Sociétal 2016 - Sujet sur l

Sociétal 2016 - Sujet sur l'autoédition

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Voir le mini site des auteures Elizabeth Sutton et marie-Laure Cahier http://www.idboox.com/publier-son-livre-a-lere-numerique/

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Publié le 19 février 2016
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Langue Français

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Tous auteurs ?
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MARIELAURECAHIERELIZABETHSUTTON
La révolution numérique met en cause les modèles juridiques et économiques de la chaîne de valeur traditionnelle du livre, bousculant le rôle de tous les acteurs (auteur, éditeur, libraire, lecteur) et leurs relations. Si, grâce au numérique, tout le monde peut devenir auteur, alors qu’estce qu’être auteur 1 aujourd’hui ?
1Cet article est très largement inspiré de l’ouvrage de Marie-Laure Cahier et Elizabeth Sutton,Publier son livre à l’ère numérique : autoédition, maisons d’édition, solutions hybrides, Eyrolles, janvier 2016. © Groupe EyrollesÉgalement disponible en ebook, version autoéditée par les auteurs.
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> L’agora deSociétal
LES TROIS REGISTRES DE LA RÉVOLUTION NUMÉRIQUE DE L’ÉCRIT
Comme l’analyse Roger Chartier, professeur au Collège de France où il enseigne l’histoire du livre et des pratiques de lecture, la révolution numérique affecte les trois registres qui structurent la production et la circulation des textes :
les techniques de reproduction : du moine copiste à la presse à imprimer, aujourd’hui la dématérialisation ;
la forme et la structure de l’objet, indépendamment de sa technique de reproduction : tablette, rouleau, codex, livre, aujourd’hui page d’écran ;
les pratiques de lecture ou d’appropriation par le lecteur : voix haute, lecture silencieuse, annotations, aujourd’hui manipulation du fichier électronique.
Si l’on tient compte du fait que le codex apparu au début de l’ère chré-tienne était déjà un livre (assemblage de feuilles pliées et reliées entre elles par une couverture), le numérique représente un changement de paradigme beaucoup plus radical que ne le fut l’imprimerie, qui n’affec-tait au fond que la technique de reproduction et, partant, la massification 1 de la diffusion , sans toucher à la nature du medium par lequel l’utili-sateur est mis en relation avec l’œuvre. Les répercussions de cette révo-lution sont loin d’être appréhendées dans leur globalité et il n’est donc guère étonnant que les modèles juridiques et économiques de la chaîne traditionnelle du livre soient mis au défi par l’ampleur du changement.
LA « MORT » DE L’AUTEUR
2 3 Barthes et Foucault , dans un autre contexte, avaient prophétisé la mort de l’auteur ; la textualité numérique pourrait bien réaliser cette prophétie.
Prenons l’exemple de Wikipédia : l’encyclopédie en ligne illustre « les promesses d’une textualité numérique soustraite aux contraintes de
1Sur tous ces points, nous renvoyons aux ouvrages fondamentaux de Roger Chartier, par exemple, L’Ordre des livres, Alinéa, 1992, ouLa Main de l’auteur et l’esprit de l’imprimeur, Folio, Gallimard, 2015. 2Roland Barthes, « La mort de l’auteur »inR. Barthes,Le Bruissement de la langue (Essais critiques IV), Le Seuil, 1984. 3Michel Foucault, « Qu’est-ce qu’un auteur ? »inM. Foucault, D. Defert, Fr. Ewald,Dits et écrits I, 1954-1975, Quarto, Gallimard, 2001.
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l’imprimé : l’information peut y être actualisée en temps réel, l’accès en est gratuit, la construction en est collective, sans revendication de propriété intellectuelle. Elle peut être ainsi tenue pour emblématique d’un mode de production des discours qui annule la “fonction auteur”, qui libère le savoir de son appropriation éditoriale et qui constitue l’une 1 des figures possibles de la communauté du Web ». Cette disparition de l’auteur, l’ère numérique en offre bien d’autres illustrations comme en musique avec lemix, lesamplingou leDJing.
Le consommateur de produits culturels a désormais la possibilité de participer à une œuvre, d’y intervenir, de la transformer ou de la prolonger. « Sur un même écran, on reçoit un texte et on compose le sien. 2 L’œuvre n’est plus fermée ni fixée . »
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Cet effacement de l’auteur qui secoue notre vision du monde n’a cepen-e dant rien de neuf. C’est un retour à la situation antérieure auXVIIIsiècle où la notion de propriété intellectuelle était inexistante et l’idée de plagiat dépourvue de sens. Les histoires appar-tenaient à tous, et on trouve desHamlet Le consommateur a avant Shakespeare et desDon Juanavant dans le vocabulaire de Diderot, avec « sesoude laprolonger. désormais la possibilité de Molière. C’est seulement à partir de la e seconde moitié duXVIII siècle qu’on participer à une œuvre, d’y 3 assiste au « sacre de l’écrivain ». C’est intervenir, de la transformer avec sa vie dorénavant que l’on écrit ou, propres pensées, les sentiments de son cœur », et non avec des recueils de « lieux communs ». Roger Chartier parle de « l’émergence d’un ordre des discours qui se fonde sur l’indivi-4 dualisation de l’écriture, l’originalité de l’œuvre … ». C’est aussi à cette époque que se stabilise une définition duale du livre, tout à la fois œuvre de l’esprit dont l’unique propriétaire est l’auteur et objet fabriqué en de multiples exemplaires (manufacturé) qui reproduit un texte manus-crit. C’est ce qui fonde, à la Révolution française (législation de 1793), la propriété littéraire, soit le régime juridico-économique de protection et de rémunération des auteurs qui constitue encore aujourd’hui notre cadre de pensée. Avec ce basculement se termine une époque durant laquelle l’écriture était considérée comme une activité collective et où les textes
1Roger Chartier. 2http://www.lemonde.fr/societe/article/2005/12/23/roger-chartier-le-droit-d-auteur-est-il-une-parenthese-dans-l-histoire_722516_3224.html#ECj4JTreOHpAlCVo.99 3Titre de la thèse de Paul Bénichou,Le Sacre de l’écrivain, 1750-1830. Essai sur l’avènement d’un pouvoir spirituel laïque dans la France moderne, José Corti, 1973. © Groupe Eyroll4esOp. cit.
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