Montlouis-sur-loire

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Montlouis-sur-loire

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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Rédaction et siège social 46, rue Vavin 75006 Paris 06 11 78 11 47 www.lerougeetleblanc.com CODE IBAN : FR76 30003 03859 00026200 174 06 SWIFT : SOGEFRPP Service AbonnementJean-Marc Gatteron 3, rue des Burons 57130 Ancy-sur-Moselle 06 11 78 11 47 jmgatteron@wanadoo.fr Directeur de la publication Paul Hayat Rédacteur en chef François Morel Comité de rédaction Philippe Barret, Emmanuel Costa Sedille, Jean-Marc Gatteron, Paul Hayat, Henri-Noël Lagrandeur, François Morel, Yaïr Tabor Autres membres du Comité de dégustation Jean-Marc Bellier,Solon Douligéris, Vincent Le Roy, Julien Marron, Frank Sauvey, Jean-Louis Subtil, Emmanuel Zanni Conception graphique Maurice Coriat Site lnternet Conception Frank Sauvey Impression Cloitre Imprimeurs 29800 Saint-Thonan Numéro I.S.S.N.: 0759-6642 Numéro C.P.P.A.P. : 0510T87787 e Dépôt légal :20093 trimestre Abonnements : • 1 an (4 numéros) : France : 48eEurope : 58e Reste du monde : 68e •2 ans (8 numéros) : France : 90eEurope : 105e Reste du monde : 135e Membres fondateurs (et anciens membres) Michel Bera, Michel Bettane, Jean-Benoît Chabrol, Noëlla Chaillou, Bruno Genty, Antoine Madrid, Nicolas Ross, Jean-Pierre Robinot (Max Anchel, René Brousse, Thierry Gontier, Guy Mandery) Le. ROUGE. &. Le. BLANC (Marque déposée des Editions du Vin) Revue trimestrielle éditée par SARL Les Editions du Vin Gérant :Philippe Barret est une revue indépendante sans publicité ou sponsoring. Ni elle ni son site Internet « lerougeetleblanc.com » ne sau-raient être confondus avec quelque entreprise de vente de vins en ligne que ce soit.
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Histoires de papes
Que les princes de l’Église aient eu longtemps la haute main sur le vignoble, c’est ce dont témoigne encore aujourd’hui un lieu (saint?) comme le célébrissime Châteauneuf-du-Pape. Si le “vin du pape” naît, e sous ce nom-là, de l’installation de la papauté en Avignon au XIVsiècle, le village de Châteauneuf-Calcernier – un nom qui évoque la produc-1 tion de chaux – ne devient officiellement Châteauneuf-du-Papequ’en 1893, à l’initiative de son maire Joseph Ducos, propriétaire du Château La Nerthe. L’appartenance papale pourrait certes être revendiquée aussi bien par les Graves de Bordeaux – Clément V, premier pape installé en Avignon, est ancien archevêque de Bordeaux et père du Château Pape Clément – ou le vignoble de Cahors – patrie du pape Jean XXII (qui fut aussi évêque de Porto !) –, mais le privilège est revenu à Châteauneuf, qui le brandit comme un ostensoir jusque sur le flanc de ses bouteilles et le défend bec et ongles. Les vignerons de l’AOC intentent ainsi depuis 2008 un procès aux vignerons du Comtat Venaissin (Valréas et Visan, notamment) pour leur interdire de persister à se dire de «l’Enclave des Papes», une dénomination pourtant tout aussi historique que Châteauneuf-du-Pape… Le papisme existe donc encore (la ville est d’ailleurs jumelée avec Castel Gandolfo, la cité de la résidence d’été du pape), et il produit encore des «protestants» ! Mais on l’a bien compris, du pape, personne n’en a cure dans cette affaire. Il ne s’agit que d’image de marque, de commerce et de concur-rence. C’est ce que la marque «Vieux Papes» a encore mieux compris, mais aucun procès ne lui est intenté. La fameuse marque de la Société des Vins de France (groupe Castel) – « la plus connue du public fran-çais », paraît-il – joue de cette discrète paronomase ecclésiastique pour vendre 18 millions de bouteilles par an de vins de table rouges, rosés et blancs, des boissons alcoolisées à base de raisin, sans appellation et sans origine… Si crise il y a dans le monde du vin, ce n’est certainement pas une crise de foi. François Morel
1. Surl’histoire de Châteauneuf-du-Pape, consulterMémoire d’un village, Jean-Claude Portès, Éditions Barthélémy, et www.chateauneuf.com/ville/index.
Notre système de notation
• Toutes les dégustations horizontales sont « à l’aveugle ». Elles suivent généralement une sévère présé-lection dans le vignoble. Chaque commentaire est précédé de la note moyenne du vin (arrondie au demi-point) ainsi que des deux notes extrêmes de la notation quand elles paraissent significatives. • Les dégustations verticales et de domaine ne sont pas « à l’aveugle ». La grappe met en exergue un vin qui, d’une façon ou d’une autre (personnalité et style du vigneron, expression du terroir, millésime, rapport qualité/prix, etc.), apparaît comme une réussite intéres-sante ou convaincante et mérite d’être signalé à l’attention des lecteurs. • L’encadré « Ma feuille vineuse » (intitulé emprunté au titre d’un poème de René Char), billet d’humeur du rédacteur, distingue ce qui, au-delà des notes, semble offrir le visage le plus intéressant, ou le plus prometteur, ou le plus singulier (etc.), d’une appellation ou d’un domaine. • Les prix sont indiqués TTC (PNC = prix non connu). • Il convient de rappeler que les résultats de ces dégustations collectives sont relatifs, comme ceux de toutes dégustations de ce type, aussi sérieusement conduites soient-elles. Les mêmes dégustations dans d’autres circonstances pourraient comporter des différences de jugement dans l’appréciation de certains vins. Notre ambition est néanmoins d’apporter une information libre et sincère, souvent plurielle, mais aussi une information différente ou inédite. Les opinions exprimées par nos collaborateurs n’engagent que leur signature. Toute reproduction, même partielle, des textes, cartes et illustrations est interdite sans autorisation de l’éditeur.
LeRouge&leBlanc N° 94
Pour des raisons politiques, économiques et sociales, les vins de Montlouis ont longtemps été relégués derrière ceux de Vouvray. En moins d’une décennie, l’appellation de la rive gauche de la Loire est apparue en pleine lumière au point d’éclipser parfois sa “rivale” de la rive droite. En 1994,LeRouge&leBlanc(n° 42) avait fait le constat du potentiel du terroir de l’appellation, insuffisamment exploité. Oublions tout cela ! Alexandre Dumas s’en offus-querait, mais nous n’avons pas pu attendre cinq ans de plus pour le paraphraser : quinze ans après, il était grand temps de retourner à Montlouis pour voir de plus près le bond en avant de l’appellation.
LOIRE > TOURAINE > MONTLOUIS Montlouis-sur-loire l’irrésistible ascension
ParHenri-noëllagrandeuretJean-Marcgatteron
Avant la création des AOC, en 1936, tout vin issu du cépage chenin dans un losange englobant les coteaux de Tours à l’ouest, Château-Renault au nord, Bléré au sud et Onzain à l’est pouvait revendiquer le nom de Vouvray. Après 1936, seules Vouvray et ses sept commu-nes voisines situées sur la rive droite de la Loire ont eu droit à l’AOC. Les Vouvrillons étaient disposés à inclure Montlouis, mais pas les vignes de Lussault et de Saint-Martin-le-Beau tournées vers le Cher. Le temps du vouvray de Vouvray et du vouvray de Montlouis était
LeRouge&leBlanc N° 94
La Loire à Montlouis
révolu. Il faut dire que le pouvoir politique se situait à Vouvray, où florissait une viticulture aristocratique appar-tenant aux familles bourgeoises tourangelles.
Un long chemin En 1938, l’appellation Montlouis – devenue Montlouis-sur-Loire en 2002 – apparaît alors comme une sorte de règlement de compte entre les vignerons de la rive droite, les notables, et ceux de la rive gauche, les prolétaires… Une appellation qui, sans l’antériorité et la notoriété de sa voisine, n’était pas attractive, d’autant que le négoce y
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Vouvray
P i c  D o u z y
N
N 152
Le sB o u r n a i s Husseau Lussault C h a p i t r e C l o sH a b e r tsurLoire Montlouis C l o sR e n a r d surLoire
C l o sd el aF r e l o n n e r i e
4 km
Le sB a p t i s t e s
C l o sM o s n y B o u l a y C ô t eR ô t i e Le sL i a r d s L aR o c h è r e Le sC h a u z e t t e s SaintMartin leBeau
A O CM o n t l o u i s
avait fermé ses portes un an plus tôt. Pour les vignerons de la rive gauche commençait alors un long chemin vers une nouvelle reconnaissance. On comprend que certains aient pu baisser les bras. Montlouis ne s’en remet que depuis peu. Le renou-veau viendra à la fin des années quatre-vingt grâce à deux fortes personnalités: François Chidaine et Jacky Blot. Le premier, natif et amoureux du cru, s’installe en 1989 après avoir été salarié de son père et le second, une “pièce rapportée”, arrive en 1988. Par leur amour du travail bien fait, leur haute idée du vin et leur sérieux, ils ont, chacun à sa manière, su donner le feu sacré à toute une “bande de jeunes” ou moins jeunes qui se sont installés dans leur sillage. Même la cave coopérative commence à se remettre en question sur la qualité des raisins, des jus et des vins, les effervescents en particulier. Sur les 59 caves particulières, les vins d’une bonne douzaine ont intéressé notre comité de dégustation. Un domaine sur cinq : cela mérite d’être souligné !
Les terroirs de Montlouis En quittant la levée de la Loire sur la rive gauche au niveau du hameau de Husseau, entre Amboise et Tours, vous montez une sorte de falaise par la Grande Rue pour arriver sur un immense plateau légèrement vallonné et couvert de vignes: il s’agit du cœur de l’appellation Montlouis. Ce plateau, exposé plein sud, s’incline en pente douce vers le Cher. En sous-sol, le tuffeau du Turonien, très absorbant, règne en maître. Le Turonien est un étage géologique de l’ère secondaire, plus précisément du Crétacé supé-rieur (autour de 90 millions d’années). Il a été défini en Touraine, au pays des Turons anciens, d’où son nom. Il présente trois niveaux marins différents : une craie argi-
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e tl i e u x  d i t sp r i n c i p a u x
leuse, une craie micacée – letuffeau blanc, qui donne une pierre tendre de construction – et un calcaire sableux – le tuffeau jaune, où ont été creusées de nombreuses habita-tions troglodytes. Les sols sont plus ou moins argilo-calcaires ou argilo-siliceux (sur Saint-Martin-le-Beau) avec parfois des perruches (pochespierreuses de silex). Un microclimat d’influence océanique permet une bonne surmaturité des raisins avec parfois présence de botrytis (la “pourriture noble”), influence de la Loire et du Cher oblige ! Les vins issus des vignes du plateau sont en général puissants et riches, avec un support acide marqué, et taillés pour la garde. Ceux issus des parcelles siliceuses sont fins et élégants. Fin 2010 sortiront les conclusions d’une étude des sols menée depuis plusieurs mois (cellule “Terroirs viticoles” d’Angers). Elle devrait aboutir à un classement des terroirs. Mais Montlouis possède son talon d’Achille. Située aux portes de Tours, elle n’est, avec le TGV, qu’à 1 heure de Paris. Et la capitale régionale a des désirs d’extension. En quelques années, Montlouis est passée de 6 000 à 11 000 habitants ! Et si l’on n’y avait pas pris garde, de nombreu-ses vignes, dont quelques beaux terroirs, seraient deve-nues terrains à bâtir. Toute une génération de vignerons a privilégié l’urbanisation plutôt que le développement de leur vignoble. Sans la ténacité de François Chidaine, président du syndicat, et de la municipalité, les vignes auraient été sérieusement rognées. La création d’une ZAP (Zone Agricole Protégée) interdit désormais toute construction. Cette zone, une des premières en France, protège 10 % du territoire communal. Ainsi, 322 ha de vignes, concentrés sur les premières côtes, là où se trou-vent les meilleures parcelles, sont préservés et mis à l’abri des convoitises.
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L’AOC Montlouis en quelques chiffres • Décret d’AOC : 6 décembre 1938 • 400 ha de vignes en production sur un territoire de 1 500 ha répartis sur les communes de Montlouis (et le hameau de Husseau), Lussault et Saint-Martin-le-Beau. • Cépage : chenin • Rendementautorisé :52 hl/ha,sauf pour les pétil-lants “fines bulles” (65 hl/ha), mais y compris pour le pétil-lant “originel”. • Production : vins tranquilles : ± 6 000 hl/an ; pétillants ou mousseux : ± 12 000 hl/an. • 59 caves particulières, 1 cave coopérative, 8 négociants.
Le chenin, cépage-roi incontesté Si on le taille long, le chenin – dit aussi pineau de la Loire – donne des vins vulgaires, atrocement acides, qui seront chaptalisés et sulfités à outrance… Depuis les années quatre-vingt, il est taillé en double cordon de Royat, ce qui permet une meilleure répartition des grap-pes. Autrefois, on pratiquait la taille en “gobelet éventail”, moins performante. Taillé court, le chenin devient un grand cépage aux arômes complexes – coing, fleur d’aca-cia, tilleul, agrumes, voire épices –, doté d’une acidité bienvenue et d’une belle longueur. Cépage difficile, il est en parfaite adéquation avec les sols de Montlouis. « Il épouse le sol », souligne Jacques Puisais. Les montlouis sont puissants, élégants et frais. Ils supportent allégre-ment les années, voire les décennies. Ils peuvent se décli-ner avec bonheur en sec, demi-sec, moelleux, liquoreux, en méthode traditionnelle ou en pétillant, selon l’allure du millésime. 2 montlouis sur 3 sont élaborés en méthode tradition-nelle ou en pétillant, spécialités locales qui peuvent témoi-gner d'un savoir-faire talentueux. Un cahier des charges très strict, adopté en 2007 par la majorité des vignerons de la jeune génération, vient d’être mis au point pour la création d’un “pétillant originel” : vendanges manuelles, pas de levures ni d’enzymes exogènes, pas de liqueurs de tirage et d’expédition, élevage 9 mois minimum sur lattes, entres autres règles.
ParvignesetParcaves
Domaine François Chidaine « Jesuis né à Montlouis d’une vieille famille de Touraine. Je fais un métier merveilleux que j’ai choisi. Personne ne me l’a imposé. C’est ma vie ! Je ne voulais pas faire autre chose… » À elle seule, cette phrase pour-rait résumer François Chidaine. Il faudrait cependant y ajouter ce ton à la fois ferme et placide, ce regard qui
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semble parfois perdu dans les rêves ou qui pétille mali-cieusement. Mais encore faut-il franchir auparavant ce que l’on pourrait prendre pour de la hauteur et qui n’est autre qu’une timidité naturelle, une sensibilité à fleur de peau, une angoisse même. « Je ne supporte pas l’échec, ni le mien, ni celui des autres! »,avoue-t-il. Président du syndicat depuis 4ans, il se fait du souci pour ces jeunes vignerons établis depuis moins de 10 ans et qui connaissent des difficultés financières malgré la qualité de leurs vins. Ceux-là, entre eux, le surnomment affectueu-sement “papa”et lui vouent reconnaissance et respect. François Chidaine n’oublie pas ses débuts: de 1984 à 1989, salarié en tant qu’aide familial chez ses parents vignerons. «Ils travaillaient comme des sourds et ne gagnaient rien, je voulais en sortir ! », explique-t-il. Aussi, er le 1janvier 1989, il récupère 3ha familiaux et achète 1,5 ha. Après un BEP Viti-Oeno à Amboise, il apprend sur le tas, mais « à chaque moment difficile, j’allais chez Didier Dagueneau et c’était reparti pour 6 mois », confie-t-il avec une émotion contenue. En 1998, le domaine atteint 10 ha. En 1999, François crée une EARL avec son épouse Manuéla – qui s’occupe deLa Cave insolite, un caveau de vins principalement de Loire. En 2002, il loue 10 hade vignes à Vouvray sur leClos Baudoin (R&Bn° 81) – qu’il rachète en 2006 – et il crée un GAEC avec son épouse et son cousin Nicolas Martin. Aujourd’hui, le domaine comporte 35 ha : 20 sur Montlouis (45 parcel-les), 10 à Vouvray et 5 en Touraine. On ne présente plus les parcelles “historiques” du domaine à Montlouis. LeClos Habert, avec des sols filtrants et des silex de petite taille, «produit des vins avec ce que j’aime dans les montlouis, ce côté féminin ». LeClos du Breuil, une terre argileuse avec une propor-tion de gros silex, est « difficile à travailler, car ce n’est
François Chidaine
Jacky Blot pas le meilleur terroir, d’autant qu’il est exposé nord-ouest » : son nom évoque l’eau, et il a fait l’objet d’un drainage du temps des Romains, « mais les conduites en terre cuite ont été cassées au moment de la lutte contre le phylloxera, lorsque les vignes ont été défoncées avec des machines à vapeur ». Depuis 1999, le domaine est entièrement en biody-namie. François Chidaine multiplie les essais, joue sur la 2 mixité des plantes. 70 plantes au m , avec une majorité de graminées, ont été dénombrées, dont des plantes melli-fères et nématicides (œillet), le tout semé en fonction des carences et des maladies ou parasites. En fin de cycle, elles sont fauchées, ce qui forme un mulch peuplé de vers de terre. Le réseau racinaire éclate le sol, permet-tant ainsi d’éviter l’érosion, de limiter les chocs climatiques et de diminuer les besoins en compost. « Je veux travailler en cycle fermé et j’essaye de recréer ce qui se passe en forêt amazonienne! », précise-t-il. Sur ses parcelles en attente de plantation, il sème des céréales. Il veut aussi vendanger plus rapidement, « en 8 jours ! ». Le déclic est venu du millésime 2006 :« J’avaisdes raisins super-bes, mais on a vendangé trop tard, donc trop mûr», regrette-t-il. Il voudrait aussi modifier son chai à barriques ou trouver un autre
Christophe Mesliand dans une vigne du Domaine de la Taille aux Loups
emplacement. Il voudrait aussi un petit vignoble en Espagne. « Des idées, j’en ai plein. Ma vie ne suffira pas… », confie-t-il. Cependant, il n’oublie pas les diffi-cultés qu’il a rencontrées et manifeste sa reconnaissance à son équipe, à laquelle il doit beaucoup. En attendant, il élève ses vins en demi-muids (10% de fûts neufs), en restant fidèle à la tonnellerie Seguin-Moreau. « Je fais des vins pour la garde », reconnaît-il en goûtant sur fût unClos Habert2007, « austère ». Cette austérité ne nous avait pas échappé lors de nos dégustations. Les vins de François Chidaine sont en effet des vins à fort potentiel, souvent difficiles, voire ingrats dans leur jeunesse. Mais les années révè-lent une profondeur, une densité et une délicatesse inouïes. Il faut donc les atten-dre patiemment pour ensuite les apprivoiser.
Domaine de la Taille aux Loups Quel est le secret qui permet à un homme, issu d’une famille ouvrière de Fougères en Bretagne, de devenir un vigneron respecté d’une appellation ligérienne ? Nul ne le sait, sauf Jacky Blot. Avec son frère Jean, alors apprenti pâtissier au restaurant Drouant à Paris, il s’initie au vin. Puis il devient courtier dans toute la région et enfin achète un vignoble de 7ha sur Montlouis. Rencontre décisive en 1988 avec Christophe Mesliand, fils de vignerons d’Amboise, qu’il embauche comme chef de culture. Les deux hommes sont sur la même longueur d’ondes depuis 20 ans : « Nous sommes pour la précision, le travail propre
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Les séances de dégustation se sont déroulées en janvier et février 2009 à Paris. L’une d’elles, perturbée par des conditions atmosphériques trop défavorables aux vins, a dû être recommencée dans de meilleures conditions. 2007 est un millésime froid, plutôt mal parti, mais le bel ensoleillement de septembre a permis d’atteindre les maturités attendues. En revanche, 2006 est une année solaire qui a, hélas, connu une période pluvieuse à la mi-septembre, d’où un millésime opulent qui, parfois, peut manquer de fraîcheur et de finesse. Les vins de 2008, dont nous avons goûté quelques échantillons en mars et en juillet, semblent se présenter sous les meilleurs auspices. La température idéale de dégustation est 12°.
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PÉTILLANTS Domaine Laurent Chatenay Méthode Traditionnelle Brut 13,5/20 Nez assez fin de raisins mûrs. Notes de pomme et de poire avec une légère pointe oxydative. Bouche vive et rafraîchissante, assez tendue. Finale vivante, sur des peaux de fruits. Vin plein et dynamique avec une pointe d’amertume sapide. 6,40$. Domaine Les Loges de la Folie Méthode Traditionnelle Extra Brut 14/20 Nez extraverti de pomme fraîche coupée. Bouche mûre, pure, droite et franche, soutenue par une jolie amertume. Belle expression du chenin. Longue finale saline. « Du mordant, de l’acidité et du caractère », conclut l’un des dégustateurs. 8$. Domaine de la Taille aux Loups Triple Zéro 15/20 « Vin naturel sans adjonction de sucre » Très joli nez frais et fringuant avec des arômes en liberté (fruits blancs, raisin, pou-dre de riz, dragée). Bouche vive, dense et énergique, avec acidité et amertume inté-grées. Rétro-olfaction sur la craie. Sapide et salin. Vin très harmonieux avec une belle finesse de texture. 12$. Domaine Levasseur-Alex Mathur Pétillant Naturel Les Pions [2006] 16/20 Nez mûr, presque confit, sur des notes de coing et d’angélique, avec une touche flo-rale (violette). Très belle élégance avec une pointe fumée et grillée. Bouche complexe, tout en finesse, «une véritable dentelle minérale »,souligne un dégustateur. Bulle très fine. Très beau vin racé avec du carac-tère. 11$.
Domaine de la Grange Tiphaine Clef de Sol 14/20 Nez introverti. Fruits et fleurs à l’aération. Une vraie matière, dense et pleine, qui sem-ble dans une phase ingrate. Bouche austère et mordante, assez rétractée sur un fond minéral. Vin en devenir. 12$. François Chidaine Clos du Breuil 15/20 Premier nez dense et rétracté. Arômes de zestes d’agrumes avec des notes de silex frotté. Bouche serrée et pleine. Très gros potentiel. Finesse et tension en arrière-plan. Vieillissement assuré. Vin d’avenir, plein de promesses. 12,40$. Domaine de la Taille aux Loups Les 10 Arpents 15/20 Notes de zestes fins, de safran et de feuille froissée. Bouche nerveuse et saline. Très beau grain minéral. « On est sur la roche », commente un dégustateur. Matière moins dense que le vin précédent, mais dans une phase plus séduisante. Belle vinification. Finale épicée et poivrée. (10$le 2008) Lise et Bertrand Jousset Singulier 15/20 (noté de 13,5 à 16, notes isolées) Longue aération nécessaire. Nez riche, complexe et poudré. Beau floral (tilleul, chèvrefeuille, lilas) avec une touche miel-lée. Bouche droite et tendue, d’une densité plutôt austère actuellement. Finale sur des notes salines. Vin dense et refermé doté d’un caractère bien trempé. (16$le 2008) Parmi les vins présélectionnés, nous avons également dégusté : Feuilles d’Automne du Domaine Mosny, la cuvée Touche-Mitaine du Domaine Le Rocher des Violettes et Suivre son chenin du Domaine Lechartier.
SECS 2006
Parmi les vins présélectionnés, nous avons également dégusté les Bruts traditionnels : Domaine Frantz Saumon Domaine Mosny, Patrice Benoît, Clos du Le Clos des Chênes Château de Mosny, Domaine Moyer, Alain 14/20 Joulin & Fils, Cave des Producteurs de Vin Joli fruit, tendre et séducteur. Riche végétal de Montlouis. très mûr sur des notes d’angélique avec une pointe anisée. Bouche opulente, presque SECS 2007violente, un peu raidie par des amers mar-qués. Élevage bien intégré. Finale presque tannique. Vin généreux au profil « sudiste ». Lise et Bertrand Jousset 14$. Premier Rendez-Vous Le Rocher des Violettes 14,5/20 Cuvée La Négrette Sec Nez tendre et mûr (fruits jaunes, coing) avec une touche florale (lilas) et une pointe de13,5/20 miel. Bouche savoureuse, structurée, droite.Nez généreux et complexe, marqué par un Belle tension. Une texture sans lourdeur, nides notes rhum/vanille. Arômes poudrés excès. De la liberté ! Bel équilibre matière/sur des notes de confiserie, de fruits exo-acidité. « On a envie de le boire », proclametiques et de pamplemousse. Bouche ten-un dégustateur. Vin harmonieux et élégantdue, dynamique et minérale. Matière bien dans la simplicité. (12$ présente, avec un boisé sensible en milieule 2008)
de bouche. « Vin assez travaillé, de facturesède une intéressante minéralité. À attendre moderne », conclut un dégustateur. 13$. impérativement.11$. Domaine Les Loges de la FolieDomaine Alain Joulin & Fils Le Chemin des LogesCuvée Complan 13,5/20 13,5/20 Nez «montagnard »(herbes de montagne,Premier nez assez rentré. À l’aération, tou-génépi), ample et mûr. Des notes de fruitsches d’ananas confit, d’abricot et de man-(citron confit, coing et mirabelle), de sucregue, avec des notes fumées et de miellées. d’orge et de thé. Bouche dense, bien dans laBouche riche, mais austère, enveloppant lignée du millésime. Une vraie complexité,une matière tendue et pleine. Belle miné-avec une minéralité sous-jacente, bien cise-ralité allongeant la bouche sur des notes lée. Un vin-matière qui se cherche encore.salines, anisées et épicées qui prennent la 8$. suited’une belle sucrosité. Vin glissant et Parmi les vins présélectionnés, noussapide. 5,70$. avons également dégusté: Les GraviersParmi les vins présélectionnés, nous avons du Domaine Mosny, le domaine Moyer,également dégusté: le Tendre de la Cave Maison Marchandelle du Domaine Stéphanedes Producteurs de Montlouis. Cossais. DEMI-SECS 2006 SECS 2005 Domaine Lechartier Domaine Stéphane Cossais Chenin d’Évasion Le Volagré 13,5/20 (noté de 10, note isolée, à 14,5) 15/20 Nez de pomme au four, de sucre d’orge et Nez intense et droit. Du fruit (citron, orange de frangipane, puis une touche fumée. Fruit et abricot), agrémenté de tilleul, de miel et en surmaturité. Un vin assez bien construit, d’une touche de quinquina. Belle densité de avec une bouche large, mais saline, nuancée bouche, avec de la nervosité et une direction de notes de curry. Mélange de douceur affirmée. Noble amertume, finale vibrante et d’amertume, sauf pour l’un des dégus-et dynamique sur un minéral salin. Un vin tateurs, qui trouve ce vin déséquilibré et équilibré qui sait exprimer un beau terroir. quelconque… Finale fraîche et équilibrée. (20$le 2007, disponible début 2010) Original et gourmand. 8$. Parmi les vins présélectionnés, nous avons également dégusté: ImpressionDomaine de la Grange Tiphaine Sec du Domaine de l’Ouche Gaillard, Les Grenouillères Les Maisonnettes du Domaine Laurent 14,5/20 Chatenay, Requiem du Domaine Levasseur-Nez grillé et poudré, finement réglissé. De Alex Mathur. l’élégance. Arômes de miel, avec du floral Nous avons également dégusté, sur le mil-(fleurs de montagne) et du fruit (fruits blancs lésime 2003 : cuvée Saint-Martin de Patrice et ananas). Assez aérien. Bouche ferme et Benoît, La Vallée des Prêtres de Laurent tendue. Belle longueur sur la violette et la Chatenay, le Clos du Château de Mosny. réglisse, avec beaucoup de tension. Un vin de terroir. 12$. DEMI-SECS 2007 Domaine Patrice Benoît 13/20 (noté de 10 à 14, notes isolées) Premier nez fermé, puis peaux de fruits, François Chidaine nèfle et coing. Bouche droite et tendue à Clos Habert la limite de l’austérité. Notes salines sur 14/20 fond de sucres résiduels [20 g]. Finale avec Nez assez fin, riche et gras. La poire domine, une certaine amertume, « redoutable » pour relayée par des zestes d’agrumes mûrs. l’un des dégustateurs. Sophistication et élé-À l’aération, on décèle un côté terpénique gance mêlées. 5$. ainsi qu’une touche de pierre chaude. Bouche puissante avec une belle matière, un peu durcie cependant. Potentiel de garde incontestable. Vin à attendre impérative-ment. 14,40$. Domaine Frantz Saumon Minéral + 13/20 Légère réduction, aération nécessaire. Notes de légumes, puis d’agrumes, avec un côté tourbé et fumé. Bouche à la fois nerveuse et douce (sucre candi et barbe-à-papa) [16 g de sucres résiduels]. Jolie acidité bien présente, finale saline sur une pointe d’amertume. À ce jour, manque de finesse, mais pos-
Parmi les vins présélectionnés, nous avons également dégusté: Dionys du Domaine Levasseur-Alex Mathur, Origine du Domaine Moyer.
MOELLEUX 2005
Lise et Bertrand Jousset En Aparté 15,5/20 Nez fin et complexe avec une jolie fraîcheur. Du fruit (ananas et rhubarbe) sur des notes d’angélique confite et de poivre, avec une touche maltée et iodée. Impression de botrytis. Bouche puissante et complexe tout en harmonie. Acidité saline en parfait équilibre avec le moelleux. Matière en ten-sion. « Grand vin ! », résume un dégustateur. 20$. Domaine de la Taille aux Loups Cuvée des Loups 14,5/20 (noté de 13, note isolée, à 16) Joli confit (coing, nèfle, mirabelle, berga-mote) qui se complexifie à l’aération avec des notes de cannelle, de thé et de praline. Bouche souple et suave [90 g de sucres résiduels], large, assez coulante. Pointe d’amertume qui allonge la bouche. «Très léger manque de fraîcheur et de netteté», nuance un dégustateur. Belle longueur sur l’abricot. Vin gourmand, plein et charmeur. 30$. François Chidaine 14,5/20 Premier nez discret. À l’aération, notes d’ananas frais. Manifestement, de beaux rai-sins qui forment une très belle matière [100 g de sucres résiduels]. Onctuosité soyeuse et délicate, finesse de texture. Beaux amers (ginseng). Élégance et pureté qui semblent un peu masquées par le SO2. Un vin avec une vraie personnalité, à oublier pendant quelques lustres. 19,20$. Parmi les vins présélectionnés, nous avons également dégusté : -millésime 2005 : les cuvées Jade et Saphir du Domaine de l’Ouche Gaillard, La Nef des Fous des Loges de la Folie, -millésime 2003 : La Vallée Bisseau d’Alain Joulin & Fils, la Cave des Producteurs de Montlouis, le Clos du Château de Mosny.
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et net basé sur l’expérimentation, la vérification! ». Jacky Blot oublie de dire que le plaisir, au début, s’est transformé en cauchemar : il bousculait les idées reçues, d’autant qu’il n’était pas originaire de Montlouis. « Mais maintenant on est dans la culture du lieu, on fait partie du décor comme si on était là depuis 150 ans ! », confie Christophe. Aujourd’hui, le domaine s’étend sur 27 ha à Montlouis, 5 haà Noizay en AOC Vouvray (les Clos de Venise et de la Bretonnière) et 15ha à Bourgueil (le Domaine de la Butte:R&B n°89). Un empire qui fonctionne grâce à une équipe soudée d’une douzaine de person-nes dont Joëlle, la femme de Jacky, discrète et efficace, et Anne-Françoise, leur fille, qui s’occupe de plus en plus de la commercialisation mais aussi de la cave au moment des vendanges, surveillant les raisins jusqu’au pressoir. « Depuis le début, Jacky, en parfait autodidacte, a toujours le nez dans les caves et dans les verres. Il veut comprendre le pourquoi et le comment du vin pour mieux le vendre ! », précise Christophe. Car au domaine, on est aussi pédagogue. Humble ou fortuné, le moindre client est bien reçu. Les 27 ha en AOC Montlouis – 10 ha sur Husseau, 10 sur Montlouis et 7 sur Saint-Martin-le-Beau – se répar-tissent sur plus de 30 parcelles. « 2 ha de jeunes vignes, le reste va de 35 à 90 ans! ».Vu le morcellement du domaine, Jacky Blot ne peut pas proposer une sélection par terroirs (ils ne sont jamais mentionnés sur l’étiquette). Les sols sont travaillés et les traitements bio stimulent les vignes. Pour le choix de la date des vendanges, chaque parcelle est évaluée, semaine après semaine: état sani-taire, aspect visuel des baies, analyse des grains au réfrac-tomètre, suivi de la météo. Les vendanges se font en plusieurs tris, en caisses aérées, et la récolte passe ensuite sur une table de tri. Elles durent de 4 à 5 semaines, avec plus de 30 saisonniers (en deux équipes sur Montlouis et Bourgueil) : « On leur fait goûter un sec, un demi-sec, un moelleux et un pétillant pour faire comprendre quels types de grappes il faut ramasser ». Les parcelles de vignes de 10 à 20 ans sont destinées à « faire de la bulle » (R&Bn° 87). D’autres, plus vieilles, donnent la cuvéeLes 10 arpents.Rémus provientde tris sur deux parcelles, en tout 1 ha de vieilles vignes de 1912 et 1914.Rémus Plus, née en 2002, résulte d’une sélec-tion de barriques élevée 18 mois. On a souvent reproché à Jacky Blot une vinification et un élevage en fûts qui marquaient trop ses vins, pourtant 10 % seulement de ses 700 barriques sont renouvelés chaque année. La tonnel-lerie Cadus lui fournit, après maints essais, des fûts de chêne de l’Allier (3 ans de séchage) de chauffe moyenne. Lors de la dégustation des 2008 sur fûts, nous n’avons pas ressenti le bois. « J’aime les élevages longs en barri-ques de 228 l ou en demi-muids de 400 l. Je déteste les
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Une "loge" sur le Domaine François Chidaine
blancs de Loire qui font leur fermentation malolactique et je m’arrange toujours pour qu’ils ne la fassent pas ! ». La démonstration viendra plus tard avec une dégustation de 3 millésimes de montlouis secs : le 1989 – le parc à barriques datait un peu: manque de netteté, finale sur un miel sec curieux –, le 1996 – barriques saines de 4 à 5 ans : un vin net, droit, mais manquant d’expression de terroir – etRémus 2002– 10 % de fût neuf : un vin exubérant, harmonieux, frais, complexe et long. Vin phare du domaine, le montlouis pétillantTriple Zéro(« 0 chaptalisation, 0 dosage, 0 liqueur de tirage ») : « En1993, on a eu l’idée de produire une méthode ancestrale à partir de tris et de petits rendements. C’était un peu le vin d’été d’autrefois, souvent demi-sec, qui accidentellement refermentait en bouteille! On s’est rendu compte qu’il fallait le laisser longtemps sur lattes et le dégorger le plus tardivement possible ! Allonger la durée sur lattes de 4 ou 5 ans avec les lies qui nour-rissent le vin serait parfait! ».Celui qui est à la vente actuellement, une base 2007, reste 12 mois sur lattes. Une dégustation de plusieurs millésimes nous a prouvé la belle aptitude de garde de ce pétillant. Au total, un vigneron rigoureux et pragmatique, « qui ne croit que ce qu’il voit ».
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Domaine Lise et Bertrand Jousset (voir portrait page 44) Les Jousset viennent d’acheter 2,10ha. Le reste, les 8,6 ha,c’est du métayage. Ils cultivent aujourd’hui 26 parcelles plantées de chenin à 80%, sur le hameau de Husseau, aidés depuis peu par un ouvrier à temps complet, Thibaut Bodet, un fils de maraîchers bio angevins qui « correspondait à notre philosophie ». Dans notre dégus-tation, leurs trois vins ont fait au moins jeu égal avec les ténors de l’appellation. «Le chenin, c’est mon cépage. Il est droit, mais pas toujours facile», s’exclame Lise. Bertrand, quant à lui, disserte sur la taille : «80 %du travail du vigneron, c’est la taille et son environnement. Il faut préserver la vigne et sa formation, vérifier les piquets. La taille, c’est le moment dans l’année où tu passes le plus de temps devant ton cep! ».C’est la taille Guyot double qui est pratiquée, avec 8 yeux fructifères. L’âge moyen des vignes avoisine les 70 ans, avec une parcelle plantée en 1873, franche de pied, qui donnera quelques centaines de bouteilles de moelleux en 2008 avec 60 g de sucres résiduels. Elles ne seront pas commercialisées avant fin 2010. Goûté sur fût en mars 2009, ce vin de vieille vigne nous a paru impressionnant de tension et de profondeur, avec une grâce émouvante. Les parcelles des Jousset sont situées sur les Landes, « unsol de sable avec très peu de silex, dans lequel le calcaire est assez loin », et sur le Volagré et le Clos Renard (cuvéesSingulieretEn Aparté), dont les sols sont compo-sés de sable et de silex en surface, sur une roche mère calcaire avec des veines d’argile. Citons encore des terres aux lieux-dits Taille de Nouy, Maison Marchandelle ou encore Les Pions. Les vignes sont travaillées, sans aucun produit de synthèse, ni désherbant, ni engrais chimique. Délibérément, elles sont vendangées «en plein», à la parcelle, et non par tris successifs : « On calotte ! », c’est-
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à-dire qu’on ramasse tout, explique Bertrand. Les bâti-ments, disposés sur trois niveaux, permettent de travailler les jus et les vins par gravité, « nos jus ne voient la pompe qu’à la mise en bouteille». Fermentations et élevages se déroulent en fûts de 225 et 400 l âgés de 1 à 7 ans. Concernant les fermentations malolactiques, laissons la parole à Bertrand : « Je ne me triture plus l’esprit, je ne soutire plus les vins. Il y a le millésime, donc les malos se font ou pas ! ». Outre la taille, il a ses moments préférés : « J’aime entonner des jus troubles, chargés en matière. Cela me paraît une hérésie de vouloir utiliser le froid. Le froid, ça dépouille les vins. J’adore entonner la nuit au moment des vendanges. Il n’y a que le bruit du jus qui s’écoule. Je suis bien… ». Bertrand se confie avec plein d’espoir : « Je veux aller plus loin, et pour moi, c’est l’ho-méopathie. L’envie, c’est aussi le labour au cheval, mais pour l’instant, on n’a pas les moyens de nos ambitions ! ». Pourtant, « avec uniquement les moyens du bord », les chenins de Lise et Bertrand Jousset sont d’une précision et d’une justesse étonnantes, avec en plus le plaisir et l’émotion… comme pour un premier rendez-vous.
Domaine La Grange Tiphaine Il rêvait d’être pilote de ligne, mais il est devenu vigne-ron. Il a repris le domaine familial en 2002 : « Je ne sais pas pour quelle raison, une étincelle sans doute…», confie Damien Delecheneau. Il faut dire qu’il appartient e à la 4génération de vignerons. Après un BTS Viti-Oeno, « à Blanquefort, pour l’ouverture d’esprit », il réussit son Diplôme National d’Œnologie, à Bordeaux, en 1999. C’est au cours de ses études qu’il rencontre Coralie, une Strasbourgeoise intéressée au départ par la biologie agroalimentaire, titulaire d’un DESS d’œnologie et du DNO de la même promotion que son mari. Damien, tout juste trentenaire, a déjà une solide expérience : stage
Domaine Jousset : vieux chenins francs de pied plantés en 1873
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chez Laroche à Chablis, puis au Château Lafon-Rochet à Saint-Estèphe, vinification au Clos Pégase en Californie – « pour apprendre ce qu’il ne faut pas faire ! » – et en Afrique du Sud – « où le vinificateur ne connaît pas les vignes ! ». Ajoutez-y un mi-temps au lycée viticole d’Am-boise comme professeur voici quelques années, et vous aurez un aperçu du personnage. Il ne faudrait pas oublier les conseils et l’aide de ses parents, toujours présents dans le discours de Damien. Aujourd’hui, La Grange Tiphaine couvre 13,5ha (dont 1 en plantation) et se répartit équitablement entre les appellations Touraine et Montlouis, avec pour cette dernière 1 ha sur Husseau et 5 sur Saint-Martin-le-Beau (8 parcelles). Les vignes, 115 ans pour les plus âgées, sont en conversion bio, avec un enherbement naturel pendant la période hivernale. Au début du prin-1 temps, cavaillonnage puis décavaillonnage , puis passage d’une lame intercep sous le rang et griffage sur le rang pendant le cycle végétatif. Un ébourgeonnage est égale-ment pratiqué. Mais Coralie et Damien voudraient aller encore plus loin, « par exemple faire notre compost ». Ces deux-là, avec une approche très professionnelle et extrêmement rigoureuse de leur métier-passion, savent ce qu’ils veulent: des vins pleins, précis et purs, qui possèdent une minéralité, «ces différentes notes de silex, du caillou frotté à la terre en passant par la pierre chaude ».Sur leurs terres d’argile à silex sur calcaire ou de sables siliceux, c’est l’expression du terroir qu’ils recherchent avant tout. Peu d’interventions en cave : les deux cuvées que nous avons particulièrement aimées, Clef de SoletLes Grenouillères, sont élevées sur lies sans soutirage, après une lente fermentation alcoolique en
1. C’est-à-dire buttage et débuttage : deux façons de labour qui consistent à créer dans un premier temps, puis à enlever une petite butte de terre – le cavaillon – autour du pied de vigne.
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Damien et Coralie Delecheneau
barriques, sans levurage. Secs, demi-secs ou moelleux, les vins du domaine sont toujours élégants, tendus, avec des résonances pres-que musicales : Damien est un clarinettiste amateur de talent, et pour lui, « faire du vin, c’est un rythme, une interprétation »…
Domaine Les Loges de la Folie La famille, les amis, les banquiers, tous les ont traités de fous, mais Valérye Mordelet et Jean-Daniel Kloecklé ont tenu le coup. Il faut être mordu, en effet, quand on vient du milieu théâtral comme Valérye ou de l’agroa-limentaire (levures de panification !) comme Jean-Daniel pour se lancer dans la viticulture. Ils l’ont fait et ça n’a pas été simple ! Parce qu’ils respectent et admirent le patrimoine rural, ils ont créé leur domaine en 2006 : 7 ha en fermage, de gros-ses parcelles sur Saint-Martin-le-Beau. Ici règnent sables et limons assez siliceux plantés à 85 % en chenin (pour le reste, sauvignon, grolleau, gamay, pineau d’Aunis et côt). Les vignes ont 60 ans d’âge moyen, avec quelques centenaires. « Nous complantons, car nous sommes très attachés à nos vieilles vignes. Notre parcelle de 30 ares de vignes centenaires produit la cuvéeLa Nef des Fousen sec et demi-sec. » Ils se sont formés en plusieurs étapes : biodynamie et maraîchage (taille de la vigne) au lycée d’Amboise, un BTS à Beaune en alternance avec une formation œnologique dans le Sud, puis les conseils de Patrice Colin, dans le Vendômois. Valérye s’occupe de la gestion et de la commercialisation, Jean-Daniel est à
Valérye Mordelet et Jean-Daniel Kloecklé
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résiduels possible. Éviter la fermentation malolactique, pratiquer l’élevage pour la garde. Je recherche la pureté, la droiture, la précision et la dentelle du chenin tout en cultivant la finesse de notre terroir et en y ajoutant un soupçon de puissance », ajoute-t-il. S’il a découvert le vin il y a une quinzaine d’années avec un pommard 1983, il débute sa vie professionnelle comme “Chargé des publics” à l’Orches-tre National de Lille. Mais après quelques années de réflexion, il décide de franchir le pas. Il effectue, entre autres, un stage au Clos Rougeard chez les frères Foucault. Pour se constituer un capital de départ, il lance une souscription: en contrepar-Il est parti au cœur de l’été, à 42 ans, laissant sa petite fille, ses prochestie, les 109 souscripteurs ont reçu chaque et ses amis atterrés et désemparés.Stéphane Cossais seretranchaitannée pendant 5 ans un certain nombre derrière son humour, avec une solidité qui n’était qu’apparente. Sonde bouteilles. exigence du beau et du bon, son intransigeance ont eu raison de sonAujourd’hui, désormais diminué cœur. Il a rejoint Dionysos dans l’Olympe, mais son ombre vole à gré au-de ses vignes de rouge, le domaine se dessus de Montlouis et de ses vignes de chenin. À présent qu’il côtoieha répartis sur 7 parcelles.limite à 2,9 les dieux et les anges, peut-être, en plus de son métier de vigneron,Ce sportif, marathonien et ancien joueur exerce-t-il celui de marchand d’ailes… Au revoir Stéphane !de squash de haut niveau, sait ce qu’il veut. «J’ai découvert que mes vins me plein-temps dans les vignes. Ils se dirigent progressive-ressemblent et cela me plaît. Je ne suis pas facile d’appro-ment vers la biodynamie et commencent à labourer auche, je suis quelqu’un de timide et de réservé », avoue-cheval. Leur rêve : des attelages pour emmener des visi-t-il. Pourtant, il sait se montrer bavard quand il s’agit teurs découvrir les vignes, observer la flore et la biodi-de parler de sa passion du vin. Ses vignes, âgées de 15 à versité (ici, prés, cultures, jardins et vergers jouxtent85 ans avec une densité de plantation de 6 600 pieds/ les parcelles de vignes) ainsi que les “loges”, ces petitesha, sont en culture biologique (certification Ecocert). maisons de vigne que certains ont restaurées.Il taille pour ne laisser que 6 yeux fructifères. « Je viens « Lechenin permet de faire de la haute couture! »,de chez les Foucault avec une philosophie et non une nous confie Valérye.Le Chemin des Logesrecette »,précise-t-il avec fermeté. Il constate qu’il est, premier vin de la gamme, est élevé en cuve, etLa Nef des Fousatypique par rapport à ses collègues, puisque seuls lesen fûts non neufs.Sucre d’angesecs l’intéressent : ni bulles, ni moelleux chez Stéphane, le moelleux 2008, provient d’une vendange mi-botrytisée mi-passerillée. Les vendanges seCossais. Il effectue un soutirage avant l’été pour éviter pratiquent en plusieurs tries, les mêmes parcelles pouvantles fermentations malolactiques, ce qui ne suffit pas dans ainsi produire des secs, des demi-secs, des moelleux etcertains millésimes comme 2005 et 2006. Les vins sont des pétillants. Les terroirs sablonneux de Saint-Martin-ensuite élevés durant de longs mois. C’est le cas pourLe le-Beau offrent moins de puissance et plus de finesse etVolagré2005 : 20 mois en barriques de 400 l provenant d’élégance qu’ailleurs, et les vins du domaine se goûtentde 4 tonneliers différents (chauffe légère) et 3 mois en très différemment des autres. Chez ces jeunes passionnés,cuve pour homogénéiser la cuvée. « Avec 2008, je suis en on retrouve un petit coin de poésie et beaucoup de l’hu-rythme de croisière avec 30 mois d’élevage (23 mois en manisme… d’Érasme.barriques et 7 mois en cuve). Vidées et lavées fin août/ début septembre, les barriques reçoivent la nouvelle Domaine Stéphane Cossaisrécolte fin septembre/début octobre. Les 7 mois de « Ce qui m’excite, c’est travailler les terroirs ! Dès quecuve permettent d’homogénéiser toutes les barriques le terroir est là, ça cause, même avec des jeunes vignes »,en cuve. L’autre intérêt, c’est de préparer le vin à une affirme Stéphane Cossais, qui est loin d’être un inconnuaccessibilité et à un plaisir plus rapides en bouteille sans pourLeRouge&leBlancpour autant lui enlever son potentiel de vieillissement.76). « Ce qui me passionne (n° aussi, c’est le chenin. Faire des secs avec le moins de sucresLe vin reprend le dessus, s’exprime plus, et la barrique
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se met en retrait », précise-t-il, révélant ainsi exigence et méticulosité. Mais auparavant, il y a les vendanges : 24 vendangeurs qui ramassent en une seule fois, 2 tables de tri avec 8 personnes pour éliminer le pourri, grain par grain s’il le faut. On le voit, ce perfectionniste recherche l’état sanitaire parfait malgré le coût (la vendange équi-vaut à 1 euro par bouteille). Même si la cuvéeMaison Marchandelle2006 ne nous a pas encore paru tout à fait en place lors de notre dégustation, les vins de Stéphane Cossais sont toujours aériens et dynamiques. Et chez ce vigneron sensible à la musique classique, ils résonnent et vibrent harmonieusement au rythme du terroir…
Domaine Frantz Saumon Au physique, avec ses longs cheveux blonds, sa barbe de huit jours et sa façon de se poser devant ses interlo-cuteurs, bien campé sur ses jambes, l’homme a tout du trappeur. On ne se trompe pas : Frantz Saumon, venu du Cher, a débuté comme technicien forestier, mais sa coopérative forestière a «mis la clé sous la porte» en 1997. « Dans ce métier, mon travail ne portait ses fruits que dans les décennies, voire les siècles à venir. Comme j’aimais le vin, j’ai décidé très rapidement de devenir vigneron, un métier où en un an on peut voir les résul-tats de son travail ». Ses maîtres à vinifier, il les trouve dans le Beaujolais – Marcel Lapierre, Jean Foillard –, mais il suit néanmoins une formation au lycée viticole d’Amboise. Aujourd’hui, après s’être séparé d’1,5ha – «pour maîtriser seul mon travail » –, il cultive 5 ha de vignes (50 % en propriété et 50 % en location). Comme souvent à Montlouis, le domaine est très morcelé : des parcelles argilo-siliceuses sur Lussault, à l’est de l’appellation, « où se trouvent de beaux terroirs mais très peu de vignes et de vignerons», sur Husseau, le fameux plateau, et sur Montlouis, au hameau du Chapitre, un beau terroir argilo-calcaire, entouré d’arbres fruitiers, surplombant la Loire, à l’ouest de l’appellation. Ses vieilles vignes s’échelonnent de 30 à 100 ans. S’il n’est pas encore fixé sur les méthodes de culture, qui, après réflexion, pour-raient évoluer différemment, il enherbe les sols épais et les travaille sous le rang. Avec un “rolofaca” (un rouleau à couteaux d’origine brésilienne, mais à construire soi-même…), l’herbe est pincée et couchée sur le sol et devient un paillis qui reste ancré dans la terre tout en cessant ainsi de concurrencer la vigne. Quant aux sols minces, ils ne subissent que de légers labours avec un travail intercep. Pour l’esca, il semble avoir trouvé une solution – « un vœu pieux », laisse-t-il entendre – : passer de la chaux diluée dans l’eau sur les cicatrices occasion-nées par la taille. Les rendements sont en moyenne de 30hl/ha. Les grappes sont récoltées au seau, en particulier pour les
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raisins roses de“pourri plein”, très fragiles, destinés à élaborer les demi-secs. Ils passeront ensuite sur une table de tri. La fermentation s’effectue sans levurage. « J’aime les fermentations lentes et les élevages sur lie en petits contenants. Je trouve que les tonneliers ont fait d’énor-mes progrès et ne proposent plus de fûts trop toastés. J’achète un peu de neuf, mais j’ai plutôt des fûts de 1 à 3 vins. Il arrive que la fermentation malolactique se déclen-che :je laisse faire». Il affectionne les élevages longs: ainsi, la cuvéeMinéral +, un montlouis sec ou demi-sec de printemps (mise précoce en avril) provenant des parcelles de Lussault, est destinée à gagner en élevage; augmentée des vignes qui faisaient jusqu’en 2007 leP’tit Caporal, cette cuvée, en 2008, est une petite merveille, 13° d’al-cool et 13g de sucres résiduels, parfait équilibre entre richesse et acidité. À partir de 2006,Le Clos du Chêneregroupe plusieurs parcelles de vieilles vignes (autour de 95 ans). Sur les parcelles argilo-calcaires du Chapitre, la maturité est précoce, mais le vin garde toujours une belle tension, et il arrive, mais très rarement (2003 et 2005), qu’on puisse tirer de ces vignes quelques barriques de vin moelleux. Il faut aussi parler de l’extraordinaire pétillant naturel, fin et vineux, non présenté à la dégustation d’agrément d’AOC et proposé en vin de table, mais qui respecte tous les points de la charte du “pétillant origi-nel”. On y retrouve minéralité et tension : en deux mots, le style des vins de Frantz Saumon.
Frantz Saumon
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Domaine Levasseur-Alex Mathur Éric Gougeat a décidé de brouiller un peu les cartes : Levasseur, c’est le nom de l’ancien propriétaire et Alex Mathur, c’est la contraction des prénoms de ses enfants, Alexandre, Mathilde et Arthur. Parmi les jeunes qui se sont installés sur l’appellation dans les dernières années, il reconnaît, avec une tendance à l’exagération, qu’il fait un peu figure de “vieux”. Ce ligérien a certes vécu une autre vie – directeur commercial dans une importante entreprise – avant de s’installer en 2000 comme vigne-ron. Mais le vin, c’est une vieille passion qui peut prendre naissance dès l’enfance – un quarts-de-chaume 1969 par exemple – et ne vous laisse plus en paix. Jusqu’à ce que vous franchissiez le pas : une formation au lycée d’Am-boise et l’achat sur Husseau de 10 ha (en 3 îlots) dont 8 de chenin. «Je voulais trouver du chenin. C’est un cépage que j’ai toujours côtoyé à travers mes dégusta-tions. Quand on goûte ce cépage, les autres paraissent ternes ! »,explique-t-il malicieusement. Cabernet franc, sauvignon et chardonnay complètent la gamme. Un tiers des vignes a moins de 15 ans, un tiers entre 25 et 45 ans et le reste entre 45 et 90 ans. Issues de sélections massales pour 60 %, elles sont en culture biologique certifiée AB depuis 2006. 18 vendangeurs effectuent 2 ou 3 passages, car « il est rare d’avoir toutes les grappes mûres en même temps ». Éric ne recherche pas la fermentation malolacti-que, mais chaque année, elle se déclenche sur 15 à 20 % des vins, « chaque barrique a sa vie », philosophe-t-il. « C’est un des moments de l’année le plus passionnant, car on finalise tout le travail que l’on a fait à la vigne », ajoute-t-il. Les vins séjournent ensuite en barriques (neuves pour 10 à 15% et de 1 à 2 vins pour le reste) pendant 20 mois. «J’aime le bois, le contact avec la matière. Si je n’avais pas été vigneron, j’aurais été ébéniste… », glisse-t-il dans la conversation. Anne, son épouse, s’occupe de la gestion. Ils projettent de diminuer la superficie de leurs
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Xavier Weisskopf
vignes jusqu’à 6,5 ha pour arriver à travailler seuls. Éric Gougeat, serein, ne regrette pas ses choix, malgré les difficultés. « Le vin, c’est l’école de l’humilité en permanence. Un vin vous échappe. Si vous loupez votre recette, il vous faut une année pour vous en remettre et avoir une autre chance», conclut-il. En tous cas, la recette a été magistralement réussie pour son pétillant naturel 2006Les Pions, dégorgé en septembre2008 (par l’entreprise Soret), un vin d’une élégance et d’une race admira-bles. Les autres cuvées – c’est le cas deDionyset deRequiemont impérativement besoin – de temps et de sérénité avant que les compo-sants s’harmonisent. Comme dans une histoire d’amour, en quelque sorte…
Domaine Le Rocher des Violettes Venu de l’Oise, passionné par la nature, Xavier Weisskopf a beaucoup bourlingué avant de se poser à Montlouis :BTS de protection de la culture à Chablis (il y réalise ses premières vinifications en 1998), BTS Viti-Oeno en 2000 à Beaune avec un stage chez Claude Maréchal, puis maître de chai au château de Saint-Cosme à Gigondas en 2001. Avec un tel bagage, il espérait en 2004 s’installer en Bourgogne, mais le prix des vignes était dissuasif. Fin 2004, il achète 6,8ha à Montlouis avec un potentiel étonnant de vieilles vignes: des côts de 1911, et, pour les chenins, des sélections massales de 1914 (La Négrette, 40 ares) et de 1922 sur Saint-Martin-le-Beau ! Les sélections massales les plus jeunes datent de 1965. Il possède aussi 2 ha de vignes plantées en 1992 et 3,5 ha de très jeunes vignes qui produiront cette année. Sa philosophie, il l’explique sans tergiverser : « Respecter les terroirs en vinifiant les parcelles séparément et en le revendiquant sur l’étiquette. Je suis allé jusqu’à proposer 12 cuvées différentes, actuellement j’en garde 8 ! ». En conversion bio, ce jeune vigneron respecte les lunes pour effectuer les travaux à la vigne. Il n’utilise que purin d’ortie, silice et calcium et il vendange manuellement. Les jus sont débourbés 72heures avant d’être vinifiés puis élevés en fûts. « Je suis pour des fermentations lentes et j’interviens très peu. Je n’apprécie guère la fermenta-tion malolactique, mais parfois elle se déclenche comme en 2008! »Les vins ne sont pas soutirés.Ils évoluent dans une impressionnante cave-cathédrale de tuffeau de 2 800 maux portes d’Amboise. Nous avons apprécié la cuvéeLa Négretteissue de très vieilles vignes sur 2007, un terroir argilo-calcaire, et, dans un autre registre, la cuvéeLes Borderies, sur terroir argilo-siliceux (sable en surface, puis graves sur une profondeur de 20cm avec
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de l’argile rouge) pour son caractère minéral, tendu et élégant. Xavier Weisskopf aime à dire que le parrainage des nouvelles générations de vignerons par Jacky Blot et François Chidaine a été bénéfique: «Ils dynami-sent les jeunes et grâce à eux, les restaurateurs jouent le jeu et les font connaître. » Dans les 10 ans à venir, ce vigneron va poursuivre sa recherche en vinification et en élevage, notamment avec des barriques de 500 à 600l sur des durées de 10 mois. « Je développerai surtout les vins secs, replanterai des sélections massales et confec-tionnerai les composts par mes propres moyens.» Ses grandes émotions viennent des vins de François Chidaine en 2003, de Claude Maréchal, d’Adhémar Boudin ou encore de Dauvissat à Chablis, de Pierre Overnoy ou d’Henri Bonneau. Son rêve : acquérir une petite parcelle de pinot noir en Côte-de-Beaune !
Domaine Laurent Chatenay La musique, Laurent Chatenay la connaît aussi! D’abord parce qu’il joue du bugle, ensuite parce que, depuis 13 ans, il fait ses gammes de vigneron bio sur ses 6ha de chenin plantés face au Cher. Le domaine est morcelé en 12 parcelles sur des sols de cailloux, de graviers, de sables et d’argiles, en majorité sur Saint-Martin-le-Beau : 1 ha de jeunes vignes (8 à 10 ans) et le reste en vignes de 40 à 90 ans. Toutes les règles d’un beau travail sont respectées : labours des vignes, petits rende-ments autour de 35 à 40hl/ha, vendanges manuelles en caissettes, pressoir pneumatique permettant un travail en douceur, débourbage de 48heures puis fermenta-tions à partir des levures indigènes. Sa cuvée de prin-tempsLes Quarts de Nouyélevée en cuve, les autres est sont vinifiées et élevées en fûts durant un an. À la mise en bouteilles, la cuvée de printemps subit une filtration, mais celles élevées en fûts sont parfois non filtrées. Cet homme venu d’autres horizons a passé un BTA au lycée
Un voyage auBout du monde À Berthenay, sur une presqu’île entre Loire et Cher, à quelques encablures à l’ouest de Tours, vous goûtez d’abord le délice de l’ac-cueil, la magie des lieux, à la fois solennels – un ancien presbytère e duxviisiècle – et dépaysants, et la douceur de l’air. Au premier étage duBout du Mondesituent la boutique et la vinothèque, avec 750 se références ! Au rez-de-chaussée, dans un décor exotique, il suffit de vous laisser aller à vos envies dans le menu à 32$, mais le choix est si difficile parmi les plats concoctés par Hervé Guttin, le chef de cuisine. Vous êtes dans l’hésitation permanente. Heureusement, pour patien-ter, le maître des lieux, Christophe Roublin, vous a proposé, sorti de sa fantastique carte des vins, un grenache gris du domaine des Deux Ânes (R&Bn° 86). Ne vous inquiétez pas, vous choisirez des vins de Loire pour les mets suivants, quoiqu’un côtes-du-roussillon du domaine… du Bout du Monde (R&Bn° 88) pourrait vous tenter. Mais, encore une fois, quel dilemme, quel supplice de devoir abandonner tant de plats et de vins jusqu’à votre prochaine visite, à moins que le voyage se termine ici et qu’après y avoir pris goût, vous y preniez pension. Après tout, c’est “le bout du monde”, non ? Et vous y êtes enfin arrivé ! • Restaurant-ÉpicerieLe Bout du Monde, Le Bourg, 37510 Berthenay. Tél. : 02 47 43 51 50.
LeRouge&leBlanc N° 94
viticole d’Amboise en 1995-1996. Il apprécie l’élabora-tion des vins en fûts: «J’aime les fermentations lentes en barriques bourguignonnes puis les élevages de 12 à 18 mois dans des barriques neuves et de 1 à 5 vins.». Même si le comité de dégustation n’a retenu que son montlouis méthode traditionnelle brut, rafraîchissant et sapide, nous avons été surpris favorablement sur place parLes Maisonnettes 2007,un sec issu de vieilles vignes et élevé en fûts, et parLa Vallée2007, un demi-sec. On comprend que François Chidaine, président de l’appella-tion, le soutienne.
Une dynamique Sous la houlette de vignerons expérimentés, une belle dynamique est ostensiblement en marche. Quand on sait que Montlouis est un terroir qui ne supporte pas la médiocrité, qu’à plus de 45 hl/ha les vins sont déséquili-brés et acerbes (en face, à Vouvray, les sols argilo-calcaires permettent des rendements un peu plus élevés), on ne peut qu’applaudir au renouveau du vignoble. On peut dire que des appellations françaises avec un tel potentiel, avéré lors de nos dégustations – même si tout n’est pas parfait, bien sûr –, ne sont pas légions. Pour conclure, laissons la parole à François Chidaine, le président du syndicat : « On n’efface pas 40 ans d’un revers de main. Des progrès énormes ont été faits. La cave coopérative se remet en cause, pratiquant des vendanges manuelles. Avant, il y avait antagonisme entre elle et les vignerons indépendants ! ». Et il ajoute fièrement : « Aujourd’hui, les gens se parlent! ».Et bien, sachez, vignerons de Montlouis, que vos vins nous ont aussi parlé ! Avec tant de délicatesse, de franchise, d’intensité et de grâce que nos papilles en vibrent encore…n
Se restaurer Les Chandelles Gourmandes (44,rue Nationale, 37270 Larçay. Tél. : 02 47 50 50 02). Il faut prévoir un minimum de 2 h 30 pour déjeu-ner : Bernard Charret désosse les viandes, pare les poissons et éplu-che les légumes au dernier moment ! Cuisine goûteuse, parfaitement exécutée, à partir d’excellents produits locaux souvent bio. Menu séduction : 48$. Beaux vins de Loire à la carte avec néanmoins les premières bouteilles à 30$! Fabuleux chariot de fromages et excel-lent pain maison. Le Saint-Honoréplace des Petites Boucheries, 37000 Tours. (7, Tél. : 02 47 61 93 82). Isabelle et Benoît Pasquier, venus de Chartres, ont restauré cette ancienne boulangerie datant de la Renaissance pour ouvrir leur restaurant en novembre 2008. Cuisine inventive basée néanmoins sur des recettes anciennes : pâté de Tours à la géline et fine gelée au vouvray (12$), craquelin de ris d’agneau aux écrevisses et duxelles de champignons (16$), côte de veau percée à la Soubise et endive de Touraine braisée au miel (17$), etc. La carte des vins est réjouissante (saumur-champigny des frères Foucault, saumur blanc l’Insolite de Thierry Germain, orléanais de Reynald Héaulé). Menu du midi à 26$. L’Hédoniste(16, rue Lavoisier, 37000 Tours. Tél. : 02 47 05 20 40). Jacky Serre met à l’honneur la cuisine du terroir, avec une carte des vins imaginative et inspirée. À côté du restaurant, cave-bar à vins (250 références de vin “nature”) incontournable, d’autant que les conseils de Charly, le sommelier, méritent vraiment le détour.
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