[TRIBUNE] L'UMP doit en finir avec la droite des valeurs - Juil. 2014

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L’UMP doit en finir avec la droite des valeurs Tribune publiée sur FigaroVox.fr le 4 juillet 2014 et cosignée par Maël de Calan, En uerrand Delanno , et Matthieu Schlesin er.  Combien de temps faudra-t-il à la droite pour solder l’héritage de Patrick Buisson? L’ombre du mauvais génie plane sur l’appel à «une droite des valeurs» lancé par Rachida Dati, Henri Guaino, Guillaume Peltier et Laurent Wauquiez dans Valeurs Actuelles, et ce sont ses mots qu’on reconnaît à travers les lignes: une droite «forte» s’opposerait à une droite «molle», le «peuple» aux «élites» et le «volontarisme» à la «modération». Si on n’attendait guère mieux de certains signataires, qui incarnent des pratiques politiques («peoplisation», mélange des genres, recherche permanente du «buzz») dont les Français ne veulent plus, et qui devraient s’expliquer sur les dernières révélations du Canard enchaîné plutôt que de donner des leçons de «valeurs», que viennent faire Henri Guaino et Laurent Wauquiez dans cette galère? Le gaulliste qui a conseillé Nicolas Sarkozy et le brillant ministre qui a porté plusieurs chantiers essentiels du quinquennat? Car en dehors du fait qu’aucune fraction de l’UMP ne peut s’arroger un quelconque monopole sur les valeurs, cet appel nous invite en réalité à rompre avec notre culture de gouvernement, pour nous perdre dans une culture de la contestation. Cette voie constitue un péril mortel pour notre famille politique.
Publié le : vendredi 10 octobre 2014
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L’UMP doit en finir avec la droite des valeurs Tribune publiée sur FigaroVox.fr le 4 juillet 2014 et cosignée par Maël de Calan, En uerrand Delanno , et Matthieu Schlesin er. Combien de temps faudra-t-il à la droite pour solder l’héritage de Patrick Buisson? L’ombre du mauvais génie plane sur l’appel à «une droite des valeurs» lancé par Rachida Dati, Henri Guaino, Guillaume Peltier et Laurent Wauquiez dans Valeurs Actuelles, et ce sont ses mots qu’on reconnaît à travers les lignes: une droite «forte» s’opposerait à une droite «molle», le «peuple» aux «élites» et le «volontarisme» à la «modération». Si on n’attendait guère mieux de certains signataires, qui incarnent des pratiques politiques («peoplisation», mélange des genres, recherche permanente du «buzz») dont les Français ne veulent plus, et qui devraient s’expliquer sur les dernières révélations du Canard enchaîné plutôt que de donner des leçons de «valeurs», que viennent faire Henri Guaino et Laurent Wauquiez dans cette galère? Le gaulliste qui a conseillé Nicolas Sarkozy et le brillant ministre qui a porté plusieurs chantiers essentiels du quinquennat? Car en dehors du fait qu’aucune fraction de l’UMP ne peut s’arroger un quelconque monopole sur les valeurs, cet appel nous invite en réalité à rompre avec notre culture de gouvernement, pour nous perdre dans une culture de la contestation. Cette voie constitue un péril mortel pour notre famille politique.
LA DROITE DES VALEURS, C’EST LA GAUCHE AU POUVOIR Appeler à l’émergence d’une «droite des valeurs» est d’abord une erreur stratégique qui rétrécit notre base électorale. On devrait le savoir d’expérience: les précieux conseils de radicalisation portés en 2012 par Patrick Buisson et ses jeunes poulains de la droite forte nous ont fait perdre les élections. Au deuxième tour de l’élection présidentielle, il nous a en effet manqué plus d’un million de voix de droite dans l’ouest et les grandes villes, dans un contexte d’antisarkozysme très fort, mais aussi de rejet par nombre d’électeurs d’une ligne qu’ils ne cautionnaient pas.
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Appeler à l’émergence d’une «droite des valeurs» en l’opposant à la «droite sans valeurs» reviendrait également à enfermer l’UMP dans un face-à-face mortel entre une «aile centriste» et une «aile autoritaire», dont il ressortirait que nous ne sommes d’accord sur rien, et qui condamnerait notre famille à l’explosion. Mais l’UMP, ce n’est pas cela ! Si nous sommes les héritiers de traditions politiques différentes, notre Union est soudée par une communauté de vues qui rassemble l’immense majorité de ses adhérents, et nous permet simplement «d’être de droite»: d’être attachés à la décentralisation avec Jean-Pierre Raffarin, au dialogue social avec Gérard Larcher, à l’équilibre budgétaire avec Gilles Carrez, à l’autorité de l’Etat avec Eric Ciotti, à la défense de la famille avec Hervé Mariton. C’est la grande leçon de Nicolas Sarkozy que d’avoir fait oublier à l’UMP qu’elle était composite, leçon que certains thuriféraires foulent au pied aujourd’hui.
LA DROITE DES VALEURS, C’EST L’IMPUISSANCE AU POUVOIR La voie de la radicalisation est ensuite une impasse politique. Le dédain affiché pour les «catalogues de mesures techniques», c’est-à-dire l’exercice concret du pouvoir, révèle une erreur d’analyse sur les raisons de nos échecs passés et sur les conditions d’une réconciliation avec le peuple. Depuis le début des années 1980, la droite n’a pas oublié de professer ses «valeurs»: nos documents de campagne regorgent d’appels au mérite, à la lutte contre la fraude sociale ou à la restauration de l’autorité. Mais, nous avons déçu au pouvoir, incapables que nous avons été de transformer nos «éléments de langage» en actions concrètes. Nous avons manqué souvent de préparation, de persévérance et d’une véritable épaisseur idéologique, notamment sur les questions économiques et sociales. Plutôt que de gaspiller ses années d’opposition, à répéter comme le PS en son temps trois ou quatre mots magiques censés tenir lieu de programme, augmentés de l’adjectif «fort» pour faire bonne mesure, la droite doit se préparer avec exigence à l’exercice du pouvoir et élaborer avec un grand degré de précision les politiques qui sortiront la France de l’ornière. Car c’est enfin en réglant les problèmes du peuple qu’on se réconciliera avec lui. En restaurant notre potentiel de croissance qui tend vers zéro. En rétablissant notre situation financière. En revenant au plein emploi par la libéralisation du marché du travail. En refondant notre école au travers de
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l’autonomie des établissements. En investissant pleinement les institutions européennes pour peser de tout notre poids. Les Français attendent moins une droite des valeurs qu’une droite des solutions.
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