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Quels sont les principaux facteurs expliquant la hausse légère des dépenses militaires mondiales constatée cette année ?
La hausse des dépenses militaires est essentiellement attribuable aux pays qui octroient le plus de ressources à ce poste budgétaire, soit les États-Unis, la Chine et la Russie. Les États-Unis représentent plus du tiers des dépenses militaires mondiales (36 %) et la Chine près du sixième (13 %).

Le poids de Washington et de Pékin dans le total mondial est donc suffisamment important pour faire la tendance cette année dans un contexte économique toujours sous tension. En effet, la forte baisse des cours du pétrole de 2014 affiche ses impacts plus clairement dans plusieurs pays exportateurs de l’or noir. Elle a mené plusieurs décideurs à revoir leurs budgets militaires à la baisse pour accommoder la réduction de leurs revenus.

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Ajouté le 24 avril 2017
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EAN13 ISSN2492-248X
Langue Français
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OSINTPOL
Décryptage
Aude-E. Fleurant : «Ajuster le fardeau militaire de Berlin à 2 % du PIB ferait de l’Allemagne le premier partenaire européen de l'OTAN, et de loin»
24/04/2017 propos recueillis par Yannick Quéau
OSINTPOL continue de donner un coup de projecteur sur les bases de données tenues par le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI). Après avoir couvert en février etles transferts d’armes etle top 100 des industries de défenseen décembrevoici venu le temps de dévoiler et de commenter les données relatives aux dépenses militaires. Yannick Quéau a donc encore une fois interrogéAude-Emmanuelle Fleurant, directrice du programme armements et dépenses militaires du SIPRI et par ailleurs collaboratrice d’OSINTPOL.La base de données est accessible en source ouverte surle site du SIPRI. Le document d’analyse (en anglais) faisant ressortir les éléments essentiels peut être consulté en cliquant sur l’image ci-contre.
Fonds de dotation OSINTPOL
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OSINTPOL
Les bases de données produites par le SIPRI et mises à la disposition du public contribuent à la transparence en matière de production, de livraisons internationales darmeset de dépensesdomaines où la raison d’État éclipse bienmilitaires; des souvent les notions d’État de droit, de transparence, d’imputabilité et de citoyenneté. Ces bases sont des outils raresdes dynamiqueet précieux dans l’analyse s militaires et donc dans la prévention des tensions et des conflits. En ce sens, elles constituent un véritable bien commun de l’humanité.
***
Quels sont les principaux facteurs expliquant la hausse légère des dépenses militaires mondiales constatée cette année?
La hausse des dépenses militaires est essentiellement attribuable aux pays qui octroient le plus de ressources à ce poste budgétaire, soit les États-Unis, la Chine et la Russie. Les États-Unis représentent plus du tiers des dépenses militaires mondiales (36 %) et la Chine près du sixième (13 %).
Le poids de Washington et de Pékin dans le total mondial est donc suffisamment important pourfaire la tendance cette année dans un contexte économique toujours sous tension. En effet, la forte baisse des cours du pétrole de 2014 affiche ses impacts plus clairement dans plusieurs pays exportateursde l’or noir. Elle a mené plusieurs décideurs à revoir leurs budgets militaires à la baisse pour accommoder la réduction de leurs revenus.
Figure 1. Évolution des dépenses militaires mondiales en USD constants de 2015, 19882016
Source : SIPRI, 2017.
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Les tendances depuis la crise économique restent plutôt volatiles, les prin3cipaux moteurs de hausses et de baisses ayant eu tendance à migrer rapidement. La première baisse venait du monde occidental qui cherchait à endiguer les conséquences de la crise en réduisant les dépenses de l’État, entre autres pour la défense. Maintenant, le principal moteur de la décroissance au niveau régional est la chute des prix du pétrole, qui affecte d’autres régions. À leur tour, les guerres qui sont en cours agissent comme des moteurs à la hausse. Il est très difficile de résumer la tendance et de formuler des hypothèses sur ce qui se produira à court terme.
À la lecture de vos données, le niveau des dépenses militaires mondiales semble avoir atteint un plateau depuis 2010. Est-ce vraiment le cas ou doit-on plutôt parler d’un mini-cycle de déclin entre 2012 et 2015 avant une reprise progressive à la hausse qui partirait donc d’une base particulièrement élevée?
S’il s’agit d’un cycle de décroissance, alors c’est leplus court et le moins profond que l’on peut observer depuis la Guerre de Corée.En fait, à ce stade, il est encore prématuré de parler de cycle. Par exemple, lorsque l’on observe les cycles des dépenses militaires américaines de 1949 à 2016 (seul pays pour lequel il existe une série longue et ininterrompue), on constatequ’il y ades années de hausse pendant une phase dont la tendance de fond est baissière.
Figure 2. Évolution des dépenses militaires par région en pourcentages, 20152016
* Le SIPRI ne fournit pas d’estimation régionale pourle Moyen-Orient en raison de l’absence de données fiables.
Source : SIPRI, 2017.
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Autre exemple, on sait également que l’augmentation des dépenses militaires de la Russie en 2016, troisième budget de défense mondial, est attribuable à un paiement exceptionnel à son industrie de défense,ce qui renforce l’idée d’un cycle haussier alors que les autorités du pays avaient annoncé une diminution des dépenses. Dans cette perspective, il est possible que les hausses de 2015-2016 soient isolées et que la décroissance se poursuive.
Cela dit, les conditions géopolitiques actuelles ne tendent pas non plus à soutenir l’idée d’un déclin majeur des dépenses militaires. Les pays d’Asie (de l’Est et Centrale, surtout) continuent de faire croître leurs dépenses militaires, dans des environnements où les tensions et les tensions avec des pays voisins sont vives (entre l’Inde et Pakistan; la Chine et le Japon ou plusieurs pays d’Asie du Sud-Est, etc.).
Pour plusieurs de ces pays, les hausses sont aussi soutenues par des croissances économiques plus robustes. À ce stade, on peut donc se questionner sur l’état du cycle: soit il s’inscritdans un long processus débuté en 1999, et les trois dernières années sont une exception, une sorte de plateau dû à la crise économique/chute des cours du pétrole avant la reprise, soit il s’agissait d’un cycle très court menant vers une nouvelle période haussière. Dans les deux cas, l’augmentation, si elle se confirme, se fera en effet à partir de niveaux très élevés.
Quels sont les États dépensant le plus en matière militaire et quelles sont leurs motivations
Les motivations soutenant l’évolution des dépenses militaires d’un pays sont souvent propres à la situation de ce pays, et il est difficile de généraliser, même si on retrouve des facteurs communs. Si on regarde les trois pays qui dépensent le plus pour leur défense, on retrouve au premier rang les États-Unis. Avec plus ou moins le tiers des dépenses militaires mondiales annuellement, le pays se classe systématiquement à la première place. Cela tient à un ensemble de facteurs, au premier chef celui d’une politique étrangère et de défense globale, qui se traduit entre autres par une présence des forces armées américaines partout sur le globe, le plus important et le plus sophistiqué arsenal militaire (nucléaire et classique) et qui donc requiert des dépenses significatives. La modernisation des équipements américains représente l’un desprincipaux moteurs d’une possible hausse des dépenses militaires du pays, mais le budget doit encore être validé par le Congrès.
La Chine, présente en seconde position dans notre classement, dépense presque trois fois moins pour sa défense que les États-Unis. Cela fait près de trois décennies que Pékin poursuit une vaste politique de réforme de ses forces armées et de modernisation de ses capacités et de son organisation. Cet effort repose sur la performance économique du pays qui a été impressionnante pendant la décennie 2000. Ainsi, malgré un taux de croissance élevé, les chiffres montrent que les dépenses militaires de la Chine restent approximativement autour de 2 % de leur PIB. Les motivations de la Chine sur ce plan sont diversifiées, mais il s’agissait entre autres de réduire la dépendance du pays aux importations
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Rang
2
2015
1
1
2016
55,9
46,1
48,3
[63,7]
[1,9]  [3,4]
5,3
3,8
3,3
[1,9]
2016
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2007
69,2
Source : SIPRI, 2017.
15
15
Total mondial
Total top 15
États-Unis
Chine
Pays
611  [215]
2
1,8
1,6
2,2
2,5
1,5
1,7
2,4
1,2
2,7
1,2
2,0
1,5
Tableau 1. Les 15 États aux dépenses militaires les plus élevées en 2016
 [13]
 36
5
4,1
Allemagne
 54  2,8
6
1,9
5
7
2,3
[10]
2,5
 6,8  35
4
 -16
23,7
27,9
Arabie S.
R-U
2,9
3,3
8,5
[3,8]
2,3
3,3
2,3
18
 19
2,2
 123
10
13
9
11
12
Finalement, la Russie, troisième cette année,met aussi en œuvre une politique de modernisation de son industrie d’armement et de ses capacités, ce qui requiert beaucoup de ressources. De plus, le pays a fait savoir à plusieurs reprises que les rapprochements de l’OTAN avec des pays que la Russie considère comme étant sa zone d’influence constituaient une menace pour elle. Comme pour les États-Unis, les dirigeants russes estiment que la puissance militaire est une composante fondamentale du statut de grande puissance. Ils consacrent donc des ressources significatives au maintien de l’appareil de défense, beaucoup plus d’ailleurs que les États-Unis en termes de points de PIB.
VariationPart Dépenses, 20162007-2016 mondiale ($ milliards) (%) 2016 (%)
d’armes, d’acquérir le statut de puissance militaire au niveau régional,5entre autres pour assurer la sécurité de ses voies d’approvisionnement, pour ne mentionner que ces éléments.
1 360
Australie
[5,7]
5,8
Israël
81
6,7
1,1
[3,3]
Dépenses en proportion du PIB (%)
OSINTPOL
 29  18
14
2,7
Russie
0,9
 87
 -4,8  118
55,7
 2,5
3
8
41,1
 -12
 20
14
1,0
1 686
Brésil
ÉAU
Italie
14
11
13
12
6
8
9
10
4
3
7
5
Corée du Sud
 [22,8]
24,6
36,8
100
[1,3]
1,4
1,5
1,3
2,2
Inde
France
Japon
2,3
6
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De manière générale, un regard sur les 15 pays qui dépensent le plus pour leur défense montre que les écarts sont parfois significatifs d’un État à l’autre, ou de tranches d’États à d’autres. Compte tenu de ces différences majeures, particulièrement entre les pays occupant les trois premiers rangs, la tête du classement change peu et renvoie une image très hiérarchisée. La part du top 15 dans le total mondial (données pour 145 pays en 2016) est écrasante avec 80,6 %. Cette stratification se reflète aussi dans les classements des principaux exportateurs d’armes, ainsi que dans les principaux producteurs d’armements.
Figure 3. Parts en pourcentages des 15 États aux dépenses militaires les plus élevées dans le total mondial des dépenses militaires, 2015
* Royaume-Uni ** Émirats arabes unis
Source : SIPRI, 2017.
Quels sont les éléments qui aux États-Unis plaident pour une accélération du rythme de croissance des dépenses militaires?
D’abord, si l’on regarde les 5 ou6 dernières années, les États-Unis ont été et continuent d’être —impliqués directement et indirectement dans divers conflits : Libye, Syrie, Afghanistan, Irak, Yémen (via un important soutien à la coalition pilotée par l’Arabie Saoudite)... Ces interventions ne sont pas de l’échelle de celles des années 2000, mais elles constituent indubitablement un des principaux facteurs motivant une hausse des dépenses militaires du pays. Ensuite, la volonté de renouveler les équipements des forces armées a déjà commencé à se faire
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sentir, notamment via la mise en œuvre d’un vaste projet de modernisati7on des armements nucléaires, incluant les vecteurs (sous-marins lanceursd’engins, bombardiers stratégiques, etc.). Enfin, l’administration actuelle entend aussi augmenter le nombre de soldats, ce qui créerait des pressions haussières importantes et de long terme également.
Que dire des dépenses militaires sur le continent européen et notamment des trajectoires respectives des membres de l’Union européenne et de la Russie?
Après quelques années de décroissance en Europe de l’Ouest, essentiellement la conséquence de l’implantation de politiques d’austérité affectant le poste budgétaire de défense dans des pays qui dépensent de manière conséquente pour leur outil militaire (Royaume-Uni, l’Espagne, l’Italie), on constate une augmentation depuis 2 années consécutives.
Le Royaume-Uni s’est engagé à augmenter des dépenses militaires à 2% de son PIB, endossant la consigne otanienne, mais aussi pour soutenir un projet de modernisation de ses équipements, notamment sa composante nucléaire.
L’Allemagne a aussi fait croître ses dépenses militairesdans le contexte de la préparation d’un nouveau livre blanc sur la défense (rendu public à l’été2016), la Première ministre Merkel estimant les hausses nécessaires pour combler les «trous capacitaires» de la Bundeswehr.
Pour sa part, la France affiche une hausse modeste de 0,6 %, mais il y a de très fortes suspicions que ce chiffre est faux, car il y a une sous-estimation systématique des coûts des opérations extérieures du pays, selon la Cour des comptes.
L’Europe centrale a continué d’augmenter ses dépenses militaires en 2016, mais à 2,4 %, elle affiche un rythme moins soutenu que ce qui a pu être observé au cours des dernières années. Il n’en reste pas moins que les hausses relatives les plus importantes de la région se trouvent toujours dans cette sous-région (Croatie, Hongrie, Slovaquie,par exemple), et sont encore motivées par la perception d’une menace représentée par la Russie,notamment suite à l’intervention en Ukraine en 2014.
L’Europe orientale est très largement dominée par la Russie. Le pays a fait augmenter ses dépenses militaires de manière très significative au cours des dernières années. Selon nos données, les dépenses militaires russes ont crû de 317 % entre 2007-2016. En termes réels, la hausse observée en 2016 est de 5,4 % et poursuit donc, plus modérément, la trajectoire observée depuis plusieurs années.
Cela dit, l’économie russe est en difficultés. Les sanctions imposées suite à l’intervention en Ukraine font sentir leurs effets, et les chutes des cours du pétrole et les bas prix du gaz sont venus ajouter à la situation. La hausse en 2016 est
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En effet, cette observation est pertinente quoique dans le domaine des dimensions économiques de la défense, nous manquons de profondeur historique. Dans le domaine des dépenses militaires, comme dans celui des transferts d’armes et celui des producteurs d’armements, on observe généralement une stabilité remarquable dans les rangs supérieurs. Les acteurs peuvent bouger de quelques rangs d’une année à l’autre, mais restent généralement dans une tranche relativement balisée. Les changements plus notables dans ce domaine sont soit dus à des ruptures importantes (fin de la guerre froide, acteur central d’une guerre majeure), soit ils sont préparés dans le long terme, comme c’est le cas de la Chine, par exemple.
Des pays qui n’apparaissaient pas parmi les plus importants budgets militaires mondiaux et qui étaient souvent classés comme étanten développement ont bénéficié de croissances économiques majeures depuis les années 1980. Certains, comme l’Inde, sontdans des dynamiques de tensions pratiquement permanentes avec certains de leurs voisins; d’autres, comme l’Arabie saoudite, peuvent chercher à s’imposer comme hégémon régional alors que ce leadership est contesté et/ou convoité par d’autres acteurs. Dans tous ces cas, l’outil militaire est de facto la pierre d’assise des objectifs poursuivis, ce qui mène à des hausses de leurs dépenses, des hausses qui sont suffisantes, dans certains cas, pour déclasser les puissances européennes établies.
2007-16
4,2
05,7
78,0
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Europe
Il est de coutume de dire que la hiérarchie mondiale des puissances militaires n’évolue que très peu du fait d’effets de paliers importants. Pourtant les réalités économiques et e démographiques du 21 siècle semblent progressivement rattraper les anciennes puissances coloniales que sont la France et le Royaume-Uni…
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Tableau 2. Les dépenses militaires en Europe
Source : SIPRI, 2017.
334,0
021,0
237,0
075,4
2,4
3,6
3,5
2,8
Dépenses, 2016($ milliards)
2015-16
d’ailleurs attribuable à un paiement exceptionnel à l’industrie de défense du pays visant à liquider unedette trainant depuis 2011, alors qu’initialement, le budget prévoyait une décroissance.
Europe centrale
Europe orientale
Europe occidentale
-6,2
Variation (%)
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Une mise en garde, par contre : les dépenses militaires des pays en guerre t9endent à gonfler rapidement et significativement leurs chiffres. Les guerres étant onéreuses, elles vont tirer un pays vers le haut du classement. Cela signifie que la présence d’un pays dans une autretranchecelle dans laquelle il se classait que précédemment peut n’être que temporaire.
Au niveau des dépenses militaires régionales, depuis le tournant du siècle, la situation en Asie-Pacifique suscite des inquiétudes. Quelles sont les dynamiques exerçant une pression à hausse les dépenses militaires dans cette région?
Les dépenses militaires en Asie ont cru de manière ininterrompue depuis la fin de la guerre froide, au moins. Le principal moteur de ce mouvement en Asie pacifique est la Chine. Le paysn’a pasfait de mystère du fait qu’il s’est dotéd’une politique de modernisation militaire touchant l’ensemble des activités, et elle a injecté les ressources en conséquence. Cela dit, Pékina bénéficié d’une croissance économique spectaculaire dans les années2000, ce qui a permis d’allouer des ressources significatives à ce projet tout en restant grosso modo autour de 2 % de son PIB.
Tableau 3. Les dépenses militaires en Asie et en Océanie
a Asie et Océanie
a Asie centrale et du Sud
Asie de l’Est
Océanie
Asie du Sud Est
a À l’exclusion du Turkménistan et de l’Ouzbékistan
Source : SIPRI, 2017.
Dépenses, 2016($ milliards)
450,0
073,3
308,0
026,5
041,9
Variation (%)
2015-16
4,6
6,4
4,3
1,7
5,1
2007-16
64
51
74
27
47
Une des conséquences de cette modernisation majeure et de la recherche d’un statut de leader régional a été de créer des tensions avec d’autres acteurs régionaux sur des questions d’accès ou de contrôle sur des portions de territoires maritimes, des disputes qui dans certains cas, datent de nombreuses années. Cela a aussi mené ces pays à augmenter leurs dépenses militaires, mais on observe aussi que globalement, ces hausses sont aussi en phase avec la croissance de leur PIB.
Peu importe le fardeau que les dépenses militaires représentent dans l’économie, l’augmentation des dépenses a soutenu une demande accrue en armements, notamment des pays de l’Asie du Sud-Est, qui a vu ses importations augmenter significativement au cours des 5-10 dernières années. La perception d’une Chine
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plus active régionalement et plus revendicatrice, combinée à l’augmentation de ses capacités militairesaprès près de trois décennies d’investissements massifs tend à créer une dynamique d’accumulation d’armements dans la région, que certains qualifient de course aux armements.
Pourtant une course aux armements est en soit un facteur d’insécurité. Comment endigue-t-on ce cercle vicieux?
C’est difficile. Déjà, il s’agit d’une région importatrice majeure; c’est donc un marché crucial pour les principaux exportateurs d’armements. De fait, lutter contre la course aux armements et les insécurités qu’elle accentue n’est pas la seule responsabilité des pays de la région, les pays exportateurs d’armes, particulièrement les États occidentaux, doivent être mis à contribution afin de cesser de nourrir ladynamique insécuritaire. Un examen plus attentif et plus transparentde l’impact de certains achats sur les équilibres régionaux et les risques à la sécuritéune dimension qui est dans la Position commune de l’UE et dans la plupart des politiques nationales d’exportationpar pourrait, exemple,aider à limiter l’accumulation.
Ensuite, il faut trouver un moyen de soutenir ou, dans certains cas, de rétablir le dialogue de manièreà réduire les risques d’embrasement. Plusieurs des mécanismes de dialogue et de transparence instaurés entre ennemis en Europe au temps de laGuerre froide pourraient servir de source d’inspiration dans l’optique de maîtriser cet environnement volatile. Malheureusement, les postures actuelles en Asie comme en Occident traduisent une marginalisation de l’outil diplomatique au profit du militaire.
Bien que constamment en guerre depuis près de 15 ans, le niveau des dépenses militaires au Moyen-Orient affiche une baisse significative. Est-ce à dire que la crise de 2008 a fini par rattraper les monarchies pétrolières de la région?
Il faut noter d’emblée qu’il y a un importantproblème de transparence au Moyen-Orientpour tout ce qui touche le militaire et l’armement. Le Qatar, les ÉAU, la Syrie et le Yémen (les deux seconds pays étant aux prises avec une guerre se déroulant leur territoire) ne publient aucun chiffre et ceux de plusieurs autres pays (Arabie Saoudite, Égypte et Irak) sont hautement incertains.
Bien que les États de la région soient engagés dans divers conflits, les dépenses militaires régionales ont diminué à cause de la chute des cours du pétrole, essentiellement. La diminution des cours du pétrole a directement affecté les finances publiques des plus gros dépensiers de la région, en particulier l’Arabie Saoudite qui pèse pour le tiers de la région.
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11Bien que toujours parcourue de tensions claniques ou tribales et confrontée au terrorisme islamique, l’Afrique semble poursuivre sur la voied’une baisse de ses dépenses militaires. Comment expliquer ce phénomène?
La récente baisse des dépenses militaires en Afrique est la seconde annuelle après plus d’une décennie de croissance ininterrompue. Il faut noter que le déclin observable pour le continent est essentiellement imputable aux pays d’Afrique sub-saharienne(les dépenses militaires de l’Afrique du Nord ayant augmenté de 1,5 %). Malgré le fait que de nombreux pays de cette sous-région soient en guerre (forces rebelles, groupes islamistes, etc.,), une dynamique qui tend à soutenir une croissance des dépenses militaires, la chute des cours du pétrole et ses impacts majeurs sur les conditions économiques nationales, notamment une forte hausse de l’inflation et la dépréciation de la devise, a fortement réduit leur marge de manœuvre budgétaire. Dans la mesure où cette dynamique a affecté les pays parmi les plus dépensiers dans ce domaine et que les hausses observées sont relativement modestes (2,4 % en RDC, 1,2 % au Nigéria par exemple), cela mène à une tendance baissière.
Tableau 4. Les dépenses militaires en Afrique
a Afrique
Afrique du Nord
a Afrique sub-saharienne
( ) = estimation a À l’exclusion de l’Érythrée et du Soudan
Source : SIPRI, 2017.
Dépenses, 2016($ milliards)
(37,9)
(18,7)
(19,2)
Variation (%)
2015-16
-1,3
1,5
-3,6
2007-16
048
144
08,5
Dans le cadre de sa communication sur la mise à jour des données sur les dépenses militaires, le SIPRI a cette année décidé de se livrer à un exercice de simulation dans le cadre de l’OTAN en considérant que chacun des membres consacrerait 2 % de leur PIB à leurs affaires militaires. Pourquoi ce choix? Quelles conclusions tirez-vous de l’exercice?
On entend et on lit beaucoup de choses récemment sur le partage du fardeau de la défense collective des membres de l’OTAN.L’idée de fixer ce fardeau à 2 % du PIB d’un pays membre semble être devenue la manière de jauger si un membre consent un effort suffisant ou non.La fiche d’information que nous avons produite procède à une simulation de ce que représenterait 2 % du PIB pour tous les pays membres de l’OTAN sur la base des chiffres de dépenses militairesproduits par le SIPRI (et non ceux de l’OTAN). L’exercice montre comment les
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