La victoire électorale de la "droite d en bas"
1 page
Français

La victoire électorale de la "droite d'en bas"

-

YouScribe est heureux de vous offrir cette publication
1 page
Français
YouScribe est heureux de vous offrir cette publication

Description

Page FIGARO/CEVIPOF

Sujets

Informations

Publié par
Publié le 30 septembre 2014
Nombre de lectures 41
Langue Français

Exrait

Jean-Pierre Bel
(PS) 2011-2014
mardi 30 septembre 2014 LE FIGARO
16 CHAMPS LIBRES ÉTUDES POLITIQUES
PASCAL
PERRINEAU La victoire électorale
de la « droite d’en bas »
Réplique du raz-de-marée des élections municipales, les succès de la droite et du centre
ferment la parenthèse ouverte en 2011 d’une gauche dominatrice au Sénat.
La montée en puissance de la droite conseils municipaux), seule a voté la De 1968 à 1992, c’est un présidentes élections sénatoriales du di-
manche 28 septembre pour le et du centre sur l’ensemble du territoi- moitié des départements et territoires centriste (Alain Poher) aux ardeurs op-
renouvellement de 179 des re national a fermé la parenthèse puisque le renouvellement du Sénat se positionnelles suffisamment affirmées L348 sénateurs qui composent la ouverte en septembre 2011 qui avait vu fait par moitié tous les trois ans (64 dé- pour s’opposer à Georges Pompidou lorsProfesseur
Haute Assemblée du Palais du Luxem- la gauche emporter la seconde Cham- partements et territoires étaient de l’élection présidentielle de 1969 qui
des universités bourg se sont déroulées dans le cadre bre. Cette victoire signe la troisième concernés dimanche dernier), la cam- prit en main les destinées du Sénat.
et chercheur au Centre feutré des départements et des territoi- défaite électorale de la gauche en une pagne électorale n’a que peu utilisé les Ce n’est que dans la deuxième moitié
de recherches res et collectivités d’outre-mer auprès année. Elle marque la capacité de la médias et s’est faite essentiellement des années 1980 que le groupe du RPR
politiques de Sciences d’un électorat de grands électeurs issus droite et du centre à se reconstruire par dans le petit monde des élus et des mai- devint le groupe le plus puissant du Sé-
pour l’essentiel des conseils munici- le bas en dépit des hésitations et des ries. Toutes ces règles et ces pratiques nat. Mais celui-ci dut faire face à l’al-Po (Cevipof).
paux. 1 738 candidats ont brigué les conflits qui continuent à marquer la engendrent des élections d’intercon- liance des centristes et de la droite non
suffrages de 88 511 grands électeurs. Le droite et le centre au plan national. Elle naissance. Les candidats connaissent gaulliste qui soutint de 1992 à 1998 René
résultat a été imparable : la droite et le signe également la capacité du Front souvent personnellement la plupart de Monory, membre de l’UDF et proche du
La perte de la majorité centre l’ont emporté nettement par national à devenir un « Front local » leurs électeurs. Ils les rencontrent dans président Valéry Giscard d’Estaing.
au Sénat signe une troisième une majorité qui dépasse les 30 sièges dans deux départements (Bouches-du- les assemblées locales, les intercommu- À la fin des années 1990, le Sénat
défaite électorale pour alors que la majorité de gauche sortan- Rhône et Var) où il avait accumulé de nalités et les nombreux lieux de la vie connut son premier président issu des
la gauche qui abordera te n’avait qu’une courte avance de 6 bonnes performances municipales en associative et politique départementale. rangs du gaullisme : Christian Poncelet
en position de faiblesse sièges. mars 2014. En cela, le Sénat reste fidèle à la voca- auquel a succédé, en 2008, Gérard Lar-
les prochains scrutins Cette ample victoire est la réplique du Il reste maintenant à la droite et au tion que Gambetta lui assignait en 1875, cher. La lente évolution des majorités
(départemental en mars et raz-de-marée que la droite avait connu centre à transformer l’essai sénatorial celle d’être « le grand conseil des com- sénatoriales montre comment la Haute
régional en décembre 2015). aux dernières élections municipales. Les en montrant leur aptitude à réguler la munes de France », le lieu de l’esprit Assemblée a été peu à peu saisie d’un
Outre des dommages grands électeurs sénatoriaux ont communal qui mouvement de politisation et de bipola-
symboliques pour confirmé les choix de mars 2014. Ils ont constituait à risation. Le point d’acmé de cette ten-
C’est une chose de convaincre le « hollandisme » (perte réagi comme l’ensemble du corps élec- ses yeux les dance a été bien sûr l’alternance de
de la Corrèze, échec de deux toral qui les avait élus. « entrailles de l’automne 2011 où pour la première foisune majorité de grands électeurs«
ela démocra- sous la Vanciens ministres en Savoie La détérioration de la cote du prési- République, un président so-et d’élus locaux, c’en est une autre
et dans l’Aveyron), l’irruption dent de la République et de son premier tie ». C’est cet cialiste (Jean-Pierre Bel), porté par une
d’emporter une majorité d’électeurshistorique de deux sénateurs ministre, les oppositions rencontrées état d’esprit majorité de gauche, fut élu à la tête du
du Front national dans par la majorité dans la mise en œuvre de que l’on re- Sénat.éloignés des appareils politiques
la Haute Assemblée ouvre, la réforme territoriale ou encore des trouve dans la Cette politisation a fait entrer les
et des institutions éluesselon l’expression de Pascal rythmes scolaires, les difficultés finan- Constitution bruits et les fureurs de la société et du »
Perrineau, l’ère du « front cières auxquelles les collectivités locales de 1958 qui, système politique jusqu’au cœur du Sé-
local ». sont confrontées et la détestable rentrée dans son arti- nat et des élections qui organisent son
Confortée par une poussée politique de la majorité ont fait le reste. compétition qui les traverse pour la cle 24, précise que le Sénat « assure la renouvellement. En 2011, la victoire de
du centre « faiseur La gauche n’a pu faire que de la résis- présidence du Sénat. Ensuite, s’ouvrira représentation des collectivités territo- la gauche au Sénat reflétait la forte
de majorité », la droite est tance particulièrement dans les dépar- la période où la droite associée au centre riales de la République ». poussée de la gauche dans les territoires
en mesure de ralentir le travail tements où a été introduite la représen- devra faire la preuve de ses talents à La force de ces grands électeurs est et elle annonçait la victoire présiden-
législatif d’un gouvernement tation proportionnelle élisant trois construire une alternative législative, à supérieure à leur nombre. Elle réside tielle de 2012. Aujourd’hui, la victoire de
qui veut aller vite. De plus, sénateurs. Ce qui lui a permis de « sau- défendre les territoires et à faire sentir à dans les territoires qu’ils représentent. la droite reflète l’impressionnante dy-
aucune réforme ver les meubles » (Calvados, Charente- l’opinion qu’elle peut être une force D’ailleurs toutes les grandes démocra- namique de celle-ci aux dernières élec-
constitutionnelle et pas une loi Maritime, Saône-et-Loire, Sarthe, crédible susceptible de prétendre à l’al- ties se reconnaissent à leur capacité tions municipales de mars 2014 et révèle
organique ne peuvent se faire Somme, Vaucluse…). ternance en 2017. L’ensemble du peuple d’allier la représentation des hommes et un rééquilibrage profond des forces po-
sans l’aval de la droite Partout ailleurs, la dynamique de la sera alors consulté. celle des territoires dans lesquels ils vi- litiques dans le pays.
sénatoriale. Une façon aussi droite a traversé le corps électoral séna- C’est une chose de convaincre une vent. Cependant, l’échéance de 2017 n’aura
de montrer qu’elle détient torial. Elle a fait « craquer » de vieux majorité de grands électeurs et d’élus Pendant longtemps cette représenta- lieu que dans deux ans et demi. Pour
une des clés de la relève. ■ départements de gauche (Ardèche, locaux, c’en est une autre d’emporter tion des territoires a pu être en décalage l’instant, le « mouvement d’en bas »
JOSSELINE ABONNEAU Aveyron, Corrèze, Haute-Saône, Terri- une majorité d’électeurs éloignés des partiel avec la représentation des hom- initié aux municipales de mars 2014 a
toire de Belfort…) où la droite a raflé appareils politiques et des institutions mes que privilégie l’Assemblée nationa- été confirmé. On verra ce qu’il en est
l’ensemble des postes de sénateurs. élues. le ou l’élection présidentielle. La com- lors des prochaines élections départe-
Dans nombre d’autres départements, la Les élections sénatoriales au suffrage position des majorités au Sénat en a mentales et régionales de 2015. Et sur-
droite a grignoté le capital des sortants universel indirect sont d’une nature souvent été le signe. De 1959 à 1968, le tout si le « mouvement d’en haut » en-
de gauche en emportant un ou deux siè- particulière : le vote y est obligatoire, le Sénat a eu un président radical (Gaston gagé à l’UMP et à l’UDI est à la hauteur
ges (Côtes-d’Armor, Drôme, Finistère, corps électoral est composé essentielle- Monnerville) et les groupes sénatoriaux de la confiance que les électeurs qu’ils
» Lire aussi nos articles sur les Haute-Garonne, Ille-et-Vilaine, Rhô- ment d’élus locaux (96 % des électeurs soutenant le gaullisme étaient la plupart soient « grands » ou non font à la droite +
« Sans la liberté de blâmer, il nélections sénatoriales’est point d’éloge atteur » Beaumarchais PAGES 5 À 7 ne, Seine-Maritime…). sénatoriaux sont des délégués des du temps minoritaires. et au centre sur le terrain local. ■
Le nouveau SénatLe Sénat sortant
PAR COULEUR POLITIQUE, en nombre de sièges (dans l’attente de la constitution définitive des groupes)PAR GROUPE PARLEMENTAIRE, en nombre de sièges
Groupe Groupe du Groupe Groupe Union Écologistes Centristes
rassemblement communiste écologiste des démocrates (UDI-UC-Divers droite)
Radicaux de gaucherépublicain démocratique et indépendants 5 et divers gaucheet citoyen et social - Union centriste
Non 2 FN 2 Noneuropéen inscrits inscritsCommunistes et
Parti de gauche
4 10 4316
10 Vacants19 145113
UMP31 socialistes130128
Groupe UnionGroupe 17pour unsocialiste21 mouvementet apparentés
populaire
PAR COULEUR POLITIQUE, en nombre de sièges
âge moyen âge moyen62 61
du Sénat du Sénatans ans
348 sièges nombre de nombre de 348 sièges80 87femmes femmes(MAJORITÉ ABSOLUE : 175 SIÈGES) (MAJORITÉ ABSOLUE : 175 SIÈGES)Les présidents
du Sénat
esous la V
République
Photos : AFP, J.-C. Marmara/Le Figaro
Gaston Monnerville Alain Poher René Monory Christian Poncelet
(RADICAL) 1959-1968 (CENTRISTE) 1968-1992 (UDF) 1992-1998 (RPR-UMP) 1998-2008
59 1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010 2014
Gérard Larcher
(UMP) 2008-2011
A

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents