Congrès national de l'AFSP ; n°3 ; vol.1, pg 30-43

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Politix - Année 1988 - Volume 1 - Numéro 3 - Pages 30-43
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Publié le 01 janvier 1988
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Congrès national de l'AFSP
In: Politix. Vol. 1, N°3-4. Été-automne 1988. pp. 30-43.
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Congrès national de l'AFSP. In: Politix. Vol. 1, N°3-4. Été-automne 1988. pp. 30-43.
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CONGRES NA TIONAL DE L 'ASSOCIA TION
FRANÇAISE DE SCIENCE POLITIQUE
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Table ronde n°l
LES TRAJECTOIRES DU POLITIQUE
EN AFRIQUE ET EN ASIE *
Rapporteur général : Jean-François Bayart
Jean-François Bayart, "Les trajectoires de l'Etat au sud du Sahara" (89 pages).
Une réévaluation de la dimension historique des sociétés africaines, que la tradition anthropologique a
trop souvent présentées comme statiques voire "sans Histoire", s'avère nécessaire. Seule une
appréciation des dynamiques politiques des sociétés africaines (sociétés au demeurant fort
hétérogènes) peut permettre de comprendre leurs formes actuelles et leur devenir possible.
Didier Bigo, "Ngaragba : l'impossible prison" (21 pages).
La prison de Ngaragba en Centrafrique (organisation matérielle, mode de vie, rapports entre les
prisonniers et les gardiens, etc) n'est pas un espace coercitif dominé par une froide rationalité mais un
lieu en rapport avec l'extérieur, qui s'inscrit dans la continuité des pratiques quotidiennes du pouvoir.
Michel M. Bozdemir, "Etat autoritaire et démocratie en Turquie" (18 pages).
Pour comprendre les causes de la "tentation autoritaire" au sein du régime turc, il faut analyser
l'évolution du rôle de l'armée en Turquie depuis le kémalisme et ses tentatives pour influer sur la vie
politique.
Michel Camau, "Politique dans le passé, politique aujourd'hui au Maghreb" (37 pages).
Pour rendre compte de l'émergence et du fonctionnement de l'Etat au Maghreb, il faut insister sur les
contradictions existant entre les formes traditionnelles et les formes modernes du politique, autant de qui sont au principe de la dynamique politique du Maghreb.
Dominique Darbon, "Administration et société en Afrique : l'illusion d'une administration asociale"
(43 pages).
L'administration africaine, dont les structures sont pour l'essentiel calquées sur celles de
l'administration européenne, est confrontée aux réalités sociales locales. Cette confrontation est source
de dysfonctionnements.
Alain Diekhoff, "Sionisme et judaïsme : la difficile et fragile autonomie du politique" (16 pages).
L'Etat d'Israël peut être compris comme l'agent de structuration de la nation juive. Sa création
transforme l'identité juive en la rendant non seulement religieuse mais aussi politique et cette
transformation est source de conflits.
Tous les rapports de cette table-ronde n'étaient pas encore disponibles au moment où nous mettions sous presse.
Manquent ainsi les communications de Yves Shemeil sur le Machrek, d'Yves Chevrier sur l'Inde, de René Otayek
sur le Burkina Faso, de Jacques Leclerc et François Blanchard sur l'Indonésie, d'Olivier Vallée sur "les flux de
capitaux en Afrique et en Asie" et de Christian Coulon sur "la sharia au Sénégal et au Kenya". Par ailleurs, nous
n'avons pu obtenir les numéros des rapports présentés.
AFSP : Congrès de Bordeaux
. 31
Raphaël Draï, "Trajet et projet politique : Etat, médinah et historicité du peuple juif (20 pages).
Pour comprendre l'Etat d'Israël, il faut saisir les relations existant entre les structures fondamentales de
la pensée juive et l'organisation de cet Etat, qu'on peut qualifier d'Etat-chantier, dont la forme n'est pas
définitivement fixée et dont la dynamique dépend autant de la conjoncture politique internationale que
des débats internes à la culture juive.
Maurice Duval, Pascal Labazee et Catherine Quiminal, "Pouvoir et croyance : une domination à
double face" (25 pages).
Il faut comprendre les systèmes politiques à partir des systèmes de pensée de ceux qui les vivent. Au
Burkina Faso, par exemple, l'étude des relations entre pouvoir et religion s'avère indispensable pour y
analyser les phénomènes politiques. Mais les représentations ne sont pas des réalités statiques,
indépendantes des logiques sociales des acteurs : les changements des systèmes de représentations
peuvent expliquer certains aspects du changement social.
Marc Gaborieau, "Le legs de la civilisation musulmane aux formations étatiques du sous-continent
indien" (31 pages).
Le sous-continent indien a été fortement marqué par la civilisation musulmane. Cette influence doit
être évaluée à partir notamment d'une analyse de la culture politique en Inde.
Christiane Hurtig, "Introduction au débat sur l'historicité de l'Etat dans le monde indien" (18 pages).
Contrairement à ce qu'affirme la plupart des analyses sur l'Inde, on peut déceler, avant même la
colonisation, des structures de pouvoir permettant de parler d'un Etat organisé. Cette tradition
politique, confrontée aux formes modernes de l'Etat imposées par la colonisation, pourrait permettre à
l'Inde de construire une voie nouvelle du politique.
Christophe Jaffrelot, "La vision de l'Etat des nationalistes hindous" (24 pages).
L'exemple hindou permet de mettre en évidence les rapports entre une idéologie politique et les modes
d'exercice du pouvoir des groupes qui la prennent en charge : l'idéologie nationaliste aboutit en Inde à
une dévalorisation de l'Etat qui conditionne les actes des nationalistes hindous lorsqu'ils sont au
pouvoir entre 1977 et 1980.
Rémy Leveau, "Eléments de réflexion sur l'Etat au Maghreb" (28 pages).
S'interroger sur la dynamique de l'Etat au Maghreb, c'est proposer une interprétation nouvelle de la
contestation islamiste : elle peut ne pas être considérée comme une simple mise en question radicale
de la légitimité de l'Etat mais contribuer, c'est du moins une hypothèse pour le futur, à la stabilisation
politique de certains régimes en canalisant la contestation sociale.
Denis Constant Martin, "«Car vous croyez qu'ils pensent...» ou de quelques petits problèmes
méthodologiques rencontrés lorsque le chercheur français s'efforce de savoir comment d'autres
pensent et agissent leur politique" (34 pages).
L'analyse de la symbolisation politique, qu'elle soit verbale ou non-verbale, est le préalable nécessaire
à toute analyse politique. C'est, en effet, en retrouvant les formes de cette symbolisation que le
chercheur sera capable de comprendre la logique politique des sociétés qu'il étudie, surtout quand
elles lui sont étrangères.
Olivier Roy, "Afghanistan : la guerre comme facteur de passage au politique" (41 pages).
La guerre en Afghanistan est un facteur de politisation : la militarisation de la société aboutit à
remettre partiellement en cause les solidarités traditionnelles et les conflits internes qui caractérisaient
la société afghane avant la guerre. Reste à savoir comment celle-là résistera à la paix...
Henri Stern, "Remarques sociologiques sur la maîtrise du politique dans le monde indien" (17
pages).
Plutôt que de mettre en rapport le politique et le religieux, considérés comme des entités closes et
globales, pour comprendre les structures politiques du monde indien, il faut analyser la dynamique
AFSP Congrès de Bordeaux
: 32
politique à partir des logiques sociales des acteurs qui contribuent à transformer les valeurs et
notamment les valeurs religieuses (comme c'est par exemple le cas pour Gandhi).
Semith Vaner, "Etat, société et partis politiques en Turquie (1902-1985)" (16 pages).
S'attacher à analyser la dynamique politique en Turquie depuis le début du siècle, c'est montrer que si
l'Etat s'y est développé en référence au modèle rationnel-légal importé de l'occident, l'impossibilité
d'institutionnaliser en Turquie un véritable pluralisme politique explique les "dilemmes" du régime
turc et notamment ses difficultés à faire face aux stratégies violentes de contestation.
Table ronde n°2
LA MANIFESTATION
Rapporteur général : Pierre Favre
Jean-Pierre Bernard, "Novembre 1956 à Paris" (39 pages, rapport n°50).
Novembre 1956 apparaît comme une condensation extrême et violente d'enjeux politiques nationaux
et internationaux (Budapest, Suez). L'éco-système de la manifestation n'est guère separable de cet
environnement et du débat idéologique autour des valeurs du communisme et de celles du "Monde
libre".
Jean-Sylvain Camus, "Dynamique et ritualisation d'un processus de mobilisations antagoniques : la
querelle scolaire (1982-1984)" n° 12). ( 24 pages, rapport
Etudier la place des manifestations dans le conflit scolaire de 1984, suppose de revenir en amont au
processus manifestant, sur la forme du conflit scolaire. Celui-ci doit être compris comme un conflit
hautement institutionnalisé. Il doit donc être perçu par ses acteurs comme une réalité objective qui
rctroagit sur leur comportement militant. Aussi, la dynamique du conflit scolaire résulte d'une
succession de marquage(s), d'une perpétuelle tentative d'élimination de l'adversaire, où il s'agit, pour
chacun des joueurs, de diversifier ses actions et d'accroître ses soutiens en cherchant à toucher un
public de plus en plus large. Dans cette optique, les manifestations laïques s'analysent comme une
extension de leur répertoire d'action, doublée d'une stratégie de médiatisation, permettant la
réactivation d'un enjeu politique séculaire.
Dominique Cardon et Jean-Philippe Heurtin, "L'ordre de la manifestation et le service d'ordre. Une
étude des services d'encadrement. 1909-1936" (40 pages, rapport n° 83).
Contre la vision des services d'ordre manifestant comme une simple "police interne" de la
manifestation, il s'agit de montrer, à travers une série d'exemples historiques, le rôle de ces groupes
dans la production et la conservation d'une représentation manifestante. Un service d'ordre, c'est
d'abord un ordre rituel, dramaturgique, pour lequel "la violence" et "le désordre" ne constituent qu'une
dimension parmi d'autres. C'est dans une inégale capacité de ces groupes à proposer et fixer une
définition de la situation manifestante, que l'on peut saisir le rôle des forces d'encadrement
manifestant. Par l'observation de ces services d'ordre, l'on peut appréhender le travail organisationnel
des entreprises de mobilisation témoignant du rapport de l'organisation à sa "base" et des possibilités
différentielles de contrôler les comportements individuels, d'uniformiser les pratiques et de produire
Patrick Champagne, "Manifestation et structure de l'espace politique" (13 pages, rapport n° 88).
Il paraît nécessaire de se défaire d'une optique par trop ethnologique de l'étude des manifestations à
prétention revendicative pour s'intéresser avant tout à leur dimension stratégique, seule manière de
penser les conditions sociales de l'efficacité politique d'une manifestation. Il appartient donc au
sociologue d'étudier les modes de production de l'invention, de la mise en scène, de l'inattendu de la
forme manifestante. Mais la production de l'événement politique dépend aussi de la transformation de
la scène médiatique (spectacularisation des informations, sondages d'opinions, interventions des
sciences sociales) qui a modifié l'économie générale des manifestations : l'épreuve de force a
désormais cédé la place à l'épreuve de sens, délibérément orientée vers les médias.
Pierre Favre, "Quelques propositions en préface à un rapport général futur" (39 pages, rapport n°63).
Toute mise en perspective de la manifestation réclame que soit d'abord pris en compte le moment
manifestant qui ne rassemble pas que des manifestants dans la rue, mais aussi un ensemble multiple
AFSP : Congrès de Bordeaux 33
d'acteurs (service d'ordre, policiers, publics, journalistes, etc). Tous partie prenante de la construction
de l'aspect phénoménal de la manifestation, mais aussi des représentations que le moment manifestant
autorise. Il paraît alors possible de distinguer trois types idéaux de manifestations : la manifestation
initiatrice (qui vise à obtenir la reconnaissance d'une revendication juqu'alors inaperçue), la
manifestation de crise et la manifestation routinière. (On trouvera dans le rapport une bibliographie
des travaux sur la manifestation) .
Noëlle Gérôme, "Une ethnographie des manifestations ou une anthropologie culturelle du politique?"
(19 pages, rapport n° 86).
Une définition de la manifestation comme subversion de l'espace public par un groupe et, plus
précisément, comme lieu d'un discours dont on peut définir émetteurs, récepteurs, vocabulaire et
syntaxe, permet d'élargir le champ d'investigation, en prenant en compte, par exemple, cérémonies,
fêtes ou spectacles. Dès lors, il est possible de concevoir une nouvelle anthropologie des modes
d'appropriation symbolique de l'espace, et donc de mieux saisir, notamment, la répartition des rôles
manifestants.
Hubert Hubrecht, "Droit français de la manifestation" (22 pages, rapport n° 62).
Si la liberté de manifestation est généralement invoquée par les acteurs tant politiques que
journalistiques, celle-ci n'est pas établie en droit. Il existe, certes, un droit de la manifestation, mais ce
droit ne correspond pas à la consécration pleine et entière d'une liberté publique. Inexistant jusqu'au 6
février 1934, le droit de la manifestation est fixé par le décret-loi du 23 octobre 1935. Mais le juriste
se trouve confronté à un droit qui ne vise pas à proclamer, et moins encore à garantir la manifestation,
mais à la réglementer et à en aménager les conséquences. Il s'agit d'une liberté "en négatif tout à la
fois précaire et fortement encadrée.
Dominique Montjardet, "La manifestation : du côté du maintien de l'ordre" (? pages, rapport n°? ).
Il est utile d'amorcer une réflexion comprehensive et critique sur le maintien de l'ordre de la
manifestation, sous son aspect policier. Le maintien de l'ordre est une politique, c'est aussi une
technique déclinée en un ensemble de pratiques. Il reste que politique, technique et pratique ne
s'ordonnent pas nécessairement selon une séquence logique, mais apparaissent chacune dans une
position d'autonomie relative ; d'où une série d'écarts qui est l'objet des discours (interne
apologétique/externe critique) sur le maintien de l'ordre. La mise à plat d'éléments du système d'action
d'une manifestation permet de dépasser ces deux catégories de discours en restituant sa complexité
aux pratiques sociales du maintien de l'ordre.
Patrice Mann, "Les manifestations dans la dynamique des conflits" (26 pages, rapport n° 35).
C'est en combinant analyse stratégique et analyse des ressources qu'un modèle d'approche dynamique
des conflits peut s'établir. On peut l'appliquer, par exemple, au problème algérien entre 1954 et 1962.
La manifestation est alors conçue comme un rassemblement d'acteurs mobilisés en vue de promouvoir
ou de défendre des fins collectives ou d'affirmer publiquement la solidarité ou l'identité d'un groupe. Il
s'agit d'aborder successivement les dimensions mobilisatrice, tactique et instrumentale de la
manifestation, les contraintes structurelles et tactiques dans une perspective de dynamique des
conflits et le rôle des agences de contrôle social.
René Mouriaux, "Dix ans de défilés syndicaux : pratiques et conjonctures (1978-1987)" (23 pages,
rapport n° 26).
Les manifestations syndicales adoptent des formes multiples et répondent, selon les conjonctures, à
des objectifs différents. Il est possible de mettre à jour un certain nombre de variables qui ordonnent
cette diversité : l'autorisation ou non du défilé, la dimension nationale, régionale ou locale de la
mobilisation, les publics visés, le caractère plus ou moins unitaire des cortèges, l'éventuelle inscription
de la manifestation dans une série de démonstrations, sa résonance traditionnelle ou conjoncturelle.
Enfin, les onjectifs des manifestations contribuent à leur diversification : manifestations
commemorative, de solidarité, revendicative ou encore dirigée contre le pouvoir politique même.
Michel Offerlé, "Descendre dans la rue : de la "journée" à la "manif '. Jalon pour une sociologie de la
genèse de la manifestation en France" (39 pages, rapport n° 77).
D'une journée de 1893, promenade d'ouvrier sans objet dans la rue à la manifestation "terriblement
pacifique" organisée dans les rues parisiennes par la SFIO en 1909 en protestation contre l'exécution
AFSP : Congrès de Bordeaux 34
de l'anarchiste espagnol Ferrer, c'est l'apprentissage d'un savoir-faire manifestant qui est en jeu.
Comment d'une foule incertaine "on" parvient à faire un défilé signifiant, comment dans un ensemble
élargi de possibles (charivari, journée, fête, chahut...) une forme émerge ("la manif") et avec elle
l'organisation qui l'encadre et lui donne sens, comment enfin se fixe une terminologie, pour qualifier
ce nouveau mode d'action collective ? "S'inventent" ainsi l'appel à manifester, les lieux "naturels" de
manifestations, mais aussi le trajet, le mot d'ordre, les bannières et les drapeaux et le compte-rendu de
presse. De fait, plus la manifestation devient symbolique, plus l'occupation de la rue devient un
prétexte pour occuper autre chose.
Michel Pigenet, "la manifestation "Ridgway" du 28 mai 1952" (32 pages, rapport n° 52).
Monographie autour de la campagne d'agitation menée contre le général américain Ridgway venu
prendre ses fonctions de commandant en chef des armées de l'OTAN.
Dominique Reynié, "Théorie du nombre et manifestation au XIXème siècle" (18 pages, rapport n°
87).
Trois réflexions : sur les rapports entre la psychologie sociale de la fin du XIXème siècle et le nombre
(des manifestants), sur les du nombre et de la théorie marxiste, sur "l'archaïsme" de la forme
manifestante dans le cadre de la politique moderne. La mise en place du système représentatif
introduit une composante essentielle, la médiation, qui relègue aussitôt la manifestation comme forme
archaïque de démonstration directe du nombre.
Vincent Robert, "Aux origines de la manifestation en France (1789-1848)" (21 pages, rapport n° 23).
La manifestation n'est définitivement acclimatée en France qu'à l'extrême fin du 19ème siècle. Mais,
un recensement des différentes formes d'expression collective d'une opinion, impliquant une présence
collective sur la voie publique, montre bien l'ancienneté de la formule ainsi que la diversité de ces
formes (charivari, promenade, convois funèbres, etc). Lors des conjonctures économiques critiques on
peut, en fait, répertorier des rassemblements mobiles de sans-travail, sévèrement réprimés par la
police (1831-1832, 1840). Au lendemain de la révolution de 1848, le terme de manifestation
commence à être utilisé dans un sens quasi technique.
Danielle Tartakowski, "Les manifestations de rues (1918-1968)" (12 pages, rapport n° 1 1).
Les premiers jalons d'une étude de dénombrement sur la période 1918-1968 permettent de distinguer
quatre formes majeures de manifestations : les manifestations-processions, les manifestations-
pétitions, les manifestations-insurrections, enfin la levée en masse. Quelques premières conclusions
peuvent être retenues : il n'apparait pas de liens univoques entre grèves et manifestations ; la quasi
totalité des manifestations est organisée ; dans les années "vingt", il existe une forte disparité entre
Paris et la province ; la nationalisation et l'uniformisation relative des rythmes et des formes de
manifestations, après le Front populaire, ne permettent pas de gommer les différences notables et les
influences réciproques entre les manifestations parisiennes et provinciales.
AFSP : Congrès de Bordeaux 35
Table ronde n°3
SAGESSE ET DEMOCRATIE *
Rapporteurs généraux : Luc Ferry et Evelyne Pisier.
Jean-Michel Besnier, "La bioéthique et ses enjeux" (19 pages, rapport n° 57).
La bioéthique illustre une sorte de volontarisme attaché à rattraper les dérapages de la volonté
technicienne. Elle ressortit non pas à la morale entendue comme système normatif mais à l'éthique en
tant qu'effort pour évaluer les systèmes de valeurs à l'aune des modes de vie qu'ils impliquent et des
promesses et des menaces qu'ils induisent . Dès lors, il s'agit d'éclairer les enjeux philosophiques qui
sont au principe du fonctionnement des Comités d'éthique.
Pierre Bouretz, "Comité des sages, pluralisme et démocratie" (13 pages, rapport n° 66).
L'existence d'autorités administratives indépendantes déroge aux équations courantes de la démocratie
et suppose que la compétence et l'indépendance puissent équivaloir à la sagesse, même si elle doit
aussi se doubler d'autorité. A partir de l'exemple du Conseil constitutionnel, il faut reproblématiser la
question des sages sous la forme de la possibilité, voire de la probabilité du passage de la critique du "
gouvernement des sages " à la reconnaissance de l'opportunité d'éclairer la démocratie.
Gil Delannoi, "Sur la prudence et le scepticisme" (16 pages, rapport n°?).
En examinant une des variantes de la problématique de la prudence dans la théorie politique, si on la
considère dans sa formulation machiavélienne et sa critique par l'historiographie du XVIème siècle,
on peut dégager un enchaînement du pessimisme, du scepticisme qui va vers l'empirisme. Au sens
philosophique comme au sens institutionnel, cette sagesse est marquée par un pragmatisme
désenchanté.
Raphaël Drai, "La place de l'éthique dans la pensée de Clausewitz" (18 pages, rapport n° 37).
Plutôt que d'aborder la question de l'éthique en termes normatifs, en faisant de la vertu ou de la
démocratie des valeurs déjà reconnues et légitimées, il s'agit de laisser apparaître la configuration de
ce thème dans un champ où il est susceptible d'ouvrir un large débat entre axiomatiques et
méthodologies qui peuvent être différentes : le champ de la guerre approché à partir de la pensée de
Clausewitz. Comment se présente le sujet de l'éthique dans une oeuvre qu'on penserait uniquement
fondée sur les notions d'ennemi et de pouvoir ?
Robert Legros, "Critique phénoménologique du positivisme et philosophie politique" (11 pages,
rapport n° 74).
Deux formes de positivisme se sont insinuées au sein de la philosophie politique : un positivisme
inhérent à toutes les variantes du naturalisme et le positivisme inhérent à l'historicisme. Conduisant à
une mise en question de ces deux figures du positivisme, la phénoménologie ouvre à une restauration
de la philosophie politique.
Michel Marian, "L'homme d'Etat et les partis chez Aristote et Thucydide" (10 pages, rapport n° 75).
Pour Aristote, dans T'Ethique à Nicomaque", la prudence est indissociablement vertu, orientation vers
un but qui est le bien et ordonnancement des moyens en fonction des circonstances. L'homme
politique y est distingué par sa capacité à illustrer cette prudence. Thucydide prend, quant à lui,
Périclès comme exemple de la prudence en politique. Mais la recherche du bien en politique ne peut
ni se satisfaire de la venue d'un tel homme exceptionnel ni s'en remettre à la retenue qu'imposeraient
les participants au débat, elle a besoin de définir le plus rigoureusement le possible et le souhaitable.
C'est à cette tâche que s'emploie Aristote dans sa "Politique".
Philippe Nemo, "L'épistémologie de l'Etat de droit chez Karl Popper, Michael Polanyi et Friedrich-
August Hayek" (31 pages, rapport n° 59).
K. Popper, M. Polanyi et F.-A. Hayek ont eu tous trois pour ambition de retrouver la rationalité
immanente dans les institutions de l'Etat de droit et, se situant sur le terrain des sciences sociales, de
Les rapports de Pierre Manent et Pierre André Taguieff ne sont pas disponibles.
AFSP : Congrès de Bordeaux 36
fonder la démocratie sur des bases scientifiques et universelles. A partir de quelques exemples
significatifs, il est possible de montrer comment ils ont, chacun à sa manière, formulé les arguments et
principes épistémologiques du "rationalisme limité" ou "rationalisme critique" propre aux Lumières
anglo-écossaises des XVIIème et XVIIIème siècles.
Philippe Raynaud, "Archéologie du décisionnisme. Rationalité, tradition et décision chez Locke" (29
pages, rapport n° 38).
Un des traits les plus constants de la pensée politique moderne, à partir notamment de l'apparition des
grandes critiques romantiques et historicistes de la philosophie des Lumières, est la rémanence
périodique d'une série de tensions qui continuent, aujourd'hui encore, à dominer les controverses
contemporaines. Le but de ce travail est d'éclairer certaines de ces discussions en les saisissant dans
leur forme pour ainsi dire primitive, au moment où apparaissent deux de leurs principales figures :
l'opposition de la critique et de la tradition et celle de la discussion rationnelle et de la décision.
Alain Renaut, "Politique de l'entendement, politique de la raison" (34 pages, rapport n°58).
La distinction entre politique de l'entendement et politique de la raison, empruntée à Raymond Aron,
permet d'esquisser une détermination philosophique de l'idée d'une sagesse politique. Il s'agit de
préciser la logique philosophique qui sous-tend cette distinction, et à partir d'une démarche
archéologique, de remonter au contexte qui donne son sens à l'opposition entre
entendement et raison, à savoir celui du criticisme.
Jacques Rollet, "Catholicisme et démocratie" (14 pages, rapport n°52).
Il s'agit d'étudier comment le catholicisme, au nom de ses convictions a invité ses fidèles et les autres
à évaluer les représentations philosophiques et politiques constituant la démocratie de la Révolution
française jusqu'au début du vingtième siècle dans un premier temps puis au cours du vingtième siècle
avant de revenir sur les bases théoriques de cette problématique.
Table ronde n°4
LA CONSTRUCTION DE L'INSTITUTION PRESIDENTIELLE *
Rapporteurs généraux : Bernard Lacroix et Jacques Lagroye
Sylvain Bourmeau, "La presse les candidats et la campagne" (52 pages, rapport n°61).
En interaction entre eux et avec d'autres agents sociaux, les journalistes contribuent au procès
d'institutionnalisation du rôle de présidentiable. En effet, avec ses logiques spécifiques et ses
techniques professionnelles, le travail journalistique et, plus largement, "la presse", en tant qu'agence
d'exécution, participent activement et quotidiennement à la construction et à la maintenance de ce rôle
social, entendu comme un processus.
Philippe Braud, "L'influence de la compétition électorale sur la construction du mythe présidentiel"
(22 pages, rapport n°93).
La lecture des "fragments" de dicours électoral que constituent les déclarations officielles de
candidature, les professions de foi adressées aux électeurs ainsi que le texte du débat
Chirac/Mitterrand, permet de mettre en évidence un phénomène trop souvent négligé : la présence, au
coeur même des systèmes politiques de nos sociétés techniciennes, de schémas langagiers proprement
magiques. A travers ce discours fragmentaire s'impose la présence rassurante d'un Acteur dont la
vocation est la maîtrise des processus sociaux ; et cet Acteur ne fait pas seulement (pas d'abord) de
l'économie ou de la politique, il est surtout un maître des valeurs.
Dominique Chagnollaud, "La nomination des hauts fonctionnaires ou les arcanes de la politisation"
(34 pages, rapport n°82).
Le pouvoir de nomination du président de la République est soumis à des contraintes juridiques
relativement élastiques mais aussi à des résistances corporatistes. La politisation de la haute fonction
publique dans ce cadre renvoie à des situations différenciées que l'on ne peut appréhender qu'en la
considérant comme un "processus".
Le rapport de Bernard Lacroix n'est pas disponible.
AFSP : Congrès de Bordeaux 37
Dominique Damamme, "Les pratiques de l'article 8 : le service du Premier ministre" (24 pages,
rapport n°28).
Les rapports entre le Président et le Premier ministre ont donné naissance à des normes nouvelles sur
la nomination et la démission du chef du gouvernement et ont contribué à la formation de "règles
pragmatiques" qui, à leur tour, font "précédent" sur d'autres pans de l'exécutif : formation,
reconduction ou remaniment du gouvernement ; organisation du travail gouvernemental ; pratique et
mode d'exercice des pouvoirs gouvernementaux et des compétences ministérielles.
Michel Dobry, "Le président de la République dans la cohabitation. Premier inventaire" (36 pages,
rapport n°95).
Un premier inventaire de cette situation quasi expérimentale qu'est la cohabitation peut s'articuler
autour de trois "images". Tout d'abord, le "face-à-face" Chirac/Mitterrand qui met en lumière
l'engagement "personnel" des acteurs par delà les mécanismes d'objectivation des rôles et des
positions mais qui fait aussi apparaître que cette interaction s'enchâsse dans un jeu à motifs ou à
intérêts mixtes avec de multiples théâtres d'opérations obéissant à des logiques sectorielles
différenciées et parfois concurrentes. Ensuite, la "force de la Constitution" : dans les logiques
sectorielles en oeuvre, la règle constitutionnelle ne contraint pas les acteurs de façon radicalement
distincte de la contrainte qu'exerce les autres éléments qui les forment, mais y joue comme point de
publique" repère permettant (Le, des sondages) d'anticiper qui les s'est comportements avéré être essentiel des autres durant acteurs. cette période. Enfin, le poids de "l'opinion
Bastien François, "Le Président, pontife constitutionnel" (23 pages, rapport n° 32).
On a souvent fait de la Vème République une "monarchie constitutionnelle" sans s'interroger
véritablement sur les mécanismes qui expliquent la prééminence mais aussi les transformations de
l'institution présidentielle. Une telle appréciation fait, en effet, l'économie de la transformation
générale des rôles et des positions qui s'opère principalement après la mort du général de Gaulle, avec
le développement du contrôle de constitutionnalité, qui s'accompagne lui-même d'une "juridicisation"
du droit constitutionnel, et l'arrivée de la gauche au pouvoir. D'un Président fondateur du régime on
passe peu à peu à un pontife constitutionnel trouvant sa légitimité dans sa capacité à endosser, à son
propre compte, la force du texte qu'il contribue à révéler, et pouvant s'adosser à un
ensemble de constructions doctrinales préalables définissant les modes légitimes de lecture de la
Constitution.
Alain Garrigou, "Le Président au risque du scandale (1986-88)" (30 pages, rapport n°65).
Les conjonctures scandaleuses constituent des situations de désobjectivation paradoxale. D'une part,
elles donnent lieu à des énoncés normatifs, quoique concurrents, sur ce qu'est, à travers ses usages, la
bonne définition de l'institution. D'autre part, celles-ci introduisent dans le fonctionnement interne de
l'institution, en donnant à voir des conflits de personnes ou de groupes, des mécanismes qui démentent
l'unité de perception. Autant de conditions propices à des redéfinitions dont l'effectivité dépend de
l'issue des coups stratégiques. A cet égard, l'autorité de l'institution présidentielle s'est jouée à la fois
dans le succès d'une solution institutionnelle proposée par le Président et dans les effets généraux des
affaires sur son propre crédit.
Daniel Gaxie, "L'unification des marchés politiques et la construction de l'institution présidentielle"
(33 pages, rapport n°45).
L'élection du président de la République au suffrage universel a contribué à l'émergence et à la
revendication d'une position de "primus inter pares". Cette transformation n'explique cependant pas de
façon pleinement satisfaisante les allégeances dont bénéficie le titulaire de cette position dans les
divers camps en présence. C'est dans l'unification des marchés politiques qu'il faut rechercher l'origine
des transformations institutionnelles intervenues depuis 1958.
Yves Hélias, "La sacralisation de l'Etat dans les allocutions présidentielles télévisées" (14 pages,
rapport n°60).
La présidence aura eu la chance, dès la fondation de la Vème République, de pouvoir tirer un profit
symbolique d'un nouvel espace de communication qui est aussi une nouvelle scène de représentation
du pouvoir. Sur cette scène, l'enveloppe sacrée de l'Etat s'est régénérée au contact de dispositifs
spectaculaires jusqu'alors inexistants. L'institution présidentielle a été, et est toujours, le médiateur
privilégié de cette modernisation d'une représentation essentielle de l'Etat.
AFSP Congrès de Bordeaux
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Jacques Lagroye, "La construction politique de l'Institution : le conflit de l'automne 1962" (29 pages,
rapport n°33).
Le conflit de l'automne 1962 permet de comprendre ce qu'est la construction d'une institution de
pouvoir. Il aboutit à définir l'autorité qui s'attache au rôle et sa correspondance avec les valeurs
réputées essentielles pour le groupe. Il établit le caractère "naturel" d'un mode de désignation du
titulaire. Il inscrit l'institution dans le registre fondamental des règles du jeu et dans la caractérisation
du régime. Il détermine un accord des élites sur la reconnaissance pratique de l'autorité qui s'attache
désormais à l'institution.
Patrick Lehingue, "La codification des droit et devoir de parole présidentielle en France" (37 pages,
rapport n°73).
Plus que dans le respect d'une réglementation presque totalement inexistante, l'autorité du discours
présidentiel trouve son principe dans la dialectique de la liberté et de la contrainte, de renonciation
inventive et ajustée et de l'énoncé plat et sans surprises. On retrouve ainsi dans les pratiques
discursives un balancement entre droit et devoir de parole qui fait du locuteur présidentiel un agent
institué (reconnu par tous - et d'abord par lui-même - comme ayant droit à la parole la plus universelle
et la plus générale qui soit) qui se trouve pourtant sommé de produire un discours conforme à sa
définition statutaire. Comme la règle juridique, le discours présidentiel n'agit pas tant par son contenu
littéral que par la force de la forme et par les conditions sociales d'utilisation ici des articles et là des
mots.
1958" (24 pages, Didier Maus, "L'institution présidentielle dans l'écriture de la Constitution de
rapport n°81).
Lors de l'écriture de la Constitution, le général de Gaulle et ses collaborateurs pensaient que le premier
président de la Vème République serait le dernier président du Conseil de la IVème. Si la stature du
général de Gaulle ne dépendait pas uniquement des dispositions constitutionnelles, les constituants ont
voulu doter le président de la République de pouvoirs tels qu'il serait obligé d'être "la clef de voûte"
des Institutions.
Stéphane Monclaire, "Le protocole et ses usages" (15 pages, rapport n°61 bis).
Une position n'est jamais définitivement acquise et, en dehors des normes juridiques, un ensemble de
phénomènes et de mécanismes, dont le protocole, construisent et déconstruisent continuellement la
présidence de la République. Parce qu'il établit les préséances et les usages entre personnages
officiels, le protocole devient un inducteur, sur le mode spectaculaire, de hiérarchies. Parce qu'il
concoure au renforcement des divisions de l'ordre politique, son emploi détermine partiellement la
fonction présidentielle.
Willy Pelletier, "La construction d'une crise présidentielle : le 16 mai 1877" (43 pages, rapport n°85).
A s'en tenir au récit rituel de ce qui est présenté comme l'événement fondateur de l'effacement d'une
interprétation "orléaniste" de l'institution présidentielle, on s'interdit de comprendre ce qui s'y joue et
en particulier l'ensemble des coups à l'intérieur duquel le "16 mai" prend sens. Il importe de repérer
les termes de l'affrontement permanent des interprétations rivales des "règles et contraintes"
institutionnelles de 1875 et de dévoiler les procès divers de mise en accord des textes avec les
positions ou engagements des protagonistes. Ces perspectives et entreprises divergentes de
représentation et de présentation des pratiques antagonistes et leur confrontation expliquent pour
partie l'entrelacement complexe de la temporalité pratique des coups.
Dominique Rousseau, "Conjonctures, Constitution et image présidentielle de François Mitterrand"
(29 pages, rapport n°91).
La construction de l'image présidentielle de François Mitterrand doit moins aux qualités
providentielles de "l'homme du 10 mai" ou aux vertus propres du texte constitutionnel - ce qui ne veut
pas dire qu'elle ne lui doivent rien - qu'aux conjonctures particulières dans lesquelles se réalise la
Constitution. C'est seulement en relation avec celles-ci que les usages de la Constitution, produits
négociés des contraintes politiques, sont les producteurs pratiques de l'image présidentielle.
AFSP : Congrès de Bordeaux