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Les politiques d'Aide au Développement sont elles pensées pour répondre aux attentes des populations locales?

De
73 pages
Depuis 1945, les pays riches ont multiplié leurs efforts pour aider les pays les plus pauvres à se développer. D'abord uniquement économique, le développement visé est ensuite devenu humain, social, équitable, et maintenant durable... Mais alors que la seule croissance économique était déjà bien souvent hors d'atteinte, ces améliorations sont-elles réellement la priorité des populations aidées ou ne sont-elles que des ambitions occidentales « imposées » aux pays cibles ?
Guillaume Angué, 24 ans, diplôme d'HEC Paris en 2009, au sein de la spécialisation Alternative Management.
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Observatoire du Management Alternatif
Alternative Management Observatory
__

Essai


Les politiques d’Aide Publique au
Développement sont-elles pensées pour
répondre aux attentes des populations aidées ?

Guillaume ANGUE

21 Septembre 2009









Majeure Alternative Management – HEC Paris
2008-2009

1 Angué G. – « Aide au développement et populations aidées » – Septembre 2009
Genèse du présent document
Cet essai a été réalisé sous la forme initiale d’un mémoire de recherche dans le cadre
de la Majeure Alternative Management, spécialité de troisième année du programme Grande
Ecole d’HEC Paris.

Il a été dirigé par David Khoudour-Castéras, économiste au CEPII et soutenu le 21
septembre 2009 en présence d’Eve Chiapello, Professeur à HEC Paris, co-Responsable de la
Majeure Alternative Management.


Origins of this research


This essay was originally presented as a research essay within the framework of the
“Alternative Management” specialization of the third-year HEC Paris business school
program.

The essay has been supervised by David Khoudour-Castéras, economist at CEPII and
st
delivered on September, 21 2009 in the presence of Eve Chiapello, professor in HEC Paris.
















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2 Angué G. – « Aide au développement et populations aidées » – Septembre 2009
Les politiques d’Aide Publique au Développement sont-elles
pensées pour répondre aux attentes des populations aidées ?

Résumé : Depuis 1945, les pays riches ont multiplié leurs efforts pour aider les pays les plus
pauvres à se développer. D’abord uniquement économique, le développement visé est ensuite
devenu humain, social, équitable, et maintenant durable... Mais alors que la seule croissance
économique était déjà bien souvent hors d’atteinte, ces améliorations sont-elles réellement la
priorité des populations aidées ou ne sont-elles que des ambitions occidentales « imposées »
aux pays cibles ?
Il est vrai que des questions comme les Droits de l’Homme, la démocratie ou le
respect de l’environnement font aujourd’hui l’objet d’un consensus global mais on peut
néanmoins se demander si l’argent consacré par les pays « développés » pour aider les pays
« moins avancés » sert vraiment à atteindre ce que ces derniers jugent prioritaires ou à
favoriser un développement tel que les nations les plus riches l’imaginent.


Mots-clés : Développement économique – Aide au développement – pays émergents –
réduction de la pauvreté.




Is Official Development Aid Designed to Address the Needs of the
Poor?


Abstract: Since 1945 and the independence of old colonies, rich countries have attempted to
help the poorest countries to develop. At first this Development Aid was aimed towards
economic growth, and then towards the reduction of inequalities, social progress, and now
towards sustainable development. Whereas economic growth was already hard to achieve, are
all these new priorities really important for the people in need, or are they just a way for rich
countries to think about and “impose” development?
Today, everybody recognizes that Human Rights, democracy and environmental
protection are important, but we can still wonder if the sums dedicated to ODA are really used
to address the needs of the poor or to promote an occidental vision of development.


Key words: Economic development – Official Development Aid – Emerging countries –
Poverty reduction.




3 Angué G. – « Aide au développement et populations aidées » – Septembre 2009
Remerciements

Un immense merci et toute ma gratitude à David Khoudour-Castéras pour ses conseils
avisés.
Tous mes remerciements également à Eve Chiapello pour sa présence dans le jury de
soutenance.

4 Angué G. – « Aide au développement et populations aidées » – Septembre 2009
Table des matières
Introduction ............................................................................................................................. 6
Partie I – Les pays cibles ont-ils voix au chapitre ? ............................................................. 8
1. Les axes stratégiques : stratégiques pour qui ? ................................................................ 8
1. Vers une prise en compte des attentes des pays ciblés ? ................................................ 12
2. Sélectivité, conditionnalité et autres influences ............................................................. 16
3. L’APD est-elle allouée aux pays qui en ont le plus besoin ? ......................................... 19
Partie II – Quelles attentes ? ................................................................................................ 23
1. Communautés, associations et autres relais ................................................................... 25
1. Erreurs de jugement et « coups de pouce » .................................................................... 31
2. Les populations ciblées ont-elles seulement des attentes spécifiques ? ......................... 35
3. Prend-on la peine d’écouter ces cultures ? ..................................................................... 40
Partie III – Quels objectifs pour ces politiques ?................................................................ 44
1. Se donne-t-on les moyens pour développer ces pays ? .................................................. 44
1. Jusqu’où les donateurs sont-ils prêts à aller ? ................................................................ 47
2. Le développement n’est pas l’objectif de ces politiques ! ............................................. 51
3. L’APD : une politique de prestige .................................................................................. 52
4. L’APD : la marque des grands ....................................................................................... 54
5. Une arme stratégique ...................................................................................................... 56
Conclusion .............................................................................................................................. 59
Bibliographie .......................................................................................................................... 62
Annexe - Etude Statistique ................................................................................................... 68

5 Angué G. – « Aide au développement et populations aidées » – Septembre 2009
Introduction

Depuis 1945 et les indépendances des anciennes colonies, le développement
économique de ces nouveaux pays a été l’une des priorités de la communauté internationale.
La Charte des Nations Unies soulignait déjà l’importance du « progrès économique et social
de tous les peuples » dans son préambule.
Culpabilité suite à l’époque coloniale, mission « messianique » de l’homme blanc,
réelle générosité, intérêts géostratégiques, quels que soient leurs motivations, les pays
occidentaux « développés » ont depuis lors multiplié leurs efforts pour aider ces pays sous-
développés, moins avancés, dépendants, en voie de développement ou autres pays du tiers-
monde selon les appellations. Les montants consacrés à l’« Aide Publique au
Développement » ont en effet continuellement augmenté depuis cette période (sauf entre 1991
et 1997) : 3 milliards de dollars en 1956, 6,7 milliards en 1970, 36 milliards en 1986 pour
atteindre son plus haut niveau jamais atteint en 2008, malgré la crise économique avec plus de
1119 milliards de dollars .
Dans les premières années de ce « développement », les gouvernements ne se
préoccupaient que de leur développement économique, suivant la croyance de l’époque que
bien-être, meilleures conditions de vie et équité découleraient automatiquement de la
croissance économique.
Mais au fil des années, suivant les débats et évolutions des pays développés, ce
développement a acquis des caractéristiques supplémentaires. Si la croissance économique
reste la base du développement, celle-ci doit désormais se montrer respectueuse des Droits de
l’Homme, de la démocratie économique et politique, se faire dans le cadre d’un
« Développement Humain », lutter contre les inégalités et aujourd’hui préserver
l’environnement – nouvelles exigences parfaitement résumées dans les Objectifs du
Millénaire pour Développement adoptés par l’Assemblée Générale des Nations Unies en
2000.
Pourtant, après plus de 50 ans d’aide au développement et près de 2 000 milliards de
2dollars dépensés , 1,4 milliards de personnes vivaient en 2005 avec moins de 1,25$ par jour

1
OCDE, « L'aide au développement en 2008 à son plus haut niveau », 30 mars 2009.
2
1833 milliards de dollars dépensés au titre de l’Aide Publique au Développement de 1950 à 2008 par les
états membres du Comité d’Aide au Développement de l’OCDE. Source : www.oecd.org/cad
Angué G. – « Aide au développement et populations aidées » – Septembre 2009 6

dans le monde, 7% des enfants nés en 2006 ne vivront pas jusqu’à leur cinquième
anniversaire et seuls 30% des malades du SIDA issus des régions en développement avaient
3accès à des traitements antirétroviraux en 2007 .
Les débats font rage pour tenter d’expliquer cet « échec » (tout relatif) de l’aide au
développement : gaspillage, inefficacité des bureaucraties occidentales, corruption des
dirigeants des pays-cibles, inadaptation des politiques aux cultures locales… Ou peut-être ces
politiques ne correspondent-elles plus aux attentes des pays ciblés alors que la seule
croissance économique ne fut pas nécessairement au rendez-vous et que certaines régions du
monde ont même vu leurs revenus baisser durant les dernières décennies.
En effet, dans son livre the White Man’s Burden, William Easterly accuse les pays
occidentaux d’élaborer leurs politiques à destination des pays pauvres sans se soucier de leurs
attentes, ce qui explique en grande partie leur échec.
L’objectif de ce mémoire sera alors de déterminer comment l’aide au développement
est conçue et dans quelle mesure les agences occidentales prennent en compte les attentes des
populations ciblées et leurs particularités socioculturelles.


Nous verrons donc comment ces politiques sont élaborées et si les attentes des pays
concernés sont prises en compte. Nous passerons ensuite en revue les différents moyens de
connaître et mesurer ces attentes, avant de nous demander pourquoi ces attentes ne sont pas
écoutées et quels sont les objectifs poursuivis par les acteurs de l’aide publique au
développement.

3
PNUD, Rapport Objectifs du Millénaire pour le développement 2008, New York, PNUD, 2009.
Angué G. – « Aide au développement et populations aidées » – Septembre 2009 7

Partie I – Les pays cibles ont-ils voix au
chapitre ?

Dans son livre The White Man’s Burden, William Easterly analyse les raisons de
l’échec de 60 ans de politiques d’ « Aide Publique au Développement ». Son argument
principal : les agences œuvrant à ces politiques dépendent des pays donateurs et n’ont aucun
compte à rendre aux populations qu’elles essaient d’aider. Elles n’ont donc aucune incitation
à répondre à leurs attentes.
L’aide au développement se compose de plusieurs types de dépenses très différentes :
projets, soutien aux politiques nationales, participation aux institutions multilatérales dans des
domaines très différents, de la santé au soutien à la Francophonie. Certaines de ces formes
pourraient paraitre a priori bien éloignées des priorités de pays en développement. On peut
alors se demander si les pays en question sont suffisamment impliqués dans l’élaboration de
ces politiques et s’ils y ont réellement leur mot à dire.

1. Les axes stratégiques : stratégiques pour qui ?

La première question à se poser est bien sûr la question des secteurs désignés comme
prioritaires et les stratégies associées. Ces secteurs sont-ils ceux dans lesquels les pays
auraient agi de leur propre chef ?
Dans le domaine de la santé par exemple, les orientations choisies semblent
appropriées : La lutte contre l’épidémie du VIH/SIDA est une évidence. De plus, l’approche
adoptée est, aux dires mêmes des ONG impliquées dans la solidarité internationale,
relativement complète : participation à la recherche, travail de prévention, réflexion sur les
implications économiques de l’épidémie, accessibilité des traitements, prise en charge des
malades et de leurs familles… L’appui à la santé maternelle et infantile parait également
Angué G. – « Aide au développement et populations aidées » – Septembre 2009 8

incontournable au vu des taux de mortalité infantile et maternelle en Afrique tandis que le
4renforcement des systèmes de santé ne peut pas être un mal en soi.
Cette orientation est même essentielle et elle est également saluée positivement par les
ONG. En effet, les systèmes de santé sont durement malmenés par le manque de moyens des
Etats africains, après des années de pression de la part des institutions de Bretton Woods pour
que les pays diminuent leurs dépenses publiques. Manque d’équipements entrainant des
problèmes d’hygiène, manque de médicaments et traitements, personnel insuffisant et mal
formé, privatisation de fait des systèmes de santé entrainant une exclusion croissante des
franges les plus pauvres de la société, manque de prévisibilité des ressources…
Dans ce cadre, les Etats ne sont donc pas en mesure d’assurer les services de base
mais, pire, ils contribuent à aggraver les problèmes de santé publique. En effet, en raison de
cette désorganisation et du manque de traitements, les centres de santé traitent souvent les
malades par des doses uniques d’antibiotiques (traitement « one shot ») et les malades devant
en prendre de façon régulière se retrouvent souvent face à des dispensaires sans médicaments
ou fermés, faute de personnel. C’est en raison de négligences de ce type que les virus
développent des résistances aux antibiotiques et à certains traitements. De même, le peu de
personnel présent se voit confier des tâches multiples qui peuvent sembler contradictoires aux
yeux des utilisateurs et les dissuader de venir s’y faire soigner : Esther Duflo, dans sa
conférence « Savoirs contre pauvreté » au Collège de France, évoquait l’exemple de
dispensaires indiens où les infirmières chargées de la distribution des moyens de
contraception et de certains traitements étaient aussi chargées par le gouvernement de
procéder à la stérilisation de femmes. Faute d’informations, les patientes ont vite soupçonné
les infirmières de vouloir les stériliser à leur insu et de les empoisonner avec leurs traitements
5et ont donc tourné le dos à ces centres .

Les 3 axes de la stratégie française en santé semblent donc parfaitement choisis.
Pourtant subsiste un problème : la répartition des dépenses et principalement la proportion
d’aide consacrée à chacun des thèmes.
La France, comme la plupart des grands donateurs internationaux, consacre plus de
50% de ses dépenses de santé à la lutte contre l’épidémie de SIDA. Sans revenir sur l’aspect
tragique de cette épidémie et la nécessité de lutter contre celle-ci, ce choix n’est peut être pas

4
K. Hergott, R. Mabilais. L’APD française et la politique de coopération au développement : Etat des
lieux, analyses et propositions, Coordination Sud, Novembre 2005.
5
Esther Duflo, « Santé », Chaire internationale « Savoirs contre pauvreté », conférence au Collège de
France, 19 janvier 2009.
Angué G. – « Aide au développement et populations aidées » – Septembre 2009 9

le plus judicieux. Les gouvernements occidentaux accordent en effet une importance
grandissante au traitement des malades de l’épidémie, en témoignent les montants accordés
aux institutions telles qu’ONUSIDA, le Fonds Mondial de lutte contre le SIDA ou le GAVI.
Cette démarche ne peut être condamnée, personne ne niera qu’il est à l’heure actuelle
intolérable que des gens meurent encore car ils n’ont pas accès à des traitements coûtant
moins de 2 dollars par jour.
Pourtant l’OMS estimait en 2004 à 1 500$ le coût pour maintenir en vie un malade du
6SIDA un an de plus . Or, quand en 2002, 2,8 millions de personnes mouraient du SIDA, 15,6
personnes mouraient d’autres maladies, totalement traitables, elles, à moindre coût comme le
paludisme, les infections respiratoires, la tuberculose, la diarrhée ou bien d’autres. Traiter un
cas de tuberculose coûte moins de 10$, prévenir la plupart des morts infantiles et maternelles
coûte moins de 3$ par an, les vaccins coûtent moins d’un dollar, mais près de trois millions
d’enfants meurent chaque année faute de vaccinations suffisantes, le traitement d’un cas de
paludisme chez un enfant coûte moins d’un dollar et les moyens de prévention contre cette
maladie comme les moustiquaires imprégnées d’insecticides sont encore moins chers… Pour
rester dans le domaine du SIDA, alors que les donateurs internationaux se concentrent sur les
traitements, un article d’Andrew Creese publié en 2002 dans la revue médicale The Lancet
estimait que les coûts de la prévention (distribution de préservatifs, conseils et dépistages,
prévention de la transmission mère/enfant) reviendraient à 20$ par année de vie sauvée et
7
entre 20 et 400$ par infection évitée. Pourtant les donateurs internationaux se concentrent sur
le traitement des malades, qui reste un objectif hors d’atteinte financière.

Ces remarques peuvent paraître terriblement cruelles. Comment juger qui mérite de
vivre ? Doit-on condamner quelqu’un en raison du coût de son traitement ? J’en conviens.
Mais cette question ne se poserait pas si les ressources accordées à l’aide au développement
étaient illimitées et augmentaient avec le rehaussement des objectifs des donateurs. La priorité
accordée au SIDA n’a pas entraîné une hausse des ressources mais un déplacement de celles-
ci vers l’épidémie de VIH/SIDA au détriment des autres pathologies. Par exemple, le budget
des Etats-Unis pour l’année 2005 prévoyait, conformément aux priorités affichées un
gonflement de l’argent consacré à la lutte contre le SIDA mais cette hausse était compensée
par une baisse de près de cent millions de dollars des fonds consacrés à la santé infantile et les

6 WHO/UNAIDS, « Report on the Methods Used to Estimate the Costs of Reaching the WHO Target of
‘3 by 5’ » 10 février 2004.
7 William Easterly, 2006. The White Man's Burden, Penguin Books, Londres.
Angué G. – « Aide au développement et populations aidées » – Septembre 2009 10