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Sujet : Les médias et l’opinion publique dans les grandes crises politiques en France au XXème siècle Les attentats du 8 janvier dernier, contre Charlie Hebdo, un journal satirique, montre de façon douloureuse que les médias sont au cœur des grandes crises politiques. Ils sont des instruments qui permettent de sentir l’évolution de la pensée de leurs lecteurs, mais aussi des instruments pour former la population à de nouvelles idées. Leur affirmation se fait en même temps que la naissance de l’opinion publique, comme le fait remarquer Jürgen Harbemas: médias et opinion publique sont donc intimement liés. Lors des crises politiques, la démocratie est particulièrement mise en danger, ce qui se traduit dans les médias. En France, ces crises sont nombreuses au XXe siècle, de la première guerre mondiale aux questionnements de la fin du XXe siècle sur les sondages. Comment dans ce contexte les médias participent-ils au maintien de la démocratie? Nous verrons qu’au temps de la presse écrite, jusque dans les années 1930, les médias sont un lieu de débat contradictoire, même si le pouvoir tend peu à peu à les contrôler pour se stabiliser. Vient ensuite le temps du contrôle: la radio et la télévision sont soumis jusqu’au début des années 1970 à un contrôle strict de l’Etat, qui les utilise comme moyens officiels de communication.
Publié le : mercredi 24 février 2016
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Sujet : Les médias et l’opinion publique dans les grandes crises politiques en France au XXème siècle
Les attentats du 8 janvier dernier, contre Charlie Hebdo, un journal satirique, montre de façon douloureuse que les médias sont au cœur des grandes crises politiques. Ils sont des instruments qui permettent de sentir l’évolution de la pensée de leurs lecteurs, mais aussi des instruments pour former la population à de nouvelles idées. Leur affirmation se fait en même temps que la naissance de l’opinion publique, comme le fait remarquer Jürgen Harbemas : médias et opinion publique sont donc intimement liés. Lors des crises politiques, la démocratie est particulièrement mise en danger, ce qui se traduit dans les médias. En France, ces crises sont nombreuses au XXe siècle, de la première guerre mondiale aux questionnements de la fin du XXe siècle sur les sondages. Comment dans ce contexte les médias participent-ils au maintien de la démocratie ? Nous verrons qu’au temps de la presse écrite, jusque dans les années 1930, les médias sont un lieu de débat contradictoire, même si le pouvoir tend peu à peu à les contrôler pour se stabiliser. Vient ensuite le temps du contrôle : la radio et la télévision sont soumis jusqu’au début des années 1970 à un contrôle strict de l’Etat, qui les utilise comme moyens officiels de communication. Enfin, depuis les années 1970, les médias anciens ou nouveaux, comme internet, semblent moins soumis au contrôle de l’Etat, et s’expriment plus librement lors des crises.
I – Le temps de la presse écrite (1900-1930s) 1) Les journaux s’expriment librement pendant l’ « âge du papier » (1900-1914) - la presse est une force médiatrice entre le citoyen, le gouvernement et les autres forces politiques presse d’information: le citoyen a désormais accès à la presse pour se tenir informé du débat public mais presse aussi conçue comme un instrument pour former la population aux nouvelles idées = presse d’opinion - les joutes idéologiques sont pour beaucoup dans le succès d’un journal. ex de l’affaire Dreyfus (à évoquer après 1900) et rôle de la caricature cette presse influe sur le déroulement des crises politiques en permettant de mobiliser l’opinion publique
2) Les médias dans la première guerre mondiale - pendant la guerre 1914-1918, la presse est instrumentalisée par le pouvoir politique : retour de la censure et propagande qui participent au « bourrage de crâne » Ex : les balles allemandes ne tuent pas - en réaction, apparaissent les journaux de tranchées et leCanard Enchaîné, journal satirique qui utilise l’humour et l’ironie et met en scène la censure (cases vides) pendant cette crise, l’Etat cherche donc à contrôler la presse pour mobiliser l’opinion publique
3) Les médias après 1918 - la presse demeure un espace d’affrontement idéologique grands journaux populaires accentuent la fracture entre opinion publique et monde politique, après la multiplication des scandales politiques et financiers des années 1930 (affaire Stavisky) politisation des journaux s’accroît. 6 février 1934, la violence des partions reflète cette fracture. Les journaux conservateurs et l’Humanité jouent un rôle certain dans la démission de Daladier le 7 février. /- La radio est plus contrôlée par le monde politique : la nuit du 6 février 1934, la radio attend la fin de l’opéra diffusé pour diffuser un communiqué du ministère de l’Intérieur. Radio Paris présente les manifestants comme des « repris de justice ». Prenant appuis sur la « menace fasciste », le gouvernement d’unité nationale puis le front populaire renforcent le contrôle étatique de la radio : création d’une grande administration placée sous l’autorité directe de la présidence du conseil entre 1935 et 1939 (= « TSFIO », contre laquelle s’insurgent les journaux de droite) si la presse apparaît comme relativement libre et concourt à amplifier la crise de 1934, la radio apparaît comme un média beaucoup plus contrôlé. Ce contrôle se maintient jusqu’aux années 1970.
II- Des médias réglementés par l’Etat (1939-1968) 1) La bataille de l’information pendant les années noires - défaite de 1940 = rupture car avec la fin de la démocratie, presse et radio sont soumises à la propagande et à la censure. Véritable instrumentalisation par le pouvoir politique - Presse : jusqu’en 1944, la presse est muselée : beaucoup de titres disparaissent avec l’interdiction allemande dès 1940, d’autres se réfugient en zone libre où les conditions de publications sont à peine meilleures. Certains servent la propagande allemande qui les financent, d’autres la Révolution Nationale. Les services de la propagande allemande soutiennent la création d’un ensemble de titres dévoués à la collaboration. essor de la presse clandestine atteste cependant d’une intense demande d’informations (plus de 1000 titres publiés entre 1940 et 1944 : cf. les combats de la Résistance étudiés en première). Cette presse de la Résistance s’organise en liaison avec la « France Libre » (création en 1943 de la Fédération nationale de la presse clandestine). - Radio : une véritable guerre des ondes. services de Goebbels diffusent dès le début de la guerre des émissions en français Moyen utilisé par Pétain pr s’adresser aux Français le 17 juin 1940. Aps l’armistice, réseau d’émetteurs divisé en deux : Radio Paris au Nord sous contrôle allemand, Radio Vichy au Sud qui s’aligne progressivement sur les thèmes de la Radio all moyen aussi utilisé pr l’Appel du 18 juin 1940, peu écouté (normal car fréquence anglaise et appel non attendu). En septembre 1940 débute, sur les ondes de la BBC, l’émission « Les Français parlent aux Français », dont le succès s’accentue à mesure qu’approche la Libération, malgré les attaques virulentes de la propagande allemande et vichyste contre le « général micro ». une division politique et dans l’opinion publique. Les médias sont toutefois mobilisés et contrôlés dans chaque camp.
2) Un contrôle accru de l’Etat - dès 1944, réorganisation de la presse Création de l’AFP Les journaux supprimés en 1940 reparaissent (L’Humanité) et cohabitent avec les titres issus de la Résistance (France Soir, Libération). Création d’un nouveau quotidien,Le Monde(Hubert Beuve-Méry) Naissance d’une presse illustrée, grand public (Paris Match, qui donne une place centrale aux reportages photos) et des hebdomadaires politico-culturels (L’Express, France Observateur, qui se mobilisent contre la guerre en Algérie) la presse est relativement indépendante - la radio et la télévision sont plus contrôlées. Elles sont mises lors des grandes crises (13 mai 1958, 1961 avec le putsch des généraux, …) au service de l’Etat gaulliste : pour De Gaulle, la radio et la télévision relèvent des prérogatives directes du chef de l’État. La Maison de la Radio, inaugurée en 1963, symbolise la centralisation de l’audiovisuel français Dans les années 1960, la télévision s’affirme comme le canal privilégié de la communication élyséenne. Création de l’ORTF en 1964 des médias qui se renouvellent, mais sous surveillance. Il s’agit de rassurer l’opinion publique pour éviter d’amplifier les crises.
3) L’exemple de mai 68 - En 1968, l’information passe d’abord par la radio : la radio publique est très contrôlée, mais des radios préiphériques (RTL, Europe 1) retransmettent l’évènement en direct grâce au transistor, et amplifie le sentiment de peur causé par le mouvement - très imprégnés d’une culture de l’écrit, les acteurs du mouvement privilégient quant à eux la presse alternative et les affiches
- la télévision, sourde aux événements jusqu’au 10 mai, rejoint le mouvement fin mai dans la grève. Les revendications des rédactions touchent pour l'essentiel à la liberté d'expression. Ce long conflit s’achève par d’importantes sanctions et un contrôle renforcé de l’audiovisuel public. une presse libre, mais radio et télévision sous contrôle de l’Etat. Ces médias aident à limiter l’ampleur des crises qui frappent la France.Cela change à partir des années 1970
III- Diversification des médias et mutation de l’opinion publique (1968 à 2000) 1) La libéralisation de l’audiovisuel - la libéralisation de l’audiovisuel intervient plus tard, dans les années 1980 Avènement des radios libres (privées et non contrôlées par l’Etat) en 1981 1974, éclatement de l’ORTF et naissance de plusieurs chaînes. 1982, autorisation des chaînes télévisuelles privées Création du CSA = conseil sup de l’audiovisuel en 1989, qui est chargé de garantir l’indépendance du service public et de délivrer des autorisations d’émettre aux chaînes de radio et de télévision la radio et la télé sont moins contrôlées par le pouvoir
2) Médias et sondages - une crise politique « rampante » = pas de crise politique majeure depuis mai 1968, mais l’opinion se défie de plus en plus de ceux qui sont censés la représenter. - pour tenter de mesurer l’opinion publique, le sondage est de plus en plus utilisé. Mais ses résultats restent approximatifs (cf 21 avril 2002) les médias peuvent en les divulguant jouer sur le résultat des élections et provoquer une crise politique. Ou s’agit-il d’une réaction plus profonde ?
3) L’ère du numérique : vers une fragmentation de l’opinion publique ? - nouvelle diversification des médias diversification de l’offre télévisuelle s’accroît : câble, satellite, TNT. Nombreuses chaînes d’information en continu développement des TIC = technologies de l’information et des communications (internet, portables…) 1993 : premier navigateur internet 1995 : premier réseau social (classmates.com ; 2006 pr Facebook) - internet permet un accès plus rapide à l’information et aux idées + permet de faire entendre la voix de e chacun (« cyberdémocratie ») cf mobilisation contre J M Le Pen au 2 tour de l’élection présidentielle de 2002 /aussi lieu de diffusion de rumeurs et fausses nouvelles + chacun peut devenir par le biais d’un blog commentateur d’une actualité qu’il ne peut pas forcément décrypter correctement (faible degré de connaissances techniques ou politiques) les médias favorisent-ils vraiment la démocratie ?
En conclusion, les médias favorisent la formation de l’opinion publique tout en étant le reflet de celle-ci ; les débats traduisent l’affrontement des forces politiques tout en influençant leur issue. Ils font entendre différentes voix, et en cela, ils permettent d’affirmer la démocratie. Mais les pouvoirs politiques peuvent être tentés de contrôler les médias pendant les crises. L’avènement d’internet peut aussi être questionné : s’il permet à chacun de prendre la parole, ne concoure-t-il pas à fragmenter les opinions ? Sommes-nous aujourd’hui dans une société démocratique ou dans une société médiatique, dans laquelle émerge une « opinion de masse » se nourrissant de sensationnel et d’émotion, sans vraiment réfléchir aux problèmes de notre société ?
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