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Aujourd'hui dans le monde et en Europe l'agriculture est face sans doute à un des plus grands défis

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SOCO Project : journée du 22 mai à la Commission Intervention de Stéphane Le Foll Madame le commissaire je tiens d'abord remercier la Commission et le Centre Commun de recherche, pour la tenue de cette journée et l'esprit de coopération dont a fait preuve votre institution avec le Parlement européen. Je salue tous ceux et toutes celles d'entre vous représentants des Etats membres, de la Commission, des milieux de la recherche, des différentes organisations professionnelles de l’environnement qui ont montré leur intérêt pour un sujet qui malgré ses aspects techniques constitue certainement un des éléments majeur de l'évolution de l'agriculture de demain. Je souhaite pour commencer vous dire ma satisfaction d'être avec vous en ma qualité d'élu européen et de représentant des citoyens européens. Madame la commissaire il est peu commun dans les pratiques institutionnelles communautaires que le Parlement européen ait l'initiative. J'espère que vous n'en serez pas jalouse. En effet la réunion qui nous rassemble aujourd'hui est partie d'une initiative budgétaire que le Parlement européen a engagée fin 2006 grâce à ses compétences budgétaires. Il a accepté de voter 2 000 000 d'euros de crédits dans le budget 2007, que nous avons été quelques uns à lui proposer, avec ma collègue Catherine Guy Quint, coordinatrice au budget du groupe PSE. Notre assemblée a ainsi permis la création d'une action pilote baptisée SOCO Projet. Cette action pilote ...

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SOCO Project : journée du 22 mai à la Commission Intervention de Stéphane Le Foll Madame le commissaire je tiens d'abord remercier la Commission et le Centre Commun de recherche, pour la tenue de cette journée et l'esprit de coopération dont a fait preuve votre institution avec le Parlement européen. Je salue tous ceux et toutes celles d'entre vous représentants des Etats membres, de la Commission, des milieux de la recherche, des différentes organisations professionnelles de l’environnement qui ont montré leur intérêt pour un sujet qui malgré ses aspects techniques constitue certainement un des éléments majeur de l'évolution de l'agriculture de demain. Je souhaite pour commencer vous dire ma satisfaction d'être avec vous en ma qualité d'élu européen et de représentant des citoyens européens. Madame la commissaire il est peu commun dans les pratiques institutionnelles communautaires que le Parlement européen ait l'initiative. J'espère que vous n'en serez pas jalouse. En effet la réunion qui nous rassemble aujourd'hui est partie d'une initiative budgétaire que le Parlement européen a engagée fin 2006 grâce à ses compétences budgétaires. Il a accepté de voter 2 000 000 d'euros de crédits dans le budget 2007, que nous avons été quelques uns à lui proposer, avec ma collègue Catherine Guy Quint, coordinatrice au budget du groupe PSE. Notre assemblée a ainsi permis la création d'une action pilote baptisée SOCO Projet. Cette action pilote portant sur le
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thème de "l'agriculture durable et de la conservation des sols par les techniques culturales simplifiées" va occuper les travaux de notre journée, placés sous l'animation de la Commission. Il en est ainsi car les procédures d'exécution d'une action pilote, prévoient que son application soit confiée à la Commission. Comment cette idée d'action pilote nous est venue au Parlement européen? Elle est très modestement née de mon expérience personnelle. Il y a presque 4 ans j'ai été élu au Parlement européen et suis devenu membre de la commission agricole, revenant à l'agriculture après l'avoir professionnellement abandonnée pendant 10 ans. Dans les premiers débats que nous avions eus avec mes collègues j'ai très vite observé que nous tenions toujours les discours agricoles que nous avions dans les années 90, alors que le contexte de l'agriculture et du monde avait profondément et rapidement évolué. J’étais persuadé qu’il fallait fondamentalement revoir nos schémas de pensées et notre vision du monde, pour résoudre les problèmes de l’agriculture. Ce besoin de renouvellement m'a ensuite conduit à créer en France un groupe de réflexion multidisciplinaire, le Groupe St Germain, à vocation européenne et composé de chercheurs, d'experts, d'agriculteurs intéressés pour repenser l'agriculture de demain. Nos conclusions ont très vite abouti à l'idée que nous devions changer de paradigme agricole et qu'il nous fallait envisager une modification du modèle dominant de production, dans lequel notre agriculture est engagée depuis maintenant
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40. A cette époque l'énergie était bon marché et personne ne parlait d'environnement. Le contexte de l'agriculture d'aujourd'hui est bien différent de celui qui prévalait dans ces années qui correspondent par ailleurs à celles de la naissance de la PAC. Partout dans le monde, en ce début du 21éme siècle, l'agriculture se trouve face à un des plus gigantesques défis de son histoire. .L'émergence des crises alimentaire que nous vivons actuellement nous rappelle si besoin en était que la question de l'approvisionnement et de l'équilibre alimentaire du monde n'est aujourd'hui toujours pas assuré. Il nous faut produire plus et mieux répartir les richesses. D'ici 2050 la production va devoir doubler pour nourrir 3 milliards d'habitants supplémentaires sur la planète. L'agriculture devrait également pouvoir produire à des fins non alimentaires (tourisme, énergie, chimie verte...). .Mais il nous faudra dans le même temps produire autrement et mieux pour affronter les effets de nos inconséquences actuelles: réchauffement climatique, manque d'eau, raréfaction des ressources naturelles, épuisement des énergies fossiles, pollution, perte biodiversité, crises sanitaires susceptibles d'affecter la santé publique... 1) La situation actuelle n'est aujourd'hui plus durable et elle le sera de moins en moins. Le postulat est que
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notre façon de produire se heurte de plus en plus aux capacités naturelles de la planète. .grandes agricultures productives voient leurs Les rendements plafonnés, et je l'affirme ce n'est pas faute d'investissements mais bien plutôt parce que les modèles de production hérités des années 60 atteignent leurs limites. .En raison de leur forte dépendance vis à vis de l'énergie les coûts de productions augmentent: pensons que le labour pratiqué à grande échelle, et la fabrication des engrais azotés, représentent près de 50% de l'énergie utilisées en agriculture. .On estime que dans 40 à 60 ans les fertilisants d'origine fossile comme le phosphore ou la potasse deviendront de plus en plus rares. . Les traitements phytosanitaires employés sur des milliers d'hectares pour lutter contre les insectes, les plantes adventices, les virus, les champignons connaissent de plus en plus de mutations génétiques. Leur élaboration est de plus en plus sophistiquée et coûteuse. Sachez qu'il faut aujourd'hui 250 à 350 millions d'euros pour développer une nouvelle molécule, dont l'espérance en termes d'efficacité dans le temps est de plus en plus courte. Enfin ces produits posent de sérieux problèmes de santé. Du coup certains groupes s'interrogent sur l'idée d'abandonner cette course aux armements. .dégradation des sols et de la biosphère, cette La pellicule de quelques centimètres qui nous nourrit est un des problèmes environnementaux les plus préoccupants. Le programme des Nations Unies pour l'environnement affirme que 25% des sols de la planète auraient été
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dégradées depuis 50 ans. En Europe cette érosion qui concerne la plupart des pays de l'Union et surtout les régions méditerranéennes représente 157 millions d'ha (15 à 20% des sols). Elle résulte souvent d'une surmécanisation. Elle engendre érosion hydraulique et éolienne, désertification et élévation du coût d'entretien des réseaux et du traitement de l'eau pour la collectivité publique. .Les grandes agricultures fortement consommatrices en eau sont de plus en plus confrontées à la raréfaction de la ressource accentuée par le réchauffement climatique et à des conflits d'usage. .La déforestation et la monoculture enfin participent à la destruction des réservoirs de la biodiversité. 2) Il nous faudra donc à l'avenir impérativement gérer ces multiples contraintes, en combinaison avec toutes les opportunités qu'offre l'agriculture, que ce soit dans les domaines de l'alimentation, des biocarburants, des agromatériaux de l'écotourisme. Ce défi n'est pas insurmontable. Il passe par l’émergence d’une nouvelle agriculture radicalement différente de celle d’aujourd’hui, née au lendemain de la guerre. Pour nous y conduire il nous faudra tout d’abord mobiliser plus activement la recherche et les connaissances  comme nous le permet cette journée afin d’aider à un changement fondamental des outils techniques, des modèles technologiques actuels. Cette mutation technologique devra ensuite inspirer et prendre appui sur des politiques d’accompagnement comme la PAC. Le travail qui va s’engager dans les prochaines semaines sur
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le bilan de santé devrait davantage intégrer cette nouvelle donne. Nous sommes à la veille de ce que Michel Griffon, directeur de l'Agence nationale de la Recherche française appelle « la révolution doublement verte ». Cette nouvelle "agriculture à haute à haute valeur écologique ou à haute qualité environnementale » ou « agriculture écologiquement intensive » est au coeur de ce nouveau paradigme. Cette agriculture ne sera plus intensive en produits chimiques et en mécanisation, mais utilisera au mieux le fonctionnement des écosystèmes sans altérer leur renouvellement. Elle démultipliera les potentialités de l'énergie solaire et de la photosynthèse. Elle constitue une agriculture véritablement durable, reposant sur les capacités productives naturelles du vivant. L’agriculture de conservation des sols est un des exemples de ces nouvelles formes d’agriculture. Elle peut faire place dans bien des régions à la traditionnelle agriculture de labour, qui s’est perpétrée jusqu’à nos jours et qui a l’inconvénient d’utiliser beaucoup d’énergie sans suffisamment tenir compte des écosystèmes. Cette pratique considère avant tout le sol comme un substrat physique sur lequel sont implantées les cultures après labour. Et comme celui ci amoindrit la fertilité naturelle des sols on y a apporte des engrais. Ces sols sont généralement cultivés avec une seule espèce que l'on protège par une élimination chimique de toutes les mauvaises herbes qui la concurrencent. Le gros inconvénient de ce système est son insuffisante efficacité énergétique: tant que la plante cultivée n’est pas en place
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ou n’est pas sortie de terre, le soleil envoie sur un sol nu de l’énergie non utilisée qui aurait pu produire de la biomasse. De même une fois les sols débarrassés de leur culture après récolte, le soleil estival fournit une énergie qui continue à être gaspillée par un sol nu. Finalement une partie seulement de l’énergie solaire est valorisée pour la culture, alors qu'une biomasse supplémentaire aurait pu alimenter le sol en matière organique ou servir à la production d'une seconde culture pourvoyeuse de protéines ou d'énergie. Le système n'est pas plus efficient en matière hydrique, car l'absence de couverture des sols provoque d'énormes pertes par évaporation d'une ressource en eau qui se raréfie avec le temps. En somme l’agriculture de conservation des sols permet d’optimiser le fonctionnement de l’écosystème et de l'énergie solaire en assurant une couverture permanente des sols, qui en réduit simultanément l’érosion. Après la récolte la plante qui recouvre le sol capte à la fois le gaz carbonique de l’atmosphère et l’énergie solaire, pour produire une biomasse qui en se décomposant enrichit le sol en humus, qui retrouve alors une vie biologique très active source d'un supplément important de fertilité naturelle. Des techniques que l'on va évoquer au cours de cette journée sont en cours de développement afin de maximaliser ce processus naturel trop longtemps oublié, qui existe paradoxalement depuis la nuit des temps. C’est un exemple d’intensification de phénomène écologique naturel.
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L’intérêt de l’agriculture de conservation est qu’elle permet à minima de maintenir le niveau des rendements actuels. Dans la majorité des cas elle les augmente tout en abaissant les coûts de production. Il en résulte une baisse substantielle du coût de la facture énergétique s'expliquant essentiellement par l'abandon du labour, s'accompagnant généralement d'une moindre mécanisation et du temps de travail. La pression sur l’environnement est amoindrie voire supprimée. Ces systèmes ne s’interdisent pas la lutte chimique contre les ravageurs et les maladies : elle intervient en dernier ressort quand il n'y a pas d'autres alternatives. La performance optimale de ces systèmes doit être recherchée dans leur prise en compte de la globalité des écosystèmes. Ainsi les agriculteurs peuvent intervenir plus largement en agissant dans le rétablissement des grands équilibres de chaque écosystème : implantation de haie contre l’érosion et abri d’auxiliaires aux cultures, couverture de sol pour retenir l’eau, biodiversité…Il leur est indispensable de disposer d'un très bon niveau de technicité. Leur métier se trouve profondément revalorisé et enrichi. L'agriculteur devient en définitive un plus grand gestionnaire des milieux naturels et un investisseur qui réhabilite chaque écosystème. Il participe pour les générations futures à la préservation de la biosphère qui permet la vie sur terre. 3) Quelles conclusions politiques à tirer au plan européen?
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La promotion de ces nouvelles formes d’agricultures requiert une forte volonté politique et une mobilisation considérable de moyens.  .La recherche et l'innovation Il convient de mener une politique de recherche rénovée. La recherche doit redécouvrir les sciences agronomiques mais associées à celles de l'écologie. Il devient nécessaire d’approfondir en particulier les connaissances biologiques de la biosphère, qui sous nos pieds recèle de milliers d’espèces de bactéries mal connues qui travaillent à sa fertilité. Il importe de travailler à la mise au point d’espèces végétales adaptées (enracinement profond…) et capables de capter l’azote de l’air. Ces innovations fondamentales et cette recherche appliquées mettant en jeu ces nouvelles pratiques, ne sont pas seulement l’affaire des laboratoires, les écosystèmes n'entrant pas dans des éprouvettes. Les programmes de recherches doivent faire appel aux compétences des agriculteurs, à leurs savoirs et à leurs expériences. Je me félicite sur ce point de la participation à nos travaux des représentants du réseau ECAF APAD. Personne d’autre que les agriculteurs n'est mieux placé qu'eux pour gérer sur chaque territoire les grands équilibres du vivant, indispensables à la vie humaine sur terre. Ces innovations doivent être diffusées en Europe comme ailleurs. Elles peuvent utilement servir aux développements des agricultures plus pauvres qui ne
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disposent pas autant de moyens financiers et humains que l’UE.  . La politique agricole commune Je constate que l'on a commencé à parler de ces nouvelles pratiques en France lors des débats sur le Grenelle de l'environnement. Hélas aucun changement concret n'a vu le jour, aucune démarche globale d'ensemble et cohérente n'a été engagée. Ce ne sont pas des mesures réduisant l'utilisation des pesticides combinées à une couverture des sols en hiver, qui modifieront fondamentalement les règles de production. Seul un projet global est capable d'assurer un développement soutenable de l'agriculture. En Europe à l'heure où la PAC va être revisitée à l'occasion du bilan de santé, je regrette que les propositions de la Commission ne s'intéressent pas plus à ces nouvelles pratiques, pourtant potentiellement prometteuses pour répondre plus efficacement aux nouveaux défis comme le réchauffement climatique, l'eau, l'énergie, qui ne sont qu'évoqués dans les textes et discours. Jusqu'ici la seule réponse qui a été avancée par la Commission est l'écoconditionnalité. En limitant les externalités négatives du modèle qui domine actuellement, celleci s’avère certes nécessaire. Mais elle ne peut être que transitoire car l'objectif de la PAC serait bien plutôt d'intégrer positivement dans les façons de produire ce qui est aujourd'hui considéré comme une contrainte. L'application du dispositif de l'éco conditionnalité génère en outre toute une administration tatillonne s'appuyant sur un contrôle à postériori, mal accepté par les agriculteurs.
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L'enjeu est donc bien de passer de cette logique de contrôle à une logique de contratentre les agriculteurs et la puissance publique,façon à les de rendre acteurs de ces changements de modèles. Sur cette base il conviendrait de repenser le soutien d'un premier et second pilier de moins en moins différencié, à travers des contrats de viabilité d'exploitationtrois, combinant dimensions: viabilité économique, viabilité écologique, viabilité sociale. Cette politique contractuelle aurait aussi le mérite et l'avantage d'adapter la PAC à la diversité des situations agricoles d'une Europe à 27. Elle permettrait également de redonner une capacité d'initiative aux agriculteurs dans les orientations de développement de leur région. Conclusions Ce projet pilote tout le monde l'aura compris, s'inscrit pour le Parlement européen dans une vision d'avenir de l'agriculture. Je tiens ici à remercier le travail de tous ceux qui ont participé à l'engagement de cette action pilote, dont la première phase va nous être présentée dans quelques instants. Ce projet va se poursuivre. Il entrera l'année prochaine dans une phase décisive concernant la diffusion des connaissances acquises. Nous comptons sur cette action pilote pour faire changer les mentalités, lever les résistances et déboucher sur une évolution en profondeur du développement agricole. Nous espérons que cette seconde phase permettra de mobiliser et d'agir efficacement auprès des agriculteurs,
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