[TRIBUNE] Lire, écrire, compter, avant de coder

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06-11-2014 Ecole : avant de coder, apprenons à lire, à écrire et à compter Tribune publiée dans Valeurs Actuelles le 06-11-2014 par le pôle Education de la Boîte à idées. Lors de sa dernière conférence de presse, le président de la République a annoncé son nouveau « grand plan numérique » pour l’école. Vieille martingale de la communication politique, l’introduction des nouvelles technologies dans l’éducation permet d’orienter les regards vers l’avenir, loin des problèmes actuels de l’école, autrement plus urgents. Au-delà de l’effet d’annonce, la diffusion du numérique dans les classes doit être conduite avec le plus grand discernement. Susceptibles de bouleverser les méthodes d’apprentissage, les innovations digitales peuvent, en matière scolaire, déboucher sur le meilleur comme sur le pire. Il ne s’agit pas de nier ni-même de relativiser l’importance des nouvelles technologies. Nos enfants, qui grandissent dans un monde de plus en plus numérisé, doivent apprendre à en maîtriser les outils et à s’adapter sa complexité. L’emballement élyséen pour l’éducation numérique ne doit pas pour autant conduire à fragiliser une école qui n’en a pas besoin. Dans leur élan novateur, le Président de la République et la Ministre de l’Education nationale ont évoqué l’introduction de serious games et de cours de codage dans les programmes du primaire ou encore la distribution de tablettes à tous les élèves.
Publié le : vendredi 7 novembre 2014
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06-11-2014


Ecole :
avant de coder, apprenons à
lire, à écrire et à compter


Tribune publiée dans Valeurs Actuelles le 06-11-2014 par le pôle Education de la
Boîte à idées.

Lors de sa dernière conférence de presse, le président de la République a
annoncé son nouveau « grand plan numérique » pour l’école. Vieille
martingale de la communication politique, l’introduction des nouvelles
technologies dans l’éducation permet d’orienter les regards vers l’avenir,
loin des problèmes actuels de l’école, autrement plus urgents. Au-delà de
l’effet d’annonce, la diffusion du numérique dans les classes doit être
conduite avec le plus grand discernement. Susceptibles de bouleverser les
méthodes d’apprentissage, les innovations digitales peuvent, en matière
scolaire, déboucher sur le meilleur comme sur le pire.

Il ne s’agit pas de nier ni-même de relativiser l’importance des nouvelles
technologies. Nos enfants, qui grandissent dans un monde de plus en plus
numérisé, doivent apprendre à en maîtriser les outils et à s’adapter sa
complexité. L’emballement élyséen pour l’éducation numérique ne doit pas
pour autant conduire à fragiliser une école qui n’en a pas besoin. Dans leur
élan novateur, le Président de la République et la Ministre de l’Education
nationale ont évoqué l’introduction de serious games et de cours de
codage dans les programmes du primaire ou encore la distribution de
tablettes à tous les élèves. De telles initiatives, au-delà du coût qu’elles
engendreraient, ne répondent pas aux véritables défis que doit relever un
système éducatif en perdition.

Avant de planifier la nécessaire transition numérique de l’école, il est
indispensable de se poser la question de l’âge auquel les élèves doivent
être initiés au monde digital, en prêtant attention aux étapes élémentaires



1





1de leur développement intellectuel. Les penseurs les plus éclairés nous
apprennent que pour bien maîtriser les outils numériques, il faut d’abord
avoir l’esprit formé. Cela implique ainsi l’acquisition préalable de solides
compétences langagières, d’une culture générale minimale et d’une
capacité à faire le tri, à hiérarchiser, à comprendre, à critiquer et à
discerner.

Le « grand plan » du président Hollande inverse en fait l’ordre des priorités.
Nous ne réussirons l’entrée de l’école dans l’ère numérique qu’en répondant
à la véritable urgence que représente la transmission des savoir-faire
fondamentaux à l’école primaire, le fameux « lire, écrire, compter ». C’est
grâce à eux que les élèves s’empareront au mieux des outils digitaux. Or,
aujourd’hui, les lacunes des élèves en français et en calcul sont de plus en
plus préoccupantes. Les résultats calamiteux de notre système éducatif
soulignés par le dernier rapport PISA ne sont que le triste reflet de notre
incapacité à transmettre ces outils essentiels dès le plus jeune âge. Au-delà
des maladresses médiatiques du ministre de l’Economie, l’illettrisme et
l’innumérisme sont à cet égard des réalités inquiétantes, qui gagnent du
terrain.

Notre très moderne ministre de l’Education devrait donc s’assurer, avant de
distribuer des tablettes aux élèves, que chacun maîtrise le français et le
calcul, condition première de la réussite des élèves de France, quel que soit
leur milieu social. Gardons-nous de céder à une technolâtrie un peu
désuète : le numérique, s’il n’est pas porté par une conception globale de
l’enseignement et de l’école, peut nuire au progrès des élèves. Il est
d’ailleurs frappant de constater qu’un nombre croissant de cadres et
d’ingénieurs de la Silicon Valley - qui connaissent leur sujet, inscrivent leurs
enfants dans des écoles « déconnectées ».

2Dans notre dernière contribution , le pôle Education de la Boîte à Idées
apporte des réponses à cette urgence absolue qu’est la transmission des
savoir-faire fondamentaux à travers dix propositions. Parmi elles, figurent
notamment la suppression ou l'allègement de certains enseignements au
profit du français et du calcul, une évaluation régulière des compétences
des élèves dans ces matières, ainsi que deux heures de soutien
hebdomadaire pour les élèves en difficulté. Un tel défi ne pourra être relevé
qu’en revalorisant le métier de professeur des écoles et en lui assignant des

1
VoirnotammentMarcelGauchet,Marie-ClaudeBlois,DominiqueOttavi,Transmettre,Apprendre(stock,
2014)
2
«Lire,écrire,compter»:10propositionspourque100%desélèvesmaîtrisentlessavoirsfondamentauxen
sortantduprimaire,http://www.boite-idees-ump.fr/

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missions claires. Nous proposons l’augmentation de la prime annuelle des
enseignants, ainsi que leur accompagnement, dès lors qu’ils rencontrent
des difficultés dans l’enseignement du français et des mathématiques.

Ebranlé par les contreperformances de ces dernières années, notre système
éducatif est à la croisée des chemins. Il faut concentrer nos efforts pour
faire de l’école de la République ce lieu à même de préparer au mieux les
jeunes générations au monde complexe dans lequel ils évoluent, pour leur
permettre de tirer parti des innombrables opportunités qui s’offriront à eux.

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