Si les conflits sont partie intégrante de toute vie en société, comment juger de leur intensité

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Si les conflits sont partie intégrante de toute vie en société, comment juger de leurintensité maximale acceptable pour une démocratie ?(paix-peace.skyblog.com) La plupart des sociétés se sont donné pour objectif la paix, au moins intérieure, et cherchent àgarantir à leurs habitants un degré minimal de sécurité. En règle générale, les nations qui composent la planète regroupent ainsi ceux qui ont renoncé àl'usage des armes pour régler leurs différends. En revanche, il n'y a pas de société mondiale, et leshabitants de la planète ne forment pas une seule nation : les philosophes aiment à dire que lesnations sont les unes vis-à-vis des autres dans un état de nature, qui inclut en permanence lapossibilité de la guerre. Mais la paix intérieure est assurée traditionnellement de deux manières L'une est la soumission de tous à un pouvoir supérieur, détenteur du monopole de la violencelégitime, qui peut réduire par la persuasion, la propagande ou la contrainte toute velléité dedissidence : c'est la tradition de la souveraineté. L'autre est par la confrontation d'intérêts et d'opinions et par la recherche de compromis fondé surdes règles collectivement admises : c'est la tradition de l'Etat de droit. Si seule la première de ces deux options est mise en oeuvre, on est en présence de dictatures, detyrannies ou de régimes totalitaires, selon la forme du régime et le détenteur de la souveraineté. Les démocraties sont un compromis variable entre les deux ...
Publié le : vendredi 23 septembre 2011
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Si les conflits sont partie intégrante de toute vie en société, comment juger de leur
intensité maximale acceptable pour une démocratie ?
(paix-peace.skyblog.com)
La plupart des sociétés se sont donné pour objectif la paix, au moins intérieure, et cherchent à
garantir à leurs habitants un degré minimal de sécurité.
En règle générale, les nations qui composent la planète regroupent ainsi ceux qui ont renoncé à
l'usage des armes pour régler leurs différends. En revanche, il n'y a pas de société mondiale, et les
habitants de la planète ne forment pas une seule nation : les philosophes aiment à dire que les
nations sont les unes vis-à-vis des autres dans un état de nature, qui inclut en permanence la
possibilité de la guerre.
Mais la paix intérieure est assurée traditionnellement de deux manières
L'une est la soumission de tous à un pouvoir supérieur, détenteur du monopole de la violence
légitime, qui peut réduire par la persuasion, la propagande ou la contrainte toute velléité de
dissidence : c'est la tradition de la souveraineté.
L'autre est par la confrontation d'intérêts et d'opinions et par la recherche de compromis fondé sur
des règles collectivement admises : c'est la tradition de l'Etat de droit.
Si seule la première de ces deux options est mise en oeuvre, on est en présence de dictatures, de
tyrannies ou de régimes totalitaires, selon la forme du régime et le détenteur de la souveraineté.
Les démocraties sont un compromis variable entre les deux options, où l'Etat de droit est assuré et
garantit aux individus protection et sécurité, et où les attributs de la souveraineté sont
essentiellement dirigés vers l'extérieur.
Tyrannies, dictatures et régimes totalitaires sont des régimes qui peuvent garantir à leurs habitants
une grande sécurité, mais leur légitimité est fragile et comme ils tiennent par la force, ils peuvent être
renversés par la force.
Les démocraties se sont installées en renversant des régimes autoritaires et/ou en surmontant des
guerres civiles. Elles sont parfois menacées de graves dissensions internes, mais leur légitimité est
forte, car elle repose sur des valeurs partagées par la très grande majorité de leurs concitoyens : ces
valeurs sont d'une part celles qui fondent les institutions de l'Etat de droit et les institutions
démocratiques (déclaration des droits, valeurs universelles), d'autre part celles qui rassemblent les
caractéristiques linguistiques, culturelles ou parfois ethniques d'une nation.
Dans les sociétés démocratiques la division sociale est reconnue et instituée. Le lieu du pouvoir est
un lieu vide, selon la formule de Claude Lefort, que personne ne peut s'approprier. Le pluralisme
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intrinsèque des sociétés est une valeur, qu'exprime la diversité de la société civile. Partis politiques,
syndicats, associations et églises y rassemblent des individus qui se reconnaissent des affinités
d'intérêts, d'opinions et de croyances.
Si chacun d'entre eux cherche légitimement à convaincre les autres du bien-fondé de son propre
point de vue, ils s'accordent sur des règles de confrontation : refus de la violence et de la menace,
des arguments d'autorité, et systèmes de compromis pour trancher des différends. Pour autant, les
règles démocratiques ne visent pas à nier les différences, les divergences ou les conflits. La
confrontation démocratique n'est pas une discussion de salon, et n'est pas non plus un échange
harmonieux d'arguments rationnels. Les points de vue y sont souvent irréductibles, des rapports de
force préexistent à la confrontation, et peuvent être modifiés par elle.
Polémiques, manifestations, grèves sont inhérentes à la vie démocratique et n'en sont pas une
excroissance dommageable.
Mais les protagonistes, sauf à devoir en rendre compte devant les tribunaux, s'interdisent de porter
physiquement et moralement atteinte aux personnes et aux biens, et de modifier par la force les
règles du débat à leur avantage. Même les valeurs communes peuvent faire l'objet de litiges, les uns
et les autres en donnant des définitions parfois divergentes.
Si les conflits d'intérêts peuvent déboucher sur des compromis, même provisoires, et les différends
d'opinion être eux aussi provisoirement tranchés par la règle de la majorité, les conflits qui mettent
en cause des identités (ethnique, nationale, religieuse parfois) sont plus malaisément réductibles.
Seule l'acceptation réciproque du pluralisme et des règles de neutralité des espaces communs,
comme celle de la laïcité, peuvent alors assurer la coexistence d'identités multiples au sein d'un
même espace politique.
Un des problèmes des démocraties contemporaines vient de la modification de la ligne de partage
entre l'intérieur et l'extérieur
Si les conflits entre Etats ou entre nations sont de plus en plus susceptibles d'arbitrages
internationaux, si des institutions internationales crédibles s'affirment, si des ensembles
post-nationaux émergent qui se donnent des règles procédurales de gestion des conflits et de
décisions communes, comme l'Union Européenne, en même temps la violence des affrontements
internationaux gagne la vie interne des démocraties, sous l'impact de la mondialisation, qui n'est pas
seulement économique.
En particulier, quand il s'agit de conflits qui mettent en oeuvre des ressorts identitaires, réels ou
supposés, leur internationalisation menace toujours de les transposer au sein des démocraties. Si,
comme le dit le philosophe italien Noberto Bobbio, les démocraties sont pacifiques et ne se font
jamais la guerre entre elles, elles sont confrontées aujourd'hui à une nouvelle fragilité : sauront-elles
résister à cette internationalisation des conflits, qui prend notamment la forme d'un terrorisme
international déterritorialisé, sans tomber dans la crispation identitaire défensive ni suspendre les
règles de l'Etat de droit, en retrouvant les réflexes de la raison d'Etat ?
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