Les femmes dans la pensée économique - article ; n°3 ; vol.7, pg 113-138

-

Documents
27 pages
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Revue française d'économie - Année 1992 - Volume 7 - Numéro 3 - Pages 113-138
L'évocation des femmes ayant marqué l'histoire de la Pensée économique se limite bien souvent aux noms de Joan Robinson et, éventuellement, Rosa Luxemburg. Pourtant, d'autres femmes ont, à des degrés divers, apporté leur contribution à la pensée économique depuis le début du XIXe siècle. Les premières ont été essentiellement des vulgarisatrices des idées des grands économistes classiques. D'autres ont collaboré avec un économiste, inspirant sa pensée, faisant connaître son œuvre ou même associant leur nom à une œuvre commune. D'autres enfin sont des économistes à part entière, ayant fait œuvre personnelle. Les comportements des femmes économistes présentent une réelle similitude et leur démarche intellectuelle une certaine parenté, malgré la diversité de leurs idées.
The evocation of women who dominated the economic thought is often limited to the names of Joan Robinson, and eventually Rosa Luxemburg. Other women have however contributed to various extents to the economic thought since the beginning of the XIXth century. The early ones have especially popularized the ideas of the great classical economists. Others collaborated with an economist in inspiring his thought or in making them known, sometimes associating their names with a common work. The late ones are fully fledged economists who worked alone. The attitudes of female economists show a real similarity and their intellectual act is often similar, although they develop various ideas.
26 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

Sujets

Informations

Publié par
Publié le 01 janvier 1992
Nombre de visites sur la page 15
Langue Français
Signaler un problème

Marie-Véronique Wittmann
Les femmes dans la pensée économique
In: Revue française d'économie. Volume 7 N°3, 1992. pp. 113-138.
Résumé
L'évocation des femmes ayant marqué l'histoire de la Pensée économique se limite bien souvent aux noms de Joan Robinson et,
éventuellement, Rosa Luxemburg. Pourtant, d'autres femmes ont, à des degrés divers, apporté leur contribution à la pensée
économique depuis le début du XIXe siècle. Les premières ont été essentiellement des vulgarisatrices des idées des grands
économistes classiques. D'autres ont collaboré avec un économiste, inspirant sa pensée, faisant connaître son œuvre ou même
associant leur nom à une œuvre commune. D'autres enfin sont des économistes à part entière, ayant fait œuvre personnelle. Les
comportements des femmes économistes présentent une réelle similitude et leur démarche intellectuelle une certaine parenté,
malgré la diversité de leurs idées.
Abstract
The evocation of women who dominated the economic thought is often limited to the names of Joan Robinson, and eventually
Rosa Luxemburg. Other women have however contributed to various extents to the economic thought since the beginning of the
XIXth century. The early ones have especially popularized the ideas of the great classical economists. Others collaborated with
an economist in inspiring his thought or in making them known, sometimes associating their names with a common work. The
late ones are fully fledged economists who worked alone. The attitudes of female economists show a real similarity and their
intellectual act is often similar, although they develop various ideas.
Citer ce document / Cite this document :
Wittmann Marie-Véronique. Les femmes dans la pensée économique. In: Revue française d'économie. Volume 7 N°3, 1992. pp.
113-138.
doi : 10.3406/rfeco.1992.1318
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfeco_0769-0479_1992_num_7_3_1318Marie-Véronique
WITTMANN
Les femmes dans la
pensée économique
économique, des auxquelles Thomas du L'intérêt cependant de Deffand Nouveau Pompadour médecins d'Aquin, des pas l'avaient accueille monde femmes dégagée à attesté discute s'interroger remonte Turgot mêlée amène pour avant de 'apparition avec au la ces dans aussi des le philosophie xvie sur Quesnay, xviiie problèmes juristes, son siècle, la bien d'une source salon Aristote quand son des véritable et nouveaux des de médecin, philosophes, que l'afflux que la richesses. Madame pensée morale Saint n'est d'or les 114 Marie-Véronique Wittmann
idées qu'il s'apprête à exposer dans son Tableau écono
mique.
Il faut attendre le premier tiers du xix6 siècle pour
que deux anglaises de la bonne société, Jane Marcet et
Harriet Martineau, publient des ouvrages où elles mettent
à la portée du grand public cultivé de l'époque les idées
des économistes classiques, principalement celles de Mal-
thus et de Ricardo. En 1875, c'est encore en Angleterre que
Mary Paley devient la première femme à enseigner l'éc
onomie politique dans une université, même si elle n'exerce
que dans l'un des collèges de Cambridge, depuis peu ou
verts aux femmes. Epouse d'Alfred Marshall, elle n'a ce
pendant apporté qu'une contribution indirecte à la pensée
économique, par le biais de l'influence qu'elle exerce sur
lui. Dans le même temps, Harriet-Ann Jevons, veuve de
William Stanley Jevons, consacre son énergie à faire réé
diter certaines de ses œuvres et surtout à publier ses
œuvres posthumes. Béatrice Potter inaugure un peu plus
tard avec son mari Sidney Webb, une collaboration que la
mort interrompra près de cinquante ans plus tard, après la
publication de plus d'une dizaine d'ouvrages.
Le premier traité de théorie économique écrit par
une femme, L'accumulation du capital, est publié en 1913
par Rosa Luxemburg, l'une des figures marquantes du
socialisme allemand. Elle ouvre ainsi la voie à Joan Robin
son, que son premier ouvrage Economie de la concur
rence imparfaite impose en 1933, alors qu'elle n'a pas
encore trente ans, dans le cercle fermé des économistes
universitaires. Sa notoriété s'appuie sur une œuvre consi
dérable, poursuivie sans interruption pendant près d'un
demi siècle. Moins célèbre, Vera Lutz a d'abord travaillé en
collaboration avec son mari, avant de publier seule plu
sieurs ouvrages et articles dans les années cinquante et
soixante.
Même si quelques noms (Grace Jaffe, Barbara Marie-Véronique Wittmann 115
Wootton, Marian Bowley, Vera Smith, Nancy Ruggles, El
isabeth Penrose et Elisabeth Schumpeter) peuvent être
ajoutés à ceux qui ont été précédemment cités, les femmes
dont l'histoire de la pensée jusqu'au début du XXe siècle a
retenu le nom sont au total peu nombreuses. Le fait ne
doit pas étonner, la même constatation valant, à peu de
nuances près, pour tous les domaines de la science, ouverts
bien plus tard aux femmes que ceux de la littérature. 1
La première partie de cet article est consacrée à
ces femmes, qu'il faut, pour les distinguer des hommes,
appeler des femmes-économistes. La seconde partie pose
la question de la spécificité d'une pensée économique f
éminine, malgré la diversité des idées défendues par celles
qui ont été, à des titres divers, des précurseurs.
Les femmes-économistes
En fonction du rôle qu'elles ont joué et de la place qu'elles
tiennent dans l'histoire de la pensée économique, les peuvent être réparties en trois
groupes, correspondant aux trois stades d'une évolution
qui a conduit certaines d'entre elles à s'affirmer, au XXe
siècle, comme des économistes à part entière, alors que
leurs devancières ont été soit des vulgarisatrices, soit des
collaboratrices.
Les vulgarisatrices
Jane Marcet et Harriet Martineau en diffusant les idées des
économistes classiques ont élargi considérablement leur
audience et mis la science économique à la mode, dans
cette Angleterre de la première révolution industrielle où
les cadres de l'économie et de la société étaient en train
de voler en éclats. 116 Marie-Véronique Wittmann
Jane Marcet, fille unique d'un négociant suisse
établi à Londres, épouse d'un médecin d'origine genevoise,
se fait connaître en publiant des Entretiens sur la chimie,
la physique et l'économie politique, qui seront plusieurs
fois réédités. Elle aborde plus spécialement le domaine de
l'économie en 1816, quand elle fait paraître à Londres ses
Conversations d'économie politique (Conversations of
political economy), qui connaissent immédiatement un
succès confirmé par les six rééditions de l'ouvrage en 1817,
1819, 1821, 1824, 1827 et 1839.
Jane Marcet expose, sous la forme d'un dialogue
entre la jeune et naïve Caroline et la docte Mrs В., des
notions d'économie politique qu'elle emprunte aux
« maîtres » auxquels elles rend hommage dans la préface :
Say, Sismondi, Smith et Malthus. La seconde édition, pu
bliée quelques mois après la parution des Principes de
l'économie politique et de l'impôt, fait une assez large
place aux idées de Ricardo, dont Caroline résume ainsi la
théorie : « dans la mesure où le capital s'accumule, la de
mande de travail s'accroît, entraînant une augmentation
des salaires et une amélioration de la condition des
pauvres, qui leur permet d'avoir un plus grand nombre
d'enfants. Il en résulte une demande accrue de moyens de
subsistance et une augmentation du prix du blé, qui
conduisent à l'extension de la surface cultivée. Si la terre
nouvellement mise en culture est de qualité inférieure, les
récoltes sont assurées à un coût supérieur, ce qui renchérit
et crée par conséquent une rente sur les terres de bonne
qualité. La hausse du prix du blé entraîne une hausse
permanente des salaires et une baisse corrélative du prof
it».
L'ouvrage de Jane Marcet lui valut les louanges de
J-B. Say, qui disait d'elle : « c'est la seule femme qui ait écrit
sur l'économie politique et elle s'y est montrée supérieure
à beaucoup d'hommes. » Mac Culloch, pour sa part, consi- Marie-Véronique Wittmann 117
dérait les Conversations comme la meilleure introduction
à l'économie politique2.
La lecture des Conversations fit prendre cons
cience à Harriet Martineau, qu'elle avait dans ses premiers
contes, La révolte et Le renvoi des ouvriers fait de l'éc
onomie politique sans le savoir et lui donna l'idée d'entre
prendre la rédaction de récits, visant à illustrer les grands
principes de la science à laquelle J. Marcet l'avait en quelque
sorte initiée.
Harriet Martineau est née de parents français éta
blis en Angleterre. Sa santé délicate et sa surdité font qu'elle
s'oriente précocement vers l'étude. Elle publie d'abord des
exercices de dévotion à l'usage des jeunes filles, puis un
recueil d'hymnes et de prières destiné aux familles et aux
maisons d'éducation. Elle révèle ainsi, précocement, une
certaine propension à vouloir former et élever l'esprit de
ses contemporains. Elle a beaucoup de mal à faire accepter
par un éditeur les contes qu'elle a commencé à rédiger
après avoir découvert l'économie politique. Mais sa per
sévérance est récompensée et les premiers contes, publiés
en 1832, ne tardent pas à recevoir un accueil très favorable,
aussi bien des critiques que des lecteurs. La publication de
chaque nouveau récit est alors attendue avec impatience
et les ventes mensuelles augmentent jusqu'à 10 000 exemp
laires par mois en 1834. Les économistes se montrent
d'abord sceptiques voire réticents. James Mill signifie ainsi
à son éditeur que ses Principes de l'économie politique
ne peuvent être transformés en histoires à succès, John
Stuart Mill émet des réserves concernant la présentation
de certains points de doctrine. Ils finissent cependant par
se laisser convaincre par le succès de la formule. De 1832
à 1834, H. Martineau publie en tout 34 contes, réunis dans
les neuf volumes des Illustrations d'économie politique
(Illustrations of political economy).
Il n'y a nulle part dans les Illustrations d'exposé 118 Marie-Véronique Wittmann
systématique de la doctrine de tel ou tel économiste et
H. Martineau ne cite même jamais ses sources. Il est ce
pendant aisé de remarquer que le conte intitulé Cousin
Marshall, où elle condamne l'octroi de subsides aux
pauvres, est inspiré des idées de Malthus et de James Mill.
La théorie ricardienne de la rente différentielle inspire Pour
chacun et pour tous (For each and all), celle de la valeur,
dont elle dit qu'elle est « déterminée par la somme de travail
incorporée dans les biens» constitue le thème de Vins
français et politique (French wines and politics) tandis
que la théorie de l'avantage comparatif sert de support à
la charge menée dans Semeurs non moissonneurs (Sowers
not reapers) contre les lois qui réglementaient alors l'i
mportation des blés étrangers 3.
Les contes des Illustrations furent traduits en plu
sieurs langues, allemand, néerlandais, espagnol. En France,
Louis-Philippe demanda qu'on réalise une traduction à l'i
ntention des élèves des écoles normales primaires dont la
création venait d'être décidée. Ce projet d'initier les futurs
instituteurs à l'économie fut concrétisé en 1839, quand
parurent les Eléments ď économie politique exposés dans
une suite de dialogues entre un instituteur et son élève,
à l'usage des élèves des écoles normales primaires, dus à
Mary Meynieu 4.
Les collaboratrices
Plusieurs femmes, ayant pour la plupart d'entre elles reçu
une formation en économie ont été, à des titres et à des
degrés divers, associées aux travaux d'un économiste, qui
était le plus souvent leur mari. Les unes ont inspiré sa
pensée, d'autres ont fait connaître son œuvre, mais seule
Béatrice Potter a associé son nom à celui de Sidney Webb,
son mari, dans la réalisation d'une importante œuvre
commune.
Dans son autobiographie, John Stuart Mill affirme Marie-Véronique Wittmann 119
avoir contracté une importante dette intellectuelle envers
madame Taylor, à laquelle il fut pendant des années pro
fondément attaché, et qu'il épousa lorsque son mari mour
ut. Toutefois, l'influence qu'elle aurait exercée sur l'auteur
des Principes d'économie politique est controversée 5.
Ce rôle d'inspiratrice est également celui que Mary
Paley s'est contenté de jouer auprès de son mari Alfred
Marshall.
Née en 1850, Mary Paley entre en 1871 à Newn-
ham, le seul collège de l'Université de Cambridge qui, avec
celui de Girton, accueillait depuis deux ans seulement des
étudiantes. Elle s'y distingue en obtenant en 1874, en
compagnie d'une condisciple, une licence de sciences mor
ales, dont le programme portait en partie sur l'économie,
et qui était jusque là réservée aux hommes. Appelée l'année
suivante à faire des conférences à Newnham, elle se trouve
ainsi être la première femme à avoir dispensé un enseigne
ment d'économie à Cambridge. Ayant connu là Alfred Mars
hall, elle se fiance avec lui en 1876 et l'épouse l'année
suivante. Les préparatifs et les premiers temps du mariage
la détournent de l'économie mais elle collabore à la publi
cation de L'économie de l'industrie (Economies of indust
ry), paru en 1879, dont la seconde moitié porte en germe
certaines des idées qui seront reprises plus tard par Alfred
Marshall dans Les principes d'économie politique. En de
hors de l'enseignement qu'elle dispense à Newnham, puis,
à Bristol, elle n'a aucune autre activité dans le domaine de
la science économique. Pourtant Keynes, qui fut l'élève de
Marshall, note qu'il y avait entre les époux une véritable
association intellectuelle et que l'œuvre de Marshall doit
beaucoup à sa femme dans la mesure où il y a bien d'autres
moyens d'influencer le cours d'une grande œuvre que de
la critiquer au su de tous. Après la mort de son mari en
1924, Mary Marshall, qui lui survit pendant vingt ans, per
pétue son souvenir en continuant à recevoir ses anciens Marie-Véronique Wittmann 120
élèves et en se consacrant à la bibliothèque d'économie
«Alfred Marshall» de Cambridge 6.
Harriet Ann Jevons et Elisabeth Schumpeter ont
eu pour rôle essentiel d'assurer l'édition des œuvres pos
thumes de leur mari.
Harriet Ann Jevons n'est pas économiste, mais son
milieu familial — elle est la fille de J.E. Taylor, fondateur
du Manchester Guardian — et son éducation l'ont pré
parée à la tâche à laquelle elle va se consacrer entièrement
après la mort accidentelle de William Stanley Jevons. De
1882 à 1905, avec l'aide de Foxwell, successeur de son mari
à l'University College de Londres, mais aussi de Wicksteed,
d'Edgeworth, de Flux, elle fait publier les Méthodes de la
réforme sociale et autres papiers (Methods of social r
eform and other papers, [1883]), et les Lettres et journal
de William Stanley Jevons (Letters and journal, [1886]).
Elle prépare aussi la réédition en 1887 de la Théorie de
politique économique publiée initialement en 1871
(Theory of political economy), pour laquelle elle n'a pas
obtenu la collaboration de Walras, qu'elle avait sollicitée.
Sa volonté de défendre l'originalité des œuvres de son mari
l'amène à publier les fragments du traité dont il avait en
trepris la rédaction, et qui devait s ' intituler Principes d'éc
onomie 7. Malheureusement, cette publication, annoncée
pour 1887, n'intervint qu'en 1905, 15 ans après la publica
tion des Principes de Marshall 8.
Elisabeth Boody Schumpeter fait publier en 1954,
soit quatre ans après la mort de son mari, Joseph Schump
eter, l'ouvrage auquel il avait travaillé au cours des neuf
dernières années de sa vie et qu'il laissait inachevé : His
toire de l'analyse économique (History of economic anal
ysis). Dans l'introduction, Elisabeth Boody retrace la ge
nèse de l'œuvre et précise en quoi a consisté son travail :
réunir les fragments du manuscrit, choisir entre plusieurs
versions d'un même passage, combler certaines lacunes, Marie-Véronique Wittmann 121
ajouter titres et notes. Comme Harriet Ann Jevons, elle
s'entoure, pour accomplir cette tâche, d'économistes de
renom tels que G. Haberler, P.M. Sweezy, A.W. Marget,
WJ. Fellner 9.
Le mariage de Béatrice Potter et de Sidney Webb
en 1892 inaugure une collaboration intellectuelle très dif
férente de celle qui s'est instaurée entre Alfred Marshall et
sa femme, dans la mesure où elle est fondée sur un rapport
d'égalité.
Cette collaboration se traduit concrètement par la
publication de plusieurs ouvrages consacrés à l'histoire
sociale et à ce que Schumpeter appelle la sociologie éco
nomique. Les travaux plus spécifiquement consacrés à
l'économie traduisent leur intérêt pour les problèmes so
ciaux et les imposent comme des maîtres de l'économie
expérimentale (Industrial democracy, [1897] ; Problems
of modem industry, [1898]). Leur foi dans un socialisme
démocratique et leurs vues sur ce que devrait être une
société socialiste sont exposées dans A constitution for the
socialist commonwealth of Great Britain [1920] tandis
que les deux volumes de Soviet socialism : a new civil
isation [1935]) expriment leurs réserves sur l'expérience
soviétique 10.
Grace Jaffé et Vera Lutz représentent enfin deux
cas originaux dans la mesure où la première n'a pas colla
boré avec son mari William Jaffé, mais Richard Ely, et où la
seconde a rapidement interrompu sa collaboration avec
son mari.
Auteur d'une thèse consacrée au mouvement ou
vrier à Paris pendant la Révolution, Grace Jaffe rencontre
Ely en 1924 au département d'économie de l'université
d'Evanston (Illinois) et devient son assistante. Il lui confie
la tâche de préparer une nouvelle édition de son Précis
d'économie (Outlines of economics). Il la charge égale
ment de rédiger un résumé de l'œuvre de Veblen, l'un des