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VI/ LE MONDE / JEUDI 22 NOVEMBRE 2001
G U E R R EÈ C L A I R ,D O U T EP E R S I S T A N T
SociÉtÉmonde contre terreurmonde par Edgar Morin
Shakespeare est l’un des nombreux auteurs invoqus par Edgar Morin dans son dernier livre, L’humanitÉ de l’humanitÉ: « Nous sommes de l’Étoffe dont sont faits les rves ». Aprs plus d’un demisicle de brassage incessant des connais sances, ce penseur foisonnant voque ici les conditions propres À nous viter de devenir de l’toffe dont sont faits les cauchemars
« Le contraire de la violence n’est pas la douceur c’est la pensÉe » (Etienne Baulieu, auteur romand)
NE question de vocabulai re, tout d’abord. l’intUernationale djihadiste AlQai Terrorisme.La notion de terrorisme est valable pour da qui agit par attentats et meur tres de masse sur des populations civiles, mais elle est fort rductrice quand elle s’applique aux formes violentes de rsistances nationales prives de moyens dmocratiques pour s’exprimer. Ainsi le terme uti lis par les nazis pour les rsistants europens futil rducteur, comme appliqu par Poutine  la rsistan ce tchtchne, qui comporte vi demment une branche terroriste, mais ne peut s’y ramener. La violen ce d’Etat qui frappe un peuple en mme temps que ceux qui lui rsis tent est ellemme une violence de terreur. AlQaida constitue un stade nouveau du terrorisme. La mon dialisation technoconomique a permis une mondialisation terroris te, se transformant dans et par cette mondialisation en menace mondiale. Islamiste.Le terme islamiste est riche de malentendus. Dsignant en principe tout croyant en l’islam, il est devenu, pour bien des Occi dentaux, synonyme de fanatique. Trop proche d’islamique (notion qui dsigne ce qui relve de l’is lam), il risque de se contaminer en fanatisme et terrorisme. De fait, l’islamisme, quand il comporte le retour au Coran et l’application de la charia, comporte un rejet de la civilisation occidentale, y compris le libralisme politique et la dmo cratie. Mais il n’implique pas de lui mme guerre sainte et terrorisme, bien qu’on puisse glisser de l’is lamisme au djihadisme. Une conta mination analogue affecte le terme de fondamentaliste (qui n’est pas en luimme agressif). Quant  l’internationale djihadis te d’AlQaida, il s’agit d’une dvian ce religieuse hallucine  laquelle on ne saurait rduire l’islam. Mais le mot islamiste, tel qu’il est usuel lement employ dans les mdias occidentaux, rduit tout islamique  un islamiste et tout islamiste  un terroriste potentiel, ce qui emp che de percevoir le visage complexe de l’islam. Toute erreur de pense conduit  des erreurs d’action qui peuvent aggraver les prils que l’on veut combattre. Il faut penser dans leur complexit non seulement l’islam mais aussi les EtatsUnis, Isral, la mondialisation ellemme, en reconnaissant les contradictions incluses dans chacun des termes. Les EtatsUnis sont la plus ancienne dmocratie du globe, ils constituent une socit ouverte et par ce trait dsormais vulnrable. Ils ont sauv l’Europe occidentale du nazisme, ils l’ont protge de l’URSS qui tait loin d’tre un tigre en papier. Ils ont secouru des peu ples islamiques en Bosnie et au Kosovo. Les EtatsUnis ne sont pas responsables de la guerre meurtri re IrakIran, de la terreur en Alg rie, de tous les conflits interarabes. Leur culture ne se rduit pas au
Edgar Morin NÉ en 1921, Edgar Morin est sociologue. Cherchant À articuler des ÉlÉments tirÉs d’un grand nombre de disciplines, il est considÉrÉ comme le penseur de la complexitÉ. Il vient de publier (Seuil) le cinquiÈme et avantdernier tome deLa MÉthode, son œuvre matresse, en chantier depuis 1977.
McDo ni au CocaCola, mais elle s’est montre cratrice dans la science, la littrature, le film, le jazz, le rock, et l’Amrique s’euro panise autant que l’Europe s’am ricanise. Mais ils constituent une puissan ce impriale dominatrice par l’arme ment et par l’conomie. Leur dmo cratie ne les empche nullement de soutenir des dictatures quand leur intrt le commande. Leur huma nisme comporte une tache aveugle d’inhumanit : ils ont pratiqu des bombardements de terreur sur les villes allemandes, puis les hcatom bes de Hiroshima et Nagasaki. Les bombardements continus de l’Afghanistan rvlent un autre ter rorisme frappant des populations civiles victimes, non seulement de bombes ou de missiles lancs de trop haut et de trop loin, mais de la peur et de la famine qui les contraint  l’exode. Sensibles  la souffrance des 5000 victimesdu World Trade Center, ils sont insensi bles aux dsastres humains que leurs bombardements infligent aux populations afghanes. Ils sont
S’il est vrai que la domination de l’Occident fut la pire de l’histoire humaine, il faut dire aussi que tous les constituants de l’Émancipation des asservis sont nÉs au sein de l’Occident
inconscients de la contradiction que comporte la terreur de leurs bombardements antiterroristes. Les deux tours orgueilleuses taient  la fois hyperrelles et hypersymboliques ;elles taient l’incarnation et le symbole de la richesse, de la puissance amricai nes, de son capitalisme et de sa dmocratie, de sa domination et de son ouverture ; la statue de la Libert tait devenue une allgorie ancillaire. Leur croulement a creu s un trou noir incommensurable en notre vision non seulement de Manhattan mais aussi du monde. Pour certains, c’est une blessure inflige  l’imprialisme amricain et au capitalisme, pour d’autres qui s’en angoissent c’est une brche ouverte dans la dmocratie et la
PACIFISME OU DÈFAITISME Les quelques hommes politiques et autres ptitionnaires qui s’opposaient aux actions cibles et  la stratgie des allis en Afghanistan se sont bien tromps: ils avaient prvu un enlisement comme du temps des Sovitiques dans ce pays, et le pays est en bonne voie de libration, ils avaient prdit une guerre de religion, un conflit de civilisation entre l’islam et la chr tient, et, les populations arabomusulma nes sont restes relativement calmes, ils avaient envisag une catastrophe humani taire, et, l’on apprend que des rfugis sont de retour dans certaines provinces, ils avaient prvu une riposte terroriste  la riposte amricaine, « la riposte  la ripos te »,avec des attentats dans le monde entier, et rien ne s’est produit. (…) Qu’il faille peser les ventuelles cons quences d’une intervention militaire est une chose, que l’on prenne prtexte d’im probables consquences pour se rfugier
civilisation ; ces deux vrits anta gonistes sont complmentaires. Certes, les EtatsUnis suscitent dans le monde misrable des aspi rations, dont celles  y migrer, ain si que d’innombrables dsirs d’en trer dans leur civilisation ; ils inspi rent respect et obissance  leurs vassaux, et le sentiment de solidari t occidentale demeure puissant en Europe. Mais en mme temps la contemplation de leur richesse et prosprit, du sein du manque et du dnuement – dans ce monde misrable –, suscite une immense frustration. Leur domination pro voque d’innombrables humilia tions, un complexe d’infriorit technique (monde Sud), un complexe de supriorit culturelle (Europe) qui l’un et l’autre veillent l’animosit. Le maldveloppement dont ont souffert tant de nations est attri bu au surdveloppememt cono mique amricain. L’extrme dnue ment alimentaire, mdical auquel sont rduites d’immenses popula tions dsarmes devant pidmies et sida nourrissent ressentiments  l’gard des populations hyper nourries, hypersoignes de l’Occi dent et surtout des EtatsUnis. L o il y eut d’antiques et glorieuses civilisations qui se sentent aujour d’hui amoindries ou menaces, le monde amricain suscite allergies, inimitis, agressivit. Les consquences nfastes de la libralisation du march mondial, l’accroissement des ingalits, les crises conomiques multiples aggravent les animosits. Dans les esprits o a rgn ou rgne encore la vulgate marxiste lniniste, le modle du socialisme « rel » s’est certes effondr (sans qu’ils en aient jamais mesur la pourriture), mais la conviction que le capitalisme et l’imprialisme amricain sont le mal absolu demeure. Ils ont gard la satanisa tion de l’Amrique, foyer du capita lisme et de l’imprialisme, ignorant que le communisme sovitique fit pire que le capitalisme, ignorant les vertus de la dmocratie et les vices du totalitarisme, ignorant que l’imprialisme amricain est moins atroce que les imprialismes passs, notamment sovitique. Ainsi, l’ensemble des ressenti ments issus des parts les plus diver ses de la plante suscite une haine fantastique et parfois fantasmati que des EtatsUnis coupables de tous les maux de la plante. Ma tres du monde (ce qu’ils ne sont que partiellement), on les rend res ponsables des maux du monde (ce qu’ils ne sont qu’encore plus par tiellement). Les EtatsUnis sont ainsi consid rs comme le mal suprme et actuel du mal occidental, de cet Occident qui s’est dchan sur la e plante  partir du XVI sicle, l’a conquise, colonise, exploite, et a gnocid des populations entires. Toutefois, ici encore, il est ncessai re de maintenir ensemble deux vri ts opposes. S’il est vrai que la domination de l’Occident fut la pire de l’histoire humaine dans sa dure et son extension plantaire, il faut dire aussi que tous les consti tuants de l’mancipation des asser vis sont ns et se sont dvelopps au sein de l’Occident, et ont permis l’mancipation des coloniss
quand ceuxci se sont empars des valeurs humanistes ouesteuro pennes :droits de l’homme, droits des peuples, droits  la nation, dmocratie, droits des fem mes. On peut mme dire que le retard d’une grande partie du mon de  intgrer la dmocratie, les droits humains, le respect des droits des femmes est une des cau ses de l’tat prilleux du monde actuel. L’islam ne saurait tre lui non plus rduit  une vision unilatrale. L’histoire nous a enseign claire ment que la tolrance religieuse fut du ct de l’islam  l’gard des
La conduite de Sharon est non seulement mauvaise, elle conduit Isral au suicide À terme, mme si ce suicide s’accompagne du feu d’artifice des deux cents ttes nuclÉaires israÉliennes
chrtiens et des juifs tant en Anda lousie que dans l’Empire ottoman. L’islam fit natre la plus grande civi lisation du monde au temps du cali fat de Bagdad. Or la nostalgie du pass glorieux, au sein d’un pr sent infortun, sous le poids de dic tatures corrompues policires ou militaires, aprs l’chec du dvelop pementalisme, du socialisme, du communisme, l’absence d’espoir dans le progrs et dans un futur occidentalis, tout cela suscite un retour aux racines religieuses de l’identit. De plus, la formidable frustra tion s’intensifie en humiliation et rage devant la quotidienne humilia tion et rpression endure par les Palestiniens, l’injustice subie (deux poids deux mesures en IsralPales tine), tout cela dans l’impuissance des Etats arabes, vassaliss ou non. Le soutien inconditionnel accord par les EtatsUnis  Isral conduit  considrer Isral comme l’instru ment de l’Amrique et  faire de l’Amrique l’instrument d’Isral, et plus largement des juifs. Cette iden tification aggrave par le « sharo nisme »est fatale  l’Amrique comme  Isral. Dans la situation actuelle, la frus tration, le ressentiment, la nostal gie d’une grande civilisation pas se, ressuscitent le rve de l’Oum ma, grande communaut islami que transnationale, et font d’un milliard de musulmans un vivier mondial o peuvent se recruter les djihadistes. Pour toute une jeu nesse, du Maghreb au Pakistan, Ben Laden est un superman de la foi qui a dcapit les tours d’une Babel qui tait en mme temps Sodome et Gomorrhe; c’est un annonciateur de la rdemption de l’islam, de la rsurrection de l’Oum ma, du retour du califat. Un nou veau messianisme est n, dont on
LA TRIBUNE DES LECTEURS
derrire l’inaction et le dshonneur, cela n’est pas normal. Au moment o les com battants de l’Alliance du Nord deman daient aux allis d’intensifier leurs bombar dements sur les lignes talibanes, certains hommes politiques contestaient l’intrt de ces bombardements. Sans ces actions cibles, le front afghan serait rest aussi immobile que depuis cinq ans, les talibans rgneraient sur Kaboul et les terroristes con tinueraient leur entranement sur leurs bases en Afghanistan. Andrè Sillam, Noisiel (SeineetMarne)
LA GUERRE ET LES CIVILS Les attentats du 11 septembre aux Etats Unis ont peuttre montr la fragilit de la distinction entre civils et militaires dans la nouvelle forme de guerre que nous vivons. Chaque citoyen, ds lors qu’il participe  la sant conomique de son pays, est aussi un soldat dans la mesure o il approuve et sert
tacitement la position et la politique cono mique de son pays dans l’conomie globa le, et donc, les injustices de la globalisation (…). Les «Etats terroristes» ont compris cela, alors qu’aux yeux des «Etats victi mes » d’attentats l’attaque des civils consti tue une ignominie. Mais ne s’agitil pas l d’une hypocrisie ? (…). Le terrorisme rappel le aux nations riches et dmocratiques leur vulnrabilit. N’estce pas cela qui est terrorisant : la prise de conscience et l’exprience doulou reuse de notre vulnrabilit alors que nous nous tions accoutums  cette ide terri ble : la vulnrabilit, c’est pour les autres ? Ds lors, l’radication du terrorisme se pose comme une entreprise des forts visant  priver les faibles de la seule arme vrai ment dangereuse, et malheureusement effi cace, dont ils disposent. Mais n’estce pas les forts euxmmes qui les ont pousss  cette extrmit ? (…) Ne faudraitil pas rap peler aussi que l’intgrisme religieux trouve
ne peut encore mesurer le dvelop pement. Toutefois, en sens inverse, il y a de multiples aspirations vers le meilleur de la civilisation occidenta le contemporaine : les autonomies individuelles, les liberts politi ques, le droit  la critique, l’manci pation de la femme. La vraie bataille se livre dans les esprits d’un grand nombre d’islamiques, dont beaucoup veulent  la fois sauvegarder leur identit, le res pect de leurs traditions et l’acces sion  des possibilits et droits dont jouissent les Occidentaux. La victoire sera  ceux qui sauront fai re la synthse entre l’identit cultu relle et la citoyennet plantaire. Nation refuge, mancipatrice de juifs mais spoliatrice de Palesti niens, menace d’extermination  sa naissance par ses voisins arabes mais devenue militairement plus puissante qu’eux, toujours incer taine de sa survie mais opprimant le peuple palestinien de plus en plus cruellement, Isral tend  lier son existence  une domination qui exa cerbe la haine arabe ; il hsite  s’en gager dans la voie alatoire qui lui permettrait une insertion au Moyen Orient en reconnaissant un Etat palestinien dans les frontires de 1967. Au cours de l’ultime Intifada notamment, les hritiers des juifs, qui ont subi 2000 ansd’humilia tions et de perscutions, sont deve nus des perscuteurs capables de ghettoser les Palestiniens, d’exer cer la responsabilit collective sur familles et civils, bref de faire des Palestiniens des humilis et offen ss comme le furent leurs anctres. La question isralopalestinien ne est devenue le cancer non seule ment du MoyenOrient, mais des relations IslamOccident, et ses mtastases se rpandent trs rapi dement sur la plante. L’interven tion internationale pour garantir la naissance, l’existence et la viabilit d’un Etat palestinien est devenue d’une urgence vitale pour l’huma nit. Au cours de la dernire dcen nie, une socitmonde a,  demi, merg ; elle a sa texture de com munications (avion, tlphone, fax, Internet) dj partout multi ramifie ; elle a son conomie de fait mondialise, mais o man quent les contrles d’une socit organise ;elle a sa criminalit (mafias, notamment de la drogue et de la prostitution) ; elle a dsor mais son terrorisme. Mais elle ne dispose pas d’organi sation, de droit, d’instance de pou voir et de rgulation pour l’cono mie, la politique, la police, la bio sphre. Il n’y a pas encore la conscience commune d’une citoyennet plantaire. La mondialisation du terrorisme constitue un stade de ralisation de la socitmonde, car AlQaida n’a ni centre tatique ni territoire national, il ignore les frontires, transgresse les Etats, et se ramifie sur le globe ; sa puissance financi re et sa force arme sont transna tionales. Elle dispose, mieux que d’un Etat, d’un centre occulte mobi le et nomade. Son organisation uti lise tous les rseaux dj prsents de la socitmonde. Sa mondialit est parfaite. Sa guerre religieuse est une guerre civile au sein de la socitmonde.
dans la misre conomique un terreau favo rable  sa prolifration ? Mathieu Schultz, courriel FEMMES D’AFGHANISTAN Ce qu’on appelle l’Alliance du Nord n’a pas de programme politique ou social, et le manque d’un tel projet fut  l’origine de l’anarchie qui a rgn  Kaboul entre 1992 et 1995, avec les viols et les meurtres que l’on sait, faisant des dizaines de milliers de victimes. L’arrive des talibans au pouvoir a fait chuter massivement les meurtres et les viols, certes avec des mthodes punitives trs svres mais avec l’aval de la popula tion qui cherchait d’abord et surtout la sta bilit et la scurit. (…) L’extrmisme social des talibans ne s’est jamais manifest, ni par un encouragement au viol ni par aucu ne tolrance de celuici. Tristement, l’Alliance du Nord, aujour d’hui encourage  reprendre son «pou
RITA MERCEDES
Cette machine de terreur sans frontires, ramifie dans le monde entier, nourrie d’immenses frustra tions et dsespoirs, anime par une foi hallucine, a soudain rvl un pouvoir dvastateur o la violence meurtrire d’une barbarie fanati que a pu utiliser les avances les plus raffines de la barbarie techni que. La lutte contre AlQaida ne relve pas d’une guerre (toujours entre nations) mais d’une police et d’une politique. Or, en bombar dant l’Afghanistan, on transforme une mtaphore de guerre en rali t de guerre (Max Pags) et on fait les victimes d’une guerre, cela au dtriment d’une action adapte  la lutte contre un ennemi plantai rement ramifi, laquelle ncessite une action plantaire commune autrement plus complexe. Livre  ellemme, la dynami que issue du 11 septembre multi plie et aggrave les risques. Le risque èconomique.L’inter dpendance propre au march mondialis dtermine une fragilit, aggrave par l’absence de vrai sys tme de rgulation ; une crise gn ralise, devenue envisageable, serait le bouillon de culture de nou velles dictatures, voire de totalita rismes, comme le fut la crise de 1929. Plus largement, l’interdpen dance de tout ce qui constitue l’re plantaire fragilise le destin mme de la plante. Le risque hystèrique. La mena ce permanente et multiforme sur les EtatsUnis, le dchanement de l’antiamricanisme ne peuvent que favoriser des surexcitations
hystriques qui exacerbent les manichisations et satanisations rciproques. Le cancer isralopalestinen s’ag grave ; ses mtastases seront irr mdiables s’il n’y a pas solution rapide au conflit. L’onde antiisra lienne devenue  la fois antismite et antiamricaine ressuscite les visions mdivales europennes des juifs buveurs de sang d’enfant, pollueurs des esprits et des corps (rpandant le sida), œuvrant perfi dement  dominer le monde. La conduite de Sharon est non seulement mauvaise, elle conduit Isral au suicide  terme, mme si ce suicide s’accompagne du feu d’artifice des deux cents ttes nuclaires israliennes qui dtrui raient une grande partie de l’huma nit arabe. L’incapacit des Etats Unis, des nations europennes, des Nations unies  imposer une inter vention militaire internationale entre les combattants, sparant les deux territoires selon les frontires de 1967, conduirait  une catastro phe historique d’une ampleur inoue. Sous l’effet de l’onde de choc benladniste, on peut envisager la dcomposition en chane des rgi mes islamiques en place, au profit non de la dmocratie, mais du fana tisme religieux. Enfin le risque nuclaire, bact riologique, chimique, qui planait de faon stratosphrique audes sus de la plante est devenu visi ble, pressant, urgent. e Le XX sicle a vu se nouer l’al liance entre deux barbaries, l’une
voir »(ou son anarchie), pourrait faire beaucoup rgresser la condition des fem mes si l’on s’en tient  son comportement rcent et  ce qui s’est pass quand elle contrlait Kaboul. Ce n’est pas en proposant d’imposer brusquement les modes vestimentaires occidentales qu’on arrivera  amliorer la situation des femmes dans ce pays trs peu moderne. Il faut une action d’ensei gnement et d’intgration de trs longue haleine… Yasser Taima, Los Altos, (Californie)
CONSTATATION Les Amricains ont demand  Bayer de rduire drastiquement le prix des mdica ments contre le charbon. (…) Si je me sou viens bien, les EtatsUnis ont soutenu les grands laboratoires pharmaceutiques contre l’Afrique du Sud et le Brsil  propos de la production bon march de
G U E R R Eé C L A I R ,D O U T EP E R S I S T A N T
de destructions et massacres venus du fond des ges historiques, l’autre intrieure  notre civilisa tion, venue du rgne anonyme et glac de la technique, d’une pense qui ignore tout ce qui ne relve pas du calcul et du profit. Le benlad nisme constitue une nouvelle allian ce entre les deux barbaries. Cela dit, il ne faut pas nous cacher qu’il y a une barbarie incluse dans notre civilisation, que celleci produit des forces de dcomposition et de mort, et qu’ notre hyperdvelop pement scientifique et technique correspond un sousdveloppe ment mental et moral. Toutefois, cette civilisation dispose encore de deux vertus irremplaables : lacit et dmocratie, mme si cette dernire est atrophie. Les EtatsUnis et plus largement l’Occident oscillent entre deux voies :celle de la folie,  terme catastrophique et celle de la sages se, difficile et alatoire. La voie de la folie est celle de la croisade, de la diabolisation, du manichisme aveugle (car il y a du mal dans le bien mais aussi du bien dans le mal) et, dveloppant l’hys trie de guerre, elle est la voie des massacres de masse de part et d’autre. Par contre la conscience des prils peut tre un coup de fouet pour aller dans la voie de la sagesse. La voie de la sagesse com porte la prise de conscience capita le de l’intersolidarit humaine et de la communaut de destin plan taire. Plus que lesommes« nous tous amÉricains», nous sommes tous enfants et citoyens de la Ter
re, et, en mme temps, des Etats Unis devrait s’lever un« nous ne sommes pas qu’amÉricains ». Elle comporte la conscience que non seulement, comme le rappe lait Paul Valry, aprs la premire guerre mondiale, les civilisations sont mortelles, mais aussi que l’hu manit plantaire est mortelle. Elle comporte la conscience qu’au
La La voie de la sagesse comporte la prise de conscience capitale de l’intersolidaritÉ humaine et de la communautÉ de destin planÉtaire
jourd’hui la seule alternative  la dmocratie est la haine. Car rien d’autre que la chane ne peut triom pher dans la destruction de la dmocratie. Elle comporte la reconnaissance de ce principe thique minimum : on n’aura jamais un monde noble par des moyens ignobles. Elle comporte la conscience que l’dification d’une socitmonde est devenue vitale ; seule une soci tmonde peut rpondre  une ter reurmonde. D’o la ncessit de
LA TRIBUNE DES LECTEURS
mdicaments antisida. Une nouvelle fois, ils nous dmontrent qu’une seule idolo gie les anime : leur gosme sacr… Robert Vernet, courriel
ISLAM ET RÈPUBLIQUE LAQUE Les mdias se sont donn pour mission, depuis un mois, de nous prsenter l’islam comme une religion ouverte, librale, tol rante, bref comme une religion sympa. Sans doute agissentils ainsi par mauvaise conscience postcoloniale et amiti pour les musulmans de France : ce sont l deux mobiles trs honorables mais qui n’autori sent pas  utiliser tous les moyens, y com pris ceux de la mauvaise foi, pour mainte nir une vision enchante. Ainsi, le renfor cement de la pratique religieuse chez les musulmans franais nous estil prsent comme une excellente chose. Toute criti que rationnelle de l’islam dit modr est assimile  du racisme antiarabe ou, pis, 
du racisme antipauvres. Quant aux 18 % de jeunes musulmans franais qui se font une ide positive d’Oussama ben Laden, ce sont des «tchatcheurs »pleins d’hu mour. L’islam doit tre soumis au mme rgi me, c’estdire au mme regard critique, que toutes les autres religions. (…) Notre rgime de sparation (celui de 1905, dont on espre que le centenaire sera clbr avec clat) ne vise pas  protger les int rts des croyants mais  mettre  galit les croyants et les incroyants. Un des droits fondamentaux de l’homme, qui est aussi du reste une des conditions du pro grs scientifique, est le droit  l’hrsie,  la dissidence et  l’incroyance (…). Dans un pays libre, aucune intimidation ne sau rait valoir contre ce droit fondamental – et les autorits britanniques l’ont admira blement dfendu en protgeant sans fai blir l’crivain Salmann Rushdie lorsque sa tte fut mise  prix, en fvrier 1989.
LE MONDE / JEUDI 22 NOVEMBRE 2001 /VII
dpasser l’idologie conomistique qui donne au march mondial la mission de rguler la socitmon de, alors que c’est la socitmonde qui doit rguler le march mondial. Le nouveau type de guerre nces site un nouveau type de paix. Il comporte la ncessit de dclarer la paix  l’islam en dclarant la guerre au terrorisme, afin de spa rer radicalement les fanatiques hal lucins de l’ensemble des islami ques. Ce qui ncessite le plus rapi dement possible l’tablissement d’une paix quitable au Moyen Orient. Une politique confdrale plan taire doit se substituer  une politi que impriale. Outre la Chine, l’In de, l’Europe, l’Amrique latine, il importe que se constituent de grands ensembles confdraux qui deviendraient les grandes provin ces de la plante, notamment un grand ensemble araboislamique renouant en termes contempo rains avec le califat. Une politique de la civilisation est la seule riposte  la guerre des civilisations. Concrtement, un plan Marshall pour les zones de pire misre de la socitmonde ; entre autres une mobilisation mas sive de la jeunesse des pays aiss pour venir en aide sur place aux pays dshrits ; une agence mon diale des mdicaments et soins mdicaux pour les populations incapables d’en assurer les frais. Enfin, le nouveau type de guerre ncessite un centre mondial de lut te contreterroriste adquatement ramifi.
Le fait que l’islam soit pratiqu en Fran ce par des populations injustement humi lies ne rend pas moins interrogeable ou critiquable la religion qui est la leur. Les musulmans sont des individus, qui doivent bnficier de toutes les liberts individuelles, y compris celle de ne pas croire. (…) Les musulmans qui nous entou rent ont trs exactement les mmes quali ts et les mmes dfauts, les mmes droits et les mmes devoirs que les chrtiens, les juifs, les agnostiques et les athes. Ce que je n’admets pas, c’est la dmission de l’in telligence face aux religions, l’intimidation discrte, l’autocensure paresseuse ou prudente. (…) Pierre Albertini, courriel LES COMMENTATEURS ET LA GUERRE L’ensemble des mdias nous a docte ment expliqu que la stratgie militaire
La politique amricaine a com menc en zigzag entre folie et sagesse, entre guerre impriale et guerre confdrale, entre rgres sion de conscience et prise de conscience. Aprs ce zigzag entre les deux voies, l’intervention massi ve et continue en Afghanistan va vers la mauvaise, mais la seconde demeure possible. Le temps de rpondre au dfi de la complexit plantaire est venu : il faut reconnatre les ambivalen ces et contradictions prsentes dans tous les champs et tous les camps, il faut reconnatre les rela tions et rtroactions entre le tout et les parties. Nous sommes somms de mener en chacun de nous un grand combat spirituel. L’esprit humain porte en lui les pires des maux, ceux de l’incomprhension, de l’aveuglement, de l’illusion, de la folie. Mais il porte aussi la possibili t de rationalit, de lucidit, de comprhension, de compassion. Dans l’tat barbare actuel du monde, il n’est pas de solution actuelle qui serait vraiment ver tueuse. Il faut  la fois viter le pire et aller dans la bonne direction : vers la socitmonde et la terrepatrie. Peuttre faudratil avancer encore plus vers l’abme pour qu’il y ait un vritable sursaut de salut, pour que la socitmonde s’ac tualise en socit des nations et des cultures unies contre la mort. A condition de n’y point sombrer, la catastrophe devient l’ultime chance.
des EtatsUnis tait inepte, incohrente et totalement inefficace, qu’elle provoquait beaucoup de victimes civiles, qu’elle reje tait la population dans les bras des tali bans. Aujourd’hui, on dcouvre que cette stra tgie tait  la fois bien conue et efficace, qu’elle a produit un effondrement rapide des talibans et de ses allis et que dans la majorit des cas la population s’est soule ve et a accueilli en librateurs l’opposi tion arme. On peut alors se poser srieusement la question de la dsinformation induite par l’a priori antiamricain qui semble guider la majorit des commentateurs. Ce traite ment partisan de l’information, sous pr texte d’affirmer son indpendance d’es prit, cette faon de se faire le porteparole de la propagande du camp rput adverse, me semble particulirement pervers. Georges Spitzer, SaintCloud (HautsdeSeine)