L'Encyclopédie de l'État du Monde 2009 – Irak

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L'Encyclopédie de l'État du Monde 2009 – Irak

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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Irak 2007-2008
Myriam Benraad
L’Irak cinq ans après : logiques et enjeux d’un conflit pluriel
Les succès de l’alliance américano-tribale Au terme d’une année 2006 marquée par une violence sans précédent et un basculement brutal de la société irakienne dans les affres de la guerre civile, l’administration américaine a lancé, le 10janvier 2007, une «escalade »militaire («surge») consistant en un renforcement majeur de ses troupes sur le terrain. La nouvelle stratégie esquissée par le président George W.Bush entendait ainsi juguler les affrontements sectaires qui faisaient rage à travers le pays et ramener la sécurité à Bagdad. Au même moment a émergé un phénomène qui, très vite, s’est imposé comme l’un des principaux piliers de ce revirement : décidés àse débarrasser de l’organisation jihadiste d’Al-Qaeda, accusée d’avoir semé le chaos et de s’être livrée aux pires exactions contre les populations civiles, plusieurs chefs tribaux du gouvernorat d’Al-Anbar, sanctuaire jusqu’alors imprenable de l’opposition armée, se sont rassemblés à Ramadi pour former, sous la houlette du cheikh Abd al-Sattar al-Richawi (Abou Richa), le premier « Conseil du Réveil » (appelé «Sahwa» en arabe). Conscients de l’opportunité inédite dont ils disposaient, les États-Unis se sont alliés à la rébellion tribale et ont doté ses membres en armes et en financement. De cette alliance d’abord circonstancielle est né au fil des mois un phénomène qui s’est étendu à l’ensemble des régions centrales puis au nord du pays, où les « Conseils du Réveil» ont remporté une série de succès face aux combattants d’Al-Qaeda. À la surprise de tous, laSahwaa permis une pacification non seulement d’Al-Anbar, mais également des quartiers les plus meurtriers de la capitale irakienne. Un an et demi après son lancement, lesurgea donc sanctionné une décrue notable du nombre de victimes et une réduction similaire des violences, qui ont retrouvé leur niveau le plus bas depuis le début de l’occupation.Impasse politique et coup de force sadriste Les indiscutables progrès réalisés à travers cette «escalade» ont toutefois mal dissimulé l’impasse politique qui a continué de miner le pays. Deux ans après son investiture en avril 2006, le gouvernement irakien du chiite Nouri al-Maliki a affiché un bilan des plus précaires, ne pouvant ni se réclamer de l’amélioration de la situation sécuritaire, fruit principalement de l’alliance des troupes étrangères avec certains acteurs locauxtribus, « citoyens mobilisés »–, ni d’une réconciliation nationale effective dont il avait pourtant fait son maître mot. Repliées sur elles-mêmes, coupées des réalités du terrain, les
autorités centrales irakiennes ont exhibé, dans les faits, une profonde incapacité à infléchir le cours des événements. La confrontation virulente qui a opposé les forces gouvernementales à la mouvance sadriste, menée par le charismatique Moqtada al-Sadr, a été, à ce titre, particulièrement emblématique. Fils de l’ayatollah Mohammad Sadeq al-Sadr exécuté par le régime de Saddam Hussein, le jeune imam radical a pris la tête d’un courant politique et militaire dès 2003 et s’est progressivement imposé comme l’une des personnalités incontournables du paysage chiite d’après-guerre. Il a su tirer sa popularité à la fois de son opposition véhémente à l’occupation, d’un discours religieux et nationaliste, et de l’alternative qu’il a incarnée pour tous les mécontents. C’est au lendemain du siège de Najafen 2004 qu’il a rejoint le jeu politique, mais sa branche armée, l’«Armée du Mahdi » (Jaych al-Mahdi), n’a pasdésarmé pour autant et a même infiltré les nouvelles forces de sécurité. On l’a ainsi accusée, avec le soutien trouble de l’Iran voisin, d’avoir participé aux représailles sectaires consécutives à l’attentat de Samarra. Après plusieurs boycotts du gouvernement, une trêve fragile avec l’occupant et un refus absolu de rendre les armes, les partisans sadristes, retranchés dans leur bastion de Bassora, ont fini par affronter l’armée irakienne au mois d’avril2008, suite au lancement d’une opération d’envergure qui s’est soldée,in fine, par un échec cuisant pour les forces du gouvernement. Des lignes de fracture plurielles À plus d’un titre, les retombées bénéfiques dusurge sesont donc révélées sujettes à caution. Il semblerait même que le revirement américain ait, en réalité, participé d’une complexification du conflit autour de nouvelles lignes de clivage, non plus seulement communautaires mais aussi largement politiques, idéologiques et économiques. La tripartition «Chiites/Kurdes/Sunnites »,au demeurant simpliste mais sur laquelle la coalition américaine avait fondé tout son projet, doit en ce sens être dépassée au profit d’une lecture plus subtile de ces multiples recompositions.Apparues au grand jour à l’automne 2006, les dissensions interchiites n’ontpas tari et se sont même exacerbées dans le courant de l’année 2007. Ainsi, outre le conflit ayant opposé les combattants sadristes aux forces du gouvernement, de sanglants affrontements ont opposé quotidiennement les milices rivales à Bagdad et dans lesprovinces du sud du pays. À Bassora par exemple, l’Armée du Mahdi, les Brigades Badr, affiliées au Conseil suprême de la révolution islamique en Irak (CSRII) de l’ayatollah Al-Hakim, et le Parti de la « Vertu » (Al-Fadhila) dirigé par Mohammad Yaqoubi se sont livré, depuis le retrait britannique en septembre 2007, une bataille sans relâche pour le contrôle de la population et des principales ressources énergétiques de la ville. Le paysage « sunnite» a été en proie à une même logique de morcellement. L’émergence de laSahwaa contribué à brouiller de nombreuses clés de lecture, en avivant non seulement les tensions avec les groupes de l’insurrection, mais en provoquant de surcroît l’inquiétude des principales forces politiques sunnites. Les «Conseils du Réveil» ont ainsi été accusés par l’Armée islamique –faction insurgée la
plus influentede collaborer avec l’occupant par pur opportunisme et d’avoir trahi la résistance. De son côté, le Parti islamique irakien, première composante du « Front de la concorde irakien » (Jabhat al-Tawafuq al-Iraqiyya) et membre des instances transitoires depuis 2004, a perçu dans ce « Réveil» et sa généralisation une menace directe contre son influence. Instrumentalisant ces divisions, le Premier ministre Al-Maliki a quant àlui menacé à plusieurs reprises d’attribuer les postes des représentants sunnites aux chefs tribaux d’Al-Anbar. Cinq ans après le renversement du régime baasiste et alors que la campagne électorale américaine bat son plein, portant au premier plan sur l’épineuse question d’un retrait des troupes étrangères, le conflit irakien a évolué selon des logiques toujours plus complexes. L’extrême illisibilité des dynamiques qui le structurent n’a ainsi cessé d’entraver toute projection ou anticipation sur le moyenou long terme. Sur fond de « réconciliation nationale » avortéela coalition kurdo-chiite au pouvoir se refusant à associer véritablement ses partenaires sunnites au processus politique et à réintégrer les anciens baasistes au sein des institutions, les élections provinciales prévues pour octobre 2008 ont suscité de vives craintes. Destinées à désigner les institutions des dix-huit provinces irakiennes dotées de pouvoirs étendus, elles pourraient se traduire par un regain de violence, et ce d’autant plus que des points aussi cruciaux que le fédéralisme, la répartition des richesses ou le partage du pouvoir restent irrésolus.
Irak Fiche signalétique Après l'intervention militaire de marsavril 2003, l'Irak a été placé, le 1.5.03, sous régime d'occupation militaire, légitimé par la résolution 1483 du Conseil de sécurité de l'ONU (22.5.03). En juin, la résolution 1546 du Conseil de sécurité a « approuvé la formation d'un gouvernement intérimaire souverain » ; Le mandat des Nations Unies légalisant le maintien des troupes américaines dans le pays expire officiellement le 31.12.08 prochain.Capitale : Bagdad.
2 Superficie. : 438 320 km
Population : 28 221 000.
Langues : arabe (off.), kurde (off.), syriaque, turkmène, persan, sabéen.
Monnaie : dinar (1dinar = 0,0005€ au 30.06.08).
Nature del'État : la Constitution permanente, approuvée par référendum le 15.10.05 en remplacement de la « Loi d'administration de l'État irakien pour la période transitoire » du 8.3.04, définit l’Irak comme une « République démocratique, fédérale et représentative ».
Nature durégime : la Constitution permanente prévoit un système de gouvernement « fédéral, démocratique et représentatif ». L'islam est la religion officielle de l’État et une «source principale du droit ».
Chef de l'État : Jalal Talabani (élu le 6.4.05).
Premier ministre : Nouri alMaliki, qui a succédé le 22.4.06 à Ibrahim alJaafari..
Principaux partis politiques :Assemblée Suprême de la Révolution Islamique en Irak (ASII,d’Abd alAziz alHakim) et Parti AlDawa (islamistes chiites) ; Parti démocratique du Kurdistan (PDK, de Massoud Barzani) ; Union patriotique du Kurdistan (UPK, de Jalal Talabani) ; Parti Islamique Irakien (PII, de Tariq alHachimi) et Conférence générale pour le peuple d’Irak d’Adnan alDoulaïmi (islamistes sunnites, Front de la Concorde Irakien) ; Congrès National Irakien (CNI, d’Ahmad Chalabi) ; Front Turkmène Irakien; Parti communiste irakien;Entente Nationale Irakienne (INA, d’Iyad Allawi).Bibliographie D. Baran,Vivre la tyrannie et lui survivre. L’Irak en transition, Mille et une nuits, Paris, 2004. H. Batatu,The Old Social Classes and the Revolutionary Movements of Iraq, Saqi Books, Londres, 2004 (nouv. éd.). M. Benraad,«L’Irakdans l’abîme de la guerre civile»,Politique étrangère, n° 1, printemps 2007. H. Bozarslan(sous la dir. de), «L’Irak en perspective»,Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, n° 117118, juillet 2007.S. Graham Brown,Sanctioning Saddam: The Politics of Intervention in Iraq, I. B. Tauris, Londres, 1999.
A. S. Hashim,Insurgency and counterInsurgency in Iraq,Hurst, Londres, 2006. F. A. Jabar,The Shi'ite Movement in Iraq,Saqi Books, Londres, 2004. P. Marr,The Modern History of Iraq,Westview, Colorado & Oxford, 2004 (nouv. éd.). Y. Nakash,Reaching for Power: The Shi'a in the Modern Arab World, Princeton University Press, New Jersey, 2006. B. O'Leary, J. McGarry, K. Salih(sous la dir. de),The Future of Kurdistan in Iraq, University of Pennsylvania Press, Philadelphie, 2005. T. Ricks,Fiasco: The American Military Adventure in Iraq, Penguin Press, Londres, 2006. G. Stansfield,Iraq: People, History, Politics,Polity Press, Cambridge, 2007. C. Tripp,A History of Iraq,Cambridge University Press, Cambridge, 2004 (nouv. éd.). R. Visser, G. Stansfield(sous la dir. de),An Iraq of Its Regions, Hurst, Londres, 2007. Sites Internet Iraq Updates (actualité quotidienne, nombreux liens) http://www.iraqupdates.comIraqi News(actualité quotidienne, nombreux liens) http://www.iraqinews.comCentre de nouvelles de l'ONU  Irak (dossiers et nombreux liens) http://www.un.org/apps/newsFr/infocusRelF.asp?infocusID=27&Body=iraq&Body1=inspecti onGuide de l'Iraksurweb (Fanny Lafourcade), Maison de l'Orient et de la Méditerranée http://www.mom.fr/guides/irak/irak.htmInternational Crisis Group (nombreux rapports sur l’évolution du conflit)http://www.crisisgroup.org/home/index.cfm?id=2436NPR Iraq (couverture exhaustive, dossier spécial Irak) http://www.npr.org/templates/topics/topic.php?topicId=1010
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