Mémoires de Louise Michel écrits par elle-même

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extrait : On peut repousser ses idées, blâmer ses actes 

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EAN13 9782824711973
Langue Français
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LOU ISE MICH EL
MÉMOI RES DE LOU ISE
MICH EL ÉCRI TS P AR
ELLE-MÊME
BI BEBO O KLOU ISE MICH EL
MÉMOI RES DE LOU ISE
MICH EL ÉCRI TS P AR
ELLE-MÊME
1886
Un te xte du domaine public.
Une é dition libr e .
ISBN—978-2-8247-1197-3
BI BEBO OK
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V ous de v ez aribuer l’ o euv r e aux différ ents auteur s, y
compris à Bib eb o ok.P RÉF A CE DE L’ÉDI T EU R
   des noms si r etentissants et d’une notoriété telle qu’il suffit
de les mer e sur la couv ertur e d’un liv r e sans qu’il soit né cessair eI de présenter l’auteur au public.
Et p ourtant je cr ois utile de fair e pré cé der ces Mémoires d’une courte
préface .
T out le monde connaît, ou cr oit connaîtr e l’ e x-dép orté e de 1871, l’ e
xp ensionnair e de la maison centrale de Cler mont, la prisonnièr e de vant
laquelle viennent enfin de s’ ouv rir les p ortes de Saint-Lazar e .
Mais il y a deux Louise Michel  : celle de la lég ende et celle de la ré alité ,
qui n’ ont l’une av e c l’autr e aucun p oint de r essemblance .
Pour bien des g ens, et — p our quoi ne p as l’av ouer — p our la grande
majorité du public, et surtout en pr o vince , Louise Michel est une sorte
d’ép ouvantail, une impito yable virag o , une ogr esse , un monstr e à figur e
humaine , disp osé e à semer p artout le fer , le feu, le p étr ole et la dy namite . . .
A u b esoin on l’accuserait de mang er tout cr us les p etits enfants. . .
V oilà la lég ende .
Combien différ ente est la ré alité  :
Ceux qui l’appr o chent p our la pr emièr e fois sont tout stup éfaits de se
tr ouv er en face d’une femme à l’ab ord sy mp athique , à la v oix douce , aux
1Mémoir es de Louise Michel é c rits p ar elle-même Chapitr e
y eux p étillants d’intellig ence et r espirant la b onté . Dès qu’ on a causé un
quart d’heur e av e c elle , toutes les pré v entions s’ effacent, tous les p artis
pris disp araissent  : on se tr ouv e subjugué , char mé , fasciné , conquis.
On p eut r ep ousser ses idé es, blâmer ses actes  ; on ne saurait s’
empêcher de l’aimer et de r esp e cter , même dans leur s é carts, les convictions
ardentes et sincèr es qui l’animent.
Cee violente anar chiste est une sé ductrice . Les dir e cteur s et les
emplo yés des nombr euses prisons trav er sé es p ar elle sont tous de v enus
ses amis  ; les r eligieuses elles-mêmes de Saint-Lazar e vivaient av e c cee
athé e , av e c cee far ouche ré v olutionnair e en p arfaite intellig ence .
C’ est qu’il y a, en effet, chez elle — que M ˡˡᵉ Louise Michel me p
ardonne  ! — quelque chose de la sœur de charité . Elle est l’abnég ation et
le dé v ouement incar nés. Sans s’ en douter , sans s’ en ap er ce v oir , elle joue
autour d’ elle le rôle d’une pr o vidence . Oublieuse de ses pr opr es b esoins
et de ses pr opr es ennuis, elle ne se pré o ccup e que des chagrins ou des
b esoins des autr es.
C’ est p our les autr es — p ar ents, amis ou étrang er s — qu’ elle vit et
qu’ elle travaille . Et le p arloir de Saint-Lazar e , où elle r e ce vait de
nombr euses visites quotidiennes, était de v enu une sorte de bur e au de charité
en même temps qu’un bur e au de placement, car la prisonnièr e du fond
de sa cellule s’ing éniait p our tr ouv er des emplois à ceux qui étaient sans
ouv rag e et p our donner du p ain à ceux qui avaient faim. . . Elle multipliait
les cor r esp ondances, n’hésitait p as à imp ortuner ses amis — qui ne s’ en
plaignaient jamais — à plaider p our ses pr otég és.
L’ane cdote suivante donnera la mesur e de sa b onté  :
Il y tr ois ans, elle allait fair e une série de confér ences à Ly on et dans les
autr es villes de la région du Rhône . Partie av e c une r ob e toute neuv e , elle
r e vint, quinze jour s plus tard, au grand scandale de sa p auv r e mèr e , av e c
un simple jup on  ; la r ob e de cachemir e noir avait disp ar u  ! N’ayant plus
d’ar g ent elle l’avait donné e à Saint-Étienne à une malheur euse femme qui
n’ en avait p as, r enouv elant ainsi la lég ende de saint Martin. . .
Encor e l’é vê que de T our s ne donnait-il que la moitié de son mante au  ;
Louise Michel offrait sa r ob e tout entièr e  !
J’ai p arlé de sa mèr e . Ah  ! v oilà encor e un des côtés touchants de M ˡˡᵉ
Michel. En lisant ses Mémoires , on v er ra à quel p oint est dé v elopp é chez
2Mémoir es de Louise Michel é c rits p ar elle-même Chapitr e
elle le sentiment de la piété filiale . C’était une véritable adoration. Cee
femme , à quarante ans p assés, était soumise comme une p etite fille de dix
ans de vant l’autorité mater nelle . Enfant ter rible , p arfois, il est v rai  !. . .
Ayant r e cour s, p our ép ar gner à sa digne mèr e une inquiétude et une
ang oisse au milieu de ses p érilleuses av entur es, à une foule d’inno cents
subterfug es et de p etits mensong es  !
Rien qu’ en l’ entendant dir e  : « Maman », on se sentait ému  ; on ne
se souv enait plus qu’ elle était ar rivé e à la maturité . Elle a conser vé une
jeunesse de cœur et d’allur es, une fraîcheur de sentiments qui lui donnent
un char me incr o yable  : câline , tendr e , affe ctueuse , se laissant gr onder p ar
ses amis, et les tour mentant, de son côté , av e c une mutinerie de jeune fille .
V oilà p our la femme  :
ant à son rôle p olitique , il ne saurait me conv enir de l’appré cier
ici, en tête de ces p ag es où, av e c sa franchise ordinair e , av e c un dé cousu
sy stématique qui ne lui messie d p as et des néglig ences v oulues de for me
et de style qui donnent à tout ce qu’ elle é crit une originalité p articulièr e ,
elle raconte sa vie , ses impr essions, ses p ensé es, ses actes, ses souffrances,
ses do ctrines.
En é ditant ce liv r e , qui s’adr esse à tout le monde , aux adv er sair es de
l’auteur comme à ses amis, je n’ai ni à blâmer ni à appr ouv er  ; ni à
endosser ni à dé cliner la r esp onsabilité de ce qu’il contient. Les le cteur s
jug er ont, selon leur s tendances, selon leur s g oûts, selon leur s idé es, selon
leur s hostilités ou leur s sy mp athies. C’ est leur tâche et non la mienne .
Mais il est un p oint sur le quel on tomb era d’accord, à quelque p arti
qu’ on app artienne , et sur le quel il n’y a jamais, dans la pr esse , qu’une
seule v oix, dès qu’il s’agit de Louise Michel.
On aime , en France , et on admir e la simplicité et la crânerie , même
chez ceux dont on répudie les faits et g estes. On estime l’unité de vie et
la b onne foi, même dans l’ er r eur .
M ˡˡᵉ Louise Michel, on lui a constamment r endu cee justice , n’a
jamais varié , ni jamais r e culé de vant les consé quences de ses tentativ es.
Elle n’ est p as de ceux qui fuient, et l’ on se rapp elle qu’après l’é
chauffouré e de l’ esplanade des Invalides, elle a résisté à toutes les instances de
la famille amie chez laquelle elle était réfugié e , et a tenu à se constituer
prisonnièr e . . . Ce n’ est ni une lâcheuse ni une franc-fileuse . . .
3Mémoir es de Louise Michel é c rits p ar elle-même Chapitr e
Et quelle crânerie simple , digne , dép our v ue de p ose et de forfanterie ,
en présence de ses jug es  ! A v e c quel calme elle a l’habitude d’accepter la
situation qu’ elle s’ est libr ement faite , à tort ou à ( a) raison  ; de ne s’abriter
jamais der rièr e des faux-fuyants, des e x cuses ou des é chapp atoir es  !
Soit de vant le conseil de guer r e de V er sailles, en 1871  ; soit de vant la
p olice cor r e ctionnelle , après la manifestation Blanqui, en 1882  ; soit dans
son der nier pr o cès, en 1883, de vant la cour d’assises de la Seine  : toujour s
on l’a tr ouvé e le vant fièr ement la tête , rép ondant à tout, s’aachant à
justifier ses co accusés sans se justifier elle-même , et courant au de vant
de toutes les solidarités  !
On tr ouv era dans l’app endice placé à la fin de ce pr emier v olume le
compte r endu empr unté à la Gazee des tribunaux , qui n’ est p as susp e cte
de complaisance p our l’accusé e , de ces tr ois jug ements, et l’ on se
convaincra que la condamné e est v raiment un caractèr e .
ant à la résignation, à la joie âcr e av e c lesquelles elle a supp orté
les div er ses p eines pr ononcé es contr e elle  : la dép ortation, la prison, la
maison centrale , il faut r emonter aux pr emier s siè cles de notr e èr e , p our
tr ouv er chez les marty r es chrétiennes, quelque chose d’é quivalent.
Né e dix-neuf siè cles plus tôt, elle eût été liv ré e aux bêtes de
l’amphithéâtr e  ; à l’ép o que de l’inquisition elle eût été brûlé e viv e  ; à la Réfor me ,
elle se fût noblement liv ré e aux b our r e aux catholiques. Elle semble né e
p our la souffrance et p our le marty r e .
Il y a quelques jour s à p eine , et quand le dé cr et de grâce r endu p ar
monsieur le président de la République lui a été signifié , n’a-t-il p as fallu
pr esque emplo y er la for ce p our la mer e à la p orte de Saint-Lazar e  ? Elle
ne v oulait p oint d’une clémence qui ne s’appliquait p as à tous ses amis.
Sa libération a été une e xpulsion, et elle a pr otesté av e c éner gie .
Louise Michel n’ est p as moins bien doué e intelle ctuellement qu’au
p oint de v ue moral.
Fort instr uite , b onne musicienne , dessinant fort bien, ayant une
singulièr e facilité p our l’étude des langues étrangèr es  ; connaissant à fond
la b otanique , l’histoir e natur elle — et l’ on tr ouv era dans ce v olume de
curieuses r e cher ches sur la faune et la flor e de la Nouv elle-Calé donie — elle
a même eu l’intuition de quelques vérités scientifiques, ré cemment mises
au jour . C’ est ainsi qu’ elle a de vancé M. Pasteur dans ses applications
4Mémoir es de Louise Michel é c rits p ar elle-même Chapitr e
nouv elles de la vaccine au choléra et à la rag e .
Il y a quelques anné es déjà que la dép orté e de Noumé a — on le v er ra
plus loin — avait eu l’idé e de vacciner les plantes elles-mêmes  !
Mais p ar-dessus tout, elle est p oète , p oète dans la véritable acception
du mot, et les quelques fragments jetés çà et là dans ses Mémoires dé cèlent
une natur e rê v euse , mé ditativ e , assoiffé e d’idé al. La plup art de ses v er s
sont ir répr o chables p our la for me aussi bien que p our le fond et p our la
p ensé e .
Je m’ar rête .
Maintenant que j’ai — au risque d’ encourir les r epr o ches de M ˡˡᵉ Louise
Michel — présenté , sous son v rai jour , une des phy sionomies les plus
curieuses de notr e temps, je liv r e av e c confiance ce liv r e au public, et je
laisse la p ar ole à l’auteur .
L’ÉDI T EU R.
Paris, Fé v rier 1886.
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