Etude-n°3-production lait manchoise-septembre-2007

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DDAF MANCHE CH La production de lait manchoise Le lait est actuellement l’objet de toutes les attentions : l’offre est insuffisante, la demande se consolide avec des marchés extérieurs dynamiques, les prix de certaines productions à base de lait s’envolent. C’est l’occasion de faire un point sur la production laitière du département de la Manche, production essentielle, puisque pratiquée par 80 % des exploitants. Elle pèse pour 40 % dans la valeur de la production agricole départementale. Les éleveurs laitiers de la Manche livrent la moitié du lait normand et 5,6 % de la production nationale. Depuis le 2 avril 1984, une limitation de la production de lait de vache a été mise en œuvre par l'Union Européenne sous forme de référence laitière, attribuée au producteur à partir des quantités produites sur l’année 1983. Cette limitation de la production, plus souvent appelée quotas, a été mise en place suite à un constat de déséquilibre entre la production laitière, la consommation interne et les possibilités d'exportation de produits laitiers. Cette référence qui été basée initialement sur le litrage, a été également établie sur la référence en matière grasse durant la période 1986/1987. En 2007, alors que la maîtrise de la production est assurée. Une sous réalisation record de plus 600 000 tonnes au niveau national, amène une tension sur la filière avec même un manque de lait et de beurre pour l’approvisionnement de certaines ...
Publié le : samedi 24 septembre 2011
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- 1 -
CH
La production de lait manchoise
Le lait est actuellement l’objet de toutes les attentions : l’offre est insuffisante, la demande se
consolide avec des marchés extérieurs dynamiques, les prix de certaines productions à base
de lait s’envolent.
C’est l’occasion de faire un point sur la production laitière du département de la Manche,
production essentielle, puisque pratiquée par 80 % des exploitants. Elle pèse pour 40 % dans
la valeur de la production agricole départementale. Les éleveurs laitiers de la Manche livrent la
moitié du lait normand et 5,6 % de la production nationale.
Depuis le 2 avril 1984, une limitation de la production de lait de
vache a été mise en oeuvre par l'Union Européenne sous forme de
référence laitière, attribuée au producteur à partir des quantités
produites sur l’année 1983. Cette limitation de la production, plus
souvent appelée quotas, a été mise en place suite à un constat de
déséquilibre entre la production laitière, la consommation interne et les
possibilités d'exportation de produits laitiers. Cette référence qui été
basée initialement sur le litrage, a été également établie sur la
référence en matière grasse durant la période 1986/1987.
En 2007, alors que la maîtrise de la production est assurée. Une
sous réalisation record
de plus 600 000 tonnes au niveau national,
amène une tension sur la filière avec même un manque de lait et de
beurre
pour
l’approvisionnement
de
certaines
industries
agroalimentaires.
Rétrospective sur la production manchoise
sur
La Manche, a été longtemps couverte de « labour ». Les
productions végétales étaient principalement réservées à la
consommation humaine, à la nourriture des chevaux et des porcs. Le
bocage de terres labourables se transforme à partir de 1870. Les
prairies vont en quelques décennies gagner, depuis la région du
Plain et du Bessin, l’ensemble du département. Elles ne
submergeront toutefois jamais complètement la franche sud-est de
l’Avranchin. Avec ce couchage en herbe, l’élevage laitier s’est
également imposé. En 1970, l’extension maximale de l’herbe est
atteinte, depuis, le labour a repris des surfaces, pour des cultures
essentiellement fourragères, l’élevage laitier reste la vocation
principale du département.
La présence des vaches laitières va progresser tout au long du
19
ème
siècle, puis véritablement prendre son essor après la seconde
guerre mondiale. Le cheptel laitier atteint sa dimension maximale à la
fin des années 1970. En 1840, on dénombre moins de 100 000
vaches laitières, en 1930, le cheptel laitier totalise 270 000 animaux,
en 1979, le recensement général dénombre plus
400 000 vaches.
Depuis cette date le cheptel recule au rythme de moins 6 000
vaches/an. Le troupeau est estimé en 2006 à 242 000 animaux.
La productivité de la vache du 19
ème
est sans rapport avec celle
de 2007. Les progrès génétiques, l’utilisation de races laitières,
une
rotation rapide du cheptel, une alimentation riche et équilibrée ont
permis de multiplier la lactation moyenne par 5 en moins d’un siècle.
En 1955 la lactation moyenne était de 1 800 litres par vache, en
DDAF MANCHE
EVOLUTION DU CHEPTEL LAITIER
215
208
290
329
94
110
130
136
242
263
353
368
363
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281
0
50
100
150
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250
300
350
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450
1820
1840
1860
1880
1900
1920
1940
1960
1980
2000
2020
Milliers de vaches
sources: statistiques décennales au 19ème et début 20ème - Etat VI -
Statistique Agricole Annuelle - recensements agricoles
PROGRESSION DES LACTATIONS
EN CONTROLE LAITIER
4 000
4 500
5 000
5 500
6 000
6 500
7 000
7 500
8 000
8 500
1986 1988 1990 1992 1994 1996 1998 2000 2002 2004 2006
normandes
prim'holstein
toutes races
lactation moyenne
en kg
1 litre de lait = 1,031 kg
N° 3 – septembre - 2007
- 2 -
EVOLUTION DES VARIATIONS MENSUELLES DE
PRODUCTION (corrigée des variations de jours)
80
100
120
140
160
180
200
J
F
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M
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D
1965
1970
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1985
1991
1995
2000
2005
2006
indice
EFFACEMENT
PROGRESSIF DE
LA SAISONNALITE
DE LA
PRODUCTION
1970 de 2 800 litres, en 1988 de 3 900 litres, en 2006. Elle est
supérieure à 5 200 litres/vaches. L’introduction de la frisonne
et de la prim’holstein, dont la part est désormais de 50% dans
le troupeau manchois, participe pour beaucoup dans la
progression de la productivité. L’observation des résultats des
troupeaux suivis en contrôle laitier est démonstrative : depuis
1986, la vache laitière, toutes races confondues, a gagné
111 kg de lait par an. Désormais, en 2006, une normande
donne en moyenne
5 913 kg/an, une prim’holstein, 8 661
kg/an.
( l’organisme de contrôle laitier de la Manche « suit » 1
milliard de litre de lait sur le département, soit 75 % de la
production, pour 40 % des exploitations et 59 % des vaches
manchoises.)
Avec une meilleure productivité, un cheptel en
augmentation et la mise en place d’industries laitières de
collecte et transformation, les livraisons de lait
ne cessent de
progresser après la deuxième guerre mondiale. De 4 millions d’hectolitres livrés dans les années trente, les livraisons totalisent
plus de 12 millions d’hectolitres dans les années 70. Elles sont à leur maximum en 1986, avec plus de 14,7 millions d’hectolitres
livrés à
l’industrie.
La mise en place des quotas en 1984 se fait avec une référence pour le département de 14,434 millions d’hectolitres. Elle a
un effet sur les livraisons dès 1987, avec un recul de 8 % sur l’année 1986. Puis au fil des ans les livraisons fléchissent et se
stabilisent au début des années 90 à près de 13 millions
d’hectolitres.
Une évolution de la production saisonnière
Des différences assez significatives sont intervenues dans les
livraisons
mensuelles de lait depuis 40 ans. Dans les années 60,
les producteurs livrent 84 % du lait, non auto-consommé, à
l’industrie. 13 % du lait est livré sous forme de beurre et 2 % des
livraisons se fait par une vente directe à la ferme. La production et
les livraisons des années 60 sont très variables dans l’année. Les
livraisons varient du simple au double, entre les mois d’hiver et les
mois de printemps et d’été. Au fil du temps, les exploitants
maîtrisent leur production (développement du maïs fourrage, des
ensilages d’herbe, échelonnement des vêlages…). Ils arrivent
désormais à gommer en partie les différences de production
saisonnières. Même si des écarts demeurent, ils n’excédent pas
les 20 %, entre les
mois de minimum et mois de maximum. Un
deuxième phénomène se combine avec le premier, à savoir un
décalage des pics de production. Dans les années 60, les
livraisons les plus fortes interviennent de mai à août. Puis une forte
diminution s’opérait dès novembre, jusqu’en janvier. Au milieu des
années 2000, après une évolution continue de lissage de la
production, les pics de production sont observés, désormais, en
avril et mai, et le minima en fin d’été.
EVOLUTION DE LA PRODUCTION DE LAIT
0
2
4
6
8
10
12
14
16
1920
1930
1940
1950
1960
1970
1980
1990
2000
2010
Millions d'hl
Recul dû aux pertes des
combats de 1944: 100 000
bovins, 50 000 vaches laitières
Mise en place
des "quotas"
EVOLUTON DES LIVRAISONS DE LA MANCHE
DEPUIS LA MISE EN PLACE DES QUOTAS
12,0
12,5
13,0
13,5
14,0
14,5
15,0
1984
1985
1986
1987
1988
1989
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
Millions d'hl
EVOLUTION MENSUELLE DES LIVRAISONS DE LAIT
DU DEPARTEMENT
0,4
0,6
0,8
1
1,2
1,4
1,6
J
F
M
A
M
J
J
A
S
O
N
D
1965
1975
1985
1991
2000
2006
Millions d'hl
Image désuète de la traite à la main (Condé-sur-Vire,
2006)
- 3 -
Evolution du prix du lait
Les prix sont fixés par l’interprofession. Ils sont aussi
corrigés, à la baisse ou à la hausse,
par les taux de matière
azotée, de matière grasse et par la qualité biologique du lait. Le
prix
net payé à l’éleveur est plus favorable en période estivale.
Depuis plus de vingt ans les évolutions de prix mensuel sont
inchangées.
Le prix payé au producteur a progressé fortement dans les
années 1980, suivant en réalité une forte inflation monétaire.
Ramené en euros constants, on constate une érosion continue et
régulière du prix du lait. La baisse s’est accentuée en 2004, avec
la mise en place de l’Aide Directe laitière.
Le lait, production
principale de l’éleveur manchois, était acheté au producteur
0,168 €/litre en 1978. Le prix moyen annuel en 2006 a été de
0,299 €/l, avec la prime « ADL » il a atteint 0,335 €/l.
Les agriculteurs manchois compensent l’érosion des cours du
produit par une augmentation du troupeau, par des gains de
productivité et l’amélioration des lactations.
Evolution du nombre de producteurs, de la taille des quotas et des étables
En 1970, la Manche comptait 35 000 producteurs laitiers, pour
un total de 363 250 vaches, soit une moyenne d’étable de 10
vaches. En 1988, 15 450 éleveurs se partageaient 353 100
vaches,
soit 23 vaches par étable. L’activité était encore pratiquée
par 25 % d’exploitants non professionnels. Les producteurs
professionnels, au nombre de 11 600, avaient une étable moyenne
de 28 vaches. Au recensement de 2000, la production laitière est
devenue l’exclusivité des exploitations professionnelles. Il a été
recensé un peu plus de 6 500 producteurs, avec un troupeau
moyen de 40 têtes. Le phénomène de concentration des
troupeaux et de diminution des éleveurs se poursuit avec un
rythme soutenu. En 2006, 5 440 éleveurs détiennent une
référence, avec
une moyenne d’étable de 45 vaches. Le
phénomène de concentration accroît le « quota » par exploitation.
En 2006 le quota moyen est de 236 000 litres.
La moitié des
producteurs possèdent des références de moins de 213 000
litres, 25 % détiennent plus de 327 000 litres. Les références les
plus importantes frôlent le million de litres.
Les références les plus importantes sont détenues par les
exploitations avec un statut de GAEC. Leur « quota » moyen est
de 415 000 litres. Les éleveurs individuels ont un quota moyen
de 163 000 litres, aucun ne dépasse les 500 000 litres.
EVOLUTION RELATIVE DU PRIX MENSUEL A LA FIN DES
ANNEES 1980 ET DEPUIS 2000
92
94
96
98
100
102
104
106
108
110
J
F
M
A
M
J
J
A
S
O
N
D
1985-1989
2000-2004
Indice 100 en janvier
EROSION DU PRIX DU LAIT DEPUIS 1980
0,10
0,15
0,20
0,25
0,30
0,35
1
9
8
0
1
9
8
2
1
9
8
4
1
9
8
6
1
9
8
8
1
9
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0
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9
2
1
9
9
4
1
9
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6
1
9
9
8
2
0
0
0
2
0
0
2
2
0
0
4
2
0
0
6
Pris du litre en euros courants
prix du litre en euros constants
avec ADL € courant
avec ADL € constant
euro/litre
EVOLUTION DES PRODUCTEURS DE LAIT (livreurs) ET
LIVRAISON MOYENNE DES EXPLOITATIONS
0
5000
10000
15000
20000
25000
30000
1
9
7
9
1
9
8
8
1
9
9
0
1
9
9
1
1
9
9
2
1
9
9
3
1
9
9
4
1
9
9
5
1
9
9
6
1
9
9
7
1
9
9
8
1
9
9
9
2
0
0
0
2
0
0
1
2
0
0
2
2
0
0
3
2
0
0
4
2
0
0
5
2
0
0
6
-
50 000
100 000
150 000
200 000
250 000
producteurs
livraison moyenne/producteur
Nombre
litres
REPARTITIONS DES REFERENCES
EN FONCTION DU STATUT EN 2006-2007
0%
5%
10%
15%
20%
25%
30%
35%
40%
m
o
i
n
s
d
e
5
0
p
l
u
s
d
e
9
0
0
GAEC
individuelles
milliers de litres
2006-2007
producteurs
volume référence
(litres)
réfrence
moyenne
nombre
5536
1 307 699 542
236 217
idividuelles
3426
558 954 448
163 151
GAEC
1085
448 797 167
413 638
EARL
910
264 739 810
290 923
ONILAIT
vente directe
6 747 791
114 369
Troupeau mixte : normandes-prim-holstein
- 4 -
comme e relative à l’hectare sure Elle cède le pas sur les g
La production laitière est pratiquée sur tout le département. Elle est moins prépondérante, en volume comme en valeur
relative à l’hectare, sur les bassins légumiers, où elle peut d’ailleurs être parfois totalement absente. Elle cède le pas sur les
grandes zones d’élevage du cheval
(le Plain, autour de la Haye-Pesnel). De même le lait prend moins d’importance au sud de
Cherbourg.
EVOLUTION REFERENCE MOYENNE MANCHE
150000
170000
190000
210000
230000
250000
2002-2003
2003-2004
2004-2005
2005-2006
2006-2007
moyenne
moyenne (moins premier décile)
Evolution
depuis 35 ans
vaches
laitières
Nb
élevages
1970
363 240
35 032
1979
406 889
26 224
1988
353 105
15 458
2000
262 732
6 895
2004
241 948
5 608
2005
234 930
5 365
Recensements et enquêtes animales
2004 et 2005
Distribution du maïs ensilage en
stabulation
- 5 -
Place du département
La Manche détient avec les départements voisins, de Bretagne
et des Pays de Loire, les plus gros cheptels laitiers et les plus
importantes références. La production française en 2005 a été de
238 millions d’hectolitres, en 2006 de 235 millions d’hectolitres. Le
Grand Ouest (Basse-Normandie, Bretagne, Mayenne-Maine-et-
Loire, Loire-Atlantique) produit, à lui seul, 45% de la production
nationale. La Manche, avec une production de 13 millions
d’hectolitres, occupe le 2
ème
rang, elle talonne l’Ille-et-Vilaine et
devance les Côtes-d’Armor. Les départements de l’Orne et du
Calvados occupent les 9
ème
et 11
ème
places.
Les fluctuations annuelles des volumes livrés
Comme il a été dit plus haut, on constate, depuis 1990, une relative stabilité de la production, avec des écarts minimes liés
aux aléas climatiques, à la variation de la richesse du lait, aux périodes de vêlage, à l’état sanitaire des troupeaux…Le nombre
de vaches laitières ne cesse de décroître, mais la production est maintenue par une progression de la productivité (génétique,
race Prim’holstein, alimentation, renouvellement rapide…). La Manche, tout en ayant perdu 160 000 vaches en 30 ans, n’a
cessé d’accroître sa production jusqu’en 1986, elle la, ensuite, maintenue, sensiblement, au niveau de sa référence
départementale. Les producteurs sont aussi de moins en moins nombreux. Près de 300 producteurs devraient arrêter de
produire en 2007 (60 ans), plus de 200 en 2008, plus de 300 en 2009, libérant environ 120 millions de litres sur ces 3
prochaines années, soit 10 % du quota départemental. Par le jeu des transferts, des réattributions, de la redistribution de lait,
les livraisons ne devraient pourtant pas en être modifiées (constat depuis vingt ans).
La Manche, ne réalise pas, son « quota » depuis 3
campagnes, mais les écarts sont, à la marge, au maximum de
l’ordre de 1 %. Il est vrai aussi, toutefois, que la progression de
la productivité des vaches ne pourra toujours compenser le recul
du cheptel. Aujourd’hui, si rien ne permet d’être alarmiste sur le
volume produit et livré, la nouvelle donne du découplage,
l’évolution des cours des grandes cultures, les départs
nombreux, compensés que partiellement par
les installations,
imposent d’être vigilant sur les évolutions de cette activité.
La
Manche participe pour 5,6 % de la production française, les 10
départements du Grand-Ouest, pour 45 %, les évolutions même
relatives sur ces départements peuvent peser sur la production
nationale et la filière lait.
département
exploitations
laitières
Quotas déclarés
en litres
Ille et Vilaine
6246
1 474 271 228
Manche
5779
1 326 332 682
Côte d'Armor
5068
1 236 878 853
Finistère
4121
1 121 772 558
Mayenne
4917
1 050 382 288
Morbihan
4210
1 049 746 555
Loire-Atlantique
3040
791 655 225
Pas-de-Calais
3193
701 441 889
Orne
2648
643 599 918
Maine et Loire
2635
629 480 085
Calvados
2537
617 049 186
France
104927
23 795 375 827
ANNEE
2005 ( source: ONILAIT-SCEES)
Le quota comprend la vente directe et la matière grasse (en
équivalent)
Ecart relatif à la référence
par campagne dans la Manche
-0,20%
0,79%
0,78%
-1,03%
-0,79%
-1,70%
2000/2001
2001/2002
2002/2003
2003/2004
2004/2005
2005/2006
- 6 -
Les causes des sous réalisations depuis 2003
Il faut d’abord souligner que l’ajustement de la production sur la référence de l’exploitation est assez difficile à assurer. La
production est trop dépendante de facteurs externes divers et hors contrôle de l’éleveur (vus plus haut). Par ailleurs la menace
de pénalités, même si elle n’est pas source d’une inquiétude particulière, est toutefois à considérer: à quoi bon produire trop
pour être pénalisé à des hauteurs de prix supérieures aux prix de vente du lait ! Ce mécanisme a franchement limité la
production. La sous réalisation est à rechercher, aussi et surtout, dans les conditions climatiques du moment et aussi dans la
composition du cheptel.
En conditions climatiques anormales (ou éloignées de la moyenne), période humide ou sèche, la progression de la
production est plus difficile. En ce qui concerne le cheptel il est constaté une baisse du nombre de veaux. Cette diminution est
due à la régression du troupeau départemental laitier (moins une vache toutes les 75 minutes) et par ailleurs à la mortalité des
veaux qui reste importante et stabilisée autour d’un taux de
15 % des naissances. Ces particularités impliquent une
diminution de femelles et donc de génisses laitières de
renouvellement. Il faut y ajouter un facteur aggravant
avec
l’orientation de bon nombre d’exploitants, depuis les années
1980, vers la production de viande bovine: taurillons, vaches
allaitantes. Le service du contrôle laitier a constaté un déficit
d’environ 8 000 génisses en 2004 et 2005, qui a influé sur le
non-renouvellement du troupeau. En 2006 l’effectif de
génisses est regonflé et devrait permettre d’opérer une
remontée de la reproduction : c’est d’ailleurs ce qui semble se
produire, puisque les volumes de lait produits par le
département se sont stabilisés en juillet 2007, par rapport à
juillet 2006 et la prévision sur août laisse présager, dans la
Manche, une légère augmentation du volume de lait, par
rapport au même mois de 2006. Il faut y voir aussi, peut être,
l’effet de la garde de vaches laitières, qui auraient pu être
réformées.
causes des sous réalisations depuis 2003
Le poids de l’agroalimentaire
L’élevage
laitier
s’appuie
sur
un
tissu
d’industries
agroalimentaires dense et implanté de longue date. Le lait et la
viande sont les deux piliers de l’agroalimentaire normand. La
Manche (en 2004) c’est 65 établissements de plus de 20
salariés en aval de la production agricole, avec plus de 5 300
salariés.
(source : enquête SCEES - EAE 2004)
L’industrie laitière, à elle seule groupe 40 % des effectifs salariés
de l’agroalimentaire (plus de 20 salariés).
Les productions sont variées, mais avec une spécialisation assez
marquée pour les fromages, le beurre et la crème. La place du
département est prépondérante au niveau national dans toutes
ces productions, comme dans les fabrications de laits concentrés
conditionnés.
Répartition du cheptel de renouvellement au 1 novembre
2006 dans la Manche
-
5 000
10 000
15 000
20 000
25 000
30 000
35 000
40 000
45 000
50 000
génisse lait
plus de 4
ans
génisse lait
plus de 3
ans- 4 ans
génisse lait
2 ans-4ans
génisse lait
18 mois 2
ans
génisse lait
1 ans -18
mois
génisse lait
6 mois -1
ans
génisse lait
moins de 6
mois
âges de mise en
gestation
EVOLUTION DES PRODUCTIONS
DES INDUSTRIES
AGROALIMENTAIRES
LAITIERES DE LA MANCHE
0
20000
40000
60000
80000
100000
120000
140000
160000
1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005
laits de consommation
conditionné
beurre
crème conditionnée
fromages de vaches
tonnes
CONTRIBUTION MANCHOISE A LA FABRICATION
FRANCAISE DE PRODUITS LAITIERS EN 2005
0%
5%
10% 15% 20% 25% 30% 35% 40% 45% 50%
laits de consommation conditionné
lait concentrés conditionnés
beurre
crème conditionnée
fromages de vaches
dont à pâtes molles
dont fromages frais
yaourts et desserts
poudres de lait
2004
SECTEURS D'ACTIVITE
Nombre
d'établissem
ents
Effectif
salarié
moyen
INDUSTRIE DES VIANDES
16
1 283
INDUSTRIE DU POISSON
5
395
INDUSTRIE LAITIERE
19
2 103
FAB. ALIMENTS POUR ANIMAUX
9
187
AUTRES INDUST. ALIMENTAIRES
16
1 306
ENSEMBLE I.A.A.
65
5 274
MANCHE
- 7 -
La conjoncture actuelle
La conjoncture actuelle sur la filière lait présente un manque
de matière première pour les industries agroalimentaires. L’offre
insuffisante entraîne une montée importante des prix sur
certaines productions industrielles, comme le beurre, la poudre
de lait. La cotation du beurre
monte, sur le deuxième semestre,
des niveaux de 3 300 €/tonnes sont attendus. La poudre de lait
écrémé a flambé depuis le début de l’année, le cours marque
toutefois le pas autour de 3 400 € /tonne. La baisse des mises
en places de veaux de boucherie fait baisser la demande de
poudre maigre, mais son prix a doublé en une année. La poudre
grasse poursuit son envolée dans un marché mondial déficitaire.
Une détente pourra s’opérer en 2008, seulement si la collecte
mondiale ou européenne remonte. Les fabrications de produits
de grande consommation progressent légèrement en quantité.
Les prix de vente aux consommateurs restent sur des tendances
stables pour les fromages les yaourts et desserts, voire
baissières pour le beurre, la crème et le lait.
Le prix du lait, après les baisses importantes, liées
notamment à la mise en place de l’ADL, profite du déséquilibre
entre l’offre et la demande. Il est en hausse depuis le début de la
nouvelle campagne. En juillet les producteurs ont été mieux
payés qu’en 2005 et 2006, on note une revalorisation de 8,5 %
entre juin et juillet. Une telle hausse est inédite.
Parallèlement, les cours des céréales, eux aussi s’envolent,
renchérissant les aliments du bétail. Les bénéfices, que laisse
espérer la montée des cours du lait, sont effacés par le surcoût
sur les aliments.
Par ailleurs, les allocations provisoires (prêts de campagne)
à hauteur de 5 % sur la campagne en cours par rapport à la
référence, mettent la pression sur le cours des génisses et
amouillantes. Les cours des premières sont en hausse constante
depuis 2002. Les amouillantes sur le marché de Carentan, après
de longues semaines de relative stabilité, connaissent une
embellie sur les cours depuis le début 2007.
Evolution blé tendre
(source ONIGC)
EVOLUTION PRIX GENISSES SUR 10 ANS
2,2
2,4
2,6
2,8
3
3,2
3,4
1995
2000
2002
2003
2004
2005
2006
200
7
€/kg
199
EVOLUTION COURS PRODUITS LAITIERS
1500
2000
2500
3000
3500
4000
4500
1
1
4
2
7
4
0
1
1
4
2
7
4
0
1
1
4
2
7
4
0
1
1
4
2
7
4
0
1
1
4
2
7
4
0
1
1
4
2
7
4
0
5
3
1
3
2
6
3
9
5
2
1
3
2
6
3
9
5
2
1
3
2
6
beurre
poudre-cons-animale
poudre-cons-hum
poudre de lait
€/tonne
199
2000
200
2002
200
200
200
200
2007
EVOLUTION PRIX AMOUILLANTE (CARENTAN)
800
900
1000
1100
1200
1300
1400
1
1
0
1
9
2
8
3
7
4
6
3
1
2
2
1
3
0
3
9
4
8
5
1
4
2
3
3
2
4
1
5
0
7
1
6
2
5
3
4
4
3
5
2
9
1
8
2
7
3
6
4
5
2
1
1
2
0
2
9
3
8
4
7
€/tête
2002
2003
2004
2005
2006
2007
EVOLUTION DU PRIX AU PRODUCTEUR DANS LA MANCHE
DEPUIS 4 ANS
0,260
0,270
0,280
0,290
0,300
0,310
0,320
0,330
0,340
0,350
J
F
M
A
M
J
J
A
S
O
N
D
2004
2005
2006
2007
EFFET DU
MANQUE DE
LAIT
EFFET DE BAISSE AVEC
MISE EN PLACE ADL
90
110
130
150
170
190
210
230
250
270
0
4
.
0
5
.
0
6
0
6
.
0
7
.
0
6
0
7
.
0
9
.
0
6
9
.
1
1
.
0
6
1
1
.
0
1
.
0
7
1
5
.
0
3
.
0
7
1
9
.
0
4
.
0
7
2
1
.
0
6
.
0
7
en €/t
Hambourg
Rouen
Hull (Angleterre)
Pologne
+
- 8 -
Perspectives
Les cours des produits industriels, comme il est dit ci-dessus, se sont brutalement envolés ces derniers mois,
l’environnement international pour ces marchés ayant fondamentalement changé. Il y a encore, quelques mois, sur la
campagne laitière 2006/2007 les opérateurs (transformateurs, commerciaux…) incitaient au freinage de la production. N’a t’on
pas aussi entendu que le fait de redonner 1,5 % de quota supplémentaire entre 2005 et 2007 était une erreur et que le marché
allait être encore plus déséquilibré.
Les cours des produits laitiers depuis une date récente laissent penser qu’une ouverture est possible. S’inscrira-t-elle dans
la durée ? Une réponse bien difficile à apporter. Cependant la production laitière fait preuve d’une grande inertie. Une relance
de la production n’apparaît pas si simple.
Parmi les idées qui peuvent être émises ou peut retenir :
. L’accroissement du nombre de vaches laitières.
Les statistiques montrent que le nombre de génisses produites en 2005 et 2006 était faible. 2007 serait un
meilleur cru. En tout état de cause, il faut au moins 2 ans pour obtenir un animal laitier, une relance de
L’élevage n’aura qu’un effet ultérieur.
Le producteur peut aussi garder des animaux laitiers pour faire 1 lactation de plus. Cette option n’est pas sans
risque sur le plan de la santé de l’animal, notamment pour des animaux ayant eu de très forte lactation.
. L’accroissement de la productivité. Une marge de progrès reste certainement possible mais elle nécessite des
aliments complémentaires. Ces derniers suivent la progression des céréales avec également une envolée
des cours. Quelle limite économique admettra le producteur en complétant la ration de ses animaux laitiers ? Le centre de
contrôle laitier de la Manche admet cependant que les lactations peuvent encore progresser sur la prochaine décennie et être
économiquement rentable : en ZES, il est
préférable de limiter le nombre d’animaux et de privilégier la performance, la
stabulation de moins d’animaux est aussi plus intéressante (la place revient entre 3 et 4 000€/vaches), la progression de la
place de la Prim’holstein peut se poursuivre, et permettre moins d’animaux pour plus de lait.
. une ration de base de mauvaise qualité en 2007/2008 qui ne permettra pas d’exprimer le potentiel des
animaux de façon satisfaisante. Les foins sont de mauvaise qualité et les systèmes fortement axés sur l’herbe
seront dans l’embarras.
Les ensilages de maïs même avec un automne favorable ne donneraient pas les quantités habituelles ni la
Qualité.
Le contexte fourrager apparaît mauvais. Une correction avec des semis de plantes fourragères (Ray-grass d’Italie) semées
après les céréales n’apporterait pas suffisamment.
. La mortalité de veaux. Ce phénomène situé à hauteur
15 %
ampute le potentiel d’animaux destinés à
l’élevage. Un effort conséquent est à fournir dans ce domaine de la part de tous les acteurs ( GDS, techniciens…).
. La concurrence avec la viande qui limite la présence de génisses laitières. Les inséminations avec des
taureaux de race à viande doivent-elles être arrêtées. Ce conseil présente un risque. Qui saura le donner ?
On pourrait trouver d’autres causes. Malgré cela des marges de manoeuvre existent. La filière incite à la
relance pour une production bridée depuis plus de 20 ans.
Directeur de la publication : Y.GEFFROY
Composition :
Mission Interservices
d’Analyse du Territoire et Prospective
Impression D.D.A.F. 50
Dépôt légal : à parution
ISSN : en cours d’attribution
Note n° 3 – septembre 2007
D.D.A.F. de la Manche
Mission Interservices d’Analyse du Territoire et
Prospective
Service de l’Economie Agricole
Agricole
Cité administrative - 50009 S
AINT
-L
O
C
EDEX
Tél. : 02 33.77.52.40
Email :
ddaf50@agriculture.gouv.fr
Internet :
http://ddaf.manche.agriculture.gouv.fr
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