Les perspectives du marché américain des capitaux conduisent-elles à une crise durable en Europe? - article ; n°1 ; vol.6, pg 3-20

-

Documents
19 pages
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Revue française d'économie - Année 1991 - Volume 6 - Numéro 1 - Pages 3-20
Jacques Régniez Can the financial disequilibria in United- States bring about a durable crisis in Europe ? Federal public finances, net exterior position, bad risks accumulated in US banks are causes of worry, stressed by the recession appeared in 1990. The recent financial disequilibria are the results of a long evolution and may be regarded as consequences of economic policies led for 20 years in the US. However, in the net future, US monetary policy — regarding interest rates and dollar — appears able to avoid a durable recession. As far as Europe is concerned, the risk of a durable crisis is still lower because of European domestic growth factors.
La situation des finances publiques fédérales, la position nette extérieure débitrice, l'accumulation de mauvais risques dans les bilans bancaires aux Etats-Unis sont des sources d'inquiétude aggravées par la récession apparue en 1990. Les déséquilibres financiers actuels sont le fruit d'une évolution longue et peuvent être regardés comme les conséquences inéluctables des politiques économiques menées depuis vingt ans aux Etats Unis. Cependant, pour le proche avenir la politique monétaire américaine, tant dans sa composante taux d'intérêt que dans sa composante dollar, semble en mesure d'éviter que la récession soit longue. Pour ce qui concerne l'Europe, un risque de crise durable est encore moins probable du fait des facteurs autonomes de croissance qu'elle recèle.
18 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

Sujets

Informations

Publié par
Publié le 01 janvier 1991
Nombre de visites sur la page 10
Langue Français
Signaler un problème

Jacques Régniez
Les perspectives du marché américain des capitaux conduisent-
elles à une crise durable en Europe?
In: Revue française d'économie. Volume 6 N°1, 1991. pp. 3-20.
Abstract
Jacques Régniez Can the financial disequilibria in United- States bring about a durable crisis in Europe ? Federal public finances,
net exterior position, bad risks accumulated in US banks are causes of worry, stressed by the recession appeared in 1990. The
recent financial disequilibria are the results of a long evolution and may be regarded as consequences of economic policies led
for 20 years in the US. However, in the net future, US monetary policy — regarding interest rates and dollar — appears able to
avoid a durable recession. As far as Europe is concerned, the risk of a durable crisis is still lower because of European domestic
growth factors.
Résumé
La situation des finances publiques fédérales, la position nette extérieure débitrice, l'accumulation de mauvais risques dans les
bilans bancaires aux Etats-Unis sont des sources d'inquiétude aggravées par la récession apparue en 1990. Les déséquilibres
financiers actuels sont le fruit d'une évolution longue et peuvent être regardés comme les conséquences inéluctables des
politiques économiques menées depuis vingt ans aux Etats Unis. Cependant, pour le proche avenir la politique monétaire
américaine, tant dans sa composante taux d'intérêt que dans sa composante dollar, semble en mesure d'éviter que la récession
soit longue. Pour ce qui concerne l'Europe, un risque de crise durable est encore moins probable du fait des facteurs autonomes
de croissance qu'elle recèle.
Citer ce document / Cite this document :
Régniez Jacques. Les perspectives du marché américain des capitaux conduisent-elles à une crise durable en Europe?. In:
Revue française d'économie. Volume 6 N°1, 1991. pp. 3-20.
doi : 10.3406/rfeco.1991.1271
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfeco_0769-0479_1991_num_6_1_1271Jacques
RÉGNIEZ
Les perspectives du
marché américain des
capitaux conduisent-
elles à une crise durable
en Europe ?
la américain forme Revue de française question conduisent-elles : d'économie « Les e perspectives thème à une du le crise 23 séminaire durable octobre du marché en organisé 1990 Europe financier est par en ? » 4 Jacques Régniez
Sans qu'il soit nécessaire d'insister sur l'actualité
et la pertinence de ce thème, soulignons tout de même
que, s'il est rare en effet que la conjoncture financière soit
exempte d'incertitudes, il existe néanmoins plus que des
nuances entre incertitudes et inquiétudes.
Inquiétudes
Or, pour certains, il s'agit aujourd'hui d'inquiétudes.
Certes, l'histoire recèle une large part de renouvellement
dans la continuité. C'est ainsi que l'on peut dire qu'en
matière financière, il s'agit toujours de savoir quels fina
ncements pourront être apportés à des besoins a priori
toujours difficiles à satisfaire. Il n'est donc pas faux de
constater que l'histoire économique est jalonnée de
« grandes peurs », c'est-à-dire de situations qui semblent au
départ sans solution et à l'issue desquelles émergent de
nouveaux mécanismes et de nouvelles structures. Malgré
cela les inquiétudes présentes restent justifiées parce que
l'émergence des modalités de la croissance se
fait rarement sans douleur, et parce que l'histoire s'est
chargée de montrer que des impasses financières pou
vaient entraîner un blocage durable de l'expansion.
Les inquiétudes qui se font jour actuellement se
nourrissent de l'observation de la situation patrimoniale
dégradée d'acteurs économiques majeurs : le ratio dette
publique/P.N.B. atteignait près de 30 % aux Etats-Unis,
25,4 % en France et 31 % pour l'ensemble de l'O.C.D.E. en
1989 1 ; la position nette extérieure des Etats-Unis était en
1988, d'après le Fonds monétaire international, déjà débi
trice à hauteur de 530 milliards de dollars. La faiblesse de
l'épargne privée, l'endettement des ménages sont autant
d'autres sources d'inquiétudes, que l'absence de signes Jacques Régniez 5
tangibles de maîtrise par les autorités de flux tels le déficit
budgétaire et le déficit courant.
Appliqués à de tels déséquilibres initiaux des
stocks et des flux, les taux d'intérêt réels élevés, qui
risquent de continuer à prévaloir, font craindre une évo
lution non maîtrisable et donc inadmissible ; par exemple,
il est un fait que la part de la charge de la dette publique
dans les dépenses budgétaires tend à s'accroître dans la
plupart des pays alors que les efforts de compression des
autres rencontrent, quant à eux, de nombreuses
limites.
Toutefois, plus que tous les autres motifs évoqués,
l'accumulation de mauvais risques dans les bilans des
banques américaines constitue la source majeure d'inquié
tude, un peu comme s'il s'agissait des stigmates ineffa
çables de vingt ans de soubresauts de l'économie mondiale.
Comme le rappelait récemment A. Cotta 2 : « En fait, l'e
nsemble de l'activité mondiale a été soutenu depuis dix ans
à coup d'immenses bouffées d'endettement successives :
cinq cents milliards de dollars aux pays d'Amérique latine,
que ceux-ci ne rembourseront évidemment jamais (...) près
de cinq cents autres milliards de dollars de «junk bonds»,
puis à peu près autant de dettes des Caisses d'épargne
La crise financière qui apparaît aux Etats-Unis est
le résultat de l'empilement de ces vagues successives de
crédit, dont la liste n'est d'ailleurs pas exhaustive ; au-delà,
elle est le produit d'une évolution longue qu'il n'est pas
vain de rappeler. 6 Jacques Régniez
Etats-Unis : offre de monnaie (M2)
% du produit intérieur brut nominal
Ь0 '' "' - -, ''* '4t"-
66 -
/V \
/ V 64 -
i
\ Illustration non autorisée à la diffusion \
\ 62 - У V V
/
60 -
— / ч — -*■•■■ — "t ■■■%•-■ t....r..,.l.- '■■■t ■*•• А -4 ♦- "А/ — t V ],., -+ Ť — "■■■1 1-" f — 4— 58
' 1970Les données 1972pour 1990 sont 1974 des estimations 1976 de l'O 1978С DE » 1980 1982 1984 1986 —4 1988 -4— — 1990 +-
Taux de change effectif du dollar
Indice 1987=1
Illustration non autorisée à la diffusion
1970 1972 1974 1976 1978 1988 1990
« Les données pourl 990 sont des estimations del 'OCDE '
Jacques Régniez 7
Taux d'intérêt réels à court terme américains
Illustration non autorisée à la diffusion
t f- — -Í — " ť " '■'■>■ -t <-' ) — — t — - '1 1- t- 4 "'<
1970 1972 1974 1976 1978 1980 1982 1984 1986 1988 1990
'Les données pour 1990 sont des estimations del'OCDE »
Prix Spot du pétrole brut léger saoudien
En dollars US par baril
Illustration non autorisée à la diffusion
1970 1972 1974 1976 1978 1980
• Les données pour 1990 sont des estimations de l'O CDE- ■
8 Jacques Régniez
Balance commerciale des Etats-Unis
Milliards de dollars
v-V
Illustration non autorisée à la diffusion
-200 M— — í- I * — f f— f H >' 1 — — f "t ?'■ — — f + H- — t -+■ +■ 1— f—
1970 1972 1974 1976 1978 1980 1982 1984 1986 1988 1990
• Les données pour 1990 sont des estimations de l'OCDE »
Inflation dans la zone O.C.D.E.
Croissance annuelle du déflateur du P.I.B.
12 -
Л \
10 -
/N /
\ "-^ ^> \ /
Illustration non autorisée à la diffusion
\ У 6 -
s „*'-"* 4 -
I""'"' t" \<< f"- [""■ -Л' — ■■■-■ f- ■"■ — +— \ !""■ C""" -+— > '♦'■"■■■H H
1970 1972 1974 1976 1978 1980
• Les données pour 1990 sont des estimations de l'O С DE » Régniez 9 Jacques
Vingt ans de politique économique
américaine
La période de reconstruction — « les trente glorieuses » —
a reposé sur la prédominance de l'économie américaine et
du dollar dans le cadre du système des parités fixes institué
à Bretton Woods en 1944. Le 15 août 1971 marque la fin
de ce qui passe parfois aujourd'hui pour un âge d'or : les
taux de change deviennent flottants, le dollar baisse, des
masses importantes de capitaux se déplacent d'un pays à
l'autre tandis que les ressorts anciens de la croissance sont
brisés.
En 1973-1974 survient le premier choc pétrolier
qu'on analyse alors, et d'abord majoritairement, comme
un prélèvement récessionniste (en raison de la faible ab
sorption des pays exportateurs de pétrole) et inflationniste.
La politique économique — à travers la «théorie des l
ocomotives» — s'inspire à l'époque des principes les plus
triviaux du keynésianisme et vise la réduction du chômage
par la relance budgétaire et une régulation monétaire fon
dée sur les taux d'intérêt.
Cette phase de la politique économique se solde
par l'enclenchement d'une spirale inflationniste sans effets
positifs sur la croissance ni sur le chômage et par la baisse
du dollar (moins de 4 FF pour 1 dollar lors de l'été 1979 !) ;
elle s'arrête avec le second choc pétrolier, qui, comme le
premier, survient dans le contexte d'une grande faiblesse
du dollar, ainsi qu'avec la nomination à la présidence du
Fédéral Reserve Board de P. Volcker, marquant l'abandon
de la régulation monétaire par les taux d'intérêt au profit
d'un pilotage strict des agrégats eux-mêmes. Dans un pre
mier temps, les taux d'intérêt sont propulsés à des som- 10 Jacques Régniez
mets historiques — plus de 20 % — , ce qui provoque une
récession profonde dont le mérite est tout de même d'éra
diquer rapidement l'inflation.
A la suite de la «crise mexicaine» de l'été 1982, la
conduite de la politique monétaire américaine s'assouplit,
notamment par l'adoption d'agrégats de référence plus
larges. Couplée à la politique budgétaire plus ou moins
volontairement expansionniste menée par l'Administration
Reagan, cette nouvelle forme de régulation, tout en restant
officiellement d'inspiration monétariste, déclenche un
cycle expansionniste qui durera huit ans, et qui, à son
début, est aussi marqué par la hausse du dollar — à laquelle
s'associe peu à peu la baisse corrélative du prix du pétrole
— , la baisse régulière des taux d'intérêt et l'apparition des
«déficits jumeaux» : le déficit courant américain qui atteint
113 milliards de dollars en 1985, et le déficit budgétaire
impliquant un besoin de financement des administrations
publiques à hauteur de 3,3 % du produit intérieur brut en
1985 aux Etats-Unis.
La quatrième époque s'ouvre avec les accords du
Plaza du 22 septembre 1985. Ces accords marquent le ren
forcement, sans précédent historique, de la coopération
internationale dans le domaine de la politique écono
mique ; ils visent avant tout à organiser la baisse concertée
du dollar en vue de restreindre le déficit courant et d'éviter
la dégradation accélérée de la position patrimoniale exté
rieure nette des Etats-Unis.
En pratique, la baisse du dollar résultera d'un dif
férentiel des taux d'intérêt réels défavorables au dollar,
différentiel sous-tendu par une politique monétaire amér
icaine plus accomodante. On peut considérer que cette
nouvelle phase n'a duré qu'une seule année. En effet, la
conjugaison du dollar faible et de taux d'intérêt réels faibles
eux-aussi, ne manque pas de créer des difficultés de ref
inancement pour le Trésor américain dont les besoins Jacques Régniez 11
atteignent 224 milliards de dollars en 1985 et 215 milliards
de dollars en 1986. Dès la fin de l'été 1986, les taux d'intérêt
à long terme commencent à monter, incluant, simultané
ment, prime de rareté et prime d'inflation. Ce mouvement
culmine à l'été 1987 et se solde trois mois plus tard, en
octobre, par l'effondrement du marché des actions. Après
le krach, tout est à recommencer : les autorités monétaires
injectent des liquidités en vue d'éviter la faillite des por
teurs d'actifs dévalorisés et de faire baisser les taux d'in
térêt. A partir de 1988 et 1989, tout se passera comme si
les autorités «récupéraient» les liquidités distribuées après
le krach, faisant monter les taux courts tandis que les
marchés d'actifs financiers et immobiliers continuent de
vivre sur la lancée de l'abondance de liquidités.
L'inversion de la courbe des taux d'intérêt se pro
duit à l'été 1989, entraînant le paradoxe qu'il est moins
coûteux de se financer pour trente ans que pour une nuit.
Les marchés d'actions remontent progressivement mais les obligataires restent déprimés et fragiles ainsi que
l'illustrent d'abord le mini-krach d'octobre 1989 puis la
baisse profonde du marché au début 1990. A partir de 1989,
la plus longue phase de croissance non inflationniste ap
proche de ses butoirs ; le ralentissement économique amér
icain se transforme en 1990 en récession avérée, dont les
origines sont bien identifiées : fin du fort développement
des exportations qui avait suivi la dépréciation du dollar des
années 1985, 1986 et 1987, atténuation de l'impact des dé
penses publiques dont le poids réel a été nettement réduit
en 1988 et 1989 ; disparition des effets du contre-choc pét
rolier. Ce ralentissement se déroule suivant un processus
assez habituel et particulièrement manifeste en 1989 et 1990.
Dans un premier temps (1989 et début 1990), les
entreprises n'ajustent pas leurs effectifs, en réponse à la
baisse de la demande, la productivité stagne voire régresse,
les coûts salariaux augmentent et les profits se dégradent.