites, falsificateurs des Ecritures, fourbes, etc. Ils incitent sournoisement à quitter la vraie foi et sont, en cela, un danger mortel pour le vrai croyant (le Musulman).
Durant leur guerre de conquête, les musulmans se sont heurtés à une tribu juive, dans l’oasis de Kaybar. Ils ont alors conclu un traité de paix, rompu peu de temps après quand les forces musulmanes furent suffisantes. Les Juifs devinrent alors des « sujets protégés » sous le pouvoir islamique, avec une certaine Créé le 25 mars 2004 - 8 -
Publications du Berger d’Israël PUB 08 liberté religieuse précaire, et contraint à payer l’impôt des « soumis ». C’est à la suite de cet épisode que les Musulmans élaborèrent le statut de « dhimmi » (protégé) qui toucha jusqu’à aujourd’hui les Juifs et Chrétiens notamment, vivant sous un régime islamique.
Cet état de « citoyen de seconde zone » ne touche pas que les Juifs et on ne peut y voir forcément une réelle cause d’antisémitisme. Néanmoins, le statut de « dhimmi » a largement contribué à cultiver dans la société musulmane un regard négatif et péjoratif qui, comme pour le christianisme, a nourri une sorte d’ « enseignement du mépris », pour reprendre la formule de Jules Isaac. Ainsi, le terme « Juif » est une insulte banale dans bon nombre de pays arabo musulmans. La condition de « dhimmi » subie par les Juifs a recouvert différents aspects, depuis les situations relativement favorables jusqu’aux situations d’humiliations et de persécutions, selon les époques, les lieux et les chefs en place.
L’élément le plus propice à l’antisémitisme musulman se trouve dans le discours religieux. Celui-ci s’est enrichi d’arguments politiques, notamment depuis la naissance du sionisme moderne à la fin du XIXème siècle, et ce jusqu’à aujourd’hui à travers le conflit israélo-arabe. Depuis lors, dans l’ensemble du monde arabo musulman, se développe un antisémitisme de plus en plus virulent. En témoigne le surnom donné aux Juifs de Palestine au début du XXème siècle « l’enfant mort-né », les pogromes de 1921 à Jérusalem, 1929 à Hébron etc. jusqu’aux prêches antijuifs actuels dans des mosquées des pays arabes.
Voici ce que l’on peut entendre lors de prêches prononcés à La Mecque en 2002 : « Lisez l’histoire. Vous verrez que les Juifs d’hier étaient mauvais et que ceux d’aujourd’hui sont pires encore. Ce sont des assassins de prophètes. Ils sont la lie de la terre. Dieu a déversé sur eux ses malédictions et ses indignations. Il a fait d’eux des ânes, des porcs et des adorateurs de tyrans. Les Juifs, d’une génération à l’autre, ne sont que grossièreté, ruse, obstination, tyrannie, méchanceté et corruption. Ils répandent la corruption sur la terre. » Cheick Abdel-Rahman Abdel-Aziz Al Soudaïs (L’Arche, Mai-Juin 2002 page 129). Ces propos ne reflètent évidemment pas l’Islam dans sa totalité, mais ils sont loin d’être un cas isolé, notamment dans le monde arabe. Ils reflètent une montée de l’antisémitisme, attisée par l’échec des Etats arabo musulmans dans leur développement et le conflit israélo-arabe.
L’existence de l’Etat d’Israël est vécue dans l’Islam comme une insulte et une menace. Le mécanisme dubouc émissairefonctionne très bien dans les sociétés arabo musulmanes.
Dans la foulée de la guerre israélo-arabe dite des « 6 jours », en 1967, se réunit à l’université Al Azhar (la plus grande université sunnite ) en Egypte une conférence organisée par l’Académie de Recherche islamique. Certains discours qui y ont été prononcés reflètent cet antisémitisme exacerbé tel que celui du Professeur Abdoul Sattar El-Sayed, Mufti du Tursos en Syrie : « Le Coran a dressé un sombre tableau des Enfants d’Israël, ne les montrant que sous forme de horde dispersée, possédée par une âme pernicieuse qui évite tout ce qui est bon et apporte le désastre à tout ce qui est dans le droit chemin. La description coranique des enfants d’Israël n’est pas la description d’un phénomène qui serait apparu durant l’ère de la Prophétie, mais plutôt d’une tare ancienne transmise depuis des âges par une génération de Juifs à l’autre.(…) Qui plus est les Juifs devinrent fourbes et perfides, sanctionnèrent toutes les actions interdites et prétendirent ensuite qu’elles leurs avaient été ordonnées par Dieu et étaient prévues par la loi. En agissant ainsi, ils désiraient conférer à ces péchés et à ces vices un caractère sacré.(…). »(Les Juifs et Israël vus par les théologiens ème arabes, Extraits des procès verbaux de la 4 Conférence de l’Académie de Recherche islamique 1968, Ed de l’Avenir, 1974, page 39).
Les propos qui vont suivre sont de M. Kamal Ahmad Own, Vice-Directeur de l’Institut de Tanta : « Le vice, la perversité, le parjure et l’idolâtrie de l’argent sont des caractéristiques inhérentes aux Juifs. Ils ont été souvent punis pour leurs vices, mais jamais ils ne se sont repentis ou n’ont voulu renoncer à leur nature pécheresse. Ils ont usurpé la Palestine à ses propriétaires légitimes, faisant le mal, versant le sang, éventrant les femmes enceintes, faisant sauter les villages, défiant l’opinion mondiale et s’en moquant. ».(Idem page 21).
Ces extraits de discours illustrent l’état d’esprit qui peut régner dans une partie importante du monde arabo musulman, état d’esprit qui ne cesse de s’aggraver aujourd’hui.
L’antisémitisme musulman se nourrit d’éléments politiques issus des milieux néo-nazis, en particulier le révisionnisme. Les articles qui nient la Shoah sont nombreux dans les médias arabes et rencontrent assez peu de contre pouvoir. L’auteur révisionniste Roger Garaudy a une grande audience dans le monde arabe actuellement, jusqu’au plus au niveau des hiérarchies politiques et religieuses.
Ce révisionnisme va même très loin. Dans la société arabe palestinienne, des personnes très en vue telles que Y.Arafat ou le Mufti de Jérusalem Ikrama Sabri, nient à peu près toute l’histoire juive palestinienne, l’existence d’un temple juif à Jérusalem etc. Pour eux, il n’y a aucun lien historique entre la terre de Palestine et le peuple juif, si tant est pour eux que le peuple juif existe.
La Charte de l’OLP (1968, toujours en vigueur), qui prône l’élimination de l’Etat d’Israël dans ses articles 21 et 22, contient des éléments révisionnistes qui nient l’idée même de peuple juif et le lien historique
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Publications du Berger d’Israël PUB 08 entre ce peuple et la terre d’Israël Palestine. A l’article 20 on peut lire : « Les prétentions fondées sur les liens historiques et religieux des juifs avec la Palestine sont incompatibles avec les faits historiques et avec une juste conception des éléments constitutifs d'un État. Le judaïsme, étant une religion, ne saurait constituer une nationalité indépendante. De même, les juifs ne forment pas une nation unique dotée d'une identité propre, mais ils sont citoyens des États auxquels ils appartiennent. ». Ce révisionnisme a pesé lourd lors des dernières négociations de Camp David en 2000.
Nous pourrions allonger encore et encore la liste des exemples d’antisémitisme aujourd’hui dans le monde arabo musulman, depuis les manuels scolaires palestiniens mis en œuvre en 1995 et instruisant ses lecteurs à la haine des Juifs (manuels révisés récemment suite à des pressions internationales, mais contenant toujours des incitations à la haine et à la non reconnaissance de l’Etat d’Israël), jusqu’à l’Islam intégriste appelant à la destruction des infidèles dont les Juifs sont la cible prioritaire. Dans la Charte du Hamas, à l’article VII on lit : « Le prophète, que la prière et la paix soient pour lui, a dit : Le temps ne viendra pas avant que les Musulmans combattent les Juifs (et les tuent) ; jusqu’à ce que les Juifs se cachent derrière des rochers et des arbres, qui eux-mêmes appelleront : Ô musulmans, il y a un Juif qui se cache derrière moi, viens et tue-le ! ». Plus loin à l’article XXVIII, on peut lire : « Les Juifs ont fomenté la Révolution française et ils ont établi des sociétés secrètes, dont le but est de détruire les communautés humaines et qui sont : La franc-maçonnerie, les Clubs du Rotary, le Lion (…) Ces sociétés secrètes sont les espions des Juifs. » (Israël Magazine, décembre 2001, page 25). Bel exemple d’alliance entre l’antisémitisme islamique et l’antisémitisme politique…
Quand le ministre syrien de la Défense, Mustapha Tlass, déclare le 5 mai 2001 sur la chaîne de télévision LBC : « Si chaque Arabe tuait un Juif, il ne resterait plus de Juifs » (L’HISTOIRE N°269, Octobre 2002, page 71), il exprime ouvertement une pensée qui hélas se répand dans le monde arabo musulman et qui correspond à la « solution finale » version arabo musulmane.
Unantisémitismejuif?
Ce dernier chapitre va sûrement en choquer plus d’un. Et pourtant. L’outrance, la condamnation abusive et irrationnelle de Juifs par d’autres Juifs, de l’Etat d’Israël par des Juifs antisionistes est bel et bien une réalité.
On s’inquiète à juste titre de ce que l’Etat d’Israël est “nazifié“ dans des milieux arabes ou gauchistes pro palestiniens. Mais cette nazification a débuté il y a des dizaines d’années par des Juifs ultra-orthodoxes inscrivant des croix gammées sur les murs de leur quartier àMéa ShéarimJérusalem, leur pacifisme ne à pouvant supporter que des Juifs, l’Etat d’Israël, utilisent comme les autres Etats la force militaire pour exister.
Nous avons tous en mémoire les images choquantes d’Itzhak Rabin grimé en Hitler, pour dénoncer son engagement dans les accords d’Oslo. Cette condamnation haineuse a bel et bien abouti à l’assassinat d’un Juif par un autre Juif.
Peut-être bien que parmi les ennemis les plus redoutables de l’Etat d’Israël se trouvent des Juifs antisionistes prêts aux discours les plus extrémistes pour détruire l’image et la légitimité d’Israël. Ces Juifs, certes ultra minoritaires, haineux contre le sionisme et l’Etat d’Israël, ne sont pas tous laïques voire « déjudaïsés ». Les militants pro palestiniens antisionistes qui ont manifesté à Durban (en 2002), militants laissant libre cours dans bien des cas à leur haine d’Israël, ont trouvé néanmoins des rabbins pour défiler avec eux.
Parler d’antisémitisme juif n’est peut-être pas pertinent. Mais certains Juifs peuvent être antisémites. Il existe bien des forces de mort à l’œuvre dans la famille, comme dans toute famille. Des forces qui peuvent se révéler d’une certaine manière suicidaires.
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Publications du Berger d’Israël Conclusion
PUB 08
L’antisémitisme refait surface. On ne peut en douter. En témoigne le récent livre de Pierre-André Taguieff, « La nouvelle judéophobie », Paris, Mille et une nuits, 2002. Cet antisémitisme s’appuie souvent sur des arguments antisionistes, voulant faire croire à une critique de l’Etat d’Israël quand le discours véhicule en fait des paroles haineuses, irrationnelles et propices au développement de sentiments antijuifs (le seul bon Juif étant le Juif en diaspora de préférence, assimilé, voire déjudaïsé, et surtout antisioniste. Et s’il est victime, alors là c’est encore mieux. Doué pour les arts ou sur le plan intellectuel ? C’est la cerise sur le gâteau…).
On aurait tort de sous-estimer la capacité persuasive et séductrice des arguments antisémites et antisionistes. Cette séduction est réelle, tant pour les croyants que les athées. L’argumentaire est riche et détient un réel pouvoir de persuasion auquel il n’est peut-être pas toujours aussi facile de résister, notamment quand on se veut ouvert, humaniste (la cause palestinienne et toutes les souffrances de ce peuple n’invitent-t-elles pas à s’engager contre Israël ?), et qu’on refuse par principe de s’enfermer dans une quelconque idéologie sioniste qui peut parfois être fanatique ou idolâtre.
Le seul antidote à ce mensonge séducteur et meurtrier est le recours à la vérité d’une part (l’usage du mensonge peut être démasqué objectivement) et à la raison d’autre part. Car ce qui caractérise l’antisémitisme, outre le mensonge, c’est son côté irrationnel et passionnel où les sentiments dominent les raisonnements et l’intelligence. Une voie de « déshumanisation » en quelque sorte. Une voie où le simple agacement suscité par le Juif (habillement, culte singulier, attachement à la tradition, réussite du sionisme et de l’entreprise israélienne, victoires militaires, etc.) se transforme insidieusement en rejet et en haine de celui qui est décidément différent. Il y a dans l’antisémitisme l’inacceptabilité du ‘’phénomène juif’’, de ce peuple « mis à part » et choisi par Dieu pour se révéler au monde et pour mener à bien son œuvre rédemptrice. En définitive, l’antisémitisme est comme une rébellion contre le choix divin et ses ordonnances.
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