Silences et bruits du Moyen Âge à nos jours

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Que représente l'omniprésence du sonore, malgré les difficultés méthodologiques que posent sa captation, sa restitution, et son interprétation -, en interrogeant tout particulièrement la patrimonialisation des sons devenue actuellement un élément incontournable notamment dans le champ de la muséographie. Rejetés en tant que bruits, tolérés en tant que sons ou appréciés en tant que musicalités, les phénomènes sonores forment à ce point une part de nos identités qu'il s'agissait d'en cerner plus spécifiquement la nature et les signes de manifestation.
Publié le : dimanche 1 mars 2015
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EAN13 : 9782336371870
Nombre de pages : 198
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Sous la direction deSilences et bruits
Juliette Aubrun, Catherine Bruant, Laura Kendrick,
Catherine Lavandier, Nathalie Simonnotdu Moyen Âge à nos jours
Perceptions, identités sonores et patrimonialisation
Cet ouvrage est issu du colloque international « De la rue au musée. Silences et bruits Silences et sons du Moyen Âge à nos jours : perceptions, identités
sonores et patrimonialisation », qui s’est tenu à l’université de
Versailles -Saint-Quentin-en-Yvelines et à l’Institut national de du Moyen Âge à nos joursl’audiovisuel en 2012. L’objectif de cette rencontre était de montrer
l’intérêt que représente l’omniprésence du sonore – malgré les
diffi cultés méthodologiques que posent sa captation, sa restitution, Perceptions, identités sonores et patrimonialisation
et son interprétation –, en interrogeant tout particulièrement la
patrimonialisation des sons devenue aujourd’hui, notamment dans
le champ de la muséographie, un élément incontournable.
Rejetés en tant que bruits, tolérés en tant que sons ou appréciés en
tant que musicalités, les phénomènes sonores forment à ce point une
part de nos identités qu’il s’agissait d’en cerner plus spécifi quement la
nature et les signes de manifestation. Au-delà d’une thématique dont
les récentes publications montrent la fécondité dans le renouvellement
d’une approche sensible des sociétés, l’objectif de ce colloque était de
permettre aux chercheurs, venus d’horizons très divers – linguistes
et historiens, musicologues et ethnologues, acousticiens et praticiens
des sons, architectes et designers sonores –, d’échanger sur un objet
commun.
Sous la direction de Juliette Aubrun, Catherine Bruant, Laura
Kendrick, Catherine Lavandier et Nathalie Simonnot, sous l’égide
de la Fondation des sciences du patrimoine (LabEx Patrima).
Image de couverture © Institut d’études culturelles et
internationales, Université de
Versailles-Saint-Quentinen-Yvelines, 2012.
ISBN : 978-2-343-05106-2
19,50
Sous la direction de
Silences et bruits du Moyen Âge à nos jours
Juliette Aubrun, Catherine Bruant, Laura Kendrick,
Perceptions, identités sonores et patrimonialisation
Catherine Lavandier, Nathalie SimonnotSilencesetbruits
duMoyenÂgeànosjours© L’Harmattan, 2015
5-7, rue del’Ecole-Polytechnique, 75005Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-05106-2
EAN : 9782343051062Sousladirectionde
JulietteAubrun,CatherineBruant,LauraKendrick,
CatherineLavandier,NathalieSimonnot
Silencesetbruits
duMoyenÂgeànosjours
Perceptions, identités sonores et patrimonialisationRemerciements :
MohsenBenHadjSalem,AdrienDefrance,PaulineDelaitre,EstèleDupuy,Cédric
Feriel,JulienGoris,XavierHautbois,GuillaumeHeuguet,CãtãlinIulianHriban,
ThibautLeHégarat,MélanieMétier,ChloéMonfort,GoulvenOiry,Giancarlo
Palombini,MylènePardoen,PatrickRomieu,GeorgetaStoica etJean-Charle s
Valière, pour leur participationau colloque.
Conceptiongraphique:ChristianFonseca7
S
Introduction 9
JulietteAubrun,CatherineBruant,LauraKendrick,
CatherineLavandier,NathalieSimonnot
Compositions, inspirationset interprétation s
X Hu s 17
Dessonsde lanatureetde lacivilisationdans lamusiqueoccidentale:
unebrèvehistoiredubruit
Gca P & GGe sca 29
LedeltaduDanube, lepaysagesonor e
et leschansonsukrainiennestraditionnelle s
Rumeursurbaines
Gu 45
Lacomédieurbaine(1550-1650), les«bruicts»et lesrumeurs
Cătălin iulian Hriban 57
eProtimisi setsultan-mezatdans laMoldavieduXVIII siècle.
Lasonoritédumarché immobilie r
Hs H s 67
À l’écoutedessonsduquotidien,
oucomment lamédinatunisoisecréeson identitésonor e
Silence(s)
c c F 87
Lesonde l’urbanité.Appropriationdesespacespiétonniers
européensdans lesannées1960-197 0
Pu 99
Identitédeszonescalmesentantqu’objetsàpréserver.
Étude lexicographiqu e
113
DuSilenceàvendre!Lesmatériauxàperformanceacoustique:
lasolutioncontre lebruitdans l’architecturedesannées1955-196 5
naléiinmomaeelravjrébarneeiéedaroinbynaeirimelielodmnvlaaroatttbiolteioarnire
ie ie
tr
ie
ad
lom lo
ie
omm8 S
Archivesetconstructiond’unemémoire sensibl e
Hiu HéG 131
Unnouveluniverssonorepour lesFrançais.
Lesfonctionsd’identifcation,deritualisationetderemémoration
dessonsde latélévision
P 145
Lesoreillesà l’affût!Restitutiond’unpaysagesonore:
œuvrede l’imaginaireou recherched’authenticité ?
Guu HuGu 161
De lachambreau«cloud»?Fonctiondocumentaireduson
eténonciationéditorialedes«playersaudio »
Résumé s 173
Biographiedesauteurs 185
ratrèeoeemyleadraintllmntëaatiee
ll
ba
ommIntroduction
Le présentvolume est issu du colloque international,De la ruea u
musée.SilencesetsonsduMoyenÂgeànos jours:perceptions, identité s
sonores et patrimonialisation, qui s’est tenuà l’Université deVersaille s
Saint-Quentin-en-Yvelines età l’Institutnational de l’audiovisuel, le s
115 et16novembre201 2.L’objectif de cette rencontre était demontrer
l’intérêtquereprésentel’omniprésencedusonore–malgrélesdiffcultés
méthodologiquesqueposentsacaptation,sarestitutionetson interpréta -
tion–,en interrogeanttoutparticulièrement lapatrimonialisationdesson s
devenueaujourd’hui,notammentdans lechampde lamuséographie,un
élément incontournable.Mais,audelàd’unethématiquedont lesrécente s
publicationsmontrent laféconditédans lerenouvellementd’uneapproche
sensibledessociétés, ils’agissaitplusparticulièrementdepermettreaux
chercheursvenusd’horizonstrèsdivers, linguistesethistoriens,musico -
logues et ethnologues,acousticiens et praticiens des sons,architectes et
designers sonores, d’échanger surunobjet commun.
L’intérêtpour lacompréhensionde l’environnementsonoremontrede s
signesdevitalitéàpartirdesannées1970,quecesoitgrâceàdesdémar -
chesexploratoiresetexpérimentales–bienévidemment, lestravauxdeR.
2 3MurraySchafer etdeBarryTrua xquiontouvertunevoiemajeuredan s
ladéfnitiondupaysagesonore–ouàtraverslasensibilisationquiestfaite
auprèsdesprofessionnelsdel’espaceetdel’aménagement.Àlafndes
années1960, l’architecte eturbanisteMichaelSouthworth expérimente
un système de représentation des événements sonores, en demandant à
un groupe d’observateurs de faire des commentaires sur les condition s
4acoustiquesd’unezoneducentre-villedeBoston .Ils’agitd’unetentative
de spatialisation des perceptions sonores et de leur représentation sou s
la forme de cartes.En cela, elle se situe dans une longue tradition qui
eaccompagne l’urbanisme depuis la fn du XIX siècle et l’invention de
5lastatistiquegraphique :cellede lavisualisationspatialededonnées(de
faits)– de leurmise en image– dansunbut prédictif.
EnFrance,avec l’institutionnalisation de la recherche dans les école s
d’architecture, leschercheursduCressonréunisautourdeJean-Françoi s
Augoyard (ENSA deGrenoble)allaientainsiouvrir, dans lesannée s
1980,un domaine de recherche sur la perception dubruit, domaine que
lesacousticiensqualifaientalorsde«boîtenoire»desreprésentationset
de
lasubjectivité.Lanotionquiétaittravaillée,d’unemanièrepluridisciplinaire,étaitcellede l’effetsonoreetessentiellementenrapportavecson1 0 Silences etbruits duMoyenÂgeànos jours
potentieldescriptif.Dans lesannées1990, latransitions’effectueavec le s
notionsd’environnementsonore,puis–pouréchapperauxconnotation s
négativesde lanotiond’environmentquandellerevientdesÉtats-Unis –
d’ambiancesonore,ens’attachantplusparticulièrementaux interaction s
avec lesformes de sociabilité.
Dans lemême temps, l’histoiredes sensibilités forme un nouvea u
champ de recherche pour lessciences humaines,nourri destouspre -
miers travaux deLucienFebvredans lesannées1940, poursuivi par
RobertMandrou,AlainCorbinouArletteFarge, pourn’en citer que
quelques-uns.L’histoire est, en effet, riche de cesmultiples traces sen -
sibles qu’il s’agit de repérer et d’interpréter enfonction des sensibilité s
d’alors.LeMoyenÂge et lemondemoderne, dans lesquels l’oralité
joue un rôle essentiel, sont sensiblesauxbruits etaux silences et don -
nent une très grande placeà lavoix,y comprisparfois dans desacte s
juridiques,comme lerappelle justementLucienFebvredanssonanalyse
6dumonde deRabelai s .ArletteFarge signale l’importance de cesvoix
danslaconnaissancedumondemoderne,voixdiffcilesàretrouverpour
l’historienalors que l’onne sait pas encore engarder d’enregistrement,
mais quinous interpellentà travers les journaux intimes, les gazette s
rappelant l’environnementsonoredesrixes,etbienentendu lesarchive s
7judiciaires pleines de ces cris retranscrits .Historiens et ethnologues,
avec leurspropresméthodesetoutils,peuventainsi légitimementvouloir
reconstituer le paysage sonore du passé, s’interroger sur lanature et la
8perception des sons enfonction des époques comme des espace s .
Cette permanence de l’intérêt pour l’histoire du paysage sonore reste
vivace,alimentée par de nouveaux terrains d’exploration, comme le
confrment les programmes de recherchesur des civilisations antiques
9qui donnent lieuà des rencontres régulière s ouà la constitution d’outil s
1 0pour la recherche .Cet intérêt sait également tirer parti des célébration s
à caractèrehistorique pour enrichir des domaines de connaissance, lào ù
la recherche était encorebalbutianteou inexistante.Dans la foulée de s
événements commémoratifsautour de laPremièreGuerremondiale,on
penseraà l’expositionEntendre laguerr equisepenchesur l’expérience
sensiblefaceauxsonsde laguerre(violencede l’artillerie, instrumentsde
musiquefabriquésdans lestranchées,concertspatriotiquesdesoutienau x
11combattants) , toutununivers jusqu’ici imaginé sans pourautant que la
diversitéet l’intricationdecesdifférentessourcessonoresaientétérévélée s
de manière aussi évidente.Enfn, bien entendu, les musées ont depuis
longtempscompris l’intérêtdeconserverdestracessonores,enparticulier
lesmuséesd’ethnographieetdecivilisationsquiont,dès lesannées1930,Introduction 11
amorcé laconstitutiondespremièrescollectionsd’archivessonoresà l’ap -
puidesupportstechniquesdeplusenplusperformants.Parmi laquantité
dedispositifsmultimédiaquisontaujourd’huiproposésdans lesmusées,
lesontienttoujoursuneplace importante,capabled’immerger levisiteur
dans des espacesmulti-sensoriels etattractifs,visantà faire revivre de s
moments d’histoireou des situations demise en contexte.
Il seraitambitieux devouloir dresser ici en quelques lignes l’historio -
graphieduson,particulièrement lorsqu’ilsemanifestedanssesmultiple s
dimensionsallant de l’environnement sonore quotidien jusqu’aux pro -
grammesdeconservationscientifque.Forceestdeconstater,néanmoins,
l’attentiondeplusenplusportéesur l’histoiredesenvironnementssonores,
son insertionmarquée dans le champ de la recherche et de la pratique
muséale,maisaussidans lestentativesdeconservation insit u d’ambiance
s
caractéristiquesd’unecultureoud’uneépoque.Denombreusescommunicationsprésentées lorsducolloque,etréunies icipour lamajoritéd’entre -
elles,ontsoulignécetaspect.Qu’ils’agissede lanostalgiedesambiance s
de lamédina tunisienne traditionnelle (MohsenBenHadjSalem), de la
créationdecentres-villescensésrenoueravecunesituationurbaine idéale
(CédricFeriel)ou de la préservation dezones calmesavec toute la dif -
fcultéquesupposel’interprétationdecettenotion(PaulineDelaitre),il
sembleévidentquelamaîtrisedel’environnementsonorepasseparune
réfexionappuyéesurl’espaceurbain,quecesoitpourenchasserlebruit
oupourtenterdecréerunmilieusonoreparfaitementréglé.Patrimoineet
identitésonticidirectementquestionnésparlamaîtriseetlaconservation
de l’environnementdans lamesureoù lesonestmanipulédanssacapacité
àfaireterritoire.Unterritoiremarquéégalementpardessonoritésaudible s
àunemicro-échelle,auniveau de la rueou d’un quartier,à l’image de s
eannonceurs immobiliers de laMoldavie duXVIII siècle(CătălinIulian
Hriban)ou desrumeurs de l’intimité familialeoffertes, sans levouloir,
au commérage duvoisinage et dont lesmeilleursauteursont su sibien
exploiter le potentiel comique (GoulvenOiry).
PatrickRomieu l’a rappelé,hors lamusique, le son est dérangeant, a
fortioridans lesespaces intérieurs,dans l’intimitédufoyerouautravail,
lieux où la maîtrise du bruit est devenue un marché, durant les Trente
Glorieuses,pourdenombreusesentreprisesdematériauxacoustiquement
performants (MélanieMétier).À cemoment-là, la sociétéassimile le s
sonsà desbruits,y compris dans leszones les plus calmes comme dan s
1 2lescampagne s .Demême,ilparaîtlégitimedesedemandersilesrepré -
sentations idéellesdesespaceshistoriquesencentre-villeneconditionnent
pas également la perception et l’évaluation de leursambiances sonore s1 2 Silences etbruits duMoyenÂgeànos jours
par lescitadins,notamment lesriverainset
leshabitants.L’accroissement
desplaintespournuisancessonoresnocturnesdanscertainsquartiersparisiens le laisseà penser.La politique dubruit,menée par lamunicipalité
parisiennedepuisquelquesannées,estlerésultatdelagentrifcationdu
centre et du recul de lamixitéurbaine, commenous l’amontréAdrien
Defrance, mais aussi d’un rapprochement effectué entre«patrimoine
matériel»et«patrimoinesensoriel»,dontilestnécessaired’étudierles
présupposés et les pertinences.
Les dimensions sonores sontaujourd’huiau cœur des pratiques de
marketingurbain,commercialoutouristique,comme lemontre l’exemple
del’utilisationàdesfnstouristiquesdesambiancessonoresdudeltadu
Danube(GiancarloPalombinietGeorgetaStoica).L’expression«tradi -
1 3tioninventée » pourraitêtreutiliséeàproposdeceschantsenconcertqui
ontremplacé lesformesspontanéesdepolyphonie.Lespaysagessonores,
sensibles, seraient donc désormais reconnus comme partie prenante de
l’identité de laville.
Si les sourcesoriginelles formentbien, dans le cas des exploitation s
touristiques, un réservoir de libre interprétation, elles sont en revanche
interrogéesavecbeaucoup de scrupule dans le cadre des expérience s
muséographiques.MylènePardoënmontrebienlesdiffcultésinhérentes
àl’archéologiedupaysagesonore:diffcultésdanslarécoltedessources,
diffcultésd’ordre méthodologique, diffcultésliées à l’utilisation ou à
l’absence d’outils adéquats.Ce sont également les diffcultésliées à la
recherche de la compréhension d’un environnement sonoreancien (le
son des grelots et leur perception par les gens duMoyenÂge –Chloé
Monfort),ou celles inhérentesà la recherche de l’intention, de l’effet
recherché,dans lecasdespoteriesacoustiquesdeséglisesmédiévaleset
modernes(EstèleDupuyetJean-Charles Valière).Enfn,bienentendu,
commentne pas évoquer les innombrables réservoirs d’inspiration que
les sonsontfournisaux compositeurs etauxmusiciens,marqués par la
musicalité de certainessources et leur capacitéàretranscrire les impres -
sions d’un lieuou d’une situation (XavierHautbois) ?
Mais,à l’heureduweb,etcomme lemontreGuillaumeHeuguet,qu’en
est-il despratiques de capture, demise en forme, de l’authenticité de s
enregistrementspostés,etsurtoutde laconservationetde lavalorisation
desdocumentssonores?Unwebquipermet,parailleurs,grâceà lamise
en ligne denombreusessourcessonores,deredécouvrir
certainsgénériquesd’émissionsanciennescapablesdetransporter immédiatement,à la
seuleécoutedequelquesnotes introductives,dans l’universextrêmement
richeetcréatifdesjinglesdelagénération«télé»(ThibaultLeHégarat).Introduction13 1 3
Car,eneffet,lessons,commelesodeurs,permettentd’identiferimmé -
diatementune source.Avant d’être lefruit d’un travail de design indus -
triel,nous ditJulienGoris, lebruit d’uneHarley-Davidson, résidu d’un
effortmécanique, est devenuun signe de reconnaissance.Les élément s
constitutifs denotre paysage sonore fontappelànotremémoire, sont
associésàdes images,dessouvenirs(onseremémore),ànosémotionset
entrentdansnosmémoiresàmesurequ’ilssontrépétés.Etc’est justement
cette caractéristique qui estutilisée par les stratégies demarketing.
Toutes les communicationsont pointé lanécessité d’uneapproche plu -
ridisciplinaire,seulecapabledequestionnerdemanièrenouvelle lerôleet
l’importancedusondansnossociétés.Phénomèneproprementsensiblequi
faitdirectementappelauxaffects,auxsentimentsetauxmodesdepercep -
tion,changeantsetévolutifsparnature, lesonestdevenuunvéritablesujet
derecherchedans lasphèredesscienceshumainesetsocialesconsciente s
dunécessaire et stimulant intérêtà travailler l’histoire deshommes et de s
idéesàpartird’uneapprochesensible.Lesauteursdurécentdossierthéma -
e 14tique surL’histoire des sensibilitésauXX siècl e nous le rappellent san s
détour: l’histoiresensible, initiéeparLucienFevbreà lasuitedesrupture s
disciplinairesprovoquéesenleurtempsparFriedrichNietzsche,KarlMar x
etSigmundFreud,resteunvasteterraind’études,diffcileàappréhender
et pourtant riche d’enseignements sur la compréhension de l’histoire de
nos sociétés.Lanégliger conduitàune impasse qui enferme la recherche
1 5dansun«champdeféconditémédiocre ».
Si lesauteurs du présentouvrageontbien comprisoù se situaient le s
enjeuxdecetteapprochesensible, ilnousaappartenuderegrouper ladiver -
sitédessujetstraitéssousquatrethèmescentraux: lessonscommesujets
d’inspiration créatrice, lemilieu urbain commevéhicule d’identité(s),
les silences qui n’en sont pas vraiment et, enfn, les manières dont les
politiquespatrimonialesse sont emparées du son comme d’unobjet de
conservationou devalorisation culturelleàpart entière.L’histoiregagne
àtravaillersurcesexpressionssensiblesquinoussontsifamilières,com -
munes,quotidiennesetpourtantsidiffcilesàinterpréterobjectivement.
JulietteAubrun,CatherineBruant,LauraKendrick,
16CatherineLavandier,NathalieSimonnot
1.Organisésous l’égide duLabExPatrima,par leCentre d’histoire culturelle
dessocié-
téscontemporaines(CHCSC)etlelaboratoire«États,société,religion»(ESR)del’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ), les laboratoires«Mobilités,
réseaux,territoires,environnement»(MRTE)et«Lexiques,dictionnaires,informatique»
(LDI) de l’université deCergy-Pontoise (UCP), leLaboratoire de l’école nationale
supérieure d’architecture deVersailles (LéaV) et l’Institut national de l’audiovisuel
(INA).NoustenonsàremercierChristianDelporte(UVSQ),CorinneFrançois-Denève14 Silences etbruits duMoyenÂgeànos jours
(UVSQ),AnneHertzog (UCP),JulienLonghi (UCP),DamienMasson (UCP)
etJeanClaude Yon (UVSQ) pour leur participation au comité scientifque. Nous remercions
égalementÉtienneAnheim(représentant duLabExPatrima),BrunoLaurioux, directeur
de l’Institut d’études culturelles et internationales (UVSQ),FrançoisPernot, directeur
de l’UFR deLettres etScienceshumaines(UCP)etDenisMaréchal, chercheurà l’INA,
pour leuraccueil et leur introductionà ces journées.
2.MURRAYSHAFERRaymond,Theturningoftheworld,1977 (Lespaysagessonore s,
J.-C.Latès,1979).
3.TRUAXBarry(ed.),Handbookforacousticecology.WorldSoundscapeProject,Simon
FraserUniversity,andARCPublications,1978.
4.SOUTHWORTH Michael,«The SonicEnvironnement ofCities»,Environnentand
Behaviou r,n°1,1969, p.49-70.
5.CHÉTELA TJoël,«Lafgurationcartographiquedel’espacesonore»,ImagesRe-vue s,
7|2009, document8.http://imagesrevues.revues.org/437
e6.FEBVRELucien,Leproblèmede l’incroyanceauXVI siècle: lareligiondeRabelai s,
Paris,AlbinMichel,1942.
e7.FARGEArlette,EssaipourunehistoiredesvoixauXVIII siècl e,Montrouge,Bayard,2009.
8.CORBINAlain,Les cloches de la terre: paysage sonore et culture sensible dans le s
ecampagnesauXIX siècle,AlbinMichel,1994/GUTTONJean-Pierre,Bruitsetsonsdan s
notrehistoire: essais sur la reconstitution du paysage sonor e,Paris,PUF,2000.
9.Ànoter, deuxmanifestations récentes :
-«Lanotiondepaysagesonore:bilanhistoriographiqueetperspectivespourl’étudedes
civilisationsantiques»,Journéed’études,ÉcolefrançaisedeRome,7janvier2013.http://
calenda.org/231241
-«De la cacophonie à la musique: la perception du son dans les sociétés antiques»,
eProgramme paysages sonores et espaces urbains de laMéditerranéeancienne, 2table
ronde internationale,Écolefrançaise d’Athènes,12-14 juin2014.www.efa.gr
10.Depuis2008, l’Institutfrançais d’archéologieorientale (IFAO) constitueunebase de
donnéessur lamusiqueégyptienneancienneàpartirdesourcesarchéologiques,textuelle s
et iconographiques.http://www.ifao.egnet.net
11.Exposition«Entendrelaguerre»,HistorialdelaGrandeGuerre,Péronne,27mars-16no v
2014.http://www.historial.org/Manifestations/Agenda/Expositions/Entendre-la-guerre
12.VoirGRANGERChristophe,«Lecoqetleklaxon,oulaFranceàladécouverted u
bruit(1945-1975)»,VingtièmeSiècle.Revue d’histoire,Presses deSciencesPo,n°123,
2014/3,p.85-100.
13.Cf.HOBSBAWMEricetRANGERTerence(dir.),L’inventiondelatradition,Paris,Édition s
Amsterdam,2006 (TheInventionoftradition,Cambridge,PressoftheUniversity,1983).
e14.Collectif,L’histoire des sensibilitésauXX siècle,VingtièmeSiècle.Revue d’histoir e,
Presses deSciencesPo,n°123,2014/3,272p.
15.ELIASNorbert,LaDynamiquede l’Occident,traduitde l’allemandparPierreKamnitzer,
Paris,PressesPocket,1990,p.254 (ÜberdenProzeßderZivilisation,1939).CitéparMAUREL
Hervé,«Delapsychologiedesprofondeursàl’histoiredessensibilités:unegénéalogieintellec -
tuelle»,VingtièmeSiècle.Revued’histoir e,PressesdeSciencesPo,n°123,2014/3,p.25.
16.JulietteAubrun(UniversitédeVersailles-Saint-Quentin-en-Yvelines,CHCSC),Catherine
Bruant(Écolenationale supérieured’architecturedeVersailles,LéaV),LauraKendrick
(UniversitédeVersailles-Saint-Quentin-en-Yvelines,ESR),CatherineLavandier(Université
deCergy-Pontoise,MRTE),NathalieSimonnot (Écolenationale supérieure d’architecture
deVersailles,LéaV).
zCompositions, inspiration s
et interprétation sDes sons de lanatur e
et de la civilisation dans lamusique
occidentale:
unebrèvehistoire dubruit
X Hu S
Ledomainede lamusiqueestunespaced’expressiondans lequelsont
imprimées destraces concrètes de l’identité sonore des communautés.
Particulièrement dans la musique occidentale, de tradition écrite, on
trouve l’empreinte d’un patrimoine immatériel constitué de sons et de
bruitsde l’environnement,dessonsrelatifsà lanatureou laculturede leur
époque.Ces traces sont intéressantesà relever dufait de lafacilitéavec
laquelle il est possible de lesfaire ressurgir, commeun écho d’un passé
oublié, et dans lamesureoù lamusiqueoccidentale, depuissonorigine,
s’est clairement positionnée enoppositionavec lanotion debruit.Ily a
d’un côtéunemusique savante quinécessite le recoursàune théorie de
l’organisationdessonset,de l’autrecôté,cette incommensurablequantité
debruitsofferts par lanature et l’activité humaine, desbruits étrangers
au son musical et dont la maîtrise ne peut se faire«au premier abord »
quesous le jougd’unerythmiquerégulière.Lepremierélémentpermet -
tantdejustiferlaséparationdelamusiqueetdubruit,danslatradition
occidentale,est liéàsonoriginehellénique.Si les instrumentspercussif s
existent depuis destemps trèsreculés, ilsn’ontaucune place dans une
théorie harmonique qui prend en considération les relations entre le s
sons.Aujourd’hui, lephysiciennousditque lebruitestengendréparde s
vibrations defréquences irrégulières, tandis que le son d’un instrument
à hauteur déterminéea des fréquences harmoniquesproportionnelles.
Mais dans lestraités de l’écriture quiont fondé l’harmoniemusicale
1occidentale , lebruit estabsent: lebruit est inaccessible enmusique car
onne peutni le placer surune échelle qualitative,ni lui en extraire de s
données quantitatives permettant d’élaborer sonordonnancement.Le
secondélémentjustifantcetteséparationtientàlanaturemêmedubruit.
Àladifférencedessonsmusicaux,lessonsdelanatureontunesignif -
cation qui se réfèreà leursource d’émission sonore concrète.Certain s
iorvabat
ie18 Silences etbruits duMoyenÂgeànos jours
sons évoquent instantanément la crainte (comme le crépitement dufeu,
le fracas des éclairs, lesbourrasques, etc.), d’autres,au contraire, un
apaisement (lebruit desvagues, d’une rivièreou les chants d’oiseaux).
La signifcation accordée à ces sons provient de l’objet ou de la chose
qui les produit (c’est parce que le feubrûle que l’on perçoit le danger
à l’écoutedu crépitement) et en dehors de cette référenceà la source
sonore, le sonn’a pas de sens propre.Pour être concis,on pourrait dire
defaçonparadoxaleque le langagedesbruitsestétablietclair,tandisque
le langagemusicalne l’estpas.Onnedonnepassensaubruitcar lebruit
véhicule son propre sens.En quelque sorte, l’opposition traditionnelle
entre lamusique et lebruit se révèle êtreune distanciation entre l’art et
lanature, deuxuniverssonoresayant chacununpérimètre d’expression
singulier.Nousallons tenter de dégager, dans cettebrève introduction à
l’histoire dubruit, les différents compromis quiont permis de dépasser
lescontradictionsdecetteoppositionetrelever lafaçondont lescompo -
siteursont intégré les sons de leur environnement dans lamusique.
L’imitation
L’attraitd’une imitationmusicaledesbruitsnaturelsetde lacivilisation
2est confrmé par les auteurs anciens .Il apparaît très tôt que la notion
d’imitationappliquéeà lamusiqueréunitdeuxaspects:celuid’unecopie
serviled’uneformesonore(onparleraalorsdemusique imitative)etcelui,
plus fou, d’une suggestion d’un événement ou d’une action (que l’on
nommemusiquedescriptive etque l’onappellera plus tardmusiqueà
e 3programme).Aprèsdetimidesessaisd’imitation(dès leXIII siècle ), la
techniquemusicale du contrepoint permettra de décrireavec de plus en
plusdedynamismeetdevéracité lessonsde lanatureetde lacivilisation.
e 4Pour les contrapuntistes italiens duXIV siècle , il s’agira, par exemple,
d’introduire des cris d’animaux (bêlement desagneaux,aboiements de
chien)oudes’échapperde l’imitationpourtendreàuneexpressionplu s
symbolique(simuler levold’unoiseaupar ledessinmusical).Leschan -
sonniers du début de laRenaissance française tenteront de donner une
interprétation prochede la réalité en faisant s’assembler desonomato -
pées, desphrases courtes et irrégulières,ausensparfois incohérent dont
les effets comiques et de surprise sontappréciés: lavélocité du rythme
s’avère propiceà décrire des scènesaniméesoù se croisent et échan -
gent demultiples personnages, desanimauxou des hommes.Il s’agit
de scènes champêtres(chezClémentJanequinouNicolasGombert),
très prisées dans toute l’Europe.L’introduction de chants d’oiseaux est
souventunprétexte pourmettre enscène lesujet poétique, quipeut être

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