La saga du South Stream : un tournant géopolitique pour l’Europe centrale et balkanique

La saga du South Stream : un tournant géopolitique pour l’Europe centrale et balkanique

-

Documents
34 pages
Lire
Le téléchargement nécessite un accès à la bibliothèque YouScribe
Tout savoir sur nos offres

Description

La mort du projet de gazoduc South Stream annoncée en décembre 2014 et le projet alternatif de gazoduc Turkish Stream pourraient être lourds de conséquences pour l'Europe et ses relations avec la Russie. Afin d'évaluer dans quelle mesure la Saga du South Stream a affecté leurs rapports de force, cet article en retrace l’évolution depuis son chapitre d'ouverture, en 2006. En examinant les motivations des parties impliquées dans le South Stream, et en étudiant les perspectives et les défis posés par le projet alternatif vers la Turquie, il dégage trois leçons susceptibles d’orienter les efforts visant à stabiliser l'architecture de sécurité européenne: 1) La commission de l'UE a bel et bien réussi à contenir la stratégie d'intégration verticale de Gazprom; 2) La Russie a démontré qu’elle était prête à sacrifier beaucoup pour empêcher l'Ukraine de tomber dans une sphère d'influence rivale et qu’elle pourrait bien être en mesure d’atteindre son objectif; 3) Cette compétition géo-énergétique s’avère particulièrement risquée pour l’Europe centrale et balkanique et promet d’alimenter la discorde au sein de l'UE.

Sujets

Informations

Publié par
Ajouté le 17 mai 2016
Nombre de lectures 382
Langue Français
Signaler un abus
OSINTPOL
Note d’analyse
12 août 2015
La saga du South Stream : un tournant géopolitique pour l’Europe centrale et balkanique
Fonds de dotation OSINTPOL
Yann Breault
OSINTPOL
Note d’analyse
12 Août 2015
La saga du South Stream : un tournant géopolitique pour l’Europe centraleet balkanique
Fonds de dotation OSINTPOL
Yann Breault
L’intelligence du bien commun
Le Fonds de dotation OSINTPOL est un laboratoire d'idées outhink tank. Il accomplit une mission d'intérêt général en soutenant la rechercheet la diffusion d’analyses en science politique, notamment les domaines liés à la paix et aux relations internationales. Il agit dans l'intérêt du bien commun en conformité avec les valeurs humanistes qui sont les siennes et les idéaux de justice et de liberté énoncés dans la Déclaration universelle des droits de la personne. Les travaux d’OSINTPOL s'inscrivent pleinement dans les débats parcourant ses sphères d'intérêt. La démarche est résolument critique et avant tout orientée vers la production et la diffusion aussi large que possible des savoirs relatifs à ses domaines d'interventions. OSINTPOL ne saurait accomplir efficacement sa missiond’information et de sensibilisation du public sans le soutien de donateurs motivés par la défense du bien commun. Rejoignez-nous sur osintpol.org.
Fonds de dotation OSINTPOL - Tous droits réservés
Les opinions exprimées n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement une prise de position d’OSINTPOL125 rue de Longchamp 75116 Paris Courriel :contact@osintpol.org Tel : +33 (0) 6 02 16 48 02 Site Internet : osintpol.org
ISSN : 2492-248X
Photographie : inauguration en 2013 des travaux d’assemblage de la partie bulgare du South Stream.
Crédit : Gazprom, certains droits réservés.
Fonds de dotation OSINTPOL
OSINTPOL
Sommaire
La saga du South Stream
Sommaire ................................................................................. i
Liste des figures........................................................................ ii
Biographie de l’auteuriii...............................................................
Résumé .................................................................................. iv
Abstract .................................................................................. iv
Introduction...........1................................................................
1. À la source du South Stream: l’Ukraine et le nouveau rapport de force en Europe................................................2
2. Le torpillage du South Stream: combattre l’entrée d’un cheval de Troie ?...............................................................8
3. Le contournement du South Stream: l’émergence d’un axe Moscou-Ankara...............................................................15
Conclusion: quelles leçons pour les acteurs d’Europe centrale et balkanique ?................19................................................
Repères bibliographiques ......................................................... 22
Fonds de dotation OSINTPOL
La saga du South Stream
Liste des figures
OSINTPOL
Figure 1 : carte du projet de gazoduc South Stream reliant la Russie à l’Europe centrale et balkanique……………………………………………………………… 2
ii
OSINTPOL
Biographie de l’auteur
La saga du South Stream
Yann Breault, Ph.D., est associé à OSINTPOL dès les origines du projet. Il enseigne les politiques étrangères des États postsoviétiques au sein du programme de maîtrise en relations internationales de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Il est également professeur à temps partiel de politique comparée à l’Université d’Ottawa. Sa thèse de doctorat (complétée en 2011 sous la direction de Jacques Lévesque) analyse les liens entre les reconstructions des identités collectives et l’évolution des relations extérieures entre la Russie, l’Ukraine et la Biélorussie postsoviétiques. Elle est publiée sous le titre Identité slavo-orientale et diplomatie postsoviétique (Presses académiques francophones, 2012). Il est co-auteur de La Russie et son ex-Empire, reconfiguration géopolitique de l’ancien espace soviétique (Science Po, 2003). Yann Breault a aussi récemment contribué à un ouvrage dirigé par J.L. Black et M. Jones intitulé The Return of the Cold War: Ukraine, the West and Russia (Routledge, 2015). Il est commentateur politique occasionnel à Radio-Canada et gestionnaire du compte Twitter « Postsovietlandia ».
iii
OSINTPOL
Résumé
La saga du South Stream
La mort du projet de gazoducSouth Streamannoncée en décembre 2014 et le projet alternatif de gazoducTurkish Streamêtre lourds de pourraient conséquences pour l'Europe et ses relations avec la Russie. Afin d'évaluer dans quelle mesure la Saga duSouth Streamaffecté leurs rapports de force, cet a article en retracel’évolution depuis son chapitre d'ouverture, en 2006. En examinant les motivations des parties impliquées dans leSouth Stream, et en étudiant les perspectives et les défis posés par le projet alternatif vers la Turquie, ildégage trois leçons susceptibles d’orienter les efforts visant à stabiliser l'architecture de sécurité européenne: 1) La commission de l'UE a bel et bien réussi à contenir la stratégie d'intégration verticale de Gazprom; 2) La Russiea démontré qu’elle était prête àsacrifier beaucoup pour empêcher l'Ukraine de tomber dans une sphère d'influence rivale etqu’elle pourrait bien être en mesure d’atteindre son objectif; 3) Cette compétition géo-énergétique s’avèreparticulièrement risquée pour l’Europe centrale et balkanique et promet d’alimenterla discorde au sein de l'UE.
Abstract
The death of the South Stream announced in December 2014 and the Turkish Stream gas pipeline project possible alternative could have significant consequences for Europe and its relations with Russia. In order to evaluate the extent to which the end of South Stream Saga indicates a changing power relation between Russia and the EU, this article traces the evolution of the pipeline project from its start in 2006. Dissecting the motivations of the parties involved in the South Stream and studying the prospects and challenges of the alternative gas pipeline through Turkey, it concludes with three lessons informing future efforts to stabilize the security architecture of Europe: 1) The EU commission is successfully containing Gazprom’s vertical integration strategy; 2) Russia is sacrificing a lot to prevent Ukraine for falling into a rival sphere of influence and could very well achieve its goal; 3) The ongoing geo-energy battle is particularly risky for Central Europe and Balkan regions and could increase disharmony within the EU.
Pour citer ce document
Yann Breault, « La saga du South Stream : un tournant géopolitique pour l’Europe centrale et balkanique»,Note d’analysed’OSINTPOL, 12 août 2015.
iv
OSINTPOL
Introduction
La saga du South Stream
er Le 1 décembre 2014, le président russe Vladimir Poutine se rend à Ankara pour y annoncerla construction d’uneimportante nouvelle voie gazière, leTurkish Stream. Il s’agit en l’occurrence d’une solution alternative auSouth Stream, le projet de gazoduc sous-marin en direction de l’Europe centralevia1 la Bulgarie, dontGazprom annonce simultanément la mort. Si l’on en croit l’explication officielle, cette mort serait directement causée par les obstacles 2 crées par la Commission européenne .
Tant à Bruxelles qu’à Berlin, on peine à croire qu’il s’agit là d’un tournant décisif. Le chef de la Commission Jean-Claude Junckers’empressede formuler 3 l’hypothèse d’unchantage politique , tandis que la chancelière allemande Angela Merkel encourage la Bulgarie à reprendre les négociations avec 4 Gazprom. Pourtant, il appert que les efforts visant à contraindre le consortiumSouth Streamd’accepter les dispositions du paquet« troisième énergie» ne fonctionneront pas. Avant la fin de l’année 2014, les trois entreprises européennes impliquées dans le projetEDF (France),BASF-Wintershall (Allemagne) etEDI (Italie) annoncent qu’elles se retirent de 5 l’aventure, cédant leurs parts (qui totalisaient 50%) àGazprom.
Ce dénouementaussi spectaculaire qu’inattendue représente-t-il un virage irréversible dans la relation énergétique entre la Russie et l’Europe? Tant et aussi longtemps que les travaux de construction duTurkish Streamne seront pas lancés, aucun scénario n’est à exclure. Or, compte tenu des leçons que les États de l’Europe centrale et balkanique peuvent d’ores et déjà tirer du projet de rapprochement avec la Turquie annoncé par Moscou, l’abandon duSouth Streampromet d’être lourd de conséquences, notamment pour l’harmonie au sein de l’Union européenne (UE).
Afin d’évaluer dans quelle mesure l’échec duSouth Streamun traduit changement dans le rapport de force entre la Russie et l’UE, cet article examine, dans un premier temps, les caractéristiques de son évolution depuis sa naissance. Dans un second temps, il discute les motivations des principaux acteurs impliqués dans ce projet, cherchant à cerner les contours de la confrontation qui s’est mise en place depuis son lancement en 2006. Dans un
1 er «Putin, Gazprom Say South Stream Pipeline 'Closed'»,RFE/RL, 1 décembre 2014. 2 er «News conference following state visit to Turkey»,President of Russia, 1 décembre 2014. 3 «Russia is 'strategic problem' for EU, Juncker says»,EUbusiness, 4 décembre 2014. 4 «Merkel urges Bulgaria to seek new talks with Putin on South Stream»,Reuters, 15 décembre 2014. 5 E. Mazneva et J. Kraus, «Gazprom to Buy Out Partners in Canceled South Stream Project», Bloomberg, 29 décembre 2014.
Fonds de dotation OSINTPOL
La saga du South Stream
OSINTPOL
troisième temps, prenant acte des nouveaux défis posés par l’ambition russe d’une collaboration intensifiée avec Ankara, cet article identifie les enseignements que l’on peuttirer du dénouement de cette saga.
1.À la source du South Stream: l’Ukraine nouveau rapport de force en Europe
et
le
C’est d’abordavec l’Italie que la Russies’associe pour lancer le projet de construction d’un gazoduc sous-marin destiné à acheminer annuellement 63 3 milliards de m de gaz russe aux Balkans, faisant de cette région un tremplin pour les approvisionnements de l’Italie et de l’Europe centrale.novembre En 2006,Gazprom(Russie) etENI(Italie) signent une entente stratégique « pour 6 la créationd’une alliance internationalevue de réaliser un tel projet. Le» en président Sylvio Berlusconi développe alors une relation de proximité et même de complicité avec Poutine.Gazprom(dont l’actionnaire majoritaire depuis 2005 est l’État russe)etENI (dont le principal actionnaire est l’État italien) collaborent pour la construction du gazoduc sous-marinBlue Stream(d’une 3 capacité de transport annuel de 16 milliards de m ) reliant la Russie à la 7 Turquie (en opération depuis 2003) .
Avec cette nouvelle entente, Berlusconi gagne non seulement un autre lucratif contrat de construction de gazoduc sous-marin pourSaipemfiliale (une d’ENI),mais aussi la possibilité d’être relié à une source d’énergie avantageuse. C’est du moins ce que l’on espère à Rome, considérant que les alliés de la Russie parviennent à négocier de meilleurs prixou d’autres privilèges 8 périphériques (comme des contrats d’armements, dans le cas de l’Italie). Dans la mesure oùGazpromdoit servir les intérêts de son actionnaire majoritaire, il est notoire que les prix proposés varient en fonction du degré de coopération économique et de soutien diplomatique offert par le client. C’estlargement ce qui explique, par exemple, que la Biélorussie, qui est membre de l’Union eurasiatique, paie son gaz près de deux fois moins cher que la Lituanie, qui elle 9 est membre de l’UE.
6 «Eni and Gazprom sign strategic agreement»,ENI Press release, 14 novembre 2006. 7 «Blue Stream»,Gazprom, 2003-2015. 8 Il est intéressant que souligner que Moscou asigné un important contrat d’achat de véhicules blindés multifonctions avec la firme italienneIveco Defence Vehicles, et ce malgré des critiques internes à l’effetque les industriels russes étaient en mesure de produire de tels véhicules. «Italian Combat Vehicle in New Fight With Russian Tigr»,RIA Novosti, 21 janvier 2013. 9 G. Kates et L. Luo, «Russian Gas: How Much Is That? »,RFE/RL, 1er juillet 2014.
2
OSINTPOL
La saga du South Stream
Figure 1 : carte duprojet du gazoduc South Stream reliant la Russie à l’Europecentrale et balkanique
Source : Gazprom, 2014.
3