5 L'alchimie des multitudes

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5 L'alchimie des multitudes

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L’alchimie des multitudes
La grande question posée par les transformations en jeu dans le web est de savoir jusqu’où elles peuvent bouleverser le monde, jusqu’où y croire. En nous promettant le passage du savoir à la compréhension, David Weinberger, l’auteur deEverything is Miscelaneous, ne nous promet rien moins que le passage de la connaissance – quête dominante, en Occident, du moins depuis la Renaissance – à la sagesse, quête asiatique millénaire. Une sagesse qui – travers occidental – se trouverait dans les données et les métadonnées. On ne peut qu’être tenté. Et c’est peut-être là le danger. Plus les nouveaux outils dont nous disposons révèlent leur puissance, plus ils trouveront des chantres pour nous bercer d’illusions. Ils trouvent aussi des critiques acerbes tentés de réagir contre la remise en question d’un certain ordre des choses en place, plus dangereux encore, peut-être, puisqu’ils pourraient nous dissuader de participer à l’aventure en cours.
C’ESTGRÂCEAUXHIPPIES
Les avatars spectaculaires de la bulle aidant, on a trop souvent tendance à associer la naissance de l’ordinateur personnel et de l’internet à quelques capitaines d’industrie et à leurs histoires de gros sous. Les gauchistes technophobes rappellent, à juste
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118COMMENT LE WEB CHANGE LE MONDE
titre, la participation du Pentagone à l’origine de ce nouveau monde. Mais tout le monde semble oublier les hippies paci-fistes et consommateurs de LSD. Ils ont pourtant joué un rôle central assez peu connu qui permet de mieux comprendre cer-taines tensions actuelles. Celles qui concernent la propriété intellectuelle, par exemple, et certaines des batailles idéolo-giques les plus virulentes suscitées par le web d’aujourd’hui. Un livre sorti au mois d’ il 2005 sous le titreWhat the avr Dormouse Said, How the 60s Counterculture Shaped the Personal Computer Industry1 aide à mieux comprendre les cir- nous constances curieuses qui permettent d’affirmer que tout s’est joué dans les années 1960 dans un cercle d’un rayon de 8 km autour de Kepler Bookstore. Cette librairie se trouve elle-même à portée de l’université de Stanford et des deux institutions d’où sont sortis les concepts et les produits essentiels : le Stanford Research Institute (SRI) et le Palo Alto Research Center (PARC) de Xerox. L’auteur de ce livre est John Markoff, correspondant duNew York Times pour San Francisco et la Silicon Valley. Développant un thème lancé par un article publié par Time Magazineen 1995 sous le titre « Nous devons tout ça aux hippies2», Markoff narre la saga des ordinateurs person-nels, depuis la première expérience de Stewart Brand (créa-teur du Whole Earth Catalogue, la bible des hippies) avec le LSD jusqu’à la conférence historique du 9 décembre 1968 au Brooks Hall auditorium de San Francisco. C’est là que Doug Engelbaert, connu comme inventeur de la souris, montra comment son oNLine System permettait d’éditer un texte sur un écran – une révolution à l’heure des cartes perforées –, d’établir des hyperliens entre deux documents et de mélanger textes, graphiques et même vidéo. Il s’offrit le luxe d’évoquer un réseau expérimental d’ordinateurs qui devait devenir ARPAnet, l’ancêtre de l’internet. La plupart des aspects importants du monde informatique d’aujourd’hui furent évoqués lors de cette présentation qui reste, selon Markoff et beaucoup d’autres, « la démonstration de technologie informatique la plus remarquable de tous les temps ». Or Engelbaert et son équipe représentaient un des
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pôles d’un affrontement presque idéologique qui les opposait au Stanford Artificial Intelligence Laboratory (Sail). Selon Markoff : « Un des deux groupes cherchait à augmenter l’esprit humain [augment the human mind], l’autre à le rempla-cer. » Une tension qui demeure très présente. Les anecdotes racontées dans ce livre partent d’un dîner avec Engelbaert qui fascina Markoff parce que les histoires qui y furent échangées « ne concernaient pas la technologie, mais les vies des chercheurs eux-mêmes, leurs relations per-sonnelles, les drogues qu’ils prenaient, les plaisirs sexuels dont ils jouissaient, le rock and roll qu’ils écoutaient, et les manifestations politiques auxquelles ils prenaient part ». Au même moment, dans des groupes très proches et sou-vent connectés, on expérimentait le LSD avec pour objectif « d’augmenter » – d’une autre façon – l’esprit humain. C’est sans doute pour cela que tant d’individus ont participé aux deux aventures. Le plus célèbre d’entre eux étant sans aucun doute Steve Jobs, fondateur et dirigeant d’Apple. Ce livre nous donne un aperçu des réseaux de la contre-culture et des liens connectant Engelbaert et Stewart Brand avec, par exemple Alan Kay, créateur du Alto, le premier PC mis au point au PARC de Xerox, Ted Nelson, parrain de l’hypertexte et Fred Moore, pacifiste convaincu, qui contri-bua aux débuts du mouvement de protestation contre la guerre du Vietnam à l’université de Berkeley. Il créa aussi le Homebrew Computer Club avec pour mission de partager l’information, à commencer par les programmes informa-tiques. C’est à ce petit groupe que Bill Gates envoya une lettre en 1975 dans laquelle il les accuse d’être des « voleurs » parce qu’ils ont fait circuler une version de Basic, le programme qu’il avait écrit avec Paul Allen. C’est sur ce fond que se joue aujourd’hui l’affrontement entre ceux qui considèrent que l’information doit être parta-gée et circuler librement et ceux qui entendent pouvoir se l’approprier, entre ceux qui pensent que la vérité est le monopole des experts et ceux qui sont convaincus que nous pouvons tous y participer et tous en profiter.
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