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L'UNITA, l'Angola et l'Afrique du Sud : quel rôle pour l'Occident ? - article ; n°2 ; vol.51, pg 505-514

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Politique étrangère - Année 1986 - Volume 51 - Numéro 2 - Pages 505-514
Les Etats-Unis apportent depuis peu une aide militaire à l'UNITA, mouvement de libération qui lutte depuis dix ans contre la présence d'un corps expéditionnaire cubain en Angola. L'Occident doit-il ou non aider l'UNITA ? A l'Ouest, nombreuses sont les voix qui s'y opposent, invoquant le soutien sud-africain dont jouit l'UNITA et lui déniant implicitement toute personnalité politique propre. Or l'UNITA, profondément enracinée dans son pays, a une forte et originale personnalité politique, révolutionnaire dans sa tactique mais pro-occidentale dans les buts qu'elle poursuit. Face à l'expansionnisme soviétique en Afrique australe, l'Occident a longtemps semblé paralysé par un fâcheux esprit munichois. La résistance en Angola d'un mouvement aussi fort que l'UNITA est pour l'Occident une aubaine. Il n'y va pas seulement de la morale politique à secourir ses amis, il y va aussi de la défense de ses propres intérêts.
UNITA, Angola and South Africa : the Role of the West ?, by Renaud Girard
The United States hâve recently given military aid to UNITA, a liberation movement struggling for ten years against the presence of a Cuban expeditionary corps in Angola. Should the West help UNITA ? Many in the West are opposed to any assistance, evoking South African aid to UNITA and implicitely denying its own political perso-nality. UNITA, however, while deeply rooted in its own country, has a strong and unique political perspective being revolutionary in tactic but pro-West in its goals. Confronted by Soviet expansionism in southern Africa, the West seemed to be paralyzed for many years by a regretable Munick Conference-type attitude. For the West, the résistance in Angola of a movement as strong as UNITA is a windfall. Both political morality in helping its friends, and the défense of its own interests are at the heart of the West's engagement.
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1986
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Langue Français

Girard
L'UNITA, l'Angola et l'Afrique du Sud : quel rôle pour l'Occident
?
In: Politique étrangère N°2 - 1986 - 51e année pp. 505-514.
Résumé
Les Etats-Unis apportent depuis peu une aide militaire à l'UNITA, mouvement de libération qui lutte depuis dix ans contre la
présence d'un corps expéditionnaire cubain en Angola. L'Occident doit-il ou non aider l'UNITA ? A l'Ouest, nombreuses sont les
voix qui s'y opposent, invoquant le soutien sud-africain dont jouit l'UNITA et lui déniant implicitement toute personnalité politique
propre. Or l'UNITA, profondément enracinée dans son pays, a une forte et originale personnalité politique, révolutionnaire dans
sa tactique mais pro-occidentale dans les buts qu'elle poursuit. Face à l'expansionnisme soviétique en Afrique australe,
l'Occident a longtemps semblé paralysé par un fâcheux esprit munichois. La résistance en Angola d'un mouvement aussi fort que
l'UNITA est pour l'Occident une aubaine. Il n'y va pas seulement de la morale politique à secourir ses amis, il y va aussi de la
défense de ses propres intérêts.
Abstract
UNITA, Angola and South Africa : the Role of the West ?, by Renaud Girard
The United States hâve recently given military aid to UNITA, a liberation movement struggling for ten years against the presence
of a Cuban expeditionary corps in Angola. Should the West help UNITA ? Many in the West are opposed to any assistance,
evoking South African aid to UNITA and implicitely denying its own political perso-nality. UNITA, however, while deeply rooted in
its own country, has a strong and unique political perspective being revolutionary in tactic but pro-West in its goals. Confronted by
Soviet expansionism in southern Africa, the West seemed to be paralyzed for many years by a regretable Munick Conference-
type attitude. For the West, the résistance in Angola of a movement as strong as UNITA is a windfall. Both political morality in
helping its friends, and the défense of its own interests are at the heart of the West's engagement.
Citer ce document / Cite this document :
Girard. L'UNITA, l'Angola et l'Afrique du Sud : quel rôle pour l'Occident ?. In: Politique étrangère N°2 - 1986 - 51e année pp.
505-514.
doi : 10.3406/polit.1986.3584
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/polit_0032-342X_1986_num_51_2_3584POLITIQUE ÉTRANGÈRE I 505
L'UNITA, l'Angola
Renaud GIRARD et l'Afrique australe :
quel rôle pour l'Occident ?
On reparle, en Occident, de l'UNITA et de la guerre en
Angola. C'est que dans le cadre de l'analyse de l'expansion
de la puissance soviétique, on accorde de plus en plus
d'importance à sa stratégie d'implantation périphérique et à ceux qui
lui résistent : les freedom fighters des cinq maquis évoqués par le
président Reagan, en octobre 1985, à la tribune des Nations Unies
(Cambodge, Afghanistan, Nicaragua, Erythrée, Angola).
L'Union soviétique souhaitait fixer l'opinion publique occidentale sur
les seuls enjeux nucléaires en Europe. Sa propagande a subi là un
double échec : les mouvements pacifistes n'ont pas empêché l'instal
lation des Pershing, l'intérêt s'est déplacé vers les points extérieurs à
l'Europe où l'Union soviétique semblait pouvoir depuis dix ans
s'implanter en toute impunité.
Depuis un an, un âpre débat agite les milieux politiques américains :
faut-il ou non aider financièrement l'UNITA, mouvement de libéra
tion pro-occidental dirigé par Jonas Savimbi, dans le combat qu'il
livre depuis 1975 contre la mainmise soviéto-cubaine sur l'Angola ?
Le président Reagan a décidé en février dernier, après avoir reçu
Jonas Savimbi à la Maison-Blanche, d'accorder à l'UNITA, sur les
fonds secrets de la CIA, une aide militaire de l'ordre de 15 millions
de dollars, comprenant notamment des missiles anti-aériens Stinger.
Quelques mois auparavant, le Congrès avait aboli le fameux amende
ment Clark de 1975, qui interdisait à l'Administration américaine de
vendre des armes aux mouvements anticommunistes en Angola.
Les tenants de l'aide (hommes politiques du parti républicain mais
aussi du parti démocrate) estiment qu'elle sert la paix et la stabilité
en Afrique australe car, pour eux, seule une UNIT A forte peut
amener le gouvernement communiste du MPLA à accepter le retrait
* Grand reporter au Figaro. 506 I POLITIQUE ÉTRANGÈRE
Zone contrôlée par l'UNITA ; la flèche localise l'offensive des FAPLA
et des Cubains à la fin septembre 1985
ZAÏRE * •"
Illustration non autorisée à la diffusion
Ondangwa # Rundul*~m**^!>*~LTAPRIVi
Bagani
NAMIBIE
BOTSWANA
100 KM Vers Windhoek
Source : Le Figaro, 29 octobre 1985. ANGOLA ET AFRIQUE AUSTRALE I 507 UN1TA,
des forces cubaines et la tenue d'élections libres. Ils ont gagné la
première manche. Gagneront-ils les suivantes ? Rien n'est moins sûr.
Les adversaires d'une aide américaine à l'UNITA développent une
argumentation l fort habile, en trois temps :
• La République sud-africaine (RSA) aide l'UNITA. Aider l'UNITA
c'est donc pour les Etats-Unis s'aliéner tous les pays africains et les
populations noires anti-apartheid en RSA.
• L'aide soviétique et le nombre des Cubains sur le terrain sont
considérables. Il est illusoire de penser qu'un engagement américain
aussi limité les amènerait à quitter le pays. Quant à un engagement
plus important, qui serait assez fou pour le préconiser ?
• II y a d'autres moyens pour faire progresser les intérêts et les
valeurs américaines : le commerce et l'investissement. Une fois la
guerre finie, le régime du MPLA se tournera naturellement vers
l'Occident. Le seul moyen de réduire l'influence soviéto-cubaine en
Angola c'est d'amener l'Afrique du Sud à accepter le règlement de la
question namibienne.
Il importe d'examiner un à un ces trois arguments pour se détermi
ner sur un éventuel rôle à jouer pour les Etats-Unis et, plus
largement, pour l'Occident en Angola. Mais, auparavant, il est une
constante qui sous-tend l'ensemble de l'argumentation des adversaires
du soutien américain à l'UNITA. Ces derniers ne définissent
l'UNITA que par le soutien que lui apporte la RSA, lui déniant ainsi
toute personnalité propre, faisant d'elle un mouvement fantoche. Or a bel et bien une personnalité politique propre, et c'est une
très forte personnalité.
L'UNITA : une personnalité politique originale
Si l'UNITA jouit en Afrique d'une personnalité politique très forte,
c'est qu'elle est à la fois :
• un authentique mouvement de décolonisation,
• un mouvement qui n'a jamais accepté que l'indépendance de
l'Angola soit confisquée,
• un qui mène une guerre révolutionnaire,
• un mouvement qui jouit de très forts soutiens régionaux,
• un qui a des principes et une idéologie très particul
iers.
1. Cf. par exemple Against American Intervention in Angola's War, libre opinion
d'Anthony Lewis, The New York Times, 12 décembre 1985. 508 I POLITIQUE ÉTRANGÈRE
Un authentique mouvement de décolonisation
L'UNITA (Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola)
est fondée en 1966 par Jonas Savimbi, pour lutter en faveur de
l'indépendance de l'Angola. Le père de Savimbi, pasteur protestant,
indépendantiste convaincu, mourra dans les geôles de la PIDE,
police politique portugaise. Neuf années de combat de brousse contre
les troupes portugaises donnent à Savimbi une incontestable légit
imité anti-coloniale.
Oui est Jonas Savimbi, père fondateur et leader incontesté de
l'UNITA depuis vingt ans ? Quatre différentes cultures, quatre diffé
rentes éducations, toujours assimilées et jamais reniées, vont cons
truire sa personnalité.
Né vers 1935 dans un petit village du centre proche de la ligne de
chemin de fer de Benguela, Savimbi est d'abord un fils des Ovim-
bundus, ethnie implantée principalement au centre du pays. Avant le
combat, c'est toujours dans la langue des Ovimbundus que Savimbi
exhorte ses troupes, même si les ordres donnés aux officiers le sont
en portugais. De par son père pasteur, Savimbi reçoit une profonde
éducation religieuse protestante. Aujourd'hui il ne craint pas de la
revendiquer hautement — « je combats pour rester fidèle à l'esprit de
mon père » — , mettant l'accent sur des valeurs d'obstination, de
rigueur et de tolérance. Troisième bain de culture, les études supé
rieures en Occident : au Portugal d'abord d'où il se fera expulser, en
Suisse ensuite où il obtient un doctorat es sciences politiques à
l'Université de Lausanne. Ironie anticipatrice de l'histoire, le sujet de
sa thèse porte sur la conférence de Yalta. Enfin, vient la formation à
la guerre révolutionnaire : une année passée dans la Chine de Mao.
Savimbi, lorsqu'il parle tactique sur le terrain, aime à commencer ses
phrases par : « mes maîtres chinois me disaient... ».
Ces quatre différents héritages se retrouvent très nettement dans la
manière dont Savimbi dirige l'UNITA et dans les objectifs qu'il lui
assigne.
Un mouvement authentiquement africain
Au départ l'UNITA recrutait principalement parmi les Ovimbundus,
ethnie majoritaire de l'Angola (plus de 40 % de la population
totale). À partir de 1975, qui voit le coup de force du MPLA appuyé
par le corps expéditionnaire cubain et l'effondrement du FLNA de
Roberto Holden, le recrutement s'étend à des opposants de toutes
régions. Aujourd'hui, nombreux sont les cadres appartenant par
exemple à l'ethnie du nord Kimbundu, dont Savimbi parle parfait
ement la langue. Contrôlant et administrant l'est et le sud du pays,
l'UNITA apparaît en 1986 comme un maquis recrutant tous les
mécontents du régime. Contrairement au MPLA, l'UNITA est un ANGOLA ET AFRIQUE AUSTRALE I 509 UNITA,
mouvement essentiellement noir. C'est avec ironie que Savimbi évo
que les dirigeants métis du MPLA « gens de nulle part, déracinés qui
se raccrochent désespérément au marxisme, système théorique préte
ndument universel ». L'UNITA n'a jamais recruté parmi des Blancs, à
l'inverse du MPLA dont la victoire de 1975 revient à son encadre
ment communiste portugais et dont la survie repose aujourd'hui sur
les 2 000 conseillers des pays de l'Est et les 30 000 soldats cubains.
Un mouvement qui n'a jamais accepté que l'indépendance
soit confisquée
En 1975, les trois mouvements de libération angolais (MPLA,
FLNA, UNITA) signent les accords d'Alvor, qui prévoient, une fois
l'indépendance accordée, la tenue d'élections libres, d'où sortirait le
premier gouvernement. Le MPLA, qui devine que les urnes ne lui
seront pas favorables, préfère bientôt recourir aux armes. Il prend
alors les autres mouvements de vitesse en s'emparant militairement
du pouvoir à Luanda grâce au soutien cubain et à l'appui de l'amiral
« rouge » portugais Rosa Coutinho, chef de la marine. Il y proclame
la république « populaire » de l'Angola.
Savimbi n'a jamais accepté le non-respect des accords d'Alvor et le
jeu du gouvernement portugais en faveur du MPLA. Pour lui la tare
fondamentale du gouvernement du MPLA est moins sa non-représent
ativité ethnique que l'illégalité de sa naissance. L'UNITA a été
évincée du pouvoir en 1975 par un classique coup d'état marxiste :
Savimbi ne s'y résignera jamais. Pour l'UNITA, le principe premier
d'un retour à la normale en Angola, c'est la tenue d'élections libres.
Un mouvement qui mène une guerre révolutionnaire
L'UNITA mène une guerre révolutionnaire pour ramener son pays
dans la mouvance occidentale. Paradoxe ou signe des temps, cette
guerre combat les anciens commanditaires du Che. Savimbi a
retourné contre le léninisme ses propres armes. Car cette guerre, des
mythes à la pratique, a tout d'une guerre révolutionnaire. Elle
commence par la longue marche vers l'est du pays de Savimbi et de
mille de ses compagnons (une cinquantaine survivront), sans cesse
pourchassés par l'aviation cubaine. Les premières armes, comme il se
doit, sont prises exclusivement à l'ennemi (lorsque, sur la pression du
président Carter, la RSA quitte en 1975 l'Angola, elle lâche
l'UNITA). L'effort principal se porte sur la population des zones de
repli, qu'il convient de gagner définitivement à Savimbi.
Aujourd'hui, dans les zones qu'elle contrôle (1/4 du pays), l'UNITA
a entièrement pris en main la vie de la population (1 million
d'âmes). L'argent n'existe pas, chaque famille recevant selon ses
besoins. A chacun est donnée une fonction sociale spécifique. Grâce 510 I POLITIQUE ÉTRANGÈRE
à une très solide logistique de brousse, la population est scolarisée,
soignée, nourrie. Une école normale forme des instituteurs, un
hôpital central des infirmiers de brousse qui ont chacun la responsab
ilité d'un secteur.
La tactique de guérilla de l'UNITA (25 000 combattants réguliers et
35 000 occasionnels) est fondé sur le refus de la guerre conventionn
elle et le harcèlement continuel des colonnes et des postes
retranchés du MPLA. Se mouvant dans la population « comme un
poisson dans l'eau », les guérilleros de l'UNITA, agissant par petits
groupes, parviennent à saboter des installations jusqu'aux abords de
la capitale. Le chemin de fer de Benguela est inutilisable pour les
troupes du MPLA depuis dix ans. Les ateliers de Huambo, affectés à
sa réparation, ont eux-mêmes été récemment détruits par un com
mando de l'UNITA. Les prisonniers sont très bien traités et on ne
manque pas de le faire savoir, pour réduire la combativité des
soldats du MPLA, souvent très jeunes et inexpérimentés. Une fois
leur « éducation politique » assurée, les prisonniers, considérés
comme des « frères », sont libérés et affectés à des tâches civiles au
sein des infrastructures mises en place par l'UNITA.
Savimbi a pour premier souci le bien-être des populations contrôlées
par l'UNITA. Il fait en sorte qu'elles souffrent le moins possible de
la guerre car il ne croit pas du tout à la possibilité d'une victoire
militaire sur un MPLA soutenu par les Cubains. Sa stratégie est
avant tout politique : gagner les populations à sa cause et obliger le
gouvernement de MPLA à négocier et à partager avec lui le pouvoir.
La seule faiblesse du système tient à l'identification de l'UNITA à
son leader Savimbi, omniprésent sur les banderoles et dans les
slogans, mais aussi dans les décisions. Les soldats de l'UNITA
adhèrent à un homme — au charisme indéniable — , à un chef plus
qu'à une idéologie. Viendrait-il à disparaître que la combativité de
l'UNITA s'en ressentirait à coup sûr.
Un mouvement qui jouit de très forts soutiens régionaux
L'Afrique du Sud constitue le premier soutien de l'UNITA. Les
relations de Savimbi avec la RSA n'ont pourtant pas toujours été
bonnes (affrontements armés en 1975). Aujourd'hui on trouve une
alliance très solide, fondée sur une convergence d'intérêts, mais en
aucun cas sur une allégeance de Savimbi à l'égard de la RSA —
l'UNITA a toujours condamné sans équivoque l'apartheid. Quelle
convergence d'intérêts ? La RSA préfère avoir à ses portes un
Angola nationaliste pro-occidental, qu'une tête de pont soviétique.
Le soutien matériel sud-africain est considérable. La quasi-totalité
des vivres et des armes reçues par l'UNITA sont fournies ou transi
tent par la RSA. Lors de son expédition de 1975, l'armée sud- UNIT A, ANGOLA ET AFRIQUE AUSTRALE I 511
africaine avait saisi d'importants stocks d'armes, abandonnés par les
Cubains fuyant devant elle : le RSA les a données à l'UNITA. Le
soutien purement militaire se limite à l'envoi de quelques instructeurs
sud-africains auprès des pelotons d'instruction de l'UNITA basés à
Jamba (« capitale », plusieurs fois déménagée, de l'UNITA) et à des
raids aériens de reconnaissance et quelquefois même d'attaque
(comme lors de la bataille de Mavinga en septembre dernier). En
outre, la RSA dispose tout au nord de la Namibie, à Bagani, d'un
bataillon d'intervention d'élite, commandé par des officiers blancs
mais composé de soldats noirs, anciens du FLNA. Il est aujourd'hui
utilisé contre les maquisards de la SWAPO, il pourrait très bien
demain apporter un soutien de deuxième ligne à l'UNITA en cas de
coup dur. Hormis la solution extrême que constituerait l'envoi d'un
corps expéditionnaire, il est certain que la RSA ne ménagera pas ses
efforts pour que Savimbi puisse conserver son sanctuaire du Sud-Est.
Le Zaïre est le second voisin à soutenir l'UNITA. Le président
Mobutu redoute en effet que son pays soit la prochaine cible de
l'expansionnisme soviétique dans la région. En outre, il est recon
naissant à Savimbi pour l'aide fournie par l'UNITA contre les
gendarmes katangais agissant à partir de l'Angola lors de la crise du
Shaba de 1978. La Zambie se tient dans une neutralité prudente
mais nombreux sont les échanges commerciaux interfrontaliers avec
les régions contrôlées par l'UNITA. En outre, il est notoire que le
Maroc forme des officiers de l'UNITA et que l'Arabie Saoudite lui
fournit une importante aide financière. Par ailleurs, Savimbi entre
tient d'excellentes relations avec la plupart des leaders noirs
modérés, au premier plan desquels le président Houphouët-Boigny.
Un mouvement à l'idéologie très particulière
Démocratie, socialisme, négritude, non-alignement, tels sont les quat
re termes qui figurent sur la devise de l'UNITA.
La démocratie ? Savimbi veut l'établir en Angola d'une manière
pragmatique : « Le MPLA veut fabriquer un Angola fondé sur
V orthodoxie marxiste. Or vous ne fabriquez pas un pays, vous vivez
avec lui, tel qu'il est. Tous les intérêts régionaux, ethniques, religieux,
qui ne sont pas représentés au gouvernement doivent l'être. Sinon on
aboutit fatalement à des résistances, à des révoltes ».
Pour Sabimbi, la démocratie ethnique, (l'égale représentation des
ethnies au sein du gouvernement), est un premier pas vers la
démocratie politique en Afrique. Or, aujourd'hui, les Ôvimbumdus
sont systématiquement écartés du pouvoir à Luanda.
Le socialisme ? Il est très modéré. « L'Angola a besoin d'un Etat fort
pour reconstruire le pays, mais qui respecte la propriété privée. Les 512 I POLITIQUE ÉTRANGÈRE
agricultures collectivisées ont toutes échoué. Notre développement sera
fondé sur l'exploitation agricole individuelle ».
La négritude ? « Nous ne voulons pas disparaître, nous voulons avoir
nos langues, notre culture, nos valeurs, pour pouvoir entrer en contact
avec les autres cultures sans disparaître. Une valeur africaine qu'il ne
faut pas perdre, c'est par exemple la solidarité de la famille élargie,
l'entraide dans le village ».
Le non-alignement ? « C'était un idéal, c'est devenu une illusion.
Nous serons dans la mouvance occidentale. Car les Américains vous
traitent en alliés, les Russes en dominés ».
Mais la caractéristique la plus originale de l'idéologie de l'UNITA est
que ce mouvement de libération est favorable au retour en Angola
des colons portugais qui le souhaiteraient. « Aujourd'hui », dit
Savimbi, « une nation ne peut vivre refermée sur elle-même, je sou
haite que mon pays puisse tirer profit d'une synthèse des bonnes
valeurs africaines et européennes ».
Quel rôle pour l'Occident ?
Gouvernement fantoche et doctrine Brejnev
Face à l'UNITA, que trouve-t-on ? Un MPLA de plus en plus
fantoche mais une stratégie soviétique très décidée.
Agostinho Neto, le premier président communiste d'Angola, avait un
certain charisme et était respecté en Afrique. Son successeur, le
président Dos Santos, métis formé en Union soviétique et marié à
une Soviétique, apparaît plus que jamais comme l'homme des
Russes. La présence militaire soviétique, est- allemande et cubaine
s'est accrue pour protéger le régime. Que peut faire Dos Santos ?
Quelle est sa marge de manœuvre ? Sans les Russes, il est fini. Son
contrôle sur le pays se limite aux grandes villes et aux champs
pétrolifères exploités par la compagnie américaine Chevron et pro
tégés par les soldats cubains. Son armée, dont les jeunes soldats sont
parfois recrutés par rafles sur les marchés, peu motivée, supporte
mal les discriminations faites au profit des combattants à peau
blanche — sur le terrain, lorsque la situation devient mauvaise, les
« conseillers militaires » étrangers sont systématiquement évacués par
hélicoptère.
Si les Soviétiques sont venus aider leurs « frères » en 1975, c'était
moins pour des raisons de solidarité idéologique que pour l'intérêt
stratégique que représente l'Angola, pays riche et pays voisin d'une
Afrique du Sud qui demeure la cible ultime. L'Afrique du Sud
neutralisée, l'Union soviétique disposerait d'un monopole mondial
sur maints minerais stratégiques. Par ailleurs, le port de Luanda offre
à la marine soviétique un moyen incomparable de surveiller tout UN IT A, ANGOLA ET AFRIQUE AUSTRALE I 513
l'Atlantique Sud. La présence cubaine ne coûte pas cher à Moscou :
elle est entièrement financée par les revenus du pétrole angolais. Les
Soviétiques n'ont pas l'intention de laisser facilement tomber d'aussi
bons clients, quitte à transformer l'Angola en citadelle. Aujourd'hui
la doctrine Brejnev s'applique pleinement à l'Angola.
Un nouvel esprit munichois
Reprenons les arguments des adversaires du soutien à l'UNITA des
Etats-Unis, qu'on peut élargir à l'Occident en général. Aider
l'UNITA serait s'aliéner les peuples et les gouvernements anti-apar
theid en Afrique ? L'argument ne tient pas si l'on rappelle simple
ment qu'il s'agit d'un mouvement de libération noir s'efforçaht de
chasser de son pays un corps expéditionnaire blanc.
Le second argument, fataliste, est plus subtil : les Russes et les
Cubains sont là en force, toute aide occidentale à l'UNITA est donc
illusoire, sauf à ne plus se donner de bornes — ici réapparaît le
syndrome du Vietnam. Cette analyse fait fi de l'impact psychologique
considérable d'une telle aide à la fois sur les maquisards et sur le
gouvernement combattu. Plus gravement, elle participe d'une veuler
ie politique systématique dont le principe pourrait se résumer ainsi :
« Tout ce qui pourrait déranger l'ordre établi (fût-il imposé de
fraîche date) est déstabilisateur et dangereux ». Andrew Young,
ambassadeur du président Carter à l'ONU ne disait-il pas « Les
Cubains sont un facteur de stabilité en Angola » ?
Refuser une aide à un mouvement pro-occidental luttant depuis dix
ans contre un coup de force communiste et un corps expéditionnaire
étranger, n'est-ce pas faire preuve du plus bel esprit munichois ? Une
fois Munich passé, les Allemands n'étaient-ils pas, eux aussi, « un
facteur de stabilité » dans la Tchécoslovaquie de 1938-1939 ? Qui plus
est, se refuser systématiquement à aider les mouvements qui se
réclament de l'Occident, n'est-ce pas encourager l'Union soviétique à
de nouvelles aventures coloniales, assurée qu'elle sera de ne pas
trouver d'obstacle étranger sur sa route ? Il n'y va pas seulement de
la morale politique à secourir ses amis, il y va aussi de la défense de
ses propres intérêts.
La seule façon de voir réduire l'influence soviétique en Afrique
australe c'est, nous dit-on, la négociation d'un règlement en Namibie.
Certes, il faut négocier, les pourparlers dussent-ils durer des années.
Mais doit-on pour autant se faire des illusions ? Peut-on raisonnable
ment croire aux promesses de retrait soviéto-cubain une fois la
Namibie indépendante ? Sans une forte pression militaire, sans une
UNITA puissamment armée, croit-on pouvoir amener le MPLA et
ses alliés à faire des concessions ?