[TRIBUNE] Rénovation politique et révolution morale - Juin 2014

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24.06.2014 A l’UMP, rénovation politique, révolution morale Tribune publiée le 24 juin 2014 sur le site de l’Opinion et co-signée par Maël de Calan, Enguerrand Delannoy et Matthieu Schlesinger. Si la crise que traverse l’UMP se résumait à une affaire de fraude, elle serait après tout assez superficielle : l’humanité est ainsi faite qu’il existe partout des gens malhonnêtes et sans scrupules, qui trouvent tout à fait normal d’avouer avec des larmes de crocodile des malversations gigantesques, tout en refusant de démissionner de leurs mandats et en tirant sur ceux qui viennent éteindre l’incendie. Mais le séisme provoqué par l’affaire « Bygmalion » est en réalité beaucoup plus grave. D’abord, parce qu’il intervient après tant d’autres scandales (Cahuzac, Guéant, Buisson, Morelle etc.) dont la répétition témoigne d’une décomposition morale de notre vie politique. Ensuite parce qu’il intervient sur fond de crise économique et sociale, et dans un contexte inédit d’affaiblissement simultané du pouvoir et de l’opposition. Enfin parce que les travers qui rendent la politique détestable aux Français touchent des « jeunes » comme des « vieux », de sorte qu’on ne résoudra rien en se bornant à « sauter une génération ». Cette crise généralisée – morale, politique, économique, sociale – a sa cohérence.
Publié le : vendredi 10 octobre 2014
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24.06.2014


A l’UMP, rénovation politique,
révolution morale


Tribune publiée le 24 juin 2014 sur le site de l’Opinion et co-signée par
Maël de Calan, Enguerrand Delannoy et Matthieu Schlesinger.

Si la crise que traverse l’UMP se résumait à une affaire de fraude, elle serait
après tout assez superficielle : l’humanité est ainsi faite qu’il existe partout
des gens malhonnêtes et sans scrupules, qui trouvent tout à fait normal
d’avouer avec des larmes de crocodile des malversations gigantesques,
tout en refusant de démissionner de leurs mandats et en tirant sur ceux qui
viennent éteindre l’incendie.

Mais le séisme provoqué par l’affaire « Bygmalion » est en réalité beaucoup
plus grave. D’abord, parce qu’il intervient après tant d’autres scandales
(Cahuzac, Guéant, Buisson, Morelle etc.) dont la répétition témoigne d’une
décomposition morale de notre vie politique. Ensuite parce qu’il intervient
sur fond de crise économique et sociale, et dans un contexte inédit
d’affaiblissement simultané du pouvoir et de l’opposition. Enfin parce que
les travers qui rendent la politique détestable aux Français touchent des
« jeunes » comme des « vieux », de sorte qu’on ne résoudra rien en se
bornant à « sauter une génération ».

Cette crise généralisée – morale, politique, économique, sociale – a sa
cohérence. Elle correspond au remplacement d’une belle et ancienne
manière de faire de la politique, par une pratique politique « moderne » qui
est selon nous une politique dévoyée. Quels en sont les contours ?

La « politique moderne » est devenue la propriété des apparatchiks, ou
pour reprendre les mots prononcés en 1919 par le sociologue allemand Max
1Weber , de professionnels qui vivent « de » la politique, et non plus « pour »
la politique (qu’il s’agisse de vieux élus qui cumulent sans limitation de
temps un nombre important de mandats, ou de « jeunes loups » qui n’ont
jamais eu d’autre occupation).


1Lesavantetlepolitique(2/«Lemétieretlavocationd’hommepolitique»).
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Que la grande majorité d’entre eux soient compétents et sincères ne fait
aucun doute. Mais la bureaucratisation du PS comme de l’UMP est l’une des
raisons de la crise, à la fois parce que ces professionnels connaissent en
réalité peu de choses à « la vraie vie » qu’ils passent leur temps à invoquer,
et parce qu’ils ont tout à perdre de réformes impopulaires qui pourraient
menacer leur réélection.

La « politique moderne » a démonétisé la parole politique. Dense et rare,
la parole était l’arme la plus puissante et la plus noble de la politique, qui
servait à convaincre, à donner du sens, à ouvrir des perspectives. Elle a
cédé la place aux « éléments de langage » qui ne visent plus qu’à « occuper
l’espace ». Qu’importe qu’on raconte tout et son contraire, à quelques jours
voire à quelques mots d’intervalle pourvu qu’on « occupe l’espace » ! La
crise ne cessera pas tant que la parole politique se réduira à cette langue
de bois qui transpire la mauvaise foi et que les Français ne supportent plus,
eux qui savent son impuissance.

La « politique moderne » a relégué les idées au second plan. A quoi bon
travailler quand ce qui compte est de « faire le buzz » ? A bon
chercher à convaincre quand les sondages nous indiquent ce que pensent
les Français ? Au nom du « pragmatisme » qui n’est qu’une manière
élégante de nommer l’opportunisme électoral et l’absence d’idées, certains
ne cherchent plus avec exigence ce qui est juste et bon, mais ce que
pensent les électeurs. A l’inverse, au nom des « valeurs », d’autres font le
choix de limiter toute réflexion à deux ou trois slogans simplistes répétés en
boucle. Les uns comme les autres ont tort : nos concitoyens attendent des
capitaines en qui placer leur confiance pour sortir la France de l’ornière, pas
des charlatans qui leurs promettent la lune.

La « politique moderne » a enfin prospéré sur fond de confusion morale
qui a gagné tout le corps politique, et qui a vu les mots « exigence »,
« loyauté », « mesure » et « décence » disparaitre du vocabulaire des partis
de gouvernement. Comment s’étonner de la montée des extrêmes et de
l’abstention quand des candidats condamnés pour enrichissement
personnel continuent à être investis ? Quand on laisse des responsables de
premier plan faire du « business » avec leur formation politique, à coups de
prestations de conseil et de ventes de sondages ? Quand on se refuse à
condamner la politique superficielle et « people » pratiquée par certain(e)s
dans nos rangs, qui la réduisent à un jeu de pouvoir cynique et débridé ?




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Sans propositions, nos critiques seraient vaines : il ne suffit pas d’appeler au
« changement » pour qu’il se produise, ou à « l’émergence d’idées neuves »
pour qu’elles apparaissent comme par enchantement. Que proposons-
nous ?

Pour mettre un frein à la bureaucratisation de l’UMP, nous proposons de
renouveler immédiatement nos instances locales (circonscriptions,
fédérations départementales), dont le mandat est arrivé à échéance depuis
plus d’un an, pour faire monter en première ligne une nouvelle génération
de militants bénévoles. Nous proposons que l’UMP rende publique à chaque
scrutin la sociologie des candidats investis. Nous demandons qu’elle se
prononce dès à présent pour la limitation dans le temps du cumul des
mandats.

Pour redonner sens à la parole politique, nous demandons que l’UMP ne
propose plus rien qui ne soit précisément documenté. Nous demandons
que nos candidats aux élections législatives de 2017 prennent par écrit une
série d’engagements : qu’ils s’engagent à réduire chaque année la dépense
publique et les prélèvements obligatoires, qu’ils s’engagent à ne pas
reconduire une politique qui n’aurait pas été évaluée, à ne pas voter de loi
dont l’impact n’aurait pas été mesuré.

Pour mettre un terme à la politique sondagière, nous demandons que
l’ensemble des contrats liant l’UMP à des agences de communication ou de
conseil soient immédiatement dénoncés. Nous proposons que les
ressources colossales de l’UMP – 35 millions chaque année – soient
réorientées : un tiers aux fédérations départementales, un tiers à la
formation, aux universités d’été et à la réflexion, un tiers enfin, mais pas
davantage au siège national.

Pour mettre enfin un terme à la confusion morale, nous demandons la mise
en œuvre d’une opération « mains propres » à l’UMP, en vue d’exclure les
élus convaincus par la justice d’enrichissement personnel. Nous demandons
que les comptes détaillés de l’UMP soient publiés chaque année, afin qu’on
sache qui reçoit de l’argent du parti, et à quel titre (vente de services,
indemnités de cabinet, travail salarié etc.) Nous demandons enfin que la
Haute Autorité de l’UMP propose des sanctions contre ceux de nos élus qui
semblent s’être fixés pour mission de tirer sur leur camp, et qui seront
certainement plus à l’aise en dehors du parti qu’en son sein.

Après avoir incarné ce que la politique ne devrait pas être, l’UMP doit
maintenant montrer l’exemple. Nos militants le méritent. Nos idées le
méritent. La France le mérite.
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Max Weber : Le savant et le politique
« Politik als Beruf » (le métier et la vocation d’homme politique) – 1919

« Il y a deux façons de faire de la politique. Ou bien on vit « pour » la
politique, ou bien « de » la politique. Cette opposition n'a absolument rien
d'exclusif (…) Celui qui vit « pour » la politique fait d'elle, dans le sens le plus
profond du terme, le « but de sa vie », soit parce qu'il trouve un moyen de
jouissance dans la simple possession du pouvoir, soit parce que cette
activité lui permet de trouver son équilibre interne et d'exprimer sa valeur
personnelle en se mettant au service d'une « cause » qui donne un sens à sa
vie (…) Notre distinction a donc pour base un aspect extrêmement
important de la condition de l'homme politique, à savoir l'aspect
économique. Nous dirons donc que celui qui voit dans la politique une
source permanente de revenus « vit de la politique » et que, dans le cas
contraire, il vit « pour » elle (…) Toutes les luttes partisanes ne sont donc pas
uniquement des luttes pour des buts objectifs, mais elles sont aussi et
surtout des rivalités pour contrôler la distribution des emplois. »

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