La Patiente
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Français
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Description

Extrait de la publication DU MÊME AUTEUR chez le même éditeur La Voie Marion, 2010. Extrait de la publication Extrait de la publication Jean-Philippe Mégnin La Patiente le dilettante 19, rue Racine eParis 6 © le dilettante,  ISBN 978-2-84263-728-6---- Extrait de la publication PREMIÈRE PARTIE Extrait de la publication Extrait de la publication C’est dès le premier échange de regards que j’ai compris que ce ne serait pas une patiente ordinaire. La chaîne stéréo dissimulée dans le placard mural diffusait doucement les Suites pour violoncelle, et elle m’a regardé sans sembler me voir, comme si Bach à ce moment-là était plus présent dans la pièce que moi. Sa tenue, son attitude, cadraient pourtant à la perfection avec mon salon d’attente plutôt distingué de la place Saint-Sulpice ; elle avait cette classe naturelle des femmes qui sont élégantes sans sembler se soucier de l’être, et qui s’inscrivait idéalement dans ce décor que j’avais voulu à la fois rassurant et original.  Malgré cela, sa seule présence a tout de suite éveillé chez moi une sensation obscure, un sentiment d’insécurité diffus mais palpable, comme une brume matinale. Je ne saurais dire pourquoi j’ai eu cette impression. Je me suis demandé si elle était partagée par les autres personnes présentes dans la pièce. Je ne crois pas. C’est moi qui étais troublé, et qui m’en voulais d’être troublé. Moi seul.

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Langue Français

Exrait

Extrait de la publicationDU MÊME AUTEUR
chez le même éditeur
La Voie Marion, 2010.
Extrait de la publicationExtrait de la publicationJean-Philippe Mégnin
La Patiente
le dilettante
19, rue Racine
eParis 6© le dilettante, 
ISBN 978-2-84263-728-6----
Extrait de la publicationPREMIÈRE PARTIE
Extrait de la publicationExtrait de la publicationC’est dès le premier échange de regards
que j’ai compris que ce ne serait pas une
patiente ordinaire.
La chaîne stéréo dissimulée dans le placard
mural diffusait doucement les Suites pour
violoncelle, et elle m’a regardé sans sembler
me voir, comme si Bach à ce moment-là était
plus présent dans la pièce que moi.
Sa tenue, son attitude, cadraient pourtant
à la perfection avec mon salon d’attente
plutôt distingué de la place Saint-Sulpice ;
elle avait cette classe naturelle des femmes
qui sont élégantes sans sembler se soucier
de l’être, et qui s’inscrivait idéalement dans
ce décor que j’avais voulu à la fois rassurant
et original.
Malgré cela, sa seule présence a tout de
suite éveillé chez moi une sensation obscure,
un sentiment d’insécurité diffus mais
palpable, comme une brume matinale.
Je ne saurais dire pourquoi j’ai eu cette
impression. Je me suis demandé si elle était
partagée par les autres personnes présentes
dans la pièce. Je ne crois pas. C’est moi
qui étais troublé, et qui m’en voulais d’être
troublé. Moi seul.
Je savais que je ne l’avais jamais vue ; de
retour à mon bureau, j’ai jeté un coup d’œil
rapide à la page du jour dans mon agenda,
pour y voir son nom : Camille D. Pas plus
que son visage ce nom ne m’a dit quoi que
ce soit. Une inconnue, adressée par une
amie ou par un autre médecin ; rien là que
de l’ultracourant, et pourtant…
Et pourtant ce sentiment d’insécurité, qui
ne m’a plus quitté pendant les deux rendez-
vous qui ont précédé le sien.
Je suis resté très professionnel, bien sûr.
Très disponible. En apparence.
Mais je ne pouvais pas m’empêcher de

Extrait de la publicationpenser à cette femme qui m’attendait. À
ce regard à la fois lumineux et indifférent.
Quand son tour est arrivé, je n’ai pas eu
besoin de prononcer son nom ; abandonnant
Bach, elle m’a souri en se levant dès que j’ai
eu ouvert la porte.
Je me suis effacé pour la laisser traverser
le hall et pénétrer dans mon bureau, en face.
Je l’ai priée de s’asseoir et j’ai fait mine
de chercher dans mon classeur un dossier à
son nom.
– Ne cherchez pas, docteur ; nous ne nous
connaissons pas encore. C’est la première
fois que je viens vous voir.
Je le savais, mais sans m’expliquer pour-
quoi, j’éprouvais le besoin de ce genre de
geste. Je me rassurais.
Elle m’apprit qu’elle était née trente-deux
ans auparavant dans l’arrondissement
voisin, où elle résidait toujours, avenue
Bosquet, qu’elle était directrice de collection
chez un éditeur du quartier, et qu’elle était

Extrait de la publication