THESE Charlotte ULLMANN

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Networks and Communication Studies, NETCOM, vol. 22 (2008), n° 1-2 & NETSUDS, vol.3 (2008) pp. 145-172 NOTES, COMPTE RENDUS, INFORMATIONS NOTES SCIENTIFIQUES UNE APPROCHE CITOYENNE DE LA SOCIETE DE L’INFORMATION: QUELQUES REFLEXIONS POUR LE DEBAT ET L’ACTION 1MOHAMADOU ABDOUL Ce texte présente une synthèse des réflexions menées et stratégies développées au sein de l’équipe Prospectives et Dialogues politiques d’Enda Tiers Monde sur la thématique des technologies de l’information et de la communication et de la société de l’information. Cette réflexion s’inscrit dans le cadre de mise en place d’une plateforme sous régionale sur les politiques liées aux TIC et aux enjeux que suscite la société de l’information. C’est le fruit d’un travail collectif. La synthèse reprend certains passages des textes rédigés par différents membres de l’équipe (Cf. Bibliographie). Le domaine des TIC est aujourd’hui au cœur des enjeux de pouvoir, économique, culturels, etc. illustrés par les efforts énormes consentis par divers milieux politiques et cercles économiques et financiers pour contrôler soit les flux d’informations, soit les infrastructures permettant ces flux ou encore les deux. L’importance de la révolution communicationnelle et de l’ampleur des enjeux politiques et économiques liés aux TIC est telle que le secteur est désormais placé en bonne position dans les priorités nationales, sous régionales ou continentales. Sa contribution ...
Publié le : samedi 24 septembre 2011
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Networks and Communication Studies,
NETCOM
, vol. 22 (2008), n° 1-2 &
NETSUDS,
vol.3 (2008)
pp. 145-172
NOTES, COMPTE RENDUS, INFORMATIONS
NOTES SCIENTIFIQUES
UNE APPROCHE CITOYENNE DE LA SOCIETE DE
L’INFORMATION: QUELQUES REFLEXIONS POUR LE DEBAT
ET L’ACTION
M
OHAMADOU
A
BDOUL
1
Ce texte présente une synthèse des réflexions menées et stratégies développées au
sein de l’équipe Prospectives et Dialogues politiques d’Enda Tiers Monde sur la thématique des
technologies de l’information et de la communication et de la société de l’information. Cette
réflexion s’inscrit dans le cadre de mise en place d’une plateforme sous régionale sur les
politiques liées aux TIC et aux enjeux que suscite la société de l’information. C’est le fruit d’un
travail collectif. La synthèse reprend certains passages des textes rédigés par différents
membres de l’équipe (Cf. Bibliographie).
Le domaine des TIC est aujourd’hui au coeur des enjeux de pouvoir, économique,
culturels, etc. illustrés par les efforts énormes consentis par divers milieux politiques et cercles
économiques et financiers pour contrôler soit les flux d’informations, soit les infrastructures
permettant ces flux ou encore les deux.
L’importance de la révolution communicationnelle et de l’ampleur des enjeux
politiques et économiques liés aux TIC est telle que le secteur est désormais placé en bonne
position dans les priorités nationales, sous régionales ou continentales. Sa contribution
substantielle aux stratégies de développement économique et social des Etats africains et des
ensembles sous régionaux explique le fait que des politiques publiques sont élaborées et mises
en oeuvre, des programmes d’amélioration des infrastructures des Télécommunications engagés
sous la houlette des coopérations bilatérale et multilatérale.
La société de l’information ne laisse personne indifférent. Loin s’en faut. Les
initiatives existent à foison. Les différentes catégories d’acteurs semblent occuper chacune une
niche spécifique. Les Etats, les organismes internationaux se spécialisent sur les politiques et les
régulations; les privés (les entreprises multinationales et les firmes) jouent sur les industries
des Tic et sur les offres multiples de services; les organisations de la société civile militent pour
une démocratisation de l’accès aux TIC et leur appropriation par le plus grand nombre. Les
1 Chargé de mission à Enda Tiers Monde, Prospectives - Dialogues Politiques, Résidence
Phare Mamelles, BP3370 Dakar, Sénégal. Courriel : diapol@enda.sn
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milieux académiques explorent et documentent ces nouveaux objets de curiosité intellectuelle.
Les cadres d’un ordre mondial de la société de l’information sont ainsi mis en place. Et en leur
sein, cohabitent, négocient, s’allient, se concurrencent des logiques, visions, stratégies multiples
selon les orientations politiques, les opportunités et les intérêts du moment.
Les jeux de
pouvoir aiguisent les appétits et fortifient les enjeux liés au contrôle citoyen des TIC.
Sur ces bases, quels sont les fondements d’une approche citoyenne de la société de
l’information? A côté des Etats et du secteur privé, la société civile s’implique de différentes
manières. L’un des modes d’implication de la société civile et non des moindres, est
éminemment politique. Cette approche politique de la société de l’information constitue l’objet
de la présente communication. La question de fond consiste, en dernière instance, à assigner
un rôle et une place déterminante aux organisations de la société civile dans deux domaines
qui nous semblent être les leviers sur laquelle repose (doit reposer) toute approche citoyenne
de la société de l’information. Ces leviers sont, d’une part, le processus et les modalités de
l’élaboration des politiques liées aux TIC et à leur gouvernance, et d'autre part, la question de
l’accès, des usages, et de l’appropriation des TIC par le plus grand nombre. Tels sont pensons-
nous les deux champs d'action pour enraciner une approche véritablement citoyenne de la
société de l'information.
1. Participation à l’élaboration des politiques et à la gouvernance du secteur des Tic
Les différentes familles d’acteurs doivent effectivement et constamment dialoguer et
choisir des décisions consensuelles sur les orientations stratégiques qui sous-tendent les
politiques publiques liées aux TIC et qui déterminent les options technologiques. Ces choix
peuvent avoir des conséquences très importantes en termes de coût, de rentabilité, voire de
souveraineté. Qui plus est, ils déterminent désormais de façon importante des pans entiers de
la vie quotidienne des populations. Aussi, une dynamique d’action collective, de veille et
surtout de contrôle citoyen de la part des différentes familles d’acteurs est de mise. Un large
partage et une sensibilisation sur ces choix politiques et technologiques sont nécessaires afin
de fonder leur mise en oeuvre sur des bases consensuelles. Le
préalable d’une bonne
concertation balise la bonne application des choix.
Alors surgissent des questions sur notamment la capacité des acteurs de la société
civile à participer à la conception de ces politiques et aux processus de prise de décision. Quel
dispositif organisationnel? Quelle(s) échelle(s) d’intervention? Quelles alliances? Quelles
stratégies de participation à la définition des règles du jeu?
Le décloisonnement est nécessaire pour un exercice d’une citoyenneté agissante des
organisations de la société civile dans le domaine de la définition des politiques et de la
régulation du secteur des TIC. Cette société civile ne devrait pas agir à côté des autres
catégories d’acteurs mais interagir fortement et étroitement avec elles. L’enclavement social et
politique est une limite sérieuse à l’inscription dans des réseaux sociaux protecteurs, à l’accès à
l’information et aux enceintes qui la produisent, la gèrent, la distribuent et en tirent profit.
Qui plus est, c’est au sein de ces cénacles que la surveillance citoyenne des conditions
et modalités dans lesquelles les politiques sont élaborées et mises en oeuvre peut espérer avoir
quelque succès. C’est en interagissant avec toutes les autres familles d’acteurs que l’on peut
escompter influer sur les lois des marchés et sur les choix politiques et technologiques pour le
bénéfice du plus grand nombre.
Dans la société de l’information, certaines dimensions des TIC doivent être
considérées comme des services accessibles à tous. C’est partant de cette analyse qu’Enda
Diapol s’est engagé dans des processus de recherche et d’action sur certains aspects de la
société de l’information en lien avec la vulnérabilité des pays du Sud, la participation de la
société civile et l’adéquation des politiques publiques aux dynamiques socio-économiques.
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Le point focal se nourrit bien des ambitions du « service universel », mais il risque
d’être utopique si l’équation de l’accès n’est pas résolue. En effet, on ne pourra jamais
valablement parler de société mondiale de l’information si une grande partie du monde, les
pays du Sud en particulier est laissée en marge de la communication, de l’information et du
développement. Or, le constat est aujourd’hui patent : les Etats africains souffrent du manque
d’équipements, de leur faible connectivité, de la défaillance de leurs réseaux électroniques. La
société civile a assurément un rôle à jouer pour contribuer à remédier à cette forme de pauvreté
qui est avant tout politique, et l’information est une clé de son éradication. Accéder aux
réseaux, c’est accéder à l’information, et accéder à l’information, c’est accéder au pouvoir; c’est
avoir la possibilité de construire un argumentaire dans le cercle de décision pour être pris en
considération et parvenir à l’influencer.
Partant, l’appropriation sociale, qui passe nécessairement par l’accès aux TIC et par
les utilisations des outils, est le second domaine à travers lequel nous traitons de l’approche
citoyenne de la société de l’information.
2. L’accès, les usages, l’appropriation des TIC par la société civile
Avoir accès au savoir et être capable de le communiquer est à la base de tout
processus de développement. Ceci semble être bien compris par les organisations de la société
civile. Dans les pays du Sud, la dimension sociale de l’appropriation des technologies est en
général prise en charge par les ONG et les organismes de coopération. D’ailleurs, l’essentiel
des initiatives allant dans le sens de développer l’accès aux TIC pour le plus grand nombre
porte leurs empreintes.
Il paraît essentiel donc de déterminer le type d’information appropriée à mettre à la
disposition des populations (rurales et urbaines) en prenant en considération la question du
langage, du format et de la technologie appropriée.
L’identification des besoins et des usages est un axe de réflexion
essentiel pour
évoquer les potentialités de développement offertes par les TIC. Les usages des TIC sont
multiples et variés. Le problème majeur est de savoir comment les populations du Sud vont
tirer parti de ces avancées technologiques pour des usages répondant aux besoins réels de leur
développement. Or, l’insuffisance du taux de pénétration au niveau national reste le principal
obstacle au développement et à l’élargissement de l’accès et de l’appropriation des TIC par ces
populations. Ces usages renseignent sur les changements sociopolitiques et sur l’évolution des
tendances profondes qui structurent lentement notre société et façonnent aujourd’hui son
futur. Les usages, la maîtrise et l'appropriation des TIC reconfigurent progressivement les
rapports politiques, économiques et la vie de relations quelques soient les échelles de leur
application. Ce faisant, ils ouvrent davantage les espaces de dialogue politique et offrent de
nouvelles opportunités de relations plus fortes, plus efficaces, et faisant fi de la distance.
Stratégie pour la participation citoyenne efficace à la société de l’information
Partant des deux axes sur lesquels nous pensons qu’une approche citoyenne de la
société de l’information devra s’adosser, nous invitons à la constitution d’une plate-forme sur
les politiques, la régulation et les usages des TIC. Celle-ci sera donc une sorte d’observatoire
sur la société de l’information basé sur une articulation entre les échelles, un décloisonnement
des acteurs, des disciplines et des initiatives ainsi que sur le plaidoyer pour des politiques plus
inclusives. Pour cela, il est envisagé :
d’engager des recherches sur les enjeux politiques, économiques et sociaux de
la société de l’information en Afrique de l’Ouest en vue de mesurer la compréhension et
l’appropriation des TIC dans les sociétés africaines ainsi que de comprendre les jeux et les
enjeux autour de la régulation du secteur ;
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de documenter les décisions politiques concernant les infrastructures, en
mettant l’accent sur les questions d’intégration régionale;
de susciter et faciliter des concertations autour des principaux enjeux de
société, promouvoir des régulations collectives qui peuvent se traduire en normes et
règles, et enfin, à partir de ces «politiques», offrir aux acteurs des occasions d’imaginer
ensemble des futurs communs.
Le lien constant et itératif entre recherche et action. Ces options se révèlent d’autant
plus pertinentes que la conjoncture en Afrique de l’Ouest est forte d’initiatives diverses
d’institutions et de programmes qui cherchent à harmoniser les actions dans un sens
transnational.
L’objectif final est donc la mise en place d’un pôle sous régional pour appuyer et
réguler le développement des TIC dans une synergie globale engageant l’ensemble des
partenaires dont chacun fera valoir son avantage comparatif et sa valeur ajoutée.
C’est autour de cette initiative que nous vous invitons pour qu’ensemble nous
construisions notre sous-région.
REFERENCES
DIENG Mbaye et SYLLA Ibrahima (mars 2006) ; TIC (technologies d’information et de
communication) dans l’espace économique ouest africain. Quelles stratégies pour une
meilleure coordination des synergies? Enda Diapol, 7 p. mult.
DIOUF Mansour, « la fracture au partage numérique, Quelle vision politique pour les TIC? »,
Enda Diapol, 4 p. mult.
DIOUF Mansour, Technologies de l’information et société civile africaine, s’engager pourquoi
et comment?, Enda Prospectives Dialogues politiques, 4 p.
DIOUF Mansour (2003), « Medias, gouvernance locale et citoyenneté au Sénégal », Sommet de
Lyon sur la société de l’information (http://www.cities-lyon.org/fr/medias-citoyennete)
ENDA, Présentation de l’approche de Enda Diapol dans les ntics, Enda Diapol, 4 p. mult.
GUEYE Cheikh, La fracture numérique, la lutte contre la pauvreté ou la pauvreté politique de
concepts galvaudés : pour une pluralité de sociétés de l'information,
Enda
Prospective/Dialogue politique, 4 p. mult.
SYLLA Ibrahima et ABDOUL Mohamadou, (28 novembre 2004),
Télécentres et cybercafés:
territorialisation et accès aux TIC dans le quartier Ouagou Niayes à Dakar
, (Sénégal)»,
communication de Enda Diapol, Séminaire «et Développement territorial, Université
Gaston Berger de Saint Louis, 7 p.
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