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La Tunisie traverse la plus grande crise politique, sécuritaire et socio-économique depuis son indépendance en 1956. La nouvelle Constitution est un pas important sur le chemin de la transition démocratique mais la persistance de l'islamisme pèse sur son avenir. Quelle est la place de l'islam local dans la politique ? Quelles sont les menaces de l'islam importé, porteur de rigorisme étranger à la culture tunisienne ? Comment les Tunisiens résistent-ils à l'islamisme et au terrorisme ?
Publié le : mercredi 15 octobre 2014
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EAN13 : 9782336359069
Nombre de pages : 251
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Tunisie Mohamed Salah KASMI
L’Islam local face à l’Islam importé
Où va la Tunisie ? Vers le chaos ou vers l’horizon démocratique ? Ce pays vit
un paradoxe inouï car après avoir chassé une dictature, il a installé un régime
islamiste. Aujourd’hui, il traverse la plus grande crise politique, sécuritaire
et socio-économique depuis son indépendance en 1956. En adoptant une
nouvelle constitution, la Tunisie fait des pas importants sur le chemin de la
transition démocratique mais la persistance de l’islamisme pèse toujours sur
son avenir.
Mohamed Salah Kasmi décrypte la vie politique, religieuse et socio- Tunisieéconomique de la Tunisie, dresse le bilan post-révolutionnaire et donne les clés
pour comprendre l’histoire immédiate et les raisons d’inquiétude et d’espoir
de ce pays. L’Islam local face à l’Islam importé
Quelle est la place de l’islam local dans la politique ? Quelles sont les menaces
de l’islam importé, porteur de rigorisme étranger à la culture tunisienne ?
Comment les Tunisiens résistent-ils à l’islamisme et au terrorisme ? Quelles
sont les réformes nécessaires pour réhabiliter l’image de la Tunisie et lutter
contre le terrorisme, l’intégrisme, la prédation, la corruption et la fracture
territoriale ? A toutes ces questions, l’auteur apporte des réponses concrètes et
livre sa vision personnelle de l’avenir de son pays.
Mohamed Salah Kasmi est diplômé de l’IAE en gestion de ressources humaines
et organisationnelles, de l’Institut d’études judiciaires en criminologie et licencié
en Histoire de la Faculté de lettres et des sciences humaines de Nancy. Ancien
administrateur général dans un organisme de sécurité sociale et ancien professeur
de droit social et de GRH à la Faculté de droit de Sfax, à l’ESSEC, l’ESC, l’ISCAE
et l’ENA de Tunis, il a publié une douzaine d’ouvrages en langue française et deux
livres en langue arabe dont un essai sur les préoccupations de la société moderne.
ISBN : 978-2-343-04459-0
26 €
Tunisie
Mohamed Salah KASMI
L’Islam local face à l’Islam importé












Tunisie
L’Islam local face à l’Islam importé Mohamed Salah KASMI









Tunisie
L’Islam local face à l’Islam importé
























Du même auteur

En langue française

- L’assurance maladie en Tunisie, Imprimerie Centrale, Tunis, 2008.
- Couleurs de la vie, poèmes, Imprimerie centrale, Tunis, 2008.
- Droit du travail tunisien, Editions internationales, Tunis, 1998.
- Précis de sécurité sociale, ENA, Tunis, 1998.
- Recueil des textes de sécurité sociale commenté et agrémenté
d’arrêts de jurisprudence, Editions internationales, Tunis, 1997 (2eme
édition en 1998).
- Sécurité sociale dans les secteurs public et privé, Editions
internationales, Tunis, 1996.
- Accidents du travail et maladies professionnelles en Tunisie,
Editions internationales, Tunis, 1995.
- Amélioration de l’organisation administrative municipale et
élaboration d’un système d’information et de tableaux de bord
communaux, Œuvre collective sous la direction de l’auteur, Centre de
recherches et d’études administratives (CREA), ENA, Tunis, 1993.
- Guide pratique du chef d’entreprise et du responsable administratif,
Editions contributions à la littérature d’entreprise (CLE), Tunis, 1992.
Partage, Imprimerie Les annonces, 1992, Tunis, (La totalité des droits
d’auteur a été versée à l’ATDS).
- Sécurité sociale en Tunisie, Editions contributions à la littérature
d’entreprise (CLE), Tunis, 1989.

En langue arabe

- Mélodies sans mémoire, poèmes, Imprimerie centrale, Tunis, 2008.
Les préoccupations de la société moderne, essai, Imprimerie des
annonces, Tunis, 1993

Photo de couverture : REUTERS/Anis Mili

© L’HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-04459-0
EAN : 9782343044590



Je dédie cet ouvrage à toutes celles et tous
ceux qui veulent prendre du recul et mettre en perspective
l’actualité récente de la Tunisie par rapport à son
Histoire.




SOMMAIRE
AVANT-PROPOS ..................................................................................... 13
INTRODUCTION ..................................................................................... 17
PREMIERE PARTIE : LA PREMIERE INDEPENDANCE ET LA
VICTOIRE DE L’ISLAM LOCAL ............................................................ 25
CHAPITRE I : L’ISLAM LOCAL DE BOURGUIBA ............................. 27
Section 1 : La vision moderniste de Bourguiba ..................................................... 27
Section 2 : La rénovation du droit et de la société ............................................... 30
Section 3 : L’acceptation du tourisme par l’islam local ........................................ 38
Section 4 : Le rêve brisé de la démocratie ............................................................ 40
CHAPITRE II : L’ISLAM LOCAL DE BEN ALI .................................... 47
Section1 : Le coup d’Etat « médical » ................................................................... 47
Section 2 : Le faux miracle .................................................................................... 49
Section 3 : La main mise sur l’islam ...................................................................... 51
Section 4 : Le tourisme à l’épreuve du terrorisme ............................................... 54
CHAPITRE III : LA PLACE FLUCTUANTE DE L’ISLAM LOCAL
DANS LA POLITIQUE ............................................................................. 57
Section 1 : La realpolitik bourguibienne ............................................................... 57
Section 2 : La duperie benalienne ........................................................................ 62
CHAPITRE IV : UNE SPECIFICITE TUNISIENNE : LA LIBERTE DE
LA FEMME ................................................................................................ 65
Section 1 : La femme tunisienne à travers l’histoire ............................................ 66
Section 2 : La femme tunisienne dans l’islam ....................................................... 68
Section 3 : La femme tunisienne à l’avant-garde ................................................. 70
DEUXIEME PARTIE : LA SECONDE INDEPENDANCE ET LA
MENACE DE L’ISLAM IMPORTE ......................................................... 73
CHAPITRE V : LA REVOLUTION POPULAIRE SANS LES
ISLAMISTES ............................................................................................. 75
Section 1 : De la contestation à la révolution ....................................................... 75
Section 2 : Le 14 janvier 2011 ............................................................................... 81
Section 3 : Des gouvernements de transition à la troïka ...................................... 84
CHAPITRE VI : L’ISLAM IMPORTE D’INSPIRATION IRANIENNE
ET FINANCE PAR DES ASSOCIATIONS QATARIES ....................... 95
Section 1 : La récupération du pouvoir ................................................................ 97
Section 2 : La justice légitime le nouvel ordre religieux ..................................... 109
CHAPITRE VII : L’ISLAM IMPORTE D’INSPIRATION
WAHHABITE ET FINANCE PAR DES FONDS PRIVES SAOUDIENS
.................................................................................................................. 125
Section1 : Les salafistes, fer de lance d’Ennahda ............................................... 128
Section 2 : L’occupation de l’espace public ........................................................ 137
Section 3 : La destruction de l’espace public ...................................................... 139
Section 4 : L’appauvrissement de la culture ....................................................... 140
Section 5 : La rééducation des mœurs ............................................................... 144
Section 6 : Chasser l’islam importé ..................................................................... 152
TROISIEME PARTIE: L’ISLAM LOCAL RESISTE-T-IL A L’ISLAM
IMPORTE ? ............................................................................................ 155
CHAPITRE VIII : LA RESISTANCE DE LA SOCIETE TUNISIENNE
.................................................................................................................. 159
Section1 : La résistance à l’occupation de l’espace public ................................. 159
Section 2 : La résistance à la destruction de l’espace public .............................. 162
Section 3 : La résistance à la rééducation des mœurs ........................................ 163
Section 4 : La résistance à l’appauvrissement de la culture ............................... 163
Section 5 : La résistance civile et politique ......................................................... 166
CHAPITRE IX : UNE VISION PERSONNELLE DE L’AVENIR ..... 171
Section1-la réhabilitation de l’image de la Tunisie ............................................. 171
Section 2 : La tolérance religieuse ...................................................................... 178
Section 3 : La moralisation de la vie économique .............................................. 180
Section 4 : La séparation des trois pouvoirs ....................................................... 188
Section 5 : Les garants du jeu démocratique ...................................................... 194
CONCLUSION ........................................................................................ 199
CHRONOLOGIE..................................................................................... 205
GLOSSAIRE DES ABEVIATIONS ...................................................... 215
BIBLIOGRAPHIE .................................................................................. 219
NOTES ..................................................................................................... 225





AVANT-PROPOS


« Toute révolution qui n’est pas accomplie dans les mœurs et dans les
idées échoue » François-René de Chateaubriand
« La vie, c’est mettre en actes ses paroles » Han Suyin
Où va la Tunisie ? Vers le chaos ou vers l’horizon démocratique ?
Le pays vit un paradoxe inouï car après avoir chassé la dictature, il a
installé un régime islamiste.
Aujourd’hui, la Tunisie traverse la plus grande crise politique, sécuritaire
et socio-économique depuis son indépendance en 1956. Une crise
dramatique devenue particulièrement explosive ces derniers temps, en raison
de la recrudescence de la violence terroriste, la dérive des finances
publiques, la lourdeur des dettes, les vastes disparités régionales, l’escalade
des tensions sociales, l’envolée de l’inflation et la montée vertigineuse du
chômage notamment chez les jeunes et les femmes.
L’adoption le 26 janvier 2014 d’une nouvelle constitution respectueuse
des libertés, y compris religieuses, et porteuse de l’égalité entre hommes et
femmes ainsi que la mise en place d’un nouveau gouvernement de
technocrates issu du dialogue national, apportent une lueur d’espoir au
processus démocratique engagé.
L’adoption de la loi électorale, la mise en place de l’instance supérieure
indépendante pour les élections (ISIE) et la fixation du calendrier des
élections législatives et présidentielles pour la fin de l’année 2014, sont des
pas importants sur le chemin difficile de la transition démocratique.
La persistance de l’islamisme et du terrorisme pèse sur le devenir de la
nation. Les rêves des islamistes fondamentalistes d’appliquer la charia (la loi
islamique) et d’instaurer le califat (le système politico-religieux) se sont
évaporés mais la vigilance s’impose face à l’obscurantisme qui risque, à tout
moment, de semer l’anarchie dans le pays et de ralentir durablement sa
marche vers la démocratie. Le temps est compté pour se ressaisir et sortir de
la crise inédite dans laquelle le pays a sombré.
13 Président au sein d’un Mouvement ayant pour mission la promotion et le
renforcement du droit et des principes humanitaires universels, de trois villes
françaises et membre actif d’une ONG internationale qui défend les droits
humains et le respect de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, je
livre ici mon témoignage et mes réflexions, avec franchise et sans
concession, sur la situation actuelle en Tunisie. Je l’ai déjà fait en 1978 face
à l’ancien président de la République Habib Bourguiba auréolé du prestige
de l’indépendance, pour défendre des militants de l’opposition politique
tunisienne condamnés en 1977 et des syndicalistes emprisonnés suite aux
événements du jeudi 26 janvier 1978. Mon ouvrage La Tunisie dans les
1sables mouvants paru à Paris en 1978, est resté interdit en Tunisie jusqu’à
l’avènement de la révolution du 14 janvier 2011 soit pendant 32 ans.
Dans ce premier livre politique, j’avais critiqué durement le président
Habib Bourguiba à une époque où personne n’osait élever la voix devant le
« Combattant suprême ». L’ombre de l’assassinat politique du leader Salah
Ben Youssef en 1961 rôdait encore autour de tous ceux qui pensaient défier
frontalement le Zaim (le leader).
Trente-cinq ans après, je réédite ce sursaut d’indignation dans le présent
ouvrage pour dénoncer cette fois-ci, les forces rétrogrades qui nous
conduisent depuis un peu plus de trois ans et demi là où tous les Tunisiens
ont toujours refusé d’aller ; vers une République islamiste, que l’on nous
vend sous le nom générique de « Retour aux sources ».
Les Tunisiens n’ont pas opté pour la wahhabisation de la société, qui
depuis quarante-cinq mois, ouvertement ou subrepticement, est faite à leur
nom. Des signes qui ne trompent pas, montrent que « la complaisance du
2parti Ennahda à l’adresse de groupuscules islamistes radicaux » comme
l’affirme l’éditorialiste du journal Le Monde, a plongé la Tunisie dans la
violence politique observée pendant la gouvernance de la troïka sortante.
Ce livre est issu d’une longue gestation. Son écriture a débuté le
lendemain de la révolution du 14 janvier 2011 et s’est terminée début
septembre 2014. Preuves et témoignages à l’appui, j’expliquerai pourquoi le
pays s’est enfoncé dans le marasme.
Qu’avons-nous fait de la révolution ?
Les observateurs du monde entier ont les yeux rivés sur notre pays. Ils
scrutent son évolution.
Cet ouvrage part à la rencontre d’une Tunisie en devenir et présente au
lecteur une synthèse qui le fait traverser plusieurs décennies d’événements et
le plonger dans la réalité tunisienne.
Dans mon analyse, j’essayerai de retracer les mouvements de l’histoire et
d’en dégager l’essentiel des événements. Je ne m’interdirai pas de critiquer
14 tous ceux qui ont laissé et qui laissent encore les problèmes s’accumuler et la
situation s’empirer. Je répondrai aux questions suivantes : Comment se fait-il
que l’image de la Tunisie soit ternie ? Est-il normal qu’un pays paisible
devienne subitement déserté par les touristes et les investisseurs? Cette
perception relève-t-elle du fantasme ou de la réalité ?
La phrase de l’ancien président Habib Bourguiba : « Il n’y aura pas de
3khomeinisme dans ma patrie » servira de dessein exaltant pour tous les
tunisiens épris de liberté. La liberté n’est pas seulement un droit inscrit dans
la nouvelle constitution du 10 février 2014 mais c’est aussi un apprentissage
car, comme le disait Nietzsche, la liberté s’apprend et se cultive.
Depuis l’arrivée des islamistes, la Tunisie est travaillée par des forces
extrémistes. L’islam politique véhiculé par les islamistes vise l’accession au
pouvoir pour réaliser un double objectif : appliquer la charia (la loi
islamique) et instaurer le califat (le système politico-religieux). Leur
idéologie « détruit notre héritage réformiste et moderniste au nom d’une
4vision sclérosée de la religion » . En paraphrasant une citation du poète et
penseur Chilien Pablo Néruda (1904-1973), je dirai que les islamistes
peuvent couper toutes les fleurs, mais ils ne seront jamais maîtres du
printemps. La démonstration a été apportée lorsque les Tunisiens ont pesé de
toutes leurs forces pour insuffler dans la nouvelle constitution les valeurs de
la République. Ils se sont battus contre ceux qui ne connaissent pas l’éthique
de la démocratie, pour exiger une constitution qui rejette l’obscurantisme. Ils
ont dit non à la charia et à la « complémentarité » de la femme envers
l’homme en imposant l’islam local caractérisé par l’ouverture et la
modération ainsi que l’égalité des sexes et la parité entre hommes et femmes.
Ils ont imposé aussi le régime Républicain démocratique et participatif dans
le cadre d’un Etat civil, l’alternance pacifique à travers des élections libres,
le principe de séparation des pouvoirs, la liberté de conscience en dehors de
toute instrumentalisation partisane et l’interdiction d’accusation d’apostasie
et d’incitation à la haine et à la violence.
Dans cet avant-propos, je voudrais rendre un vibrant hommage à nos 357
chahids (martyrs) qui ont balisé le chemin de la démocratie au prix de leurs
vies comme Tarek (dit Mohamed) Bouazizi, à nos martyrs Lotfi Nagdh,
Chokri Belaïd, Mohamed Brahmi ainsi que les martyrs de l’Armée, de la
Garde nationale, de la Police et des civils. Nous avons un devoir de mémoire
vis-à-vis de ces martyrs et des hommes et des femmes qui continuent à se
battre contre l’intégrisme et le terrorisme.
Je tiens à exprimer ma profonde reconnaissance aux acteurs du dialogue
national : l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), l’Union tunisienne
de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (UTICA), la Ligue
des droits de l’Homme (LTDH) et l’Ordre national des avocats (ONA) qui
ont permis de maintenir le cap de la transition démocratique.
15 J’exprime, enfin, ma grande fierté d’être le porte parole des Tunisiens
indignés face à l’inégalité et l’injustice. Ma plume sera celle des opprimés
privés de plume. Je suis fier d’être du côté des Tunisiens sans voix qui
souffrent en silence pour trouver un emploi, pour sortir de la pauvreté, pour
survivre. Je suis fier de défendre les libertés menacées : la liberté pour les
petites filles de ne pas porter le voile, de pouvoir assister aux cours de sport
et de poursuivre plus tard une carrière universitaire, la liberté de la femme de
voyager seule, de jouer d’un instrument de musique, de chanter, d’aller au
travail, au hammam, à la piscine, au cinéma et au théâtre en toute quiétude et
de ne pas effacer sa présence sous un niqab (voile islamique intégral), la
liberté de conception, la liberté de création, la liberté d’expression et de
réunion, la liberté de grève, la liberté de presse, la liberté de culte et de
conscience et la liberté de ne pas accepter d’être gouverné par un parti à
référentiel islamiste.

16

INTRODUCTION

« Il ne peut y avoir de révolution que là où il y a conscience » Jean
Jaurès
« L’histoire n’est jamais muette. On a beau se l’approprier, la briser, la
couvrir de mensonges, l’histoire de l’homme refuse de se taire » Eduardo
Galeano

La Tunisie fascine. Elle est dans l’imaginaire collectif un coin de paradis.
Nourrie des différentes civilisations qui se sont succédé sur ses terres, elle
est un lieu de dépaysement, d’hospitalité et de farniente.
Des millions de touristes se sont émerveillés devant la beauté de ses
paysages et l’accueil légendaire de son peuple chaleureux et souriant.
A 140 km de la Sicile et à deux heures de vol de Paris, la Tunisie attire
des millions d’Européens grâce à ses plages de sable fin, son désert, ses
chotts et ses oasis, ses mosquées, ses zaouïas et ses ribats, sa faune et sa
flore, ses médinas, ses musées, son artisanat, sa cuisine, son patrimoine
archéologique important ainsi qu’à ses nombreux festivals organisés durant
l’année.
Aujourd’hui, la question religieuse pèse sur son destin. La violence
commise par les groupes salafistes et les actes terroristes perpétrés par les
djihadistes à plusieurs endroits du pays, ont occasionné d’importants dégâts :
les plages sont désertes, les hôtels sont fermés ou à moitié vides et le
commerce est en berne. Les différents sondages montrent que les touristes
préfèrent aujourd’hui visiter le Maroc, la Grèce, le Portugal ou La Croatie à
la place de la Tunisie. Déconseillée en raison de la montée de l’extrémisme
salafiste et la violence djihadiste, la Tunisie attire moins de visiteurs
européens notamment Français. Le nombre de touristes français a chuté de
er47% au cours du 1 semestre 2013. Les recettes ont baissé de 33% et le
nombre de touristes a été de 4,8 millions en 2011 contre près de 7 millions
en 2010. Depuis la révolution, le tourisme souffre de la mauvaise image
envoyée par la Tunisie en Europe, région qui constitue 80% de notre marché
touristique, et ce malgré l’effort gigantesque de promotion fourni
conjointement par le ministère du Tourisme et l’Office national du tourisme.
17 Le pays se serait bien passé de la publicité faite autour des assassinats
politiques de Lotfi Naghd, Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, de la
tentative d’assassinat du député Mohamed Ali Nasri, des affaires Meriem, El
Weld 15, Sami Fehri, Lotfi Ben Sofiane, Jabeur Mejri…ainsi que de
l’attaque de l’ambassade américaine et des événements terroristes du Mont
Chaambi, Goubelat, Sidi Ben Aoun et tout récemment Ghardimaou (janvier
2014), Djebel Lahmar, Raoued-plage, la Cité El Gazala et Jendouba (février l’explosion d’une mine au Mont Chaambi le 23 mai 2014 (1 soldat
tué et 5 autres blessés), l’assaut contre le domicile du ministre de l’Intérieur
à Kasserine le 27 mai 2014 faisant 4 morts parmi les forces de l’ordre,
erl’explosion de deux mines le 1 juillet 2014 dans les montagnes du Kef
blessant 6 soldats, les attaques terroristes menées le 16 juillet 2014 au Mont
Chaambi dont le bilan est très lourd :15 soldats tués et 23 autres blessés,
l’échange de tirs entre les terroristes et des patrouilles de l’armée dans la
délégation de Sakiet Sidi Youssef (2 militaires tués) et au Mont Ouergha (6
militaires blessés) ainsi que les attaques terroristes des casernes de Sbeitla et
de Foussana.
Le 14 janvier 2011, la Tunisie « a marqué l’histoire de l’humanité par sa
5révolution qui a bouleversé les schémas révolutionnaires traditionnels » Une
révolution s’appuie généralement sur des leaders et une idéologie or dans la tunisienne, c’est le peuple qui s’est dressé contre la dictature.
Cette révolution « d’un nouveau type témoigne de la reconquête de valeurs
6confisquées telles que la liberté et la dignité ».
Victor Hugo écrivait en évoquant la Commune du 18 mars 1871 :
« J’accepte les grandes nécessités, à une seule condition : c’est qu’elles
soient la confirmation des principes et non leur ébranlement ». La
Révolution du 14 janvier 2011 a rendu à la Tunisie « sa parole, sa dignité,
7son visage, ses valeurs et ses ambitions. ». Elle a bénéficié d’une vague de
sympathie dans le monde pour son courage et sa détermination à tel point
que durant les premiers mois de l’année 2011, beaucoup de visiteurs y
compris Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’ONU, sont venus rendre
hommage aux acteurs de la révolution tunisienne. Cet élan d’admiration et
de reconnaissance a été soudainement ébranlé par la propagation d’un
modèle wahhabite et d’une idéologie khomeyniste fondés sur le sectarisme
venu d’ailleurs.
L’erreur de la troïka, coalition gouvernementale dominée par le parti
islamiste Ennahda, est de ne pas avoir profité de la conjoncture favorable
constatée après la révolution, pour engager des réformes socio-économiques
et réconcilier les Tunisiens. Au lieu de s’attaquer au chômage endémique et
à l’insécurité croissante et d’organiser la réconciliation, la troïka animée par
un esprit de vengeance et le désir de noyauter la société tunisienne, a
encouragé, par son laxisme et ses connivences, les salafistes à s’infiltrer dans
18 les rouages de l’Etat, à s’implanter dans le tissu associatif et à semer la
discorde entre les Tunisiens.
La stratégie du mouvement islamiste tunisien a consisté à faire table rase
de l’islam local, tolérant, ouvert et convivial. Dans le documentaire diffusé
le vendredi 22 mai 2013 sur France 3 intitulé La Confrérie, Enquête sur les
Frères musulmans de Michaël Prazan, le partage des rôles au sein de ce
mouvement a été souligné : « Aux Frères musulmans (d’Ennahda)
l’imposition de la charia par des réformes législatives et aux salafistes
financés par les pays du Golfe, l’agitation et la violence de rues contre la
liberté d’expression, les femmes, les intellectuels, les médias… ». Ainsi,
cette stratégie a fermé la porte à la réconciliation et a précipité les actes de
destruction de certains acquis. Le résultat ne s’est pas fait attendre : les
salafistes radicaux, rétrogrades et persécuteurs investissent par la force de
nombreuses mosquées, les mausolées sont incendiés, le chaos social
s’installe, les acquis économiques sont détruits, les touristes et les
investisseurs désertent le pays, le fascisme commence à poindre et la
violence terroriste fait de plus en plus de victimes dans les rangs de l’armée,
de la garde nationale, de la police et des civils. C’est une chance que les
forces démocratiques et civiles n’ont pas laissé certains responsables issus de
la troïka mettre en pratique leur idée saugrenue consistant à supprimer
l’exigence des passeports et ce, en application de la notion de la Oumma
(communauté), c'est-à-dire un Etat islamiste sans frontières. La Tunisie
serait devenue aujourd’hui, un territoire-passoire pour tous les djihadistes de
la terre. Pour Hassan al Banna et ses successeurs, « l’islam ne connaît pas de
frontières géographiques. Ils considèrent que tous les musulmans forment
une unique nation, professant une sorte de panislamisme utopique en
contradiction avec les idées d’un nationalisme arabe qui, par surcroît, a
toujours opté résolument pour des idées de progrès et de développement
8social, culturel et éducatif » .
Etrange corrélation : durant les trois dernières années, les taux de
chômage et de pauvreté ont augmenté, l’inflation a doublé, le pouvoir
d’achat s’est affaibli, le niveau de vie des populations a baissé, le climat
social s’est détérioré, le dinar continue à dévaluer, la productivité est au plus
bas, l’endettement est très élevé et la note souveraine du pays a été
dépréciée. L’agence de notation Standard and Poor’s a dégradé la note de la
Tunisie à deux reprises en 2013, pour passer de BB à B après avoir été BBB
en 2010.
En 2013, la Tunisie a perdu d’un seul coup 43 places dans le classement
de la compétitivité mondiale du Forum économique de Davos. Elle a
poursuivi ainsi, une glissade entamée il y a deux ans. De la 32em place en
2011, elle est passée à la 40em en 2012 avant de tomber en 2013 à la 83em
soit une chute de 43 places. En une année, elle a été largement distancée par
19 des pays qui étaient jusque-là derrière elle comme l’Afrique du Sud (53), le
Brésil (56), l’Inde (60), la Russie (64) et le Maroc (77). En 2014, elle a
rétrogradée au 87em rang. Ce nouveau recul de quatre places dénote la
gravité de la situation économique dans le pays.
Les Universités tunisiennes ne figurent pas dans le classement des
meilleures 500 universités dans le monde. Pire encore, la Tunisie est en bas
9du TOP 100 des africaines . C’est la signature d’un échec
annoncé de l’enseignement. La première université tunisienne est à la 70em
place tandis que la première université égyptienne est au septième rang, la
première université marocaine au vingtième et la première université
10algérienne au 29em.
Les statistiques du ministère de l’Education révèlent que le système
éducatif est défaillant : 107 mille élèves ont abandonné les bancs d’écoles en
2013 et 112 mille en 2012.
Le rapport de l’indice mondial 2014 de l’innovation a classé la Tunisie
1178em sur un total de 143 pays. Notre nation a perdu 7 places par rapport à
2013. Certes les autres pays du Maghreb sont derrière elle. Le Maroc est au
84em rang et l’Algérie au 133em mais ce recul montre à l’évidence que la
Tunisie a perdue du terrain sur le front de la recherche.
La classe moyenne en Tunisie est passée de 80% à 55% en trois ans.
Toutes ces données chiffrées confirment que les décideurs islamistes
n’ont pas su entreprendre les réformes nécessaires à l’occasion de leur
passage au pouvoir.
Que faire ?
Héritière d’une histoire millénaire, la valeur des cadres et de la main
d’œuvre qualifiée en Tunisie est attestée par tous les organismes
internationaux. C’est l’une des plus grandes forces du pays.
La Tunisie possède un système de santé qui s’est dégradé durant ces
dernières années mais dont les performances sont reconnues mondialement à
en juger par le nombre d’Européens qui sont venus se soigner dans les
cliniques ayant obtenu la certification de qualité ISO 9000. La Tunisie a un
des plus anciens (1898) et des meilleurs systèmes de sécurité sociale au
monde, hélas, dévasté par trois ans d’absence de-réformes à réaliser de toute
urgence pour garantir la solvabilité des régimes.
Economiquement, après avoir été à l’avant-garde des pays émergents, la
Tunisie recule presque dans tous les domaines.
Malgré ce triste constat, les Tunisiens ont foi en l’avenir de leur pays fait
de modernité et non de repli sur soi. La résistance des Tunisiens à l’égard
des islamistes extrémistes qui ne veulent pas donner à la Tunisie sa chance
20 dans un monde en perpétuelle mutation, est devenue légendaire. La preuve
est l’adoption d’une nouvelle constitution démocratique, lueur d’espoir
arrachée aux islamistes radicaux. C’est une grande victoire de l’islam local
moderne, accueillant et ouvert sur l’islam rétrograde importé et un succès
extraordinaire des avancées démocratiques réalisées par les progressistes.
L’adoption d’une constitution démocratique répondra-t-elle aux
nombreux défis auxquels la Tunisie est confrontée ?
C’est une condition nécessaire mais insuffisante. Il faut engager sans
attendre un audit dans tous les secteurs d’activité. Un diagnostic exact et
précis de l’état réel du pays est primordial afin d’établir un plan de réformes
s’appuyant sur la réalité du terrain et non sur des études dépassées.
Les réformes à réaliser de toute urgence nécessitent beaucoup de courage
politique et de conviction. Il y a des choix qui n’attendent pas même s’ils
sont impopulaires. Il ne faut pas se contenter de demi-mesures. Il faut en
finir avec les actions tièdes habillées de soi-disant prudence synonyme
d’indécision et de résignation. L’échec est le plus souvent le résultat d’un
manque d’anticipation, d’audace et de détermination. Le gouvernement n’est
pas le seul responsable des résultats attendus. Tous les intervenants (organes
gouvernementaux, partis politiques, syndicats, organisations nationales,
associations, citoyens…) doivent agir vite, chacun de son côté dans le
secteur d’activité qui le concerne et dans la concertation avec les autres
acteurs de développement ; l’objectif final étant d’éviter l’effondrement de
l’Etat car la situation est périlleuse.
La démocratie n’est pas un long fleuve tranquille. Le chemin pour y
parvenir reste semé d’embûches. Le tourbillon révolutionnaire est un
phénomène qui s’inscrit dans la durée. Il ne peut s’apaiser de sitôt.
Construire un régime démocratique nécessite beaucoup de luttes et de
sacrifices, énormément d’efforts, une éducation à la citoyenneté et assez de
temps pour changer les mentalités et ériger l’édifice démocratique. Les
révolutions « emploient presque autant d’années à se terminer qu’à se
préparer » écrivait François Guizot (1787-1874), académicien et
parlementaire français. Des rapports de force s’exercent pour trouver leur
équilibre. Les élections libres sont un élément du processus démocratique.
Les premières de l’Assemblée constituante en octobre 2011 ont été
un succès. Les prochains scrutins sont prévus comme suit :
-Les législatives : le 26 octobre 2014 (24, 25 et 26 octobre 2014 pour les
tunisiens à l’étranger).
-Les présidentielles : le 23 novembre 2014 pour le premier tour (21, 22,
et 23 novembre 2014 pour les tunisiens à l’étranger) et le 28 décembre 2014
pour le second tour.
21 Il n’existe pas une seule recette démocratique. La recette s’invente.
Chaque pays crée sa propre démocratie compte tenu de son contexte, ses
attentes et ses aspirations. Quand on regarde l’histoire de la démocratie dans
le monde, on s’aperçoit que chaque pays possède ses spécificités. La Tunisie
est composée de progressistes et de traditionnalistes. Il faut vivre ensemble
sans pour autant faire de cette cohabitation une source de blocage. Comme
l’ont fait nos ancêtres, il faut placer l’avenir de la Tunisie au-dessus de toute
considération partisane, rester à la hauteur de l’enjeu et rejeter les notions
étrangères à notre histoire et les idéologies importées, destructrices de
l’identité tunisienne.
La démocratie en Tunisie n’est viable qu’en respectant un certain nombre
de préalables qui plongent leurs racines dans le passé édifié sur les principes
d’ouverture, de modération et de tolérance et en même temps se tournent
vers l’avenir formé de modernité et de progrès. La Tunisie est binaire. Ses
deux courants traditionnaliste et progressiste représentent les deux piliers de
style de vie de la Tunisie, de sa philosophie et de son originalité.
Il faut que nos politiciens de tous bords soient imprégnés de ce dualisme
positif « tradition » et « modernité » afin de lutter ensemble contre l’attitude
passéiste des islamistes rétrogrades et édifier une vraie et puissante
démocratie tunisienne. Ils doivent travailler, la main dans la main, pour que
la Tunisie sorte du marasme dans lequel on l’a plongé Ils doivent incarner
l’espoir d’une vie meilleure pour les Tunisiens en quête de paix et de
progrès. L’objectif essentiel est que la Tunisie soit une démocratie réelle,
une terre d’accueil, d’hospitalité et de juste milieu et non un nid de
terroristes djihadistes et de fondamentalistes religieux. Les islamistes
tunisiens doivent méditer sur les cas de la Libye où les islamistes ont perdu
les élections législatives à cause de leur extrémisme, de l’Egypte où
Mohamed Morsi a été destitué par l’armée après avoir voulu détenir tous les
pouvoirs et légiférer par décret et de l’Iran où le radicalisme de l’ancien
président a facilité l’élection d’un nouveau président connu pour son
ouverture et sa modération.
Le texte qui suit est une analyse franche de la situation en Tunisie et une
incitation à l’action.
J’ai choisi de le structurer en trois parties.
La première partie porte sur la première indépendance de la Tunisie en
1956 et la victoire de l’islam local. Comment Bourguiba avait-il amorcé la
rénovation de la pensée théologique musulmane ? Comment a-t-il adapté
l’islam au contexte sociologique et à la société des temps modernes ? Le
tourisme a-t-il été accepté par l’islam local ? Comment a-t-il résisté à
l’épreuve du terrorisme ? Ben Ali a-t-il continué de marcher sur les traces de
22 son prédécesseur ou a-t-il changé de stratégie? Quelle est la place de l’islam
local dans la politique ?
La deuxième partie est consacrée à la seconde indépendance suite à la
révolution du 14 janvier 2011 et la menace de l’islam importé porteur de
rigorisme étranger à la culture tunisienne. J’ai construit ce thème autour de
trois réflexions : la révolution populaire sans les islamistes, l’islam importé
d’inspiration iranienne et financé par des associations Qataries et l’islam
importé d’inspiration wahhabite et financé par des fonds privés saoudiens.
La troisième partie s’interroge sur la problématique ayant trait à la
résistance de l’islam local face à l’islam importé et présente ma vision
personnelle de l’avenir. J’ai abordé le thème de la résistance de la société
tunisienne. J’ai proposé une série de réformes pour réhabiliter l’image de la
Tunisie, lutter contre le terrorisme, l’intégrisme, la prédation, la corruption et
la fracture territoriale et protéger l’islam conservateur et les minorités
religieuses. J’ai analysé les dispositions de la nouvelle constitution en
insistant sur la nature du régime politique choisi et les contre-pouvoirs,
garants du jeu démocratique.


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