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Une représentation de la structure socio-économique de la région Rhône-Alpes / A representation of the socio-economic structure of the Rhône-Alpes region - article ; n°3 ; vol.65, pg 193-208

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Revue de géographie de Lyon - Année 1990 - Volume 65 - Numéro 3 - Pages 193-208
This paper presents a classification of the communes and the districts of the larges communes of the Rhône-Alpes region, according to the socio-economic structure of their population, or more precisely in relation to their professional categories and the branch of economic activities of their residents. Among the proximities and oppositions between the socio-professional groups, the most significant neighbourhoods come out. And in a dual manner, it is possible to sum up the mutual position of the communes or of their districts, corresponding to the degree of similitarities of their social morphology. In simple terms this organisation is conveyed out by sectorial specificities on the one hand, by hierarchical oppositions on the other hand. A hierarchy is sketched out for the largest communes in connection with what may be called -as for people- their socio-economic status.
Cet article présente une typologie des communes et des quartiers des grandes communes de la région Rhône-Alpes en fonction de la composition socio-économique de leur population ou plus précisément en fonction de la catégorie professionnelle et de la branche d'activité économique de leurs résidants. Parmi les proximités et oppositions entre les groupes socio-professionnels, ressortent les voisinages les plus significatifs. Et de façon duale, peut être résumée la position mutuelle des communes ou de leurs quartiers, selon le degré de ressemblance de leur morphologie sociale. Cette organisation se traduit schématiquement en des spécificités sectorielles d'une part, et des oppositions hiérarchiques d'autre part. Une hiérarchie est esquissée, pour les plus grandes communes, en fonction de ce que l'on peut appeler, à l'instar des individus, leur statut socio-économique.
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1990
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Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

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Nicole Tabart
Une représentation de la structure socio-économique de la
région Rhône-Alpes / A representation of the socio-economic
structure of the Rhône-Alpes region
In: Revue de géographie de Lyon. Vol. 65 n°3, 1990. pp. 193-208.
Abstract
This paper presents a classification of the "communes" and the districts of the larges "communes" of the Rhône-Alpes region,
according to the socio-economic structure of their population, or more precisely in relation to their professional categories and the
branch of economic activities of their residents. Among the proximities and oppositions between the socio-professional groups,
the most significant "neighbourhoods" come out. And in a dual manner, it is possible to sum up the mutual position of the
"communes" or of their districts, corresponding to the degree of similitarities of their social morphology. In simple terms this
organisation is conveyed out by sectorial specificities on the one hand, by hierarchical oppositions on the other hand. A hierarchy
is sketched out for the largest "communes" in connection with what may be called -as for people- their "socio-economic status".
Résumé
Cet article présente une typologie des communes et des quartiers des grandes communes de la région Rhône-Alpes en fonction
de la composition socio-économique de leur population ou plus précisément en fonction de la catégorie professionnelle et de la
branche d'activité économique de leurs résidants. Parmi les proximités et oppositions entre les groupes socio-professionnels,
ressortent les "voisinages" les plus significatifs. Et de façon duale, peut être résumée la position mutuelle des communes ou de
leurs quartiers, selon le degré de ressemblance de leur morphologie sociale. Cette organisation se traduit schématiquement en
des spécificités sectorielles d'une part, et des oppositions hiérarchiques d'autre part. Une hiérarchie est esquissée, pour les plus
grandes communes, en fonction de ce que l'on peut appeler, à l'instar des individus, leur "statut socio-économique".
Citer ce document / Cite this document :
Tabart Nicole. Une représentation de la structure socio-économique de la région Rhône-Alpes / A representation of the socio-
economic structure of the Rhône-Alpes region. In: Revue de géographie de Lyon. Vol. 65 n°3, 1990. pp. 193-208.
doi : 10.3406/geoca.1990.5732
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geoca_0035-113X_1990_num_65_3_5732Revue de Géographie de Lyon
Vol. 65 / № 3 / 1990 / p. 193 à 208.
UNE REPRESENTATION DE LA STRUCTURE SOCIO-ECONOMIQUE
DE LA REGION RHONE-ALPES
Nicole TABARD
Directeur de recherche au CNRS
RÉSUMÉ :
Cet article présente une typologie des communes et des quartiers des grandes communes de la région Rhône-Alpes en fonction de la composition socio-économique
de leur population ou plus précisément en fonction de la catégorie professionnelle et de la branche d'activité économique de leurs résidants. Parmi les proximités
et oppositions entre les groupes socio-professionnels, ressortent les "voisinages" les plus significatifs. Et de façon duale, peut être résumée la position mutuelle
des communes ou de leurs quartiers, selon le degré de ressemblance de leur morphologie sociale. Cette organisation se traduit schématiquement en des spécificités
sectorielles d'une part, et des oppositions hiérarchiques d'autre part. Une hiérarchie est esquissée, pour les plus grandes communes, en fonction de ce que l'on
peut appeler, à l'instar des individus, leur "statut socio-économique".
MOTS-CLES : ECONOMIE REGIONALE, TYPOLOGIE DES QUARTIERS, CATEGORIES SOCIALES, RHONE-ALPES.
ABSTRACT :
This paper presents a classification of the "communes" and the districts of the larges "communes" of the Rhône-Alpes region, according to the socio-economic
structure of their population, or more precisely in relation to their professional categories and the branch of economic activities of their residents. Among the
proximities and oppositions between the socio-professional groups, the most significant "neighbourhoods" come out. And in a dual manner, it is possible to
sum up the mutual position of the "communes" or of their districts, corresponding to the degree of similitarities of their social morphology. In simple terms
this organisation is conveyed out by sectorial specificities on the one hand, by hierarchical oppositions on the other hand. A hierarchy is sketched out for the
largest "communes" in connection with what may be called -as for people- their "socio-economic status".
KEY-WORDS : REGIONAL ECONOMY, DISTRICTS CLASSIFICATION, SOCIAL CATEGORIES, RHONE-ALPES REGION.
I — INTRODUCTION De là est née l'idée d'appréhender l'espace dans sa dimens
ion socio-économique (spécificité et qualification de la main-
Le programme dont fait partie cette étude de la région Rhône- d'oeuvre) et non plus seulement géographique (différencia
Alpes a pour objectif l'analyse des relations entre la morphol tions régionales) ou démographique (degré d'urbanisation,
ogie socio-économique du territoire et le comportement des centralité). Cette démarche ouvre un nouveau champ
résidants. La première tâche consiste donc à saisir cette morp d'analyse des pratiques des ménages (consommation, pratihologie, par la construction d'instruments statistiques approp ques sociales), puis celles des agents économiques, en partiriés, introduisant une dimension économique aux propriét culier les aménageurs et responsables des collectivités terriés classiquement retenues pour caractériser les lieux (com toriales (équipements collectifs, logement social). munes, quartiers). C'est dans ce cadre que sont réalisées des
typologies socio-économiques de certaines régions français Les premiers travaux entrepris dans cet esprit(l) se limitaient es, dont la région Rhône- Alpes, typologies qui serviront de à l'Ile de France. Ils mirent en évidence des relations, à revenu base à l'élaboration d'un modèle national. égal, entre les transformations de la morphologie socio
professionnelle des communes de cette région et l'équipement A) Vers une analyse des facteurs structurels des des résidants. Apparaissaient, en particulier, des comportements comportements-pilotes en matière d'équipement dans certai
nes zones d'attraction des catégories techniciennes. Les recherLa construction d'une typologie n'est pas une fin en soi et
ches ont été étendues à l'ensemble du territoire national(2), bien que cet article se limite à cet aspect du programme, il
avec une caractérisation économique des communes relatconvient d'en présenter la genèse et la problématique.
ivement fruste : la répartition de leurs habitants en 24 caté
gories socio-professionnelles seulement. Des résultats promettC'est l'analyse de la consommation des ménages qui a con
duit à s'intéresser à la distribution spatiale des catégories eurs sont apparus de cette typologie des 36000 communes
sociales. Cet itinéraire procède d'un constat important : les françaises. Citons en des exemples. Les phénomènes de dis
pratiques de consommation des ménages sont fonction prin tanciation des catégories supérieures renvoient en partie au
cipalement de l'appartenance socio-professionnelle et des coût d'urbanisation des villes tertiaires : acheminement des
caractéristiques de l'habitat. Or ces deux facteurs prépondér produits frais, recours aux services collectifs, valeur foncière,
ants sont liés. Au point que l'opposition entre les pratiques normalisation des rythmes de vie. Corrélativement, à l'op
économiques des cadres et celles des ouvriers incorpore struc- posé de l'échelle sociale, le renforcement des pratiques ouvriè
turellement une opposition entre urbains et ruraux. res dans les communes ouvrières relève aussi, pour une large N. TABARD 194
socio-économique du territoire et sa dynamique. L'Etat parpart, d'une explication structurelle, en particulier un degré
moindre d'intégration marchande, une forte autoproduction ticipant à la structure économique du territoire, en tant
dans ces aires d'habitat. qu'entreprise, comme aménageur (équipements collectifs,
habitat social) ou enfin par les politiques incitatives en matière
d'implantation des établissements productifs. Un autre résultat, et non des moindres, fut l'apparition d'une
très forte différenciation du contenu de chaque profession
Cette orientation est soutenue par l'évolution des problématen fonction de la morphologie socio-professionnelle du lieu
iques en économie régionale au cours des quinze dernières de résidence, sorte de polarisation des qualifications et du
années. Les facteurs classiques de localisation des entrepristatut, interne à chaque catégorie. Pour citer des exemples :
ses (en premier lieu les coûts de transport) cèdent progressla probabilité pour un cadre d'être originaire des catégories
ivement le pas au facteur travail(5 et 6). La division spatiale les plus aisées, croît avec le degré de "tertiarisation" de la
du travail conduit à des transformations profondes. Ph. commune (3). A l'opposé, l'origine plus fréquemment agri
Aydalot a montré que les emplois créés par les grandes entrecole des ouvriers les moins qualifiés et leurs pratiques spéci
prises, à la suite des implantations récentes, sont moins qualfiques de consommation tiennent à la fixation périphérique
ifiés que ceux créés lors d'implantations plus anciennes : "la de la main-d'oeuvre à faible rémunération. Ce glissement du
réduction du niveau de qualification dans les entreprises a contenu des catégories socio-professionnelles en fonction du
pris corps à travers la décentralisation "(7). M-C. Bureau, F. "statut" du lieu de résidence est un phénomène général et
Moatty et A. Valeyre(6) ont montré le rôle déterminant des opérant à un niveau très fin. M. Pinçon et M. Pinçon-Chariot
entreprises à établissements multiples dans la polarisation des ont mis en évidence les relations entre le statut et l'inscrip
qualifications, les oppositions spatiales croissantes entre les tion territoriale, pour des fractions très étroites des élites
activités techniques et les tâches d'exécution. La limite extrême parisiennes(4).
de cette polarisation est la concentration des sièges sociaux
dans la zone ouest de la capitale, la revalorisation et le desC'est aussi avec ces nouveaux instruments qu'on a vu émer
serrement de certains centres devenant prestigieux, la dynager une relation territoriale positive entre le poids des fem
mique très sélective de zones périurbaines impulsée par l'immes au foyer et celui des chômeuses, dans la population adulte
plantation d'activités technologiques... et corrélativement, féminine. Relation donnant un éclairage différent à la ques
l'exode ou la concentration des plus pauvres, l'extension des tion des "motivations" du travail des femmes, l'inactivité et
ghettos. le chômage paraissent des notions substituables en fonction
de l'état de l'offre locale d'emploi.
C) Méthodologie
Bref, ces résultats encourageaient sur la voie d'une mise en II résulte de la division spatiale du travail une inscription terrelation des comportements individuels et de variables de ritoriale des hiérarchies et des spécificités productives. La posistructure. En même temps, ils conféraient une certaine effi tion des individus dans le système productif apparaît alors cacité à la méthodologie engagée. Le champ des facteurs struc comme le descripteur-clé de la morphologie socio-économique turels se précisait : l'emploi, le fonctionnement du système des aires d'habitation. productif (la localisation des entreprises et des établissements),
dont découlent les positions socio-économiques individuelles. Notre quantification économique du territoire (construction
de typologies, production d'espaces factoriels) repose sur une B) Une contribution à l'analyse de la répartition territoriale mesure de cette position, à l'exclusion de toute autre infordes groupes sociaux mation. Cette méthode permettra de faire le lien, en amont,
avec les localisations effectives des établissements productifs, Mais, la construction de typologies territoriales ou, plus géné et en aval, avec les modes de vie : la consommation, le logeralement, les tentatives de quantification économique de l'e ment, l'habitat, les ressources locales en équipements collectspace peuvent servir à d'autres fins que la recherche des rela ifs. Du seul point de vue technique, toutes ces informations tions entre l'inscription socio-économique spatiale et les pra étant exogènes par rapport au corpus de base, l'analyse en tiques des ménages. En introduisant 1" 'économique" dans termes de relations sera possible. La représentation de l'ole mode de caractérisation des unités géographiques : com rganisation économique du territoire que l'on obtient peut ainsi munes, quartiers, on ajoute aux instruments d'analyse des être vue comme une sorte de corpus explicatif d'autres dimensprocessus de répartition territoriale des groupes sociaux : ions des pratiques des ménages. ségrégation socio-spatiale, concentration / dépeuplement, spé
cialisation / banalisation des activités... 1) La position des individus dans le système productif
De ce point de vue, des premiers résultats ont émergé, mont Trois des informations disponibles au recensement, sont séle
rant le rôle de l'inscription spatiale dans la reproduction des ctionnées et combinées, au niveau individuel, pour décrire la inégalités : différence de taille entre villes ouvrières et villes position des individus dans le système productif :
tertiaires, et caractère périphérique des premières, relation - la profession et catégorie socio-professionnelle
forte entre la technicité de la main-d'oeuvre et la croissance - la branche d'activité économique
démographique des communes, spécificité des modes de réap - le statut (salariés de l'Etat... ou des entreprises privées,
propriation de l'espace agricole opposant les aires en mutat employeur, chômeur).
ion et en déclin... Résultats confortant l'hypothèse du rôle
déterminant de la gestion spatiale de la main-d'oeuvre, des Dans cette étape du programme, les personnes étudiées sont
stratégies de localisation des entreprises dans la morphologie les hommes personnes de référence actifs. La position de UNE REPRÉSENTATION DE LA STRUCTURE SOCIO-ÉCONOMIQUE DE LA RÉGION RHONE-ALPES 195
chacun d'eux résulte de la combinaison de ces trois variables hétérogénéité : de très grandes communes n'ont que quelques
de base. Notre nomenclature compte 100 postes pour décrire quartiers ; d'autres, plus petites, ont des subdivisions fines.
les actifs. On ne peut en donner ici le détail, si ce n'est quel
En définitive, l'analyse présentée ici est celle d'un tableau de ques indications sur le regroupement des branches d'activité
dont on utilise l'abréviation dans ce texte. répartition des hommes personnes de référence actifs, en fonc
tion de leur lieu de résidence (quartier ou commune) et leur
Pour ce qui est de l'industrie, on retient les six "filières indus "profession-branche d'activité économique". A ce tableau
trielles", utilisées par riNSEE(8),, qui opposent approxima de contingence, sont appliquées les techniques des correspon
tivement les activités selon leur dynamisme : dances et de classification ascendante hiérarchique.
- l'abréviation "métallurgie" comprend ici les industries des Les informations sont celles du recensement de 1982. minerais et métaux ferreux et non-ferreux, la fonderie et le
travail des métaux, la construction mécanique, automobile Les résultats ont deux formes complémentaires : et transport terrestre,
- une représentation quantifiée, très résumée mais de lecture - la "chimie" comprend la chimie de base et la parachimie- aisée, de l'organisation économique du territoire régional, perpharmacie, la production de fibres synthétiques, de caout mettant une appréhension synthétique des oppositions les plus chouc et de matières plastiques, structurantes (plans factoriels), dont on donnera un exemp
- le "bâtiment" comprend les matériaux de construction, l'i le plus loin à la figure 1,
ndustrie du verre, le bâtiment et le génie civil et agricole, - une typologie des unités géographiques retenues qui four
- Г "électronique" comprend les matériels électriques et éle nit un descriptif plus complet des configurations économi
ques importantes de la région. ctroniques professionnels, les biens d'équipement ménager, la
construction navale et aéronautique,
L'objectif de ce travail est d'aboutir à une quantification de - par "industries traditionnelles", on entend le textile et l'ha l'organisation économique de l'ensemble du territoire, mais billement, le cuir, l'industrie de la chaussure, l'industrie du on a choisi l'approche par région, afin de restituer autant que
bois et du meuble, possible les spécificités régionales du système productif et de
mettre en évidence les plus grands contrastes. Les quelques - le "papier" regroupe les industries du papier, du carton,
régions retenues sont analysées avec les mêmes techniques et de la presse, de l'imprimerie et l'édition. les mêmes catégories, afin de faire ressortir les logiques de
peuplement et de dépeuplement communes à tous les terriL'agriculture n'est pas repérée par la branche, mais par la
toires et les logiques spécifiques à certaines régions ou cerprofession : exploitant ou salarié agricole. Parmi les servi
taines aires. ces, on isole sous la désignation de "services aux entrepri
ses", un ensemble de branches, à savoir les activités de hol
La démarche s'applique à l'ensemble du territoire, espace dings, d'études-conseil, les auxiliaires financiers, les promot
rural compris, ce qui permet d'aborder le problème de l'ieurs, le crédit-bail, l'enseignement et la recherche marchands,
nterdépendance du rural et de l'urbain dans la dynamique spala récupération, les assurances et les organismes financiers.
tiale, d'analyser les modes de réappropriation de l'espace On distingue également le commerce de gros du commerce
rural, les acteurs et les populations concernés. de détail, les services marchands des services non marchands.
Les transports sont isolés.
II — LES SPECIFICITES SECTORIELLES 2) Le quartier comme unité géographique élémentaire
DOMINENT DANS LA REGION RHONE-ALPES
Ce travail repose sur un découpage infra-communal : la sec
tion cadastrale (qu'on désignera par quartier dans ce texte). Les catégories socio-économiques sont inégalement réparties
Les analyses menées au niveau s'avèrent sur le territoire. Certaines sont très proches au double sens
incomparablement plus aptes à faire ressortir les disparités où elles se trouvent surreprésentées dans les mêmes quartiers
et les inégalités socio-économiques entre les lieux. Elles per ou communes, et réciproquement sous-représentées ailleurs,
mettent en outre une comparaison entre les communes con mais aux mêmes endroits. D'autres catégories, au contraire,
cernant leur degré d'homogénéité sociale, ajoutant la dimen s'excluent mutuellement. Voisinages et exclusions peuvent être
sion "dispersion" à un classement par niveau (niveau de très significatifs, ou au contraire ténus.
richesse par exemple).
Seront qualifiées de catégories les plus structurantes, celles
Toutefois, pour des raisons évidentes de fiabilité, ce décou à l'origine des proximités et oppositions les plus significati
page est limité aux plus grandes communes : celles comptant ves statistiquement. Le sens et l'intensité des relations obte
au moins 500 hommes personnes de référence (fichier au nues permettent de reconnaître des similitudes dans la mor
quart). Sur les quelques 2700 communes que compte la région, phologie socio-professionnelle des quartiers, donc de les
une centaine sont dans ce cas. La ville de Lyon est divisée regrouper en sous-ensembles, obtenant ainsi un résumé de
en ses 78 quartiers. Il faut noter que 80 % des communes l'organisation économique de la région. La typologie défini
de la région Rhône-Alpes sont des communes rurales ; plus tivement retenue divise la région en 25 types socio-
de la moitié ont moins de 500 habitants. Le découpage des économiques de quartiers ou communes. Mais on se limitera
communes en sections cadastrales souffre d'une très grande ici aux plus grandes oppositions ou à des types singuliers. N. TABARD 196
Enfin certaines catégories de services (commerces, services A) Les branches d'activité économique les plus structurantes
aux particuliers, transports, non marchands) produi
La région Rhône- Alpes est schématiquement structurée à la sent un ensemble de quartiers de type "classes moyennes du
tertiaire" où les professions intermédiaires et les employés fois par certaines branches d'activité économique (principa
atteignent un poids maximum. Le tourisme y contribue pour lement l'agriculture, la chimie et les industries traditionnell
une large part. Ni les services aux entreprises, ni le secteur es) et par le niveau hiérarchique des actifs, tel qu'en rend
compte la profession-catégorie socio-professionnelle classi marchand de la santé ne font partie de ces services.
que. Ainsi peut -on retenir six sous-ensembles de quartiers et
communes, chacun marqué par un type d'activité économi B) L'activité de type artisanal opposée à la technologie
que spécifique. Tandis que le reste de la région se différencie
davantage sur le plan hiérarchique, même si d'autres bran Ainsi, six sous-ensembles, qui forment à peine la moitié de
ches d'activité (métallurgie ou électronique) jouent encore un la population régionale, procèdent d'une spécialisation sec
rôle. torielle de l'espace.
Trois secteurs dominent : Les espaces structurés par le bâtiment et les industries tradi
tionnelles ont un point commun : leur voisinage avec l'agri
- C'est d'abord l'agriculture. Les communes à forte densité culture (figure 1)(9). Il s'y maintient au moins 5 % de popul
de population agricole s'opposent à toutes les autres, ce qui ation active agricole, avec des caractères propres à la rura-
n'est pas propre à la région Rhône-Alpes. L'opposition entre lité : une proportion plus élevée qu'ailleurs d'artisans et de
le monde agricole et l'ensemble des autres activités est syst retraités, voire d'ouvriers de type artisanal.
ématiquement dominante dans toutes les analyses semblables
à celle-ci. Les communes qui s'isolent ici comme agricoles, A ces morphologies s'oppose la technologie, particulièrement
comptent en moyenne un quart de leur population vivant de marquée par l'industrie de la chimie. La qualification tech
l'agriculture. Elles ne se ressemblent pas. La taille de l'e nique domine, avec sa hiérarchie : des ingénieurs aux tech
xploitation les différencie. Mais aussi l'association à d'autres niciens, puis aux ouvriers de type industriel. Ces oppositions
branches : le voisinage agriculture-industrie du bâtiment fait se lisent sur un axe nord-est / sud-ouest (figure 1). L'indust
ressortir des aires plus dynamiques, sur le plan des migrat rie électronique et les entreprises nationales, bien que moins
ions, que les aires plus spécifiquement agricoles. structurantes, participent de cette morphologie
"technicienne".
- Les industries dites ici traditionnelles, très structurantes, sont
associées à une très faible qualification ouvrière (il s'agit des Cette opposition artisanat-technologie s'accompagne des plus
hommes rappelons-le) et à une morphologie semi-rurale, grandes oppositions sur le plan de la morphologie urbaine.
témoignant d'un certain voisinage entre l'agriculture et ces L'espace artisanal correspond à des communes rurales ou à
industries. de petites communes. La taille des unités urbaines croît régu
lièrement au fur et à mesure qu'on va vers la technologie (et
- La chimie caractérise des quartiers où domine la proport corrélativement, la taille des immeubles). En revanche la date
ion d'ouvriers et surtout de contremaîtres, sans être parmi de construction de logement ne varie pas de façon systémati
les communes ou quartiers les plus ouvriers. Les types en ques que selon cette orientation : dans l'espace des activités art
tion appartiennent à des aires en forte progression démograp isanales et agricoles, les constructions les plus fréquentes sont
hique, tant par l'accroissement naturel que par l'immigrat tout autant très anciennes que très récentes. C'est le signe de
ion, situées pour la moitié d'entre elles dans le département ce que le poids des activités technologiques n'est pas en rela
de l'Isère. tion avec la croissance des communes.
Trois secteurs un peu moins concentrés : Ces deux traits : la localisation urbaine de la technologie et
l'absence de croissance démographique des aires concernées,
- L'ensemble des branches regroupées sous le nom de métal semblent particuliers à la région Rhône-Alpes. En effet, les
analyses menées dans la région Ile-de-France, et celles sur l'elurgie emploient la plus forte proportion des hommes dans
la région. Elles sont cependant moins structurantes que les nsemble du territoire national, font apparaître la technologie
comme un vecteur de la dynamique territoriale. En Ile-de- précédentes, du fait qu'elles voisinent avec des professions
ou des activités très diverses, de telle sorte qu'elles apparais France, on observe une relation très étroite entre le rythme
sent plus ou moins présentes dans tous les types de quartiers de croissance par migration et la proportion des résidants ingé
/ communes de la typologie. La métallurgie fait cependant nieurs, techniciens et ouvriers qualifiés travaillant dans des
émerger une morphologie spécifique, très ouvrière, où domi industries dynamiques, même si subsistent entre les aires con
nent les ouvriers qualifiés de type industriel. Là, elle emploie cernées de grandes différences hiérarchiques.
4 personnes sur 10.
Dans la région Rhône- Alpes, les relations entre la dynami
- Le bâtiment qui vient en seconde position pour la part de que démographique et la morphologie socio-économique n'est
l'emploi est encore plus diffus sur le territoire. Dans un type, pas si simple. La logique hiérarchique domine : les ingénieurs,
il voisine avec l'industrie du papier, association produisant quelle que soit la branche d'activité, voisinent avec les autres
un ensemble de quartiers et communes relativement ruraux, catégories aisées, dans des quartiers urbains plutôt en stagna
où l'on trouve beaucoup d'artisans, de commerçants. tion démographique. •
REPRÉSENTATION DE LA STRUCTURE SOCIO-ÉCONOMIQUE DE LA RÉGION RHONE-ALPES 197 UNE
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Figure I : Une représentation de la structure socio-économique de la région Rhône-Alpes (Proximités et distances entre les catégories "professions-
branche d'activité économique-statut d'emploi" ; les professions représentées ont une contribution ^1 % à l'un des trois premiers axes, le
signe entre parenthèses est le signe sur l'axe 3 lorsque la est ^ 1 %). 198 N. TABARD
Ainsi sauf de façon sporadique, le développement des comEn Ile-de-France, les ingénieurs résident au contraire dans
des aires en développement rapide et sont loin de la bour munes ne va pas de pair avec une morphologie particulièr
ement technologique dans la région Rhône- Alpes. Il semble geoisie d'entreprise, elle, centrale. Les artisans y sont eux-
mêmes très urbains, catégorie très spécifique des vieux cen plutôt lié soit à un type d'industrie, en l'occurrence la chi
tres historiques. Mais ce dernier trait est probablement spé mie, soit à une réappropriation de certains espaces ruraux,
cifique de cette région. L'artisanat étant en général très pro mais sans la spécificité de qualification qu'on observe ailleurs
che du monde rural, en Rhône- Alpes comme ailleurs. dans ce processus, du moins dans l'état actuel de ce pro
gramme. D'autres régions s'avéreront peut-être semblables
Un seul type de quartier témoigne d'une relation positive à celle-ci sur ce plan.
entre le poids des techniciens et la croissance migratoire.
Cette catégorie est surreprésentée dans un type "classes C) Des oppositions hiérarchiques spécifiques des aires
moyennes", qui connaît un solde migratoire fortement pos urbaines
itif et où dominent les professions intermédiaires. Il n'a
pas de spécificités sectorielles. L'activité est y diversifiée : On a noté que les six groupes de quartiers et communes pré
cédents, caractérisés par des spécificités sectorielles, reprémétallurgie, bâtiment, chimie, électronique, commerce de
sentent à peine la moitié de la population régionale. L'engros, services aux entreprises, mais sans dominante. Il s'a
git d'un habitat périurbain (les grandes communes en sont semble restant est donc hétérogène (il se subdivise en 1 1 types
absentes) en pleine évolution : poids très élevé de maisons dans la typologie de base), mais il s'agit d'oppositions hié
individuelles, de constructions récentes. La carte n°l précise rarchiques et non plus sectorielles : on y observe les plus gran
sa localisation(lO). des inégalités territoriales, des quartiers et communes les plus
ouvriers, aux plus huppés. Et cependant cet important ensemb
Le dynamisme démographique se retrouve dans d'autres situa le est composé d'unités géographiques ayant un trait com
tions, où ne se remarquent ni les ingénieurs, ni les techniciens. mun : l'appartenance à de grandes unités urbaines.
Il s'agit soit d'espaces structurés par un secteur : la chimie,
vue précédemment, et Г agro-alimentaire, soit d'espaces à La hiérarchie sociale est inscrite dans l'espace, ici, comme
morphologie semi-rurale où le poids de l'agriculture n'est pas dans toutes les régions, tant entre les communes qu'à l'inté
négligeable, ni celui du bâtiment ou des industries tradi rieur des communes. C'est en effet l'opposition entre les caté
tionnelles. gories les plus aisées (chefs d'entreprises et cadres) et les plus
Carte 1 : Type : "classes moyennes techniciennes - péri-urbain récent et en forte croissance" ■


UNE REPRÉSENTATION DE LA STRUCTURE SOCIO-ÉCONOMIQUE DE LA RÉGION RHONE-ALPES 199
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9° VILLEURBANNE 1 LYON
Figure 2 : Proximité des quartiers des communes d'au moins 60000 habitants dans la structure économique de la région Rhône-Alpes )
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UNE REPRÉSENTATION DE LA STRUCTURE SOCIO-ÉCONOMIQUE DE LA RÉGION RHONE-ALPES 201 200 N. TABARD
INDUSTRIES TRADITIONNELLES, FAIBLE QUALIFICATION OUVRIERS SALARIES DE L'ETAT ET DES COLLECTIVITES LOCALES LE PLUS HUPPE, BOURGEOISIE D'ENTREPRISE
1.25 +
T V
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R С В T T С TT V С R NB R 6 6 6 IR RR P LE 2 CE R I R R E С L V С V R 10 В T E 4E T R R V R M L С С CV 0 1 CRN L LE С F R V VIV M RR--6 V--R + B--V-- N N
-1.00 +
-1.6
Z=Villefontaine (10005 habitants E=Ecully (17865 habitants V=Voiron (18911 habitants M=Montbrison (13280 habitants N=Tournon (9099 habitants 2=Lyon - 2em arrondissement F=Fontaines-sur~saone (7062 habitants I=Romans-sur- P=Bourg-de-Peage B=Bourgoin- Jallieu Isère (8413 (33152 (22550 habitants G=Riorges (8989 C=Coteau (8359 R=Romans-sur- B=Bourg-da-Peage Isère (8413 (33152 habitants habitan ts 4=Lyon - 4em V=Francheville (9500 habitants T=Tarare (10822 habitants R=Roanne (48705 habitants 6=Lyon - 6em L=Sainte-Foy-les-Lyon (21521 habitants X=Pont-de-Claix (11787 habitants F=Fontaines~sur-saone (7062 habitants T=Tassin-la-demi-lune (15001 C=Caluire-et-Cuire («1931 habitants N=Vienne (28294 habitants T=Tarare (10822 habitants 0=Voiron (18911 V=Villefranche-sur-saone (28881 habitants OUVRIER URBAIN, INDUSTRIES ». SERVICE DIVERS C=Coteau (8359 habitants
LES QUARTIERS DE LA METALLURGIE TECHNICIENS ET OUVRIERS QUALIFIES DE L'ELECTRONIQUE
1.00
0.75
0.50
0.25
0.00 Z T E V X M M G G M 0.25 F X D G G G G SS VAVGX G GP T A X DPV GEG 6MG A ZM P F F Y A G G SF F HU 0.50 ce С S FCRU G SF U V С US UF S F 0.75 H
1.00
+ + 1.00 +
+ -- -1.2 X=Valence (66356 habitants S=Saint-fons (15291 habitants F=Fontaine (22827 V=Vaulx-en-velin (44160 habitants H=Chambon-Feugerolles (18149 habitants) S=Saint-chamond (40267 habitants M=Saint-Martin-ď Hères (35188 habitants Z=VIllefranche-sur-Saône (28881 habitants F=Firminy (24113 habitants U=Unieux (8265 habitants C=Chambon-Feugerolles (18149 D=Decines-Charpieu (22832 habitants P=Seyssinet-Pariset (12893 habitants C=Echirolles (37360 habitants R=Rive-de-Gier (15806 habitants C=Cluses (15469 G=Givors (20544 habitants P=Saint-Priest (42677 habitants F=Eontaine (22827 V=Voreppe (7970 habitants A=Aix-les-Bains (23451 Y=Grigny (8108 Z=Meyzieu (26776 G=6renoble (156637 habitants E=Saint-Egrève (14363 A=Aix-les-Bains (23451 habitants M=Saint-Martin-d'Hèeres (35188 habitants T=Thonon-les-Bains (27161 Figure 3 Position relative de certains types socio-économiques de quartiers des communes de la région Rhône-Alpes S=Sassenage (8945 habitants)