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Les partis de gauche dans la spirale du déclin

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LE FIGARO mercredi 13 mai 2015
13ÉTUDES POLITCIQUHESAMPS LIBRES
PASCAL
PERRINEAU Les partis de gauche
dans la spirale du déclin
L’effondrement du PS hypothèque une possible dynamique de rassemblement
de la gauche autour du candidat socialiste à l’élection présidentielle de 2017.
exercice prolongé du sociaux mais aussi sur celui des indica- La gauche est profondément divisée et effets pervers d’une politique de l’offre
pouvoir a épuisé la teurs de popularité. très éloignée de la dynamique de rassem- trop favorable aux entreprises. Jusqu’au
gauche, qui semble Or, la candidature à l’élection prési- blement qui avait porté François Hollan- cœur du parti au pouvoir, le débat et
minée au plan local dentielle est soumise, parmi d’autres de à l’Élysée en mai 2012. L’apparition l’affrontement battent leur plein.Professeur
et au plan national. contraintes, à une « contrainte de popu- d’une fronde interne au groupe socialiste À quelques semaines du congrès dedes universités L’Les élections muni- larité ». Depuis juin 2012, le président a qui ne cesse de s’exprimer sur le terrain Poitiers du Parti socialiste (5-7 juin à Sciences Po,
cipales de 2014 puis les élections dépar- perdu 39 points : la chute est vertigineu- législatif depuis deux ans, l’entrée en dis- 2015), la motion « À gauche, pour
gachercheur au Cevipof tementales de 2015 ont fait voler en se et rend difficile le travail de recon- sidence des Verts qui ont quitté avec fra- gner » présentée par nombre de députés
éclats un socialisme local solidement quête de l’opinion. L’effondrement n’est cas le gouvernement de gauche en avril frondeurs dénonce « l’étau libéral » qui
établi depuis des décennies. Toutes ten- pas seulement personnel mais s’inscrit 2014, le départ de ministres socialistes enserre l’économie de la zone euro, les
Trois ans après son arrivée au dances confondues, la gauche a été ra- dans un mouvement général d’affaisse- frondeurs (Benoît Hamon, Aurélie Filip- « engagements oubliés de 2012 » et la
népouvoir, la gauche semble menée sous le seuil des 40 % de suffra- ment des gauches. petti, Arnaud Montebourg) du gouver- cessité de se démarquer des « politiques
épuisée, divisée et sans res- ges exprimés (38,8 % aux municipales En mai 2015, aucun ministre du gou- nement en août 2014, la quasi-opposition de rigueur ». La critique est vive, la
gausort. Sa fragmentation est qua- et 36,8 % aux départementales). Quant vernement, si ce n’est Ségolène Royal, du Parti communiste, dont une partie des che étant accusée de « singer la droite ».
si inéluctable. Décliner est son à la gauche présidentielle et gouverne- ne dépasse la barre des 25 % en termes députés n’a pas hésité à voter la motion Cela veut-il dire que se dessine à la
gauavenir, celui-ci étant au plu- mentale, elle bat des records d’impopu- de cote d’avenir. Indépendamment d’un de censure déposée par la droite en fé- che du PS et du gouvernement une
alriel. Tel est le constat des lieux larité. Seule la figure du premier minis- premier ministre qui résiste aux grands vrier dernier, enfin, le « Hollande ternative qui constituerait un nouveau
que dresse Pascal Perrineau tre semble échapper au jeu de massacre. bashing » auquel ressort pour la gauche française ?
dans son étude, passant en re- Avec 35 % de confiance, Manuel Valls s’est remis avec En Grèce et en Espagne, la crise de laJamais dans l’histoire des oppositions vue les faiblesses congénitales est l’unique figure de gauche à dépasser ardeur Jean-Luc gauche a ouvert un espace pour le retour entre socialisme gouvernemental «et conjoncturelles des partis de la barre des 30 %. Mélenchon sont de gauches de contestation ; ce n’est pas
gauche et du pouvoir exécutif. La confiance que les Français font au et socialisme militant autant de signaux le cas en France. La gauche est sans
resÀ cela s’ajoute, selon le po- président de la République « pour résou- du profond déla- sort, d’une part au plan interne, où le fossé n’a été aussi grand»litologue, la conversion tardi- dre les problèmes qui se posent en Fran- brement d’une « l’effet 11 janvier » a duré quelques
seve au social-libéralisme de la ce actuellement » atteint 16 %. Elle se si- vents de l’impopularité, aucun ministre gauche qui n’est bien sûr ni unie ni même maines, d’autre part sur son flanc
gaugauche de gouvernement aux tue à 14 points en dessous de celle même dans les fonctions régaliennes les plurielle mais éclatée. che, où les partis et les leaders
représenprises avec le socialisme mili- investie en Nicolas Sarkozy trois ans plus fortes ne parvient à exister forte- Les oppositions ne sont pas seulement tatifs de cette mouvance font de moins
tant. Cet affrontement qui a après le début de son mandat ; à 16 points ment dans l’opinion. À cet égard, Ma- sur les personnes, le style ou la stratégie en moins recette.
envenimé pendant trois ans en dessous de celle dont bénéficiait Jac- nuel Valls apparaît comme un homme mais sur le fond de la politique menée au L’embellie de la « gauche
républicailes débats au Parlement de- ques Chirac en 2005 ou encore à seul, coincé entre un président impopu- plan économique et social. Les débats ne » n’a rien changé à la spirale du
dévrait aussi se manifester 24 points en dessous de celle qui soute- laire et un gouvernement atone. La sur l’Europe, la réforme des retraites, le clin, les divers membres de l’exécutif
bruyamment en juin prochain nait François Mitterrand en 1984. même désillusion touche les partis de financement de la Sécurité sociale, le socialiste se retrouvent dans la situation
au congrès du PS, « la gauche La situation est donc bien critique pour gauche, au premier rang desquels figure pacte de stabilité, le budget 2015 ou en- de désamour qui était la leur en
décemétant accusée de singer la l’actuel locataire de l’Élysée : la confiance le Parti socialiste. core la loi Macron ont été autant d’occa- bre 2014. Quant aux leaders de la
droite ». n’atteint 25 % dans aucune catégorie de Depuis juin 2012, toutes les compo- sions réitérées de mesurer l’ampleur de contestation de gauche, qu’ils agissent à
Alors que les gauches s’ins- sexe, d’âge ou de position socioprofes- santes de la gauche sans exception ont la contestation. l’intérieur du PS ou en dehors, leur
érocrivent dans un mouvement sionnelle. Elle est exceptionnellement connu une érosion. Au cœur de la gau- Jamais dans l’histoire des oppositions sion est inéluctable et de même ampleur
d’affaissement général, l’étau faible dans certaines catégories : les 25- che, le PS s’est littéralement effondré entre socialisme gouvernemental et so- que celle qui a saisi les leaders de la
ordo-libéral qui enserre 34 ans (11 %), les commerçants, artisans (- 27 points en termes de bonnes opi- cialisme militant le fossé n’a été aussi « gauche de gouvernement ».
l’économie de la zone euro, les et chefs d’entreprise (11 %) et les ouvriers nions) sans que les partis de la « gauche grand. La gauche française a attendu, L’horizon pour la gauche est sombre.
engagements oubliés de 2012 (12 %). Au sein même de ses « soutiens de la gauche » ne récupèrent – tout au plus que d’autres en Europe, pour en- Si la gauche veut gagner, iI ne lui reste
et la nécessité de se démar- naturels » François Hollande est minori- contraire – les fruits de la désillusion : le voyer les premiers signaux du social-li- plus qu’à compter non pas sur ses
proquer des « politiques de ri- taire : 42 % des électeurs de gauche lui Parti communiste a perdu 13 points, le béralisme. L’accueil de ce nouveau cours pres forces mais sur une force
extérieugueur » plombent toute dyna- accordent leur confiance contre 57 % qui Parti de gauche, 14, alors que la contes- idéologique de la gauche a provoqué le re - celle d’une conjoncture
économimique de rassemblement la lui refusent. Si le président de la Répu- tation radicale du Nouveau Parti antica- réveil d’une tradition qui continue à que qui neutraliserait ses échecs - ou
indispensable pour gagner blique veut se représenter, le handicap à pitaliste, qui ne faisait déjà pas beaucoup croire dans les vertus d’une politique de encore sur une faiblesse externe – celle
l’élection présidentielle de remonter est lourd non seulement sur le recette, s’étiole et que la « différence » relance de la demande au travers d’un de ses adversaires UMP et FN empêtrés
2017. ■ J. A. terrain des indicateurs économiques et écologiste peine à convaincre. engagement fort de l’État et dénonce les dans des difficultés internes. ■
Source : TNS Sofres -L’effet éphémère du 11 Janvier... COTE DE CONFIANCE* ou COTE D’AVENIR DES MEMBRES DU GOUVERNEMENT, en % ... et l’échec d’une alternative à gauche COTE D’AVENIR, en %
Figaro Magazine
Juin-déc. 2012 2013 2014 Janv. -mai 2015*pour François Hollande et Manuel VallsDéc. 2014 Fév. 2015 Mai 2015
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M. Valls M. Touraine M. Sapin F. Pellerin J.-Y. Le Drian B. Cazeneuve Benoît Hamon Arnaud Montebourg J.-Luc Mélenchon
La perte d’influence de l’ENA dans l’élite du pouvoir politique
Membres du cabinet du premier l’énarchie pantouflarde », souligne Luc le mouvement de diversification du re- conseillers sont entrés dans le circuit
éliJOSSELINE ABONNEAU ministre issus d’une école Rouban, citant en exemples Emmanuel crutement de cette nouvelle élite politi- taire des cabinets et directions
d’admijabonneau@lefigaro.frde commerce, EN % Source : Luc Rouban / Cevippof Macron énarque passé par la banque que pétrie de méthodes entrepreneuria- nistration sous Michel Rocard, et 25 %
Rothschild ou encore Jean-Pierre Jouyet, les étrangères au service public et à sous Lionel Jospin. À Matignon, 8 % des
Chirac (74-76) 0 DANS L’ENTOURAGE du président de la inspecteur des finances ex-patron de l’État. À Matignon, ce profil de recrues conseillers ont fait leurs premières armes
République et du gouvernement, quelque Barclays France. Cette évolution appe- était totalement absent dans les cabinets dans les entourages de Michel Rocard et Barre (76-81) 2
cinq cents hommes et femmes non élus lant quelques correctifs s’inscrit dans le de Jacques Chirac et même dans celui 20 % au temps de Lionel Jospin. Une
tenMauroy (81-84) 4 incarnent, selon la formule de Luc Rou- nouveau mode de recrutement de l’élite d’Édith Cresson, éphémère premier mi- dance qui se duplique dans les
ministèban, directeur de recherches (Sciences ayant une grande expérience de l’entre- nistre formée par HEC jeunes filles. res, selon les mêmes proportions (8 % et
Fabius (84-86) 11 Po-Cevipof), « la politique par le haut * ». prise privée et de plus en plus puisée dans Même chez les premiers ministres (Ray- 18 %) et imprime un engagement
politiCette élite de l’ombre joue un rôle décisif les banques, les affaires. mond Barre, Édouard Balladur) considé- que de plus en plus marqué de la haute Chirac (86-88) 0
dans la définition et le suivi de l’action Selon Luc Rouban, « 36 % des rés comme libéraux, cette proportion administration.
Rocard (88-91) 2 publique de l’exécutif. Elle est constituée conseillers de François Hollande sont pas- reste infime (voir infographie). Avec le « Cette récente évolution reflète, selon
d’une part des conseillers du président de sés au moins une fois dans le privé, contre septennat de Nicolas Sarkozy, la tendan- Luc Rouban, l’évolution générale des élites
Cresson (91-92) 0 la République et du premier ministre, des 28 % de ceux de Nicolas Sarkozy ». En for- ce s’inverse réellement pour se mainte- administratives. Elle accroît la fracture
directeurs et directeurs adjoints des cabi- te progression sous la présidence Hollan- nir à un niveau similaire, tant à l’Élysée culturelle et sociale entre le sommet de Bérégovoy (92-93) 5
nets ministériels participant activement de, cette source de recrutement n’a ja- (14 % et 12 %*) qu’à Matignon (12 % et l’appareil d’État et les petits fonctionnaires
Balladur (93-95) 3 aux choix et aux orientations économi- mais été autant mise à contribution, la 11 %). qui ne s’identifient plus à cette élite
politieques et sociales, et d’autre part des direc- V République se singularisant par une Parallèlement, les frontières entre ad- que mondialisée ouverte sur l’Europe qui
Juppé (95-97) 10 teurs et secrétaires généraux d’adminis- quasi-absence à la présidence de la Ré- ministration et politique s’estompent au colonise l’administration et ruine leurs
tration centrale qui mettent en œuvre les publique de conseillers venus de la sphè- niveau des états-majors du pouvoir exé- perspectives de carrière. » Traditionnel-Jospin (97-02) 5
programmes politiques. re économique publique et privée. En cutif qui, à côté d’un recrutement de mi- lement acquis à la gauche, cet électorat
Raffarin (02-05) 10 D’emblée, l’étude des « entourages de 1974, sous le septennat de Valéry Giscard litants (élus, responsables politiques), regarde désormais à droite, prête une
l’exécutif de Nicolas Sarkozy à François d’Estaing, ces conseillers représentent sollicitent des collaborateurs « politisés » oreille complaisante aux discours
antiVillepin (05-07) 16 Hollande » met à mal l’idée d’un retour 11 % ; en 1981, l’appel d’air de l’alternance (ancien collaborateur, membre d’un club élites, antieuropéens, antimondialisation
de l’énarchie à l’Élysée, celle-ci repré- politique dope la tendance (24 %), mais le de réflexion, expert passé dans plusieurs du Front national. ■Fillon (07-12) 12
sente 39 % des conseillers « hollandais » second septennat mitterrandien la fait cabinets ministériels de même couleur * www.cevipof.com/les enjeux
Ayrault (12-14) 11 contre 50 % pour les « sarkozystes ». retomber à 9 %, elle reflue encore sous la politique, etc.). Le début du quinquennat Luc Rouban, « La politique par le haut :
« La rupture voulue par Nicolas Sarkozy se présidence de Jacques Chirac (7 %). de François Hollande est marqué par une les entourages de l’exécutif
11Valls (2014-) poursuit sous le quinquennat Hollande. Il Plus que l’origine sociale, le passage intense mobilisation de réseaux politisés de Nicolas Sarkozy à François Hollande »,
n’y a pas de retour de l’énarchie sauf dans une école de commerce caractérise à partir de 2012. À l’Élysée, 12 % des avril 2015.
Infographie
A
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