Avis du groupe écologiste sur le Plan Régional Forêt Bois

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Groupe écologiste et citoyen EELV Hôtel de Région 14, rue François de Sourdis 33077 Bordeaux cedex Bordeaux, le 16 janvier 2020 Avis du groupe écologiste et citoyen sur le Plan Régional Forêt Bois I - Préambule /¶DYLV GHV FRQVHLOOHUV UpJLRQDX[ GX JURXSH pFRORJLVWH HW FLWR\HQ ((/9 VXU OH 35)% VH IRQGH sur les connaissances scientifiques concernant la biodiversité et les écosystèmes forestiers issues des rapports suivants : Le rapport « Ecobiose », rapport d'évaluation sur le rôle de la biodiversité dans les socioécosystèmes de Nouvelle-aquitaine, de décembre 2019 (INRA - sous la direction de Vincent Bretagnolle et Olympe Delmas), qui met en lumière : TX¶LO \ D © XQgain de 15% de la biomasse produite en peuplements mélangés de deux à trois espèces, par rapport à la production en monoculture » (ex : forêt des Landes de Gascogne - croissance améliorée en parcelles mélangées) » que « Les parcelles forestières gérées en peuplement mélangés sont moins attaquées par les insectes ravageurs que lorsqu'elles sont gérées en monoculture. (baisse de 54% sur la chenille processionnaire du pin) » que « Les parcelles forestières gérées en peuplement mélangés sont plus résistantes aux tempêtes. ». Le rapport Acclimaterra« Anticiper les changements climatiques en Nouvelle-Aquitaine » de juin 2018 qui affirme entre autres, que « la diversification des essences bois dans les forêts permet d'augmenter la captation de CO2.

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Publié le 21 janvier 2020
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Groupe écologiste et citoyen EELV Hôtel de Région14, rue François de Sourdis 33077 Bordeaux cedex
Bordeaux, le 16 janvier 2020
Avis du groupe écologiste et citoyen sur le Plan Régional Forêt Bois
I - Préambule
L’avis des conseillers régionaux du groupe écologiste et citoyen EELV sur le PRFB se fonde sur les connaissances scientifiques concernant la biodiversité et les écosystèmes forestiers issues des rapports suivants :
Le rapport « Ecobiose », rapport d'évaluation sur le rôle de la biodiversité dans les socio-écosystèmes de Nouvelle-aquitaine, de décembre 2019 (INRA - sous la direction de Vincent Bretagnolle et Olympe Delmas), qui met en lumière : qu’il y a « ungain de 15% de la biomasse produite en peuplements mélangés de deux à trois espèces, par rapport à la production en monoculture » (ex : forêt des Landes de Gascogne - croissance améliorée en parcelles mélangées) »que « Les parcelles forestières gérées en peuplement mélangés sont moins attaquées par les insectes ravageurs que lorsqu'elles sont gérées en monoculture. (baisse de 54% sur la chenille processionnaire du pin) »que « Les parcelles forestières gérées en peuplement mélangés sont plus résistantes aux tempêtes. ».
Le rapport Acclimaterra« Anticiper les changements climatiques en Nouvelle-Aquitaine » de juin 2018 qui affirme entre autres, que « la diversification des essences bois dans les forêts permet d'augmenter la captation de CO2. »
Le rapport du GIECd’août2019qui, dans sa partie « les terres émergées », attirel’attention sur le fait qu’« à l'échelle régionale, l'évolution des conditions du sol peut réduire ouaccentuer le réchauffement et affecter l'intensité, la fréquence et la durée des événements extrêmes. »
Le Rapport del’UnionInternationale pour la Conservation de la Nature(UICN) de janvier 2020 qui souligne que « 42% des espèces d’arbres sont menacés d’extinctionen Europe, dont de nombreuses espèces sous-estimées qui constituent l’épine dorsale des écosystèmes européens et mondiaux. »
Tous ces rapports convergent pour une nécessaire complémentarité de la diversité des espèces végétales et animales,permettantd’optimiser la capacité de résilience des écosystèmes forestiers.
Ce PRFB aurait dû tenir compte de cette compilation de données scientifiques essentielles avant d'envisager un avenir de la gestion sylvicole à l'horizon 2027. Or ce n’est absolument pas le cas, comme nous allons le démontrer ci-après :
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II- Principales remarques:
Sur la partie« 2.1 Priorités du PRFB dans les 10 prochaines années »
Dans ses priorités affichées, le PRFB déclare comme cinquième priorité :« Gérer durablementla forêt en intégrant l’ensemble des enjeux environnementaux, économiques et sociaux ».
En sixième priorité :« Renouveler les forêts en tenant compte des marchés futurs et avec des essences adaptées, en intégrant le changement climatique et en veillant à la préservation de la biodiversité. »
Les quatre premières considérations sont d'ordre économique de court terme, réduisant les enjeux forestiers au simple produit « Bois-papier », répondant ainsi, aux demandes des industriels de la filière ; sans qu'ils n'aient considéré la pérennité de cette ressource vivante et multifonctionnelle.
L'adaptation des forêts est centrale pour la résilience des territoires ; la préservation de la biodiversité, l'équilibre hydrologique, la filtration de l'eau potable, la préservation de la diversité génétique végétale, l'atténuation des canicules, etc… Les politiques publiques doivent les considérer et les protéger à hauteur de l'intérêt qu'elles apportent d'un point de vue systémique.
Sur la partie« L’objectifnational présenté dans le PNFB est de + 12 millions de m3 de bois supplémentairemobilisé annuellement d’ici les 10 prochaines années, surtout dans les zones en déficit de gestion… »
Les forêts en « déficit de gestion » sont principalement des forêts naturelles d’essences diversifiées et accueillant une riche biodiversité. Leurs bénéfices économiques, environnementaux, climatiques et culturels n'ont pas été évalués et ne peuvent être estimés comme exploitable pour l'industrie aussi facilement. Ceci, en cohérence avec les politiques publiques de préservation de la biodiversité qui doivent intégrer les espaces naturels sauvages, comme ilot de biodiversité à préserver.
Sur la « section 2 de l’axe 2: «Promouvoir une sylviculture de précision, économiquement performante et prenant en compte les enjeux environnementaux», qui a pour ambition d’améliorer la diffusion des bonnes pratiques auprès des propriétaires forestiers et des gestionnaires forestiers, dans le cadre de la gestion durable. »
Ce concept reste flou et devra être précisé, par la rédaction révisée des documents de cadrage régionaux, dans leurs recommandations et itinéraires sylvicoles types. Soient ; dans le schéma régional de gestion sylvicole (SRGS), la directive régionale d’aménagement (DRA) et le schéma régional d’aménagement (SRA). Ainsi, qu’une révision du cadre règlementaire des documents de gestion durable forestière, avec une prise en compte des récentes études sur la résilience des écosystèmes forestiers. (Vr. fiche action 15 axe 4.2.1 , visant à augmenter de 25% la surface forestière sous document de gestion durable. Soient, une révision des PSG, CBPS, RTG, DGD à l’aune des nouvelles connaissances scientifiques.)
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Sur la partie «3.2.2.1 Accélérer les programmes de RDI pourl’améliorationde la production et l’adaptation au changement climatique»Au niveau national les priorités de recherches de la filière ont été définies dans le « Plan Recherche Innovation 2025 - Filière Forêt Bois» réalisé par ALLENVI, INRA, FCBA, IDF et CDC. ». .. » La troisième priorité y est d’« adapter la forêt et préparer les ressources forestières futures, dans un contexte de changement climatique. Si on peut adhérer à cet objectif, la fiche action 23 bis du PRFB pose néanmoins question : en effet l'utilisation du terme « Clones », nous amène à penser que des semences clonées pourraient être utilisées. Ce clonage, appauvrirait la diversité génétique. Ce type de recherches adaptatives, n'est vu que par le prisme technologique, d'une« nouvelle stratégie de diffusion des variétés améliorées» et nous vous interrogeons sur le protocole scientifique et les études précises, concernant les vergers à graines de clones VF4, cultivées sur 84 ha ? Certains choix technologiques s'opposent aux solutions fondées sur la nature, que nous portons logiquement.L’uniformisation génétique des essences, va à l'encontre des recommandations scientifiques de préservation de la diversité génétique des forêts, conseillant d'éviter les pratiques qui sélectionnent seulement certaines essences pour l’exploitation.Les conclusions convergent pour affirmer que : « la capacité des forêts à résister aux changements ou à se régénérer à la suite de perturbations, dépend de la biodiversité à de multiples échelles », qu'il faut reconsidérer.
Sur la partie « 3.2.3: Investir dans le renouvellement des forêts et l’amélioration despeuplements» D’un point de vue économique, l’objectif est de relancer la dynamique de gestion des forêts, en revalorisant les terrains occupés par des peuplements de faible valeur économiqueet d’améliorer la qualité des peuplements et des bois produits pourrépondre à la demande de la filière. »
Nous remarquons que la demande de la filière économique reste prioritaire sur cet axe, pour relancer la dynamique économique de gestion forestière. L’estimation de la valeur économique du peuplement est basée sur des critères économiques réducteurs, quant à la prise en compte des services écosystémiques forestiers et de la valeur sociétale globale des forêts.
Sur la«Fiche action 21 : établir une stratégie régionale pour la reconnaissance et la valorisation des services écosystémiques rendus par la forêt gérée. »
Bien que positive, mais trop réductrice et de long terme, cette fiche est à rectifier. Les forêts non gérées apportent également, des services écosystémiques, méritent la même reconnaissance et des analyses plus approfondies. Si leur multifonctionnalité était soutenue par des politiques climatiques forestières pertinentes, le financement de leur gestion ne nécessiterait plus l'intensification de leur exploitation.
Sur la partie« 3.2.7 Les objectifs spécifiques liés aux essences et groupesd’essences».« Dans un contexte de tension sur la ressource, la mobilisation des gros bois peut être accompagnée d’une mobilisation des jeunes peuplements. Cela présente un double intérêt :répondre à la demande industrielle (actuellement déficit de bois) et rééquilibrerles classes d’âge... Si ces peuplements sont tous conduits de façon identique, ils arriveront à maturité au même moment, entraînant un surplus de matière première par rapport aux besoins des industriels. Il faut donc diversifier les itinéraires sylvicoles de ces jeunes plantations par des coupes rases à 20 ans sur certaines parcelles, à 50 ans sur d’autres (cf. Fiche action 17).»
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Tout d’abord, la diversification des âges au sein d'une parcelle forestière contribue à rendre les forêts plus résistantes face aux aléas. Le cloisonnement des âges va à l'encontre de l'optimisation de la résilience forestière et les politiques publiques doivent contribuer à réintroduire une complémentarité intergénérationnelle des peuplements forestiers.
Par ailleurs, les pratiques de coupe rase et de dessouchage sont des pratiques-types de la ligniculture industrielle, qui nécessitent des machines de plus en plus sophistiquées (rouleau landais, dessoucheurs, croqueurs de souches, tracteurs laboureurs surpuissants, dans une ignorance totale de la vie et du respect du sol forestier. Seulement considéré comme support physique d'une culture intensive (Pins maritimes, Douglas, etc..).
Nous rappelons qu'un sol n'est vivant et fertile que si la microfaune qui l'habite est présente, et permet la décomposition de la matière organique, ainsi que la redistribution de ses éléments nutritifs aux végétaux.
Les arbres ne peuvent s'alimenter correctement que si les champignons mycorhiziens sont actifs et connectés sur des milliers de kilomètres aux racines, jusqu'au système racinaire dans les horizons du sol. Ce monde fongique ne supportant pas le desséchement et l'exposition à de fortes chaleurs, les coupes rases vont à l'encontre de leur survie et de leur utilité systémique.
Ces coupes rases constituent d'infranchissables obstacles pour de multiples espèces ; dont les reptiles, batraciens et coléoptères, pour lesquelles ces étendues sont des pièges mortels face aux prédateurs et à l'assèchement physiologique de franchissement.
La mise à nu des sols par coupes rases sur des surfaces de plusieurs dizaines d’hectares contigus doit être reconsidérée. Le sol débarrassé de tout ce qui pouvait le protéger entraine d’importantsrelargages de carbone dansl’atmosphèreet accélère le lessivage. Il est également constaté une recolonisation difficile des sols par les vers de terre et les autres occupants du sol forestier, réduisant leur capacité de stockage du CO2.
Les sols dénudés subissent des pertes d'éléments nutritifs utiles à la végétation et l'élévation de ses températures active la minéralisation, qui entraîne des formes plus solubles (azote minéral), qui elle-même libèrent des structures cellulaires (Ca.K). La perte d'argile entraine la perte du potentiel nutritionnel du sol.
Ces constat alarmants, connus de longue date, ont conduit des pays à prendre des mesures contraignantes :
En Suisse, les coupes rases sont inscrites comme « inadmissibles » dans une loi de 1991. En Autriche, la loi de 1975, amendée en 1987, interdit les coupes rases de plus de 2 hectares. En Allemagne, au Land de Rhénanie, les coupes rases de plus de 1 ha sont interdites en forêt privée, et de plus de 0,3 ha en forêt domaniale. Des pays ont fait des choix pour des raisons scientifiques et paysagères et la France pourrait s’engager dans la même voie, en reconsidérant l'écosystème forestier autrement qu'en tonnes de bois à exploiter et de revenus immédiats, mais plutôt en pilier essentiel des écosystèmes terrestres.
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Cela démontre que d’'autres politiques forestières sont possibles ! Ainsi, la sylviculture naturelle, qui exclut les coupes rases, adaptée aux contextes forestiers régionaux permettrait d'optimiser la captation du carbone, stocké enprofondeur dans les sols. La mise en œuvre d'une politique forestière résiliente appelle à l'abandon progressif des forêts mono-spécifiques en ligniculture, dans l'objectif de préserver le couvert forestier et ses aménités.
Sur la partie« 3.3« Axe 3 : Renforcer la protection des forêts contre les risques »et « intégrer les risques et les retours d’expériences dans l’aménagement et la gestion forestière ».
Des retours d’expériences sont disponibles concernant les incendies de forêts. Ilsdémontrent la résistance accrue des forêts mélangées de feuillus et résineux. La préservation de taillis ou de haies ralentissant également la propagation des incendies.
Sur la partie« 3.3.2Maintenir et renforcer la politique de prévention et de lutte contre les risques sanitaires
En termes de prévention, il n’est pas indiqué d'alternatives de diversification d’essences complémentaires et de lutte intégrée, s’appuyant sur la plantation d’essences spécifiques accueillant les prédateurs des insectes ravageurs (scolyte, nématode, etc..). - Cf. rapport « Ecobiose ».
Sur la partie« 4.1.9 FA 9 Développer la mécanisation dans l’exploitation des peuplementsfeuillus - Enjeu : Contribuer à améliorer la compétitivité économique de la mobilisation du bois : augmentation ciblée des dessertes internes des massifs forestiers et optimisation de l’exploitation ».
La lourde mécanisation à l’intérieur des peuplements forestiers provoque le tassement des sols. Et, lorsqu’ils sont tassés, se retrouvent délaissés par les vers de terre, migrant vers les zones non tassées et ne les régénérant plus. Elle détruit la petite végétation de feuillus etn’est pas adaptée à la sylviculture irrégulière à couvert continue.
La recherche et développement doit s'orienter vers la petite mécanisation forestière, soutenant la sylviculture naturelle et ses besoins spécifiques de gestion sélective, face au manque de moyens humains rencontrés par la sylviculture dans son ensemble.
III- Conclusion
Dans sa rédactionfinale, le PRFB doit tenir compte des récentes données scientifiques concernant la résilience des forêts. L'horizon 2027 de ce plan appelle à la prudence prospective, quant à la capacité d'adaptation des forêts, face à l'accélération, récemment constatée des aléas climatiques.
Le PRFB privilégie les attentes de la filière professionnelle, plutôt que d'optimiser la capacité de résilience des forêts et celle de stockage du carbone. Il se tourne ouvertement vers des réponses technologiques, plutôt que des solutions naturelles fondées sur la nature, moins onéreuses et plus à même de rétablir des équilibres écologiques, déjà perturbés. Il fait la promotion des coupes rases, de la lourde mécanisation et du cloisonnement des âges, qui vont à l'encontre des préconisations scientifiques.
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Les objectifs de production, de conservation des écosystèmes et de biodiversité doivent se concilier, pour transformer les forêts existantes ou créer les forêts de l'avenir. Les méthodes d’exploitation sylvicoles et le choix des essencesont un impact sur l’activité biologique des sols et de leur avenir.
Une sylviculture intensive en monoculture, qui réduit l’âge d’exploitabilité des arbres et les rotations forestières, appauvrit la biodiversité des essences, des espèces, et réduit la capacité de résilience des écosystèmes forestiers.
Afin de préserver les forêts, il s'agit d'adapter le besoin des industriels à la réalité biologique de l'environnement forestier, en transformant la filière économique vers plus de qualité et de retombées positives en proximité, sélectionnant de plus beaux arbres, organisant la filière en économie circulaire, valorisant la transformation, etc..)
Tel qu'il nous est présenté, le groupe écologiste et citoyen EELV, émet un avis défavorable à ce PRFB.
Pour les élu.e.s du groupe écologiste et citoyen EELV Région Nouvelle-Aquitaine, Laurence Motoman, conseillère régionale.
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