Etude de risque pour un portefeuille d’assurance récolte
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Etude de risque pour un portefeuille d’assurance récolte

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Etude de risque pour un portefeuille d’assurance récolte Hervé ODJO GROUPAMA Direction ACTUARIAT Groupe 21, Bd Malesherbes 75008 Paris Tél : 33 (0)1 44 56 72 46 herve.odjo@groupama.com Viviane RITZ GROUPAMA Direction ACTUARIAT Groupe 21, Bd Malesherbes 75008 Paris Tél : 33 (0)1 44 56 32 75 viviane.ritz@groupama.com Résumé Ce papier présente une étude du risque pour un portefeuille d’assurance récolte couvrant les pertes de rendement des agriculteurs, consécutives à des événements naturels (grêle, gel, sécheresse, tempête, …). L’objectif de cette étude est de simuler la fonction de distribution de la charge de sinistres en tenant compte des dépendances entre les cultures, les zones géographiques et les agriculteurs. Ce papier traite également la réassurance et le besoin en capital pour le portefeuille. En guise d’illustration, le modèle est appliqué sur le portefeuille « Ferme France » constitué de l’ensemble des exploitations de la France Métropolitaine. Mots Clés Evénements naturels, cultures, exploitations, agriculteurs, rendements, dépendance, copula, réassurance, mesures de risque, besoin en capital. 1 ƒƒƒƒ 1. Introduction Dans ce papier, nous présentons un modèle économique permettant d’étudier le risque lié à la souscription d’un portefeuille d’assurance récolte. L’objectif de ce modèle est : de simuler la charge de sinistre agrégée sur ce portefeuille en tenant compte des dépendances entre les ...

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Etude de risque pour un portefeuille d’assurance récolte
Hervé ODJO GROUPAMA Direction ACTUARIAT Groupe 21, Bd Malesherbes 75008 Paris Tél : 33 (0)1 44 56 72 46 herve.odjo@groupama.com Viviane RITZ GROUPAMA Direction ACTUARIAT Groupe 21, Bd Malesherbes 75008 Paris Tél : 33 (0)1 44 56 32 75 viviane.ritz@groupama.com
Résumé Ce papier présente une étude du risque pour un portefeuille dassurance récolte couvrant les pertes de rendement des agriculteurs, consécutives à des événements naturels (grêle, gel, sécheresse, tempête, ). Lobjectif de cette étude est de simuler la fonction de distribution de la charge de sinistres en tenant compte des dépendances entre les cultures, les zones géographiques et les agriculteurs. Ce papier traite également la réassurance et le besoin en capital pour le portefeuille. En guise dillustration, le modèle est appliqué sur le portefeuille « Ferme France » constitué de lensemble des exploitations de la France Métropolitaine. Mots Clés
Evénements naturels, cultures, exploitations, agriculteurs, rendements, dépendance, copula, réassurance, mesures de risque, besoin en capital.
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 1. Introduction Dans ce papier, nous présentons un modèle économique permettant détudier le risque lié à la souscription dun portefeuille dassurance récolte. Lobjectif de ce modèle est : ƒ sur ce portefeuille en tenant compte desde simuler la charge de sinistre agrégée dépendances entre les agriculteurs, ƒ détudier limpact de la réassurance sur le portefeuille, ƒ dappliquer différents types de mesures de risque sur la charge de sinistre, ƒ en fonds propres généré par ce portefeuille.détudier le besoin Dans la première partie de ce papier, nous présentons la problématique liée à létude du risque pour un portefeuille multirisque climatique. Nous y expliquons le fonctionnement de la police dassurance, et les caractéristiques du risque dun tel portefeuille. Dans la deuxième partie, nous exposons le modèle actuariel utilisé pour étudier le risque et présentons un algorithme de simulation de la charge agrégée de sinistres. Dans la troisième partie, nous présentons quelques applications possibles (étude de la réassurance, du besoin en capital, ). La quatrième partie est consacrée à une application pratique du modèle sur le portefeuille « Ferme France » composé de lensemble des agriculteurs de la France métropolitaine.
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2. Description du problème et notations 2.1. La problématique Les agriculteurs sont soumis à une variété de risques pouvant affecter leur revenu sur une période donnée (ici une année), dont lun des plus importants est la baisse de leur production sur cette période. Dans la suite de ce papier, nous considérons un assureur ayant un portefeuille dassurance couvrant ce risque et dont les assurés sont répartis sur différentes zones géographiques. La survenance dun événement climatique (grêle, gel, tempête, sécheresse, ) ou dune succession dévénements climatiques peut affecter plusieurs zones géographiques et donc la plupart des agriculteurs ayant leur activités dans ces zones géographiques. En fonction de lintensité de ces événements et de leur étendue, ces sinistres peuvent entraîner des difficultés financières pour lassureur considéré. Lobjectif de ce papier et de proposer un modèle économique permettant détudier le risque, pour un assureur, lié à ce portefeuille dassurance. Lobjectif du modèle économique étudié dans ce papier est destimer la fonction de distribution de la charge de sinistres agrégée de lassureur sur un portefeuille dassurance récolte couvrant les pertes de rendement des agriculteurs. Pour construire cette fonction de distribution, deux types de modèles peuvent être développés : ƒ Les modèles scientifiques (modèles basés sur des données géologiques, météorologiques et sur les caractéristiques physiques des différentes cultures considérées)ƒ Les modèles actuariels (modèles probabilistes et statistiques ou les paramètres sont estimés à partir de données historiques) Le modèle proposé ici fait partie de la deuxième catégorie de modèles. 2.2. Le fonctionnement de la police d’assurance Les polices dassurance considérées couvrent les agriculteurs contre une perte de rendement (production par unité de surface) consécutive à la survenance dévénements climatiques. Lassureur intervient dès que le rendement dun agriculteur donné est inférieur au rendement de référence, diminué dune franchise, exprimée en pourcentage du rendement de référence. Les rendements de référence, le taux de franchise et le prix de référence sont définis à lavance dans le contrat dassurance.Cette police ne couvre pas les variations des prix.
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Les agriculteurs pouvant pratiquer plusieurs cultures différentes, deux formes de contrats dassurance ont été considérées : ƒ une couverture par culture ƒ une couverture par exploitation A. L’assurance par culture Lassurance par culture couvre pour un agriculteur, la perte de rendement sur chaque culture de manière « indépendante ». Il intervient dès que pour une culture donnée, le rendement est inférieur au rendement de référence diminué de la franchise. Il ny a pas de compensation entre les différentes cultures ; chaque culture est considérée de façon séparée. De plus, les niveaux de franchise sont fixés par culture. Pour illustrer le fonctionnement de cette assurance, supposons pour simplifier que le taux de franchiseα le même pour toutes les cultures (par exemple 20%). Considérons un soit agriculteur pratiquant 4 cultures. Le graphique suivant présente, pour chaque culture, le rapport entre le rendement de la période couverte et le rendement de référence. Graphique 1 : Fonctionnement de la police par culture Rendement / Rendement deréférence Indemnisation 100% -1α0% C1 C2 C3 C4 Lindemnisation de lassuré est effectuée culture par culture. Daprès ce graphique, seule la culture C3 est indemnisée. Son indemnisation ne tient pas compte des rendements des autres cultures. Pour ce type dassurance, la prime payée par lassuré ne doit pas dépendre des niveaux de dépendance entre les cultures au sein de lexploitation. B. L’assurance par exploitation Lassurance par exploitation, quant à elle, couvre lagriculteur contre la perte du rendement total de son exploitation. Cette approche tient compte des compensations possibles entre les différentes cultures de lexploitation et des corrélations entre les rendements. Dans le cas de la police par exploitation, il serait difficile de parler de rendement. On parlera plutôt de rendement monétaire sur lexploitation. En effet, les différentes cultures produites par un
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même agriculteur ne sont pas valorisées au même prix et nont pas la même pondération dans la perte totale sur lexploitation. Ici, la franchise est égale à la somme des valeurs monétaires des franchises par culture. Ceci est illustré par les formules suivantes : Considérons un agriculteur pratiquant q cultures (q=1, 2, 3, ). Notons pour 1jq: ~
ƒ Rj, le rendement de la jème culture ƒ Vj, la surface cultivée pour la jème culture ƒ Pjle prix assuré pour la jème culture,  , ƒαjle taux de franchise pour la culture j
~ Le rendement monétaire pour la culture j est donné par :RMj=Pj×Vj×RjLe rendement monétaire de référence pour la culture j est donné RMref, j=Pj×Vj×Rref, jLe montant de la franchise pour la culture j est égal à :FMj=Pj×Vj× αj×Rref , j
q Le rendement monétaire total sur lexploitation est :RM=RMjj=1 q Le rendement monétaire de référence sur lexploitation est :RMref=RMref, jj=1
par :
q Le montant total de la franchise pour lexploitation est :FM=FMjj=1 Pour ce type dassurance, il y a sinistre lorsque le rendement monétaire sur lexploitation est inférieur au rendement monétaire de référence déduction faite de la franchise totale : RM<RMreFMf La baisse de rendement sur certaines cultures peut être compensée par des rendements élevés sur dautres cultures. Pour ce type dassurance, la prime payée par lassuré devrait dépendre fortement du niveau de dépendance entre les cultures au sein de lexploitation de lagriculteur.
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Le fonctionnement de la police est illustré par le graphique suivant : Graphique 2 : Fonctionnement de la police par exploitation
100%
0%
ƒ  
C1
C2
C3
C4
Cas 1
Cas 2
100%
%
100%
0%
Tot al Exploit at ion
Tot al Exploit at ion
Tot al Ex ploit at i
Tot al Ex ploit at ion
Indemnisation
Cas1 : Même si dans lapproche par culture lagriculteur est indemnisé pour la culture C3, il est possible que dans lapproche par exploitation, la compensation entre les culture entraîne que le rendement monétaire total soit supérieur au rendement monétaire de référence déduction faite de la franchise totale (RMRMrefFM). Dans ce cas lassuré nest pas indemnisé.
ƒ :Cas 2 Il est possible que même après la compensation entre les cultures, le  rendement monétaire total soit inférieur au rendement monétaire de référence déduction faite de la franchise totale(RM<RMrefFM). Dans ce cas, lassuré est indemnisé.Dans lapproche par exploitation, lassuré est indemnisé moins souvent (avec un niveau dindemnisation plus bas) que dans le cas de lassurance par culture. Avec un même niveau de franchise sur toutes les cultures, les deux polices sont équivalentes dans le cas de la dépendance parfaite positive entre les différentes cultures. Tout au long de cet article, seule la première approche (assurance par culture) est considérée dans le cadre du modèle économique.
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2.3. Le risque lié au portefeuille d’assurance Nous considérons un portefeuille dassurance composé dagriculteurs répartis sur plusieurs zones géographiques et pratiquant plusieurs types de cultures. A titre dexemple, les cartes suivantes montrent pour une culture donnée, la répartition par région administrative en France Métropolitaine :  du nombre dagriculteurs, ƒ ƒ de la surface totale cultivée Graphique 3 : Nombre dagriculteurs produisant le maïs par région administrative
 
11,563
1,464
10,105
10,715
20,177
1,210
8,311
916
14,780
Nombre total dagriculteurs : 114 349
2,540
4,457
2,261
1,580
496
3,532
2,987
810
8,373
1,861
637
Source : Statisti ues A reste
7
5,534
40
Graphique 4 : Surface totale cultivée en maïs par région administrative (en milliers dha)
112
12
133
194
355
12
140
3
204
Surface totale cultivée France : 1 667 ha
13
39
44
28
5
43
45
Source : Statisti ues A reste
115
7
20
7
135
1
Le principal risque pour lassureur sur ce portefeuille provient de la dépendance entre les rendements des différentes cultures pratiquées sur les différentes zones géographiques. En effet, la survenance dun événement climatique (par exemple une tempête ou une sécheresse) peut affecter plusieurs zones géographiques et/ou plusieurs cultures à la fois. Lorsquun événement touche une zone géographique et en fonction de son ampleur, il est susceptible de toucher plusieurs polices de cette zone géographique. A titre dexemple, le graphique suivant montre limpact de la sécheresse 2003 sur les rendements du maïs par région administrative.
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Graphique 5 : Répartition des baisses de rendement du maïs consécutives à la sécheresse 2003 (Baisse exprimée en pourcentage du rendement espéré)
France - Régions par Baisse rendement
32% à 43% (6) 25% à 32% (3) 16% à 25% (6) 2% à 16% (7)
 A resteSource : Statisti ues Ce graphique montre bien que la plupart des régions produisant du maïs en France Métropolitaines ont été touchée par la sécheresse 2003. Ainsi, plusieurs types de dépendances doivent être prises en compte dans le modèle économique. Il sagit de : ƒ la dépendance entre deux agriculteurs pratiquant la même culture sur la même zone géographique, ƒ la dépendance entre deux cultures différentes (pour deux agriculteurs différents ou pour le même agriculteur) sur la même zone géographique, ƒ la dépendance entre deux agriculteurs pratiquant la même culture sur deux zones géographiques différentes, ƒ la dépendance entre deux agriculteurs pratiquant deux cultures différentes sur deux zones géographiques différentes.
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2.4. Notations Tout au long de ce papier, lindice c sera utilisé pour les cultures lindice r, pour les zones géographiques lindice t, pour les périodes (le temps) lindice i, pour les agriculteurs Nous notons : ƒΘ, lensemble des cultures assurées   , lensemble des zones géographiques (par exemple les régions administratives) ƒ ƒ Nr1, c, t, le nombre total dagriculteurs dans la zone géographique r ayant la culture c pour la période t, ƒ Nr, c, t, le nombre dagriculteurs dans le portefeuille de lassureur pour la zone géographique r ayant la culture c pendant la période t. Ce nombre de polices peut être déterminé par un facteur (compris entre 0 et 1) multiplié par le nombre total dagriculteurs pratiquant la culture c dans la région r. Ce facteur est généralement défini par le business plan de lassureur et peut être soit aléatoire, ou soit déterministe. Nous le considérons ici , comme étant déterministe :Nr, c, t=kr, c, t×N1r, c, t, kr, c, t∈ [0,1] ~ ƒ Rr, c, t, la variable aléatoire représentant le rendement de la culture c dans la zone géographique r pour la période t. Pour chaque agriculteuri,1iNr, c, tdans la zone géographique r, soient : ~ ƒ Rr, c, i, t, son rendement pour cette culture pendant la période t ƒ Rr, c, i, t, ref, son rendement de référence de la période t, ƒ , le taux de franchise choi αr , c, i, tsi à lagriculteur i ƒ Vr, c, i, tla surface cultivée pour cette culture pendant la période t, ƒ Pr, c, t, le prix de référence, pour la période t, de la culture c produite dans la zone géographique r. Ce prix est le même pour tous les agriculteurs.
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3. Le modèle économique 3.1. Introduction Nous cherchons à construire un modèle permettant destimer la fonction de distribution de la charge agrégée de sinistres. Compte tenu des différentes formes de dépendance à prendre en compte, nous avons retenu une approche par simulation de Monte Carlo. Le modèle doit aussi tenir compte du fait que les franchises peuvent être différentes en fonction des cultures et des agriculteurs. Il doit donc permettre de simuler les sinistres au niveau individuel de lagriculteur. La charge agrégée de sinistres sur le portefeuille est la somme des sinistres individuels sur tous les agriculteurs et sur toutes les cultures du portefeuille de lassureur. N tr c,~ ~, St=∑ ∑ ∑S tr, c, i,c∈Θr∈Ωi=1 Cest une somme de variables aléatoires dépendantes entre elles. Lestimation de la fonction de distribution de la charge agrégée des sinistres nécessite de construire la fonction de ~ distribution jointe du vecteur des sinistresS cr, c, i, t∈Θr∈Ω,1iNr ,c,t lensemble des de , agriculteurs du portefeuille. Dans les paragraphes suivants, nous proposons une méthode pour simuler cette distribution jointe. 3.2. La charge individuelle de sinistres Dans ce paragraphe, nous nous plaçons dans le cadre d’une culture donnée. La charge de sinistres dun agriculteur i sur la période considérée (généralement une année) est une variable aléatoire qui dépend : ƒ de son rendement sur cette période (qui est une variable aléatoire) ƒ (rendement de référence, surfaces assurées, taux dedes caractéristiques du contrat franchise, ) ƒ du prix assuré Pour un agriculteur i pratiquant la culture c dans la zone géographique r, il y a sinistre dès que le rendement sur la période couverte est inférieur au rendement de référence (déduction faite de la franchise). Dans le cas contraire, il ny a pas dindemnisation. ~ ƒ SiRr,c,i,t1− αr,c,i,tR,i,t,r,cfer, alors il ny a pas dindemnisation. Le montant ~ du sinistre Sr,c,i,t=0 ~  ƒSiRr,c,i,t<1− αr,c,i,tRr,c,i t,ref, alors lassureur doit indemniser lagriculteur ; , ~ ~ le montant du sinistreSr,c,i,t=Pr,c,tVr,c,i,t1− αr,c,i,tRrer,c,i,t,fRr,c,i,t
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