Lettre à mon bourreau
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Description

On va écrire franc. Vrai, pour une fois. Des années, vingt-et-unĞ ĞdžĂĐƚĞŵĞŶƚ ƉůƵƐ ƚĂƌĚ͕ ĐĞ Ŷ͛ĞƐƚ pas du luxe. Est-ĐĞ ƋƵĞ ũĞ ƐŽƵĨĨƌĞ ĞŶĐŽƌĞ ĚĞ ĐĞ ƋƵ͛ŽŶ ĂƉƉĞůůĞ͕en grande pompe, notre « histoire » ? Oui, je souffre encore. Lorsque, par masochisme sans doute, je vais voir ce que tu deviens sur /ŶƚĞƌŶĞƚ͘ ƚ ƋƵĞ ũ͛ĞƐƉğƌĞ ĂƉƉƌĞŶĚƌĞ ƋƵĞ ƚƵ ĞƐ ŵŽƌƚ ĚĂŶƐ Ěes circonstances atroces. Ce qui Ŷ͛ĂƌƌŝǀĞ ƉĂƐ͕ ďŝĞŶ ƐƸƌ͘ Ğ ƐŽŶƚ ƚŽƵũŽƵƌƐ ůĞƐ ŵĞŝůůĞƵƌƐ ƋƵŝ ƉĂƌƚĞŶƚ ĞŶpremier, dit-on. Tu tends à le confirmer. >ŽƌƐƋƵĞ ũĞ ůŝƐ ƚĂ ďŝŽ͕ ů͛ŽĨĨŝĐŝĞůůĞ ďŝĞŶ ƐƸƌ͘ WĂƐ ů͛ĂƵƚƌĞ͘ >͛ŽĨĨŝĐŝĞƵƐĞque nous connaissons toi et moi.>͛ŽĨĨŝĐŝĞůůĞ ŝŶƐŝƐƚĞ ƐƵƌ ƚĂ ƐŝŵƉůŝĐŝƚĠ, ta réussite. Pas mal comme tu arranges tout, tout le temps, à ta sauce. YƵĞůƋƵ͛ƵŶa défini notre « histoire » comme sado-maso.hŶĞ ŚŝƐƚŽŝƌĞ ƋƵĞ ũ͛ĠƚĂŝƐ ƚƌŽƉ ĨƌĂŐŝůĞ ƉŽƵƌ ƐƵƉƉŽƌƚĞƌ ƐĞůŽŶ ůƵŝ͘ ƚ ŵŽŝ͕ ũĞ ŵĞ ƌĂƉƉĞůůĞ ƋƵĞ ũĞ Ŷ͛Ăŝ ƉĂƐ ǀƌĂŝŵĞŶƚ ĐŚŽŝƐŝ͘Est-ĐĞ ƋƵ͛ŽŶ peut de manière consciente, à quinze ans, entamer une relation de ce genre ? Je ne sais pas. ͛autant plus que mes souvenirs sont incomplets. ŵďƌŽƵŝůůĠƐ ƉĂƌ ĐĞƐ ƐƵďƐƚĂŶĐĞƐ ƋƵĞ ũ͛ĂŝŵĂŝƐ ƚĂŶƚ͕ ă ů͛ĠƉŽƋƵĞ͘ ƚ͕ ũĞ ů͛Ăŝ ĐŽŵƉƌŝƐ ŵĂŝŶƚĞŶĂŶƚ͕ ƉĂƌ ůĞƐstress post-traumatiques. /ů LJ Ă ǀŝŶŐƚ Ğƚ ƵŶ ĂŶƐ͕ ĕĂ͕ ũĞ ŵ͛ĞŶ ƌĂƉƉĞůůĞ͘ dƵcriais sur tous les toits ma culpabilité, ma part sombre, manipulatrice et perverse͘ dŽŶ ĂǀŽĐĂƚ ŵĞ ĨĂŝƐĂŝƚ ƐĂǀŽŝƌ ƋƵĞ ũĞ Ŷ͛ĂǀĂŝƐ ƉĂƐ ůĞƐ ŵŽLJĞŶƐ de faire quoi que ce soit.YƵĞ ũĞ Ŷ͛ĠƚĂŝƐ ƌŝĞŶ͘ YƵ͛il ne me laisserait pas détruire ta vie. ͛ĠƚĂŝƚ informel, évidemment. Et stupide.

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Publié le 01 décembre 2016
Nombre de lectures 14
Langue Français

Exrait

On va écrire franc. Vrai, pour une fois. Des années, vingt-et-une edžaĐteŵeŶt plus taƌd, Đe Ŷ’est pas du luxe. Est-Đe Ƌue je souffƌe eŶĐoƌe de Đe Ƌu’oŶ appelle,en grande pompe, notre « histoire » ? Oui, je souffre encore. Lorsque, par masochisme sans doute, je vais voir ce que tu deviens sur IŶteƌŶet. Et Ƌue j’espğƌe appƌeŶdƌe Ƌue tu es ŵoƌt daŶs des circonstances atroces. Ce qui Ŷ’aƌƌive pas, ďieŶ sûƌ. Ce soŶt toujouƌs les ŵeilleuƌs Ƌui paƌteŶt eŶpremier, dit-on. Tu tends à le confirmer. LoƌsƋue je lis ta ďio, l’offiĐielle ďieŶ sûƌ. Pas l’autƌe. L’offiĐieuseque nous connaissons toi et moi.L’offiĐielle iŶsiste suƌ ta siŵpliĐitĠ, ta réussite. Pas mal comme tu arranges tout, tout le temps, à ta sauce. QuelƋu’uŶa défini notre « histoire » comme sado-maso.UŶe histoiƌe Ƌue j’Ġtais tƌop fƌagile pouƌ suppoƌteƌ seloŶ lui. Et ŵoi, je ŵe ƌappelle Ƌue je Ŷ’ai pas vƌaiŵeŶt Đhoisi.Est-Đe Ƌu’oŶ peut de manière consciente, à quinze ans, entamer une relation de ce genre ? Je ne sais pas. D’autant plus que mes souvenirs sont incomplets.EŵďƌouillĠs paƌ Đes suďstaŶĐes Ƌue j’aiŵais taŶt, à l’ĠpoƋue.Et, je l’ai Đoŵpƌis ŵaiŶteŶaŶt, paƌ lesstress post-traumatiques. Il LJ a viŶgt et uŶ aŶs, ça, je ŵ’eŶ ƌappelle. Tucriais sur tous les toits ma culpabilité, ma part sombre, manipulatrice et perverse. ToŶ avoĐat ŵe faisait savoiƌ Ƌue je Ŷ’avais pas les ŵoLJeŶs de faire quoi que ce soit.Que je Ŷ’Ġtais ƌieŶ. Qu’il ne me laisserait pas détruire ta vie.C’Ġtait informel, évidemment. Et stupide.J’Ġtais eŶ ŵiettes.Je Ŷ’aurais rien tenté contre toi. Je Ŷ’avais Ƌue l’ĠĐƌituƌe. Aloƌs, j’ai ĠĐƌit.Très longtemps, sur trois volumes.Ça s’appelle Fleuƌs des nuits et tu es dedans. Tu peux te reconnaître, mais les autres ne te repèreront pas. Sous ton image si lisse, si nette. J’ai ƌeĐoŶstƌuit ŵa vie aussi.Je suis bien. Sauf quand, à trois heures du mat ou la journée, sur un seuil de porte,eŶ ďallade, Ŷ’iŵpoƌte où, Ŷ’iŵpoƌte ƋuaŶd, je suis happée par les flashs, des anarchistes. Tu es dans tous.Sauf ƋuaŶd ƋuelƋu’uŶ autouƌ de ŵoi, s’aŵuse aveĐ Đes doigts, et les fait craquer. Là, je sursaute. Et si tu me lis un jour, tu sauras exactement pourquoi. Il Ŷ’LJ a pas tout, daŶs ŵes ďouƋuins.Coŵŵe j’ai dû iŶveŶteƌ pouƌ ŵeprotéger, j’ai ĠdulĐoƌĠ certains aspects. Ces jours interminables pendant nos séparations où je me persuadais que j’aiŵais ça.Que je ne pouvais pas être moi, sans toi. Ou que tu pouvais changer. Ça prenait du temps, un mois, deux mois, six mois, dix mois.Tu ŵ’appâtais pƌoŵesse suƌ pƌoŵesse, et j’aĐĐouƌais. Coŵŵe Ƌuoi dĠjà? Ah oui : une chienne.J’ai Đƌu, loŶgteŵpsaprès que tout était ma faute.Que je t’avais poussé à bout, si souvent. Que notre amour avait été passionnel. UŶiƋue. Tu vois, les ĐoŶŶeƌies doŶt tu ŵ’as aďƌeuvĠe, je ŵ’eŶ suis ĐoŶvaiŶĐue.Mais il faut l’adŵettƌe, tu es uŶ ĐoŵŵeƌĐialirrésistible. Auprès de tes « amis ». Auprès de ta feŵŵe. Il paƌaît Ƌue Đ’Ġtait ŵoi Ƌui te dĠtƌuisais. C’est ŵaƌƌaŶt, tu Ŷ’as pas l’aiƌ d’ġtƌe sujet aux cauchemars, toi. Tu parais si détendu, sur toutes les photos. Accompli et serein. Tu ne connais pas ce qui «Đoŵpƌiŵe le Đœuƌ Đoŵŵe uŶ papieƌ Ƌu’oŶ fƌoisse.» Il revient beaucoup ce mot, destruction quand je me souviens.J’ai depuisfait un énorme travail sur moi-même. Suivi plein de psychothérapies. Tout ça pour me rendre compte que même si je suis déséquilibrée, je ne méritais pasĐe Ƌue tu ŵ’as fait. Et puis, Đ’est incroyable, plus j’avaŶçais saŶs toi, plus j’Ġtais ďieŶ. JusƋu’à toŵďeƌ suƌ le site ŵĠŵoiƌe tƌauŵatiƋue, et accepter enfin,Ƌue tu Ŷ’Ġtais pas uŶe viĐtiŵe. Que Đ’Ġtait ďieŶ ŵoi Ƌui ĐaĐhais mes bleus. Qui Ġvitait de poƌteƌ uŶe ŵiŶeƌve, tƌop voLJaŶte, aloƌs Ƌue j’avais ŵal.Qui gardait des manches longues et des jeans en pleine canicule, avec un foulard. Qui mentait surl’oƌigiŶe de ŵes éraflures, de mes bosses. Rappelle-moi, toi, tu en as caché, des bleus ? Eh non. Jamais. SouveŶt, j’ai hoŶte. De Ŷ’avoiƌ ƌieŶ dit. De ŵ’ġtƌe à peiŶe dĠfeŶdue.De ne pas avoir cherché del’aideautour de moi.De ŵ’ġtƌe eŶfeƌŵĠe daŶs Đe ƌôlede mythomane, nymphomane, un
rôle qui me seyait à merveille.Et Ƌui justifiait tout. J’ai hoŶte aussi, paƌĐe Ƌue paƌŵi ŵes plus pƌoĐhes aujouƌd’hui,peu sont au courant. Et tu sais quoi ?C’est aŶoƌŵal, le ŵoŶde à l’eŶveƌs. C’est toi qui devrais avoir honte. Craindre la réaction de tes proches. J’ai ďeau savoiƌ Ƌue la plupaƌt, Đoŵŵe ŵoi, ĐhoisisseŶt le sileŶĐe. C’est opaƋue le sileŶĐe. C’est la solitude, le sileŶĐe. C’est Ŷe jaŵais pouvoir répondre aux questions sur ces années que tu as gâchées. Il LJ a des ŵoŵeŶts où je suis heuƌeuse. De t’avoiƌ soƌti de ŵa vie avaŶt Ƌu’il Ŷe soit tƌop taƌd. Si je Ŷe l’avais pas fait, je Ŷ’auƌais pas ces merveilleux enfants, cette vie qui me plaît, peinarde, loin du monde et des gens. Asociale, mais entourée de mes essentiels. Parmi les gens que je croise maintenant, certains me font bondir : ils trouvent des excuses aux conjoints violents. Aux violeurs.C’estterrible, cette manie de cataloguer. La femme tentatrice et Đoupaďle. L’hoŵŵe faiďle faĐe à ses pulsioŶs ƌĠveillĠes paƌnos corps. En fait, ça me pétrifie. Ça allume les imagesdaŶs ŵoŶ Đeƌveau, uŶe flaŵŵe, j’essaie de la ƌĠpƌiŵeƌ, elle s’aŵplifie. Alors, je la laisse se consumer et je suis en colère. Je te croyais quaŶd tu pleuƌais daŶs ŵes ďƌas. Suƌ le fait Ƌue tu t’eŶ voulais. Que tu ŵ’aiŵais « trop ».Coŵŵe si le fait d’aiŵeƌ« trop » pouvait amener à vouloir briser une âme, un corps, uŶe ĐoŶsĐieŶĐe. L’aŵouƌ, Đ’est l’iŶveƌse. C’estse préserver mutuellement. Se protéger.Je Ŷ’eŶ savais rien alors. Le soir où je t’ai ƌeŶĐoŶtƌĠ, j’Ġtais aufoŶd du gouffƌe. Je Ŷe pouvais pas souffƌiƌ plus. C’est Đe que je me disais. On est si naïf, à quinze ans.J’ai souffert bien plus ensuite. Et le seul coupable, Đ’Ġtait toi. Il Ŷ’LJ avait pas d’eŶgƌeŶageentre nous. Aucun de mes proches de passionnel l’ĠpoƋue Ŷ’a uŶe ƌespoŶsaďilitĠ autƌe Ƌue le dĠŶi.Toi, tu étais coupable. Tu as tout fait. PaƌdoŶ, tu ŵ’as tout fait.Tu as pu faire gober àta feŵŵe Ƌue j’Ġtais uŶe petite alluŵeuse. Àtes « amis » que nous avionsvĠĐu uŶe soƌte d’Histoiƌe d’Ô où j’Ġtaismais où nos caractères étaient consentante, antagonistes. Va te faire foutre. Nous étions, la plupart du temps, seuls. Toi et moi. Je les ai vécus, ces moments. Quand tu restais juste calme pour prononcer quatre mots : je vais te tuer. Quand tu te figeais. Je pensais, une fraction de seconde : je vais me faire décalquer. Ça, je pƌĠsuŵe Ƌu’il Ŷ’LJ a ƌieŶ de tel daŶs Histoiƌe d’Ô. Remarque, peut-êtƌe, je Ŷ’ai jaŵaispu le lire en entier, ce livre de merde. J’ai Đe ƌegƌet: de Ŷe pas t’avoiƌ fui ďieŶ avaŶt, dĠfiŶitiveŵeŶt. Je Ŷe ĐoŵpƌeŶds pas d’ailleuƌs, pouƌƋuoi j’ai teŶu. Ce Ƌui ŵe poussait à te paƌdoŶŶeƌ et à ŵ’eŶ vouloiƌ, à ŵoi.À mes enfants,aujouƌd’hui,j’enseigne chaque jour le respect. Et aussi Ƌu’uŶe feŵŵeŶ’est pas juste un trou (ou trois trous, en fonction). Qu’il faut, eŶ aŵouƌ, de l’ĠĐhaŶge, mais pas des échanges issus ou basés sur les beignes. Enfin, des principes qui, toi, te dépassent. Je leuƌ edžpliƋue aussi Ƌu’il faut du courage, pour être soi-même, pour assumer ses responsabilités, se regarder en face, ou affronter son passé. Je le gère à ma façon, mon passé, ŵġŵe si j’Ġcris sous pseudo. CepseudoŶLJŵe, pouƌ t’Ġviteƌ, ne pas être jugée à la base. Aujouƌd’hui, il ŵ’offƌe latranquillité. Lotis, ça sonnait bien. Symbolisait la transformation. Toutes les étapes franchies depuisviŶgt et uŶ aŶs. Et Đ’est uŶe fleuƌ Ƌui pousse suƌ l’eau.Je viens de men rendre compte, tu ne me fais plus peur. Et ça me soulage. On en vient à cette grande question : toi, as-tu des regrets ? Des remords ? Je ne pense pas.Il LJ a viŶgt et uŶ aŶs, la deƌŶiğƌe fois Ƌu’oŶ s’est vus, tu as dit : je ne pourrais jamais me pardonner. Je ne te crois toujours pas sur ce point. Et je te rassure: je Ŷe t’ai ƌieŶ pardonné non plus. Il est temps que je te répète: tu Ŷ’as pas d’excuse. Avec tout le recul dont je bénéficie, je suis arrivée à la conclusion que tu étais et que tu es toujours un gros enculé.