Conflit chiites-sunnites : sources, sortes et effets

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GRAND ANGULAIRE Conflit chiites-sunnites : sources, sortes et effets Causes politiques, théologiques, idéologiques, culturelles, économiques et régionales : le sectarisme prend racine dans la lutte pour le pouvoir politique et la richesse nationale. Faleh A. Jabar ectarisme (Ta'ifiya) et secte (Ta'ifa) sont des mots vergents. Bien que les étiquettes habituelles de sunnites et récurrents en Irak et même dans le jargon poli- chiites existent toujours, les acteurs sunnites et chiites quiS tique régional. Le sectarisme, donc, après avoir se trouvent emmêlés dans plusieurs genres d'organisa- été un problème interne de chaque pays, est devenu un tions sociales sont de plus en plus nombreux. C'est le cas contentieux à part entière, bien que masqué. des classes urbaines modernes, avec leurs idéologies mo- Les sectes religieuses au sein de l'Islam sont tout aus- dernes et leurs intérêts économiques divergents, ou celui si anciennes que l'Islam même. La division chiite date des tribus et des clans anciens, avec leurs intérêts person- des premiers temps de l'époque du califat (VIIe siècle). nels segmentés. Ces organisations sociales vont au-delà et En ce temps là, la géographie et le système de gou- rompent les caractérisations et les étiquettes holistiques vernement séparaient le sunnisme du chiisme, de mê- et sectaires mises en place au cours de ces 20 dernières me qu'il en fut pour les orthodoxes et les catholiques. années.

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Publié le 18 février 2013
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Conflit chiitessunnites : sources,sortes et effets Causes politiques,théologiques, idéologiques, culturelles, économiques et régionales : le sectarisme prend racine dans la lutte pour le pouvoir politique et la richesse nationale.
Faleh A. Jabar
ectarisme (Ta'ifiya) et secte (Ta'ifa) sont des mots récurrents en Irak et même dans le jargon poli étéSun problème interne de chaque pays, est devenu un tique régional. Le sectarisme, donc, après avoir contentieux à part entière, bien que masqué. Les sectes religieuses au sein de l'Islam sont tout aus si anciennes que l'Islam même. La division chiite date des premiers temps de l'époque du califat (VIIe siècle). En ce temps là, la géographie et le système de gou vernement séparaient le sunnisme du chiisme, de mê me qu'il en fut pour les orthodoxes et les catholiques. Dans le cas du christianisme, on trouvait l'Empire Ro main oriental face à l'occidental ; dans le cas de l'Islam, on trouvait l'Empire Ottoman face à l'Empire Séfévide. Cependant, à l'époque moderne, de même que la divi sion entre catholiques et protestants, la séparation en tre sunnites et chiites s'est introduite dans les schismes internes des Etats à partir de 1921.
La division chiitessunnites en Irak endant des siècles et des siècles, la division sun niteschiites en Irak s'est basée sur des différences ritePs, rituels, valeurs morales, sanctuaires et symboles. culturelles entre écoles de religion, avec leurs propres Depuis la création de l'Etatnation moderne d'Irak en 1921, les tentatives de politiser ces différences culturelles ont échoué aussi bien sous la monarchie qu'avec la pre mière république (192158 et 195863). La politisation du sectarisme sunniteschiites fit son avancée pendant la troi sième république des frères Arif (196368), bien que son apogée date de la quatrième république du parti Baas (1968 2003). L'essor de l'Islam politique, le triomphe de Kho meini en Iran et la guerre IrakIran intensifièrent cette po litisation. Après l'occupation en 2003, le sectarisme politique se militarisa et se transforma bientôt en une guerre civile en 200607. Aujourd'hui, le conflit armé s'est apaisé et les blocs politiques sectaires (sunnite et chiite) ont commencé à se désagréger de l'intérieur, en raison du contentieux et des rivalités ancrées sur des solidarités liées à la munici palité, la tribu, la famille ou la région, en plus d'intérêts di
vergents. Bien que les étiquettes habituelles de sunnites et chiites existent toujours, les acteurs sunnites et chiites qui se trouvent emmêlés dans plusieurs genres d'organisa tions sociales sont de plus en plus nombreux. C'est le cas des classes urbaines modernes, avec leurs idéologies mo dernes et leurs intérêts économiques divergents, ou celui des tribus et des clans anciens, avec leurs intérêts person nels segmentés. Ces organisations sociales vont audelà et rompent les caractérisations et les étiquettes holistiques et sectaires mises en place au cours de ces 20 dernières années. L'explication est simple : les sectes ne sont pas des organisations sociales ; la religion s'organise autour de groupes urbains/familiaux, alors que les structures sociales sont des tribus et des clans ruraux, des classes urbaines ou des secteurs tribaux itinérants récemment urbanisés. Dans le passé et aujourd'hui, la rivalité sectaire entre sunnites et chiites est le produit du légat de la transition de l'Empire Ottoman musulmansunnite sacré vers l'Etat moderne séculaire sous le gouvernement britannique. Elle est dûe aussi aux irréguliers processus intégrateurs et inclusifs sous les successifs régimes non démocratiques. Et pendant l'occupation des EtatsUnis, le conflit entre chiites et sunnites s'est vu aggravé par le vide politique existant au centre, ainsi que l'influence accablante de l'Is lam politique dans les deux camps de la division interne.
Sources et causes du sectarisme es principales sources du conflit sectaire reposent sur des causes politiques, théologiques, idéologiques, L culturelles, éducatives, économiques et régionales. nUne participation politique limitée Le nouvel Irak a été problématique depuis ses débuts, puisqu'il s'agissait d'un Etat territorial qui aspirait à deve nir nation, au sein d'une société agricole avec peu de liens linguistiques, commerciaux et industriels. 76 % de tribus rurales et 24 % de population urbaine, ancrée sur la soli darité urbaine, avec chaque ville intégrée dans des iden tités religieuses ou communautaires et isolée derrière les murs fermés des quartiers, où dans chaque rue se produi sent des rixes rappelant aux studieux de Shakespeare les
Faleh A. Jabar,sociologue, directeur de l'Institut d'Etudes Iraquiennes, BeyrouthBagdadArbil. 24 AFKAR/IDEES,PRINTEMPS 2009
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affrontements entre les fiefs des familles Capulet et Montaigu, dansRoméo et Juliette. Etant donné que l'Empire Ottoman était sunnite hanafite, une hiérarchie sociale situait les musulmans sunnites en tête, suivis des chiites, des juifs, des chrétiens, des sabéens et les autres. En termes sociaux, une autre hiérarchie installait les nobles (descendants de familles sacrées) au premier rang, suivis des marchands et des artisans, avec les pauvres en der nier lieu et les aristocraties ottomanes audessus de tous. Même parmi les communautés rurales et bé douines s'instaura une hiérarchie qui situait les éleveurs de chameaux audessus des éleveurs de moutons, lesquels occupaient le second rang, audessus des fermiers, occupant le troisième rang. Ces hiérarchies tribales étaient liées à la dextérité militaire et la façon de gagner sa vie (avec l'épée, le commerce ou l'agriculture) de chaque tribu. Les identités tribales, religieuses et commuPélerinage à la ville sainte de Nadjaf pour commémorer le 40ème jour après l'Achoura. Pour les chiites, l'Achoura commémore la mort du petitfils du nautaires devaient être remplacées par la nou prophète, l'Iman Hussein au VIIe siècle (680 AD) au cours de la bataille velle identité nationale (l'iraquienne). L'Irak contre le calife Yazid en Irak. 12 février 2009. /QASSEM ZEIN/AFP/GETTY IMAGES. était destiné à inclure seulement les arabes avec des nationsEtat kurdes et turques au Nord, tel que le Haut Commissaire britannique conseilla au prince Fayçal (qui serait plus tard le roi Fayçal I).les rangs militaires, les services de sécurité, la police, les Fayçal se plaint de devoir lui, prince sunnitechaféite,médias et d'autres collectifs similaires. Pour les exclus, cet cohabiter avec une majorité de chiites arabes et hanate situation présentait un halo de parti pris sectaire. fites sunnites. Le roi Fayçal, comme de ce fait lors de l'énInjustices économiques poque monarchique, appartenait à une classe de proEn parallèle à ce monopole politique tellement fermé priétaires terriens d'origine tribale créée à travers laexercé par les élites militaires ou baasistes, il existait aus distribution de terre MIRI (princière), qui incluait toussi un monopole sur les revenus pétrolièrs, qui condui les secteurs religieux, tribaux et sociaux presque à parsait à une distribution inégale de la richesse nationale, ties égales. Aussi bien dans l'administration civile queà travers l'emploi étatique et les contrats gouverne militaire, les sunnites réussissaient haut la main, du faitmentaux, tissés autour de réseaux influents à caractère de leur expérience préalable dans l'Etat ottoman. Desfamilial, tribal ou régional, ou bien liés à l'affiliation au chiites et des juifs étaient en charge de portefeuilles duparti. L'offensive en vue du développement et/ou à ca gouvernement, en plus d'avoir une présence proporractère « socialiste », conduisit à l'instauration d'une tionnelle dans les deux chambres du Parlement. Leuréconomie planifiée visant l'entreprise privée à travers participation économique dépassait, de loin, la particila nationalisation, surtout chiite. Ces deux facteurs – la pation politique. Les tentatives afin de politiser l'idendistribution inégale de la richesse pétrolière et les ré tité sectaire chiite échouèrent.gulations économiques planifiées – furent une entrave Pendant la deuxième et la quatrième république, leaux classes d'affaires en général et aux activités écono contrôle du pouvoir politique par le pouvoir militairemiques chiites en particulier, ce qui mena à des injus conduisit à l'abolition du Parlement et l'imposition dutices économiques qui s'ajoutaient aux injustices poli système de parti unique. Ce système monopolistiquetiques. Les chiites ne contrôlaient plus les chambres de bouleversa les processus d'intégration nationale et procommerce, la fédération industrielle, le collectif des pa voqua l'exclusion des kurdes et la marginalisation destrons ni les syndicats de la banque. chiites. Par exemple, dans le Conseil du CommandementnOppression religieuse de la Révolution, le leadership du parti Baas et du gouDu moins pendant la première décennie, l'offensive vernement, les chiites n'étaient pas suffisamment reautoritaireséculaire du parti Baas pris pour cible les ri présentés et les kurdes étaient exclus. La relative margituels chiites, au grand dépit de la classe cléricale chiite nalisation des chiites était clairement sentie et détestée.et au grand dam du secteur touristique religieux des nExclusion administrativesanctuaires, où le gagnepain des principales villes chiites Le monopole politique sous le régime autoritaire contrifut coupé net. L'entrée fut interdite aux séminaristes bua à l'exclusion de larges secteurs de la population dansvoulant étudier dans la ville sacrée de Nadjaf, qui per
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dit sa brillante position dans le monde de la jurispru dence chiite. Ces mesures maladroites s'intensifièrent après le triomphe de la République Islamique d'Iran et l'entrée en scène de l'Islam politique chiite. nDroits de la citoyenneté Probablement, la Loi de Nationalité de 1924 (abolie en 2005), incarne les aspects les plus primitifs et me naçants du parti pris sectaire. Cette loi divisait la popu lation d'Irak en deux catégories : les sujets ottomans et les sujets iraniens. Les premiers obtenaient des droits en tant que citoyens iraquiens, droits niés aux deuxièmes. Etant donné que la plupart des tribus du Sud et même de nombreux habitants des villes s'enregistrèrent com me « sujets iraniens » afin d'éviter le service militaire ot toman, ils étaient légalement considérés comme « su jets non iraquiens ». Cette loi fut utilisée contre les membres du clergé non iraquiens qui s'opposaient au mandat britannique ; au cours des années soixantedix et quatrevingts, elle fut brutalement utilisée contre les classes patronales chiites, les militants islamiques chiites, les clercs militants et tout citoyen chiite dont la loyauté au régime totalitaire fut remise en question. Ce fut la plus grave attaque contre l'identité iraquienne des chiites. nEducation et médias Bien sûr, les injustices découlant de l'hégémonie po litique et du monopole du pouvoir étatique et de la ri chesse (pétrolière) nationale aux mains des élites locales hermétiques s'étendirent à l'éducation, aux médias et à la culture (propriété centralisée du gouvernement). La liste des injustices est longue. Tout au long de l'his toire moderne, ainsi qu'actuellement, le sectarisme s'est enraciné dans une lutte pour les leviers du pouvoir poli tique et les différentes couches de ressources de richesse nationale, encouragé par une sensation claire de priva tions et de griefs parmi de larges secteurs des commu nautés chiites. Dans les années cinquante et soixante, les chiites adoptèrent le communisme et le parti communiste était un instrument politique paniraquien, basé sur la clas se. Dans les années soixante, le parti Baas attira de larges secteurs des chiites ; dans les années quatrevingtdix, les chiites commencèrent à se tourner vers leurs clercs et l'idéologie islamique. Pour les hommes d'affaires chiites libéraux, les in justices subies par les chiites sont le fruit de la nature du « socialisme » et de l'économie planifiée introduits par le parti Baas ; pour la classe moyenne, les gauchistes et les radicaux séculaires, le problème dérive de la na ture totalitaire du système de parti unique du Baas ; seuls les islamistes et la plupart des clercs considèrent que les griefs dont sont victimes les chiites sont le résultat d'un parti pris sectaire délibéré, ou de la domination sunni te sur la majorité chiite. Ces différences dans les per ceptions montrent que la communauté chiite au com plet est, de ce fait, composée de nombreuses communautés dans un espace culturel défini à grands traits. Ces trois perspectives différentes des injustices subies par les chiites cohabitent et s'entrecroisent et
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peuvent, de ce fait, représenter les différentes facettes d'une réalité complexe.
De 2003 à nos jours ien avant 2003, l'identité iraquienne était déjà en crise, fragmentée en de multiples identités sub B nationales. Cette tendance s'est vue accentuée par l'écroulement des grandes idéologies du passé (la lutte de classes marxiste, le nationalisme arabe, natio nalismes en tout genre). Les idéologies séculaires, en dé clin, furent remplacées par l'essor de l'islamisme, de na ture sectaire. Les partis islamiques, aussi bien sunnites que chiites, contribuent à la construction d'identités sec taires subnationales, qui se nourrissent de la perte de la suprématie (dans le cas des sunnites) et de l'affirma tion du droit à la suprématie (pour les chiites). Le parti Baas vaincu, combattait l'invasion menée par les USA sous des drapeaux religieux ; son allié, Al Qaida, luttait sous un drapeau sunnite fondamentaliste. La plupart de ses attaques étaient parfois dirigées contre des clercs, des rituels, des sanctuaires et des symboles chiites. Lors de la première phase de la transition, la politique identitaire à grande échelle entre chiites et sunnites com mença à se cristalliser rapidement, jusqu'au niveau des grandes identités ethniques précédentes des kurdes, des turcs et des chaldéensassyriens, sculptées dans les années quatrevingtdix. Au début de la formation du nouvel Etat (création de structures politiques : gouvernement provisoire, armée, police, pouvoir judiciaire et système législatif provisoire) et de la construction de la nation (distribution de leviers de pouvoir et ressources), les acteurs politiques érigèrent leurs blocs communautaires et commencèrent à rivaliser les uns avec les autres pour des couches de pouvoir poli tique et de ressources. En même temps, ils essayaient par tous les moyens de s'assurer une représentation propor tionnelle dans le Conseil de gouvernement (juillet 2003 juin 2004), dans la rédaction de la Loi Administrative de Transition (mars 2004) et dans le cabinet provisoire d'Iyad Allaoui, un calque du Conseil de gouvernement. A ce mo ment là, la plupart des acteurs politiques considérait les étiquettes communautaires comme un moyen sûr d'at teindre le pouvoir et d'obtenir une redistribution plus juste de la richesse nationale. Grâce à leur poids démo graphique accablant, la polarisation et l'affrontement entre chiites et sunnites occupaient une place centrale dans les macabres nouvelles politiques identitaires. Or, les différents secteurs présents dans chaque com munauté où les concepts de tribu, clan, villefamille et classe étaient des ingrédients cruciaux, ne s'étaient ja mais affaiblis. Une fois assurées – à travers les élections et la rédaction de la Constitution (2005) – les principales rivalités qui donneraient forme à l'ordre politique et sup poseraient les fondements de la nouvelle distribution du pouvoir et des ressources, les subidentités resurgirent avec tellement de force qu'elles brisèrent la façade d'unité
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holistique, malgré la furieuse guerre incivile interne entre sunnites et chiites de 2006. Les identités subcommu nautaires de la tribu, la ville, la famille ou la classe pro voquèrent de « faibles » conflits internes entre chiites, sunnites, turcs et, jusqu'à un certain point, kurdes, met tant fin aux conformités et accords passés. Actuellement, l'Alliance unie iraquienne, chiite (128 sièges au Parlement) présente trois blocs opposés et confrontés. Le cas le plus remarquable est peutêtre la dis pute HakimSadr, mais l'offensive du premier ministre Nouri alMaliki contre les Sadr et d'autres milices en est un autre exemple. Les Majlis alIsnad (Conseils d'appui), ré cemment constitués par le gouvernement pour combattre les milices radicales chiites, sont aussi une nouvelle force à tenir en compte. L'essor des groupes tribauxpolitiques Sahwa dans les provinces sunnites menace le bloc sunni te iraquien qui, à son tour, est actuellement divisé en trois factions confrontées. La guerre de tous contre tous est fa vorisée par des intérêts ou idéologies divergents etpar l'existence de fiefs familiauxurbains (Hakim contre Sadr). Le chiisme ou le sunnisme seront toujours des indi cateurs culturels et sociaux profondément enracinés, mais les identités communautaires vont perdre peu à peu leur force en tant que mobilisateurs politiques pancommu nautaires. En raison de cela, peutêtre que les tendances politiques transcommunautaires se renforceront.
Polarisation régionale our la région, l’invasion d'Irak s'est produite dans un contexte de gouvernements nerveux et publi d'uPn processus régional comme a pu l’être la Conférence quement nationalistesislamistes, et en absence de Bonn pour l'Afghanistan. Les acteurs régionaux – prin cipalement le Koweït, l'Arabie saoudite, l'Iran, la Syrie et la Turquie – présentent des agendas discordants en ce qui concerne l'Irak, liés à leurs inquiétudes et réactions par rapport à l'agenda américain au ProcheOrient et aux évé nements internes. En quelques mots, ses voisins ne dési rent pas voir un Irak démocratique, mais ils ne veulent pas non plus un Etat défaillant déstabilisateur. Deux des acteurs principaux, la Syrie et l'Iran, sont hostiles aux USA ; ceux qui ne le sont pas, ont des in quiétudes politiques. Tous les acteurs impliqués agis sent dans le désir d'influencer la consolidation natio nale en Irak, ce qui réveille les rivalités régionales entachées par les couleurs sectaires. L'Iran est l'un des acteurs capitaux. La disparition du parti Baas supposa la fin d'une grande menace pour la sé curité persane, qui serait remplacée par ce que Téhéran considère une pire menace, celle dérivée de la présence américaine. Avec l'essor de la politique chiite, l'Iran entre dans une double voie : d'un côté, la pression militaire sur les USA à travers l'armée du Mahdi ; de l'autre, l'appui à ses protégés, en assumant une part de pouvoir décisive. Le processus politique iraquien offre une bonne opportunité d'atteindre ses objectifs. Pendant des décennies, l'Iran a
préparé le SCIRI d'Hakim, les milices Badr, les groupes du parti Al Dawa, l'Organisation d'action islamique de Mo darressi et une grande quantité de dignitaires cléricaux chiites, dans l'espoir d'exporter la Révolution Islamique. Le Mouvement Sadriste est apparu plus récemment. L'Iran reconnaît quatre objectifs principaux en Irak : la promotion d'un gouvernement majoritairement chii te amical ; le retrait de Washington ; la supervision de l'administration des lieux saints chiites (Nadjaf, Karba la et Kazimain) comme propriété panchiite ; et la direc tion des madrasas chiites, afin de neutraliser Nadjaf, modérée, face à Qom, radicale. Or, l'Iran présente beaucoup de centres de pouvoir : le Guide de la Révolution, Ali Khamenei (et ses Pasda rans) a adopté une position radicale de « résistance » en flammée ; le gouvernement élu du président Moham med Khatami s'en tint à la rhétorique de l’ONU sur la souveraineté et l'indépendance, en regardant d'un œil le compromis ; son successeur, Mahmoud Ahmadine jad changea radicalement cette politique, en se mon trant plus polémique. Khamenei surnommait Moqtada al Sadr « le Nasrallah d'Irak », en référence au Hezbol lah du Liban, en mettant en pratique une rhétorique différente de la résistance. Nonobstant, l'Iran semble incapable de tirer profit de son influence sur ses protégés iraquiens ; ils sont aujourd'hui plus indépendants et plus sensibles aux besoins et pressions internes. Les acteurs sunnites régionaux présentent des per ceptions et des agendas ambivalents face à la géopoli tique iraquienne. La situation est déjà en train de provo quer un problème de sécurité interne et frontalier, avec une polarisation politique nationale déstabilisatrice en ce qui concerne les fronts de Nadjaf et Falloujah, ce qui enflamme les sentiments publics antiaméricains et fa vorables à la « résistance ». Cependant, leur plus grande préoccupation est le devenir ou la possible marginalisa tion des sunnites et l'influence croissante de l'Iran en Irak. Ces nuances s'apprécient mieux dans le cas de l'Ara bie saoudite. Le changement en Irak a coïncidé avec un mauvais moment pour le pays, caractérisé par un exerci ce croissant de la terreur autochtone, les séquelles de la succession, les pressions réformistes et des relations dété riorées avec Washington. Selon les wahhabites, le pro cessus politique iraquien constitue un « réveil chiite », l'é mergence d'une demie lune qui se prolongerait du district oriental jusqu'en Iran, Irak, probablement la Syrie alaoui te (conçue en termes sectaires) et les chiites du Liban. En plus de fournir de l'aide humanitaire, l'Arabie saoudite a répondu avec un plus grand soutien aux ulémas sunnites, aux groupes salafistes, aux Frères musulmans et aux an ciens membres du parti Baas modérés, pour tenter de cor riger ce qu'elle considère la marginalisation des sunnites. Contrairement au Koweït, l'attitude saoudite est sectaire, il s'agit d'un conflit entre chiites et sunnites. Ces inquiétudes sont officiellement manifestes en Jor danie et, jusqu'à un certain point, en Egypte, les Emirats arabes unis ou au Qatar (le Bahreïn n'a pas été étudié).n
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