Fiche de lecture rédigée en 2010 par Paul-Marie Coûteaux à la demande de l élève Marine Le Pen.
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 1 Paul-Marie Coûteaux  Mirebeau, le 28 septembre 2010   QUE LIRE ?  ()  Il y a à mon avis trois catégories de lectures; d'abord, l'essentiel, les livres d'histoire; mais il y a aussi les "Grands classiques", réputés à juste titre "incontournables"; enfin, quelques auteurs contemporains qu'il est bon de suivre d'un œil. Pour chacune de ces trois catégories, la liste paraîtra peutêtre un peu longue, mais vous piocherez selon vos goûts et votre temps. (Sur ce dernier sujet, le temps disponible, je suggère une parade : les textes enregistrés par des comédiens et disponibles en CD , formule utilisable pour la plupart des titres ci-dessous; je signale l'excellente boutique spécialisée dans les CD et cassettes rue Blomet (XVè), où vos collaborateurs trouveront beaucoup de choses, à écouter dans le train ou dans l'avion.)  Un précepte absolu : pour avoir une culture classique, il n'est pas aussi nécessaire qu'on le croit d'avoir beaucoup lu : c'est déjà bien d'avoir quelques livres essentiels, choisis avec soin et que l'on garde avec soi dans une valise pour qu'il soit possible de les relire au moins par extraits, au coup par coup, selon les circonstances.    1. Livres d'Histoire  - S'il ne fallait lire qu'un livre de cette catégorie, ce serait à mon avisl'Histoire de France de Jacques Bainville.

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Publié le 20 février 2015
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Paul-Marie Coûteaux Mirebeau, le 28 septembre 2010  QUE LIRE ? () Il y a à mon avis trois catégories de lectures; d'abord, l'essentiel, les livres d'histoire; mais il y a aussi les "Grands classiques", réputés à juste titre "incontournables"; enfin, quelques auteurs contemporains qu'il est bon de suivre d'un œil. Pour chacune de ces trois catégories, la liste paraîtra peut-être un peu longue, mais vous piocherez selon vos goûts et votre temps. (Sur ce dernier sujet, le temps disponible, je suggère une parade : les textes enregistrés par des comédiens et disponibles en CD , formule utilisable pour la plupart des titres ci-dessous; je signale l'excellente boutique spécialisée dans les CD et cassettes rue Blomet (XVè), où vos collaborateurs trouveront beaucoup de choses, à écouter dans le train ou dans l'avion.) Un précepte absolu : pour avoir une culture classique, il n'est pas aussi nécessaire qu'on le croit d'avoir beaucoup lu : c'est déjà bien d'avoir quelques livres essentiels, choisis avec soin et que l'on garde avec soi dans une valise pour qu'il soit possible de les relire au moins par extraits, au coup par coup, selon les circonstances. 1. Livres d'Histoire - S'il ne fallait lire qu'un livre de cette catégorie, ce serait à mon avisl'Histoire de France de Jacques Bainville. Livre classique mais peu connu (s'il est épuisé chez Fayard, on doit le trouver chez des éditeurs de droite type Godefroy de Bouillon). Ses 580 pages valent à elles seules plusieurs années d'études de sciences politiques : non seulement elles
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restituent toute l'Histoire de France, depuis les Gaulois jusqu'à Clémenceau (après ce n'est plus de l'Histoire), mais surtout ces pages, très faciles à lire, montrent les constantes de la politique de la France, politique permanente de siècle en siècle -jusqu'à ce qu'on les pulvérise voici trente ans. Je signale que Bainville a publié dans la même veine unePetite Histoire de Francequ'il plus légère et plus rapide à lire, destinait plutôt aux enfants, mais à laquelle j'ai quelquefois recours avec profit tant elle est simple. - Dans le même esprit, plus libéral et plus classique, je recommande chaudement la lecture deLa Démocratie en AmériqueTocqueville, mon autre livre de chevet. Entre de nous, je trouverais bien que vous puissiez citer Tocqueville de ci, de-là, en ce qu'il dit, certes avec d'autres mots, ce que votre père a souvent dit sur l'évolution de la démocratie et sa dégénérescence en un mélange d'égalitarisme maniaque et de pouvoirs oligarchiques. . Si vous et que vous arrivez à citer Tocqueville, ou à l'évoquer lors d'un débat, vous clouerez le bec à plus d'un et je crois que votre personnage en sera tout augmenté. (je peux aussi vous faire des "morceaux choisis"). - De la même période je recommande la lecture en tout ou partie des ultra-classiquesMémoires d'outre-tombe de Chateaubriand, qui relatent dans la plus belle langue qu'on écrivît jamais, le passage de l'Ancien Régime aux institutions plus ou moins modernes via la Révolution, l'Empire et la Restauration. Si la lecture est trop longue (deux gros volumes en Pléïade), on peut très utilement se rabattre sur des extraits substantiels qui permettent de connaître l'homme, sa plume inégalée, et ses vues -point éloignées des nôtres.. - Enfin, pour clore la catégorie "Histoire", je crois que vous auriez grand profit à lire de Fernand Braudel, à mon avis le meilleur des historiens contemporains (mort en 1986) . Son dernier ouvrage"L'Identité de la France",est magistral; ne pas tout lire, certes, mais au moins l'introduction du premier tome, dont la philosophie est tout à fait la nôtre, ainsi que son premier chapitre intitulé"que la France se nomme diversité" et peut-être le second: "la cohésion du peuple français". Cet ensemble représente 230 pages. On est là à la charnière de l'histoire et de la géographie. Et encore une fois, citez Braudel,
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historien plus ou moins de gauche, en tous les cas très novateur dans sa volonté de sortir de l'histoire bataille pour s'attacher aux longues périodes, aux tendances de fond des nations et des civilisations, me parait de grande utilité dans un débat ou un discours (je vous en mettrais en tous les cas) - A titre pas tout à fait annexe, je recommande la lecture de biographies, notamment celles de quelques rois: celle d'Henri IV par Jean Babelon reste un grand classique, de même que celle deLouis XI par Paul Murray Kendall, leçon politique vertigineuse : comment un roi a pris une France très diminuée pour en faire une France prospère dans les frontières que nous lui connaissons aujourd'hui. (mais 445 pages, et encore plus serrés que celles de mon"Etre et parler français" que vous avez jugé trop long). Il y a aussi la très facile et agréable lecture de la biographie deRichelieupar Philippe Erlanger, autre leçon de savoir-faire politique; et celle de Talleyrand par Jean Orieux, très littéraire et justement fameuse (mais on dépasse les 800 pages) - Enfin, je place dans les historiens de Gaulle mais je ne vous suggère pas de lire les 3 + 2 volumes de sesMémoires, peut-être simplement les deux premiers chapitres du premier, Mémoires de Guerre I, qui décrivent au scalpel la pente et la chute de la IIIè République, puis les premiers pas de la France libre. Si la plume du Général ne vous paraît pas à la longue fastidieuse (à moi un peu, mais il ne faut pas le dire) vous pouvez lire tout le premier volume (261 pages sans les annexes et documents) ; lire plutôt l'ouvrage qui fit traiter de Gaulle de fasciste (accusation récurrente dont il écopera plus tard, en 1947, avec la création du RPF, puis en 1958, puis encore en 1968),Le Fil de l'épée, ouvrage dans lequel il trace de pied en cap le portrait du chef charismatique. (Je laisse de côté l'excellent Gaxotte, que vous connaissez,
je crois, et qu'il ne faut pas trop citer à mon sens; comme il ne faut pas citer des auteurs trop à droite puisqu'on donne l'impression de radoter: mieux vaut des auteurs de gauche ou universellement reconnus comme classiques, dont beaucoup disent ce que nous disons et dont l'évocation donne du poids à nos paroles).
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 * 2. Littérature et philosophie classiquesmêle les (je deux, "à la française"). On ne reproche plus à personne, hélas !, de ne pas citer des auteurs de l'Antiquité. Si la lecture de Platon est vite fastidieuse (mais il faudrait se frotter au moins à un de ses dialogues et par exemple le plus puissant des dialogues socratiques à mon sensle Cratyle, dans la traduction de Louis Méridier aux éditions "Les Belles lettres" - où l'on voit le-dit Cratyle expliquer par a+b que toutes choses et les êtres mêmes restent éternellement liés à leur origine; c'est le fond de Platon, et de l'essentialisme qui a irrigué une bonne aprt de la pensée française jusqu'à la révolution existentialiste du XX7me siècle : que rien, ni les choses, ni les Nations, ni les individus ne se changent, ni même ne peuvent se mélanger et s'intégrer les unes aux autres; dévastateur aussi bien dans le débat sur l'intégration que celui sur l'Union européenne, et le mo,dialisme en général, qui est un vaste "mélangisme" en quoi il voyait le signe de toute barbarie -Platon est très pré-gaullien, et pré-souverainiste. - On ne peut pas ne pas retenir un auteur romain dans le genre politique. Quelques pages de Cicéron ont de multiples usages (voir le traitéDe Republica, court et dense, qui en font le grand modèle du prosateur classique). - Sur le versant philosophique, il faudrait lire soit lesLettresde Sénèque, soitLes pensées pour moi-mêmel'Empereur de Marc-Aurèle, ouvrage archi-connu, court et facile à lire, qui est un condensé de la pensée stoïcienne, pleine d'échos aujourd'hui, où l'opposition entre les Modernes (consommateurs, matérialistes, nihilistes, jouisseurs divers) et les Classiques (attachés aux valeurs de la Connaissance, aux héritages, aux règles morales et politiques) se fait justement sur l'usage des plaisirs tel que les stoïciens de l'Antiquité l'avaient problématisé, en des termes très actuels. - Les textes du Moyen-Age sont peu nombreux et difficiles à lire. Deux exceptions toutefois : d'abord François Villon, auteur qui, je ne sais pourquoi, vous irait très bien - peut-être
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parce qu'il fut toujours libre vis à vis des conventions de son époque; je vous vois bien citer par exemple sa petiteBallade du Pendu; c'est encore mieux que citer Dumas. De même, débordant un peu du Moyen-Age, je vous vois bien appréciant Rabelais, leGargantuaun très beau texte est toujours populaire; c'est l'amour même de la vie, on entre de plein pied et facilement dans ces histoires en cascade. - Dans la vaste catégorie des "Grands Classiques", il faut absolument que vous lisiezLa Princesse de Clèves de Madame de Lafayette. Ce n'est pas par hasard que Sarkosy l'a pris pour cible, au titre de l'inutilité des lectures classiques, car c'est le parangon d'un certain esprit français - sur les tentations, les désordres du cœur, les débats et résolutions intimes etc. C'est subtil, somptueux -et inutile à lire à vingt ans, on n'y comprend alors rien : il faut le lire à quarante. On peut en dire autant des classiques purs; on ne peut
pas ne pas effleurer au moins Bossuet, Racine et Corneille; je passe Racine (que je n'aime pas trop : les êtres y sont emportés par leurs passions, c'est affreux et peu édifiant), mais vous suggère de relireLe Cid, (en gros sur la fidélité à son père, et surtout, comme toujours, le choix de la grandeur contre les attachements immédiats: c'est une des quelque 15 pièces que de Gaulle savait par cœur, ce qu'on imagine plus aujourd'hui); de Bossuet, il est spécialement bon pour nous de lire (un peu de)La politique tirée de l'Ecriture sainteoù le grand évêque affirme que les Evangiles se traduisent en politique par trois mots: liberté, égalité, fraternité (nous sommes en 1693!). Il y a aussi l'Oraison Funèbre d'Henriette d'Angleterre: ce mélange de Foi, de Raison et d'éloquence est d'une très grande puissance à mon avis, et je signale que Bossuet redevient furieusement à la mode parmi les lettrés du moins; il serait très chic de le citer un jour ou l'autre. - Dans les Classiques, je conseille aussi trois oeuvres que presque tout le monde a au moins un peu lu : au XVIème, Montaigne, où chacun peut prendre ce qu'il veut; Des fameuxEssais, il suffit de lire par ci par là de petits bouts. De même, mais plus enrichissantes à mon avisLes PenséesPascal, de suite d'aphorismes qui sont faciles à lire et se retiennent. Enfin, si vous pouviez lire des extraits desMémoiresde Saint
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Simon (auteur qu'on ne lit de toutes façon qu'en extraits), vous vous amuseriez beaucoup, notamment par sa galerie de portraits très contemporains sur la Cour et ses courtisans. - Pour ne pas passer complètement sur le XVIIIème, vous pouvez lire à toute allure le très limpideCandidede Voltaire. Les auteurs du XVIIIè siècle ne sont ps toujours profonds, à mon avis, mais la langue est toujours magnifique; c'est vraiment l'age d'or de la belle langue. Si vous en avez le temps, lisez un peu desRêveries du promeneur solitaire de Rousseau, ou tout simplement lesMaximesChamfort, de auteur contre-révolutionnaire qui était l'un des préférés de de Gaulle. Au XVIIIè aussi, il y a les fameusesLiaisons Dangereusesde Choderlos de Laclos qui, on ne sait pourquoi (peut-être son libertinage, et les films qu'il a inspirés ?) ont un grand succès aujourd'hui, notamment chez les jeunes. A lire pour être à la mode mais dans le genre libertin j'aime autant Sade dont la langue est vraiment merveilleuse mais dont le maniement public est bien entendu délicat - Le XIXème est très peuplé mais il ne faut pas s'y perdre en essayant de lire tous ses grands auteurs; d'une part, la plupart sont bateau, les citer est un peu convenu, et ils versent souvent dans un psychologisme pour moi ennuyeux; Chateaubriand pré-cité est une exception de ce point de vue ainsi que des auteurs plus à gauche, du genre révolté, comme Vallès et Zola, deux auteurs qui eux aussi vous vont bien -votre côté social. De Jules Vallès, je suggèreL'Insurgé , court et très significatif de la période; et d'Emile Zola n'importe quel roman - par exemple le très populaireGerminal, terrible épopée des mines de charbons, qui se passe dans le Nord; ou Au Bonheur des Damesles malheurs du petit commerce, sur oul'Assommoir, sur la vie du petit peuple de Paris vers 1875. - Dans le genre plus purement romanesque, on a le choix. Parmi les Balzac, grand auteur royaliste qu'on ne peut négliger et qui peint à merveille la misère des passions humaines à leurs extrémités (l'ambition, la jalousie, l'avarice, la passion amoureuse et autres maux), je conseilleraisLe Curé de Toursqui a le mérite d'être court et drôle, ouLe père Goriot, ultra célébre, ou encoreLe Lys dans la Vallée. Balzac a pour pendant Stendhal, auteur français au sens plein du terme
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(léger et profond à la fois) dont il faut absolument relire soit La Chartreuse de Parme soitLe Rouge et le noir, qui passe pour romantique, et dont la lecture est bonne compagnie - Dans la foison romancière du XIXème (le roman est vraiment le genre de ce siècle), deux incontournables: les Nouvellesde Maupassant, faciles à lire et impérissables (n'en lisez pas plus de trois ou quatre, c'est charmant mais de faible poids) et Gustave Flaubert: on ne peut pas ne pas lire Madame Bovary., roman plein d'archétypes toujours renouvelés sous nos yeux) Mais on peut passer en revanche sur les Hugo, ou Hérédia, assez daté, et même sur Verlaine, souvent touchant mais d'effet banal. Si vous avez une pente pour la poésie ("les paroles d'air et de lumière", disait Joubert), il ne faut pas se contenter de la lire, mais aussi apprendre par cœur, car on ne pénètre la poésie que si on se la récite -outre que l'on améliore la mémoire, grande arme politique : songeons que le général de Gaulle s'était astreint à apprendre des pages entières de prose, de théâtre et de poésieà l'envers, soit en commençant par le dernier mot et en récitant le texte mot à mot jusqu'au dernier, afin d'exercer sa mémoire ! Je conseille d'apprendre un ou deux poème(s) de Baudelaire (l'Invitation au voyage" par exemple), de Verlaine et surtout Mallarmé, d'un abord plus obscur, mais à mon avis assez faciles à retenir. Il faut acheter des recueils de l'un ou de l'autre, parcourir, et d'arrêter sur un ou deux poèmes, puis s'astreindre à les apprendre -excellent exercice de mémoire, et qui donne de la langue; réciter une strophe, ou quelques vers fait toujours grande impression (Mallarmé sur la damnation des poètes : "Eux, tel un vil sursaut d'hydres/ Oyant jadis l'Ange donner un sens plus pur aux mots de la tribu/ Proclamèrent très haut le sortilège bu/ Dans le flot sans honneur de quelque noir mélange")  Pour en finir avec le XIXè siècle, mentionnons un court roman sur la Révolution françaiseLes Dieux ont soifd'Anatole France qui a passionné tous ceux à qui je l'ai fait lire.  *
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3. Littérature contemporaine Le XXè siècle est lui aussi foisonnant et des dizaines de romans, qui est aussi le genre majeur du XXème (genre qui est en train de passer d'ailleurs, au bénéfice duJournal plus ou moins intime, ou de l'essai) il y a quelques auteurs dont je vous conseille au moins la lecture d'un roman, ou deux. - Un monument domine le siècle, monument qu'on ne peut conquérir d'un coup, mais qu'il faut absolument connaître car il à mon avis le plus grand de la littérature française: Marcel Proust;La recherche du temps perdu est volumineuse certes (sept longues parties) et, en vous en faisant l'éloge, je me rends compte qu'il ne vous correspond peut-être pas: les sinuosités de la mémoire, la restitution des êtres et des choses dans leur permanence et leur vérités (à la Platon : par l'exercice du souvenir, de laressouvenance), ou les différents degrés de perception de la vie mondaine en 1900 vous paraîtront sans doute alambiquées, et longues; mais relisez au moins ce que lisent tous ceux qui prétendent avoir lu Proust, c'est à dire la première partieDu côté de chez Swan- au moins le premier chapitre qui va jusqu'au fameux épisode de la Madeleine, soit une cinquantaine de pages. Il faut lire au moins cela, après quoi, vous avez le choix : soit vous vous passionnez et vous vous y plongez pour toujours, soit vous vous y perdez. Dans le premier cas je vous signale qu'il est extrêmement agréable de "lire" Proust en l'écoutant sur CD : une succession de très bons acteurs lisent à tour de rôle des parties de la Recherche; le coffret d'une dizaine de disque est cher mais en quelques minutes on est à chaque fois transporté (bonheur de train). - Si vous ne les avez pas lus, il y a l'impérissable livre d'Alain Fournier,Le Grand Meaulnes et celui de Raymond Radiguet Le Diable au corps. Je ne sais pourquoi ces deux romans plaisent toujours aux femmes. Cela ne dira peut-être pas grand chose aux jeunes, mais beaucoup aux autres - D'autres auteurs sont incontournables : on n'a pas oublié André Gide, pape littéraire de la première moitié de ce siècle; vous vous amuserez à lire lesCaves du Vatican, livre drôle, simple et profond.
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On lit encore un peu Malraux mais je ne vois rien de mieux à vous conseiller que l'un de ses derniers livresLes Chênes qu'on abat, reconstitution un peu libre mais éblouissante de sa dernière conversation avec le Général de Gaulle, en 1969. Je vous en prie, lisez ce livre ! De même il faut absolument plonger dans un ou deux Bernanos, auteur que vous connaissez sans doute et qui vous va bien. J'ai peur que l'excellentJournal d'un curé de campagneparaisse aujourd'hui austère mais c'est profond, dans le genre catholique pur. Vous préférerez peut-êtreLa Grande peur des bien-pensantsoules Grands cimetières sur la lune, textes plus politique, aimés par les gens de droite comme de gauche. Mais s'il n'en fallait lire qu'un, je vous supplie de lireLa France contre les robots(1945), livre qu'on croirait écrit pour le XXIè siècle français: sur le rôle de la France dans la mondialisation ou plutôt l'américanisation du monde, et la marchandisation générale. - Lisez aussi un ou deux romans d'Albert Camus: au moins L'étranger, livre court, dense et coupant, qui a beaucoup marqué les esprits, ouLa Chutepose en peu de mots le qui problème moral dans toute son ampleur; et, peut-être un peu plus long et fastidieux,La Peste sur l'engagement politique. Et si vous aimez Camus, auteur qui revient au premier plan ces temps-ci et qui restera, je vous conseille un essai : soitLe mythe de SisyphesoitL'Homme révolté. - J'insiste enfin sur deux auteurs à la fois modernes et classiques: François Mauriac dont je suis absolument sûr que vous aimerez le roman court et limpideThérèse d'Esqueyrouxsur une femme qui se libère de son milieu; ou lesBloc-notes, surtout ceux des années 50, très politiques; et par dessus tout, Marguerite Yourcenar, dont je vous recommande chaudement la lecture desMémoires d'Hadrien, réflexion sur le pouvoir, idéale pour un homme ou une femme politique -un de ceux que l'on ne peut pas ne pas lire - Pour finir, je suggère de lire un peu de nos rares contemporains dont je suis sûr qu'ils survivront. De Julien Gracq (qui vient de mourir), soitLe Rivage des Syrtes, mais
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c'est assez long; soit une ou deux nouvelles commeUn Balcon en forêtouLe Beau Ténébreux.- Plus politique et polémique, il y a l'incandescent Philippe Muray qui fut l'un de mes très proches amis et qui fait actuellement fureur grâce aux lectures de Lucini: il faut absolument le lire, le citer, l'utiliser, cela d'autant qu'il est brillantissime, facile et drôle: on trouve par exemple d'excellents recueils de ses articles à la fois grinçants (Les mutins de Panurge, Outrage aux bonnes meufs)soit désopilants (l'Occident meurt en bermuda), articles réunis dans les volumes d"Exorcismes spirituels". Vous pouvez lire aussi ses dialogues avec Elisabeth Lévy intitulés "Festivus festivus".Tout cela ouvre beaucoup l'esprit, et renouvelle notre champ politique: avec les mots de Muray on trouvera d'innombrables alliés pour moquer le monde des bobos, capitaliste et consumériste. - Finissons sur deux vivants qui à mon avis sont déjà des classiques: Michel Houllebecq dont il faut absolument avoir lu le roman qui a relancé l'aura de la littérature française dans le monde:Les Particules élémentaires, description de la part la plus glauque de la modernité, la fadeur du plaisir facile, la mort du désir, le relativisme, la grisaille, la beaufitude générale. Et Renaud Camus, auteur mal vu des bien-pensants mais dont il faut lire au moinsLe Journalqui paraît à peu prêt chaque année : vous y trouverez dans une merveilleuse langue l'essentiel de nos préoccupations sur le délire immigrationniste, l'effondrement de l'école, l'effacement de la civilisation et ce qu'il appelle "La grande déculturation",titre d'un petit essai paru l'an dernier à lire absolument.  * Bien entendu, j'ai tout à fait conscience d'avoir aligné trop de titres -une bonne soixantaine au moins C'est pourquoi j'ai essayé de développer un peu chaque auteur que je ne pouvais pas ne pas retenir dans l'idée que vous picorerez ici ou là ce qui vous attire. Vous notez que je n'ai mentionné aucun auteur étranger : lire en traduction n'est pas
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aussi réjouissant que notre monde multiculturel et mondialisé le laisse entendre. Il y a cependant de bons auteurs que vous pourriez lire et qui donnent une touche d'ouverture voire de cosmopolitisme. Si vous le voulez, je vous ferai une fiche à part sur des auteurs étrangers à conseiller : Tolstoï (siGuerre et paixn'était pas si long, je vous le recommanderais); Dostoïevski, Tcheknov, Nietzsche (je vous vois bien citer l'un de ses aphorismes, tel: "plus on voit le haut, plus on paraît petit à ceux qui ne savent pas voler"), Thomas Mann, Stefan Sweig très à la mode en ce moment ou même m'anglo-irlandais Oscar Wilde (Le portrait de Dorian GrayouDe Profondis). Ce pourrait être l'objet d'une seconde note mais d'ors et déjà j'ajoute à la liste des livres conseillés en première ligne l'ouvrage de Baltazar GraçianL'art de la prudence qui est tout à fait indiqué. Notez aussi que je ne vous ai conseillé aucun de mes livres puisque vous m'avez dit qu'ils vous tombaient des mains - mais vous devriez faire une exception sinon pour "Etre et parler Français" qui vous parait trop gros, au moins pour le plus petit livre (96 pages) que je vous ai donné l'autre jour, qui en dit pas mal aussi sur de Gaulle, l'année 1940 et sur ce qu'on eut répondre à ceux qui répètent que la France est sortie de l'histoire Picorez donc à votre guise ! Lire est plus simple qu'on ne croit, et je répète que l'on peut désormais pénétrer dans la meilleure littérature par le biais des CD ; ou en allant au théâtre (par exemple pn passe encore beaucoup de Montherlant, et, en ce moment, il est amusant d'aller écouter Fabrice Luccini lire Muray). On peut aussi prendre un livre sans le finir ou bien n'en lire que des extraits quand ils sont vraiment bien choisis Certes, le livre est sacré dans notre civilisation -c'est pourquoi tout homme politique de premier plan doit lire et écrire, mais il ne faut pas les sacraliser au point de ne pas jouer avec eux; on peut les laisser de côté quand ils vous ennuient (mais n en sait si on va entrer dans un livre avant d'en avoir lu une bonne quarantaine de pages : il faut au début s'accrocher); on peut aussi sauter des passages etc. D'une façon générale il est beaucoup mieux de lire à quarante ans qu'à vingt, comme je vous l'ai écrit ci-dessus, car c'est alors qu'on les comprend vraiment, et que l'on sait ce qu'un livre vous apporte - ou ne vous apporte pas
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