Alternative à la triade "Réel, Symbolique, Imaginaire"

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Alternative à la triade "Réel, Symbolique, Imaginaire"
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LES LEURRES DE L'IMAGINAIRE

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Alternative à la triade "Réel, Symbolique, Imaginaire"
( Mise à jour du 19/4/2010)
La triade "Réel,Symbolique,Imaginaire"proposée par Lacan pose problème, entre autres pour les trois raisons qui suivent :
Variations dans la déînition des trois termes chez Lacan lui-même
Désaccord et confusion chez les disciples sur les déînitions
La mise en relation chronologique, - en fait hiérarchique -, des trois vocables est sujette à caution.
1° Variations au cours du temps dans la déînition des trois termes chez Lacan lui-même, mais c'est un phénomène légitime dans l'évolution d'une discipline : la psychanalyse est encore loin d'être une science, si tant est qu'elle ait à le devenir ... En tout cas sa formalisation, à juste titre entreprise par Lacan, se heurte à des diïcultés remarquablement exposées par Jean-Claude Milner dansL’Œuvre claire.
Désaccord et confusion chez les disciples sur les déînitionsde ces termes(nous trouverons le temps de les recenser), un peu comme pour lapulsion de mort, terme dont pas moins de vingt-deux acceptions diFérentes ont été relevées par Jacques Sédat, ce qui rend sa portée explicative proprement illusoire ! !
La mise en relation chronologique, - en fait hiérarchique -,des trois vocables est sujette à caution :
Le "Au commencement était le Verbe" est le contresens le plus criant chez certains psychanalystes, qui veulent faire précéder le Réel par le Symbolique. Un titre comme celui de rançoise Dolto : "Tout est langage", manifeste ce type d'interprétation.
D'autres, avec des expressions comme "accéder au Symbolique", veulent que ce dernier soit précédé par l'Imaginaire, confondant ainsi l'imaginaire animal (pré-verbal) avec l'Imaginaire humain uniquement permis par le langage, doncpost-verbal(lire laRéponse de J.J.P. à la première question de Cédric Detienne). De nombreux passages tirés des textes de Lacan montreront ici que, pour lui, - après la phase "pré-classique" où il les introduit dans (1) l'ordre S, I, R -, le seul ordre logique et chronologique devient et restera R, S, I :Réel, puis Symbolique, puis Imaginaire. Ceci est une pure mise au point sur sa pensée, qui ne préjuge en rien du (1) bien fondé de ses thèses ... Remarquons que cet ordre pré-
classique se calque sur l'ordreSigniîant, Signiîé, Référentde la linguistique structurale. Nous y reviendrons.
Pour les raisons précitées, nous proposons une terminologie diFérente, bien sûr critiquable elle aussi, mais plus intelligible donc plus accessible à la réfutation. Voici la liste des adjectifs qui seront déînis prochainement ici (suivre sur le schéma ci-dessous la mise en place progressive des termes proposés):
1)Réel, désigné par la lettre R : il est pour le moment diïcile d'éviter l'adjectif substantivé, donc de ne pas dire "le Réel". Lacan donne à ce terme des sens diFérents et subtils. Pour le moment nous considèrerons qu'il désigne ce qu'étudient les sciences exactes, de la physique des particules jusqu'à la biologie, avec leur formalisation logico-* mathématique .
* À nouveau en 1974, dans sa conférence à Rome intitulée "Le triomphe de la religion", Lacan réaïrme :
« Le symptôme, ce n'est pas encore vraiment le réel. [...] Mais le réel réel, si je puis dire, le vrai réel, c'est celui auquel nous pouvons accéder par une voie tout à fait précise, qui est la voie scientiîque.C'est la voie des petites équations.», et plus loin il évoque :«[...]le réelauquel nous accédons avec des petites formules, le vrai réel» (souligné par nous).
2)Réel parlant, désigné par RP : quelque chose "dans le Réel" se met à parler, de façon impersonnelle, involontaire et inconsciente. L'humain traversé de ceRéel parlant, le "parlêtre", n'en est ni l'auteur ni le matre.RP correspond à ce que Lacan nommeSymbolique. Lacan signale cette îliation en disant "Il y a du signiîant à déchiFrer dans le réel", ou encore "Le signiîant, c'est de la matière qui se transcende en langage", mais ce n'est pas une mince aFaire que d'expliquer comment le Réel devient parlant. Nous nous y essaierons prudemment ...
3)Réel non parlant, RNP : désigne ce qui "dans le Réel" continue à ne pas parler, et qui - comme le Réel qu'il prolonge - deviendra l'objet des "sciences exactes". La réunion de R et de RNP correspond à une partie seulement de ce que Lacan nommeRéel.
4)Réel Parlant Uniîant, RPU : quelque chose "dans le Réel Parlant" se met à fonctionner de telle sorte que la îction de l'Un apparat ("être", "totalité", "unité", "indivisibilité", "identité à soi-même", etc., ce "Un-de-
sens" ne devant pas être confondu avec le "Un comptable").C'est l'Imaginairede Lacan.L'être parlant("parlêtre")traversé de ceRéel ParlantUniîantse prend pour quelqu'un, qui seraitl'auteur et le matredu langage, ce qui est un leurre puisque en fait "ce qui parle sans le savoir me faitje, sujet du verbe" (Lacan). Le RPU, tissu des objets qu'étudient les "sciences humaines",subsiste dans leur discours qui procède par métaphores et entités, ce qui est épistémologiquement problématique (voir sur ce blog l'article :"Métaphore et connaissance").On verra qu'il subsiste également dans le discours psychanalytique.
Une èche portant les mots "prématurationnéoténie" indique sur le schéma ci-dessous que c'est cette caractéristique, venue duRéel Non Parlant (biologie humaine), qui favorise l'apparition du RPU.
Deux rejetons à ce RPU :l'inconscient(a-grammatical dans les rébus, calembours, contrepèteries, anagrammes, où il brise les unités lexicales, "les mots", cfici), etle fantasme(grammatical, car, consistant en une phrase, il respecte "les mots" et leur séquence temporelle).
De cette énumération il ressort qu'à travers ses diverses diFérenciations, il n'y a que duRéel. Pourrait-il en être autrement ?
Une fois rebaptisés les termes de Lacan, il est possible de leur ajouter des termes nommant d'autres aspects duRéel Parlant(= "Symbolique" de Lacan) qui jouent un rôle épistémologique particulier :
5)Réel Parlant Non Uniîant,RPNU :ce qui "dans le Réel Parlant" dément les énoncés uniîants quand à la description du Réel, et qui amorce - chemin en dents de scie à travers la connaissance antique et l'épistèmè grecque - le mouvement vers l'écriture logico-mathématique des "sciences exactes" (la science galiléenne combine empiricité et formalisation, cfRésumé du livre de J.-C. Milner : L’Œuvre claire, chapitre II, $3 intituléLa stylistique historiciste).
6)Le discours analytique,branché en dérivation sur le RPNU version science moderne:c'est elle en eFet qui, dans la version historisante du Doctrinal de science que décrit Milner (ibidem), permet l'apparition de ce discours. Il n'est qu'à moitié du RPNU (Réel Parlant Non Uniîant)car, comme la science le fait pour le Réel, il dément certes les énoncés uniîantsquand à la description du psychisme humain (subjectivité).MaisImaginaire, inconscient et fantasme continuent de l'imprégner, comme le montre l'A.L.S., d'où les èches pointillées à double sens. La psychanalyse, permise par la science, est une discipline désimaginarisante, mais ce n'est pas une science.
7)Les analysciences(voirGlossaire) permettent le dialogue entre la science moderne (dotée de méthode, maiss'aveuglant "volontairement"
quant à la subjectivité) et la psychanalyse (voyante quant à lasubjectivité, maisparalytique quant à laméthode !). L'A.L.S. îgure parmi ces analysciences, bénéîciant d'une démarche logiciste (galiléisme étendu, in § 2.Le paradigme de la structure, Milner), et trouvant ses applications (èches pointillées à sens unique cette fois) tantdans la descriptiondes aspectssubjectifsde la découverte en science que dans la descriptionméthodiquede la subjectivité (surtout le fantasme, en partie l'Imaginaire,maisla description de l'inconscient pose problème pour le moment ...).
Français L'A.L.S. (Analyse des Logiques Subjectives) est une méthode d’analyse des mots (lexèmes) d’un texte parlé ou écrit, inspirée par la psychanalyse, qui permet, sans recourir au non-verbal (intonations, gestes, mimiques), d’avoir une idée de la personnalité de l’auteur et de ceux qu’il peut espérer persuader ou séduire. C'est une microsémantique du fantasme.
English
A.L.S (Analysis of Subjective Logics) is an analytical method concerned with the words (lexical items) of a spoken or written text. Drawing on psychoanalysis, it allows one, without resorting to the non-verbal (intonations, gestures, mimics, etc.), to get an idea of the personality of the author as well as of those one expects to persuade or to entice.
Deutsch Die A.L.S (Analyse der Subjektiven Logiken) ist eine Untersuchungsmethode der Wörter (lexikalische Einheiten) eines gesprochenen oder geschriebenen Textes, mit einer Inspiration der Psychoanalyse, der erlaubt, ohne sich an das Nichtverbale (Intonationen, Bewegungen, Mimiken, u.s.w.) zu wenden, eine Idee der Personalität des Autors und derjenigen zu bekommen, die er zu überreden oder zu bezaubern hoFt.
Português A A.L.S. (Análise das Lógicas Subjetivas) é um método de análise das palavras (unidades lexicais) de um texto falado ou escrito, inspirado pela psicanálise, que permite, sem recorrer ao não-verbal (intonações, gestos, mímicas, etc.), ter uma idéia da personalidade do autor e daqueles que ele pode esperar persuadir ou seduzir.
Español El A.L.S. (Análisis de las Lógicas Subjectivas) es un método de análisis de las palabras (lexemas) de un texto hablado o escrito, inspirado por la psicoanálisis, que permite, sin recurrir al no verbal (intonaciones, gestos, mímicas), tener una idea de la personalidad del autor y de aquellos a los que puede esperar persuadir o seducir.
Italiano L'A.L.S. (Analisi delle Logiche Soggettive, è un metodo di analisi delle parole ("lexèmes") di un testo parlato o scritto, ispirata per la psicanalisi, che permette, senza ricorrere al no-verbale (intonazioni, gesti, mimici), di avere un'idea della personalità dell'autore e di quelli che può sperare di persuadere o sedurre.
Résumé: Blog de diFusion de textes et de discussions autour de l'Analyse des Logiques Subjectives, méthode linguistique originale d'analyse de discours partant des métaphores courantes et de la psychanalyse.
Abstract: Blog about "Analysis of Subjective Logics ", an original linguistic approach in discourse analysis.
Mots-clé: analyscience, linguistique, analyse de discours, microsémantique du
fantasme, métaphore, psychanalyse, Lacan, psychologie, psychologie sociale, psychose, paranoïa, schizophrénie, rhétorique, argumentation, épistémologie, poésie, littérature, Baudelaire, traduction, malentendu, expressions îgées, Jean-Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Georges Bataille, Michel Leiris, Parménide, Montaigne, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, hystérie, obsession, phobie, angoisse, inconscient, fantasme, rêve, rébus, subjiciel, machina subjectiva, cognisème, subjisème
Keywords: analyscience, linguistics, "discourse analysis", metaphor, psychoanalysis, Lacan, psychology, social psychology, psychosis, paranoia, schizophrenia, rhetorics, argumentation, epistemology, poetry, litterature, Baudelaire, translation, misunderstanding, frozen expressions, Jean-Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Georges Bataille, Michel Leiris, Parménide, Montaigne, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, hysteria, îxed idea, phobia, anxiety, the unconscious, dream, rebus, subjiciel, machina subjectiva
Schlüsselwörter: Analyscience, Linguistik, Redeanalyse, Metapher, Psychoanalyse, Lacan, Psychologie, soziale Psychologie, Psychose, Paranoia, Schizophrenie, Rhetorik, Argumentation, Epistemologie, Poesie, Literatur, Baudelaire, Übersetzung, Mißverständnis, starre Ausdrücke, Jean- Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Georges Bataille, Michel Leiris, Parménide, Montaigne, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, Hysterie, Zwangsvorstellung, Phobie, Angst, Unbewusstes, Traum, Rebus, subjiciel, machina subjectiva
Palavras-chaves: analyscience, linguística, análise de discursos, metáfora, psicanálise, Lacan, psicologia, psicologia social, psicose, paranóia, esquizofrenia, retórica, argumentação, epistemologia, poesia, literatura, Baudelaire, tradução, equívoco, expressões bloqueadas, Jean- Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Georges Bataille, Michel Leiris, Parménide, Montaigne, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, histeria, idéia îxada, fobia, inquietude, o inconsciente, sonho, rébus, subjiciel, machina subjectiva
Palabras-clave: analyscience, lingüistica, análisis de discurso, metáfora, psicoanálisis, Lacan, psicología, psicología social, psicosis, paranoïa, esquizofrenia, retórica, argumentación, epistemología, poesía, literatura, Baudelaire, traducción, malentendido, expresiones cuajadas, Jean-Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Georges Bataille, Michel Leiris, Parménide, Montaigne, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, histerismo, obsesión, fobia, angustia, inconsciente, sueño, jeroglíîco, subjiciel, machina subjectiva
Parola-chiave: analyscience, linguistica, analisi di discorso, metafora, psicanalisi, Lacan, psicologia, psicologia sociale, psicosi, paranoia, schizofrenia,
retorica, argomentazione, epistemologia, poesia, letteratura, Baudelaire, traduzione, malinteso, espressioni idiomatiche, Jean-Claude Milner. , Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Georges Bataille, Michel Leiris, Parménide, Montaigne, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, isterismo, ossessione, fobia, angoscia, inconscio, sogno, rebus, subjiciel, machina subjectiva
Du même auteur
LES LEURRES DE L'IMAGINAIRE
Le mot leurre est d'utilisation fréquente en éthologie. C'est dans le règne animal que l'on observe des comportements liés à la perception, par un individu, d'une conîguration particulière chez un autre individu. On peut leurrer l'animal en lui présentant un objet réunissant les caractéristiques requises pour déclencher ces comportements. Notons d'emblée que ces leurres prédominent dans le domaine optique.
Chez l'homme la fonction du leurre est remplie par l'image du semblable, la forme du corps humain, qui va venir masquer la structure inapparente où se constitue le rapport de l'ordre symbolique au sujet.
Nous envisagerons ici rapidement la genèse de l'instance de méconnaissance dénommée "Moi" dans la théorie freudienne, pour voir comment elle devient le support de tous les leurres de l'imaginaire que l'idéologie reprendra en les dissimulant. La connaissance du rôle de cette instance dans la structure permettra d'envisager comment elle peut être déjouée en tant qu'obstacle au changement.
1 - onctionnement du Moi
a) Sa genèse: Nous rappellerons brièvement ici les eFets du désormais classique "stade du miroir".
La prématuration biologique de l'enfant humain favorise la capture de son psychisme par l'image spéculaire, dont la complétude apparente lui permet d'anticiper imaginairement cette maturation physiologique qui lui manque. Cette image vient par ailleurs servir de référent au signiîé que le sujet doit trouver pour répondre à l'appel de ce signiîant particulier qu'est l'Idéal du Moi (déîni comme "lieu d'où le sujet se voit comme aimable, support de l'amour en tant que narcissique"). C'est pour autant qu'il est exigé de l'enfant d'être "un" qu'il s'assujettira à cette image.
L'illusion ne se maintiendra que si le regard de la Mère (qui à ce stade incarne le grand Autre, c'est-à-dire le réseau des signiîants, le lieu de la détermination signiîante du sujet) conîrme l'enfant dans cette reconnaissance imaginaire.
Dès lors, l'image spéculaire (Moi idéal) servira de modèle à la constitution du Moi du sujet, consacrant déînitivement la confusion entre l'autre imaginaire (le semblable) que le sujet sera amené à rencontrer, et le grand Autre (trésor du signiîant) qui est le véritable moteur de la structure.
Ceci se îgure sur le schéma dit "schéma L"' où la èche de la relation imaginaire vient faire écran à "l'avènement du sujet (S) au lieu de sa détermination signiîante (A)".
La prégnance de ce premier leurre permet de comprendre comment les détails constitutifs de l'image du corps vont être réutilisés et rationalisés par le Moi dans une réinterprétation mythique de la structure réelle : "le mythe, c'est la tentative de donner forme épique à ce qui s'opère de la structure" (Jacques LACAN - "Télévision").
b) La spatialité du Moi
Elle est en rapport avec l'espace où se meut le corps, non le corps réel qu'étudient l'anatomie et la physiologie mais le corps tel qu'il est fantasmé par le sujet.
1) L'image du corps se résume schématiquement à celle d'une enveloppe sphérique, d'un "sac de peau" délimitant un intérieur et un extérieur. C'est une image tridimensionnelle, perçue dans l'espace
tridimensionnel de la vision.
2) Elle est dotée d'un mouvement apparemment "autonome" : les points de l'image se déplacent solidairement et le déterminisme du mouvement (par exemple l'apport d'énergie venant du milieu) est masqué au proît d'une illusion d'indépendance, d'autonomie, deliberté d'action.
3) Elle parat rassembler en elle des "morceaux de corps" dont l'éparpillement est redouté (angoisse de morcellement). Elle oppose son unicité à la multiplicité des parties dont elle se compose. Elle semble rester identique à elle même, donc identiîable et repérable. C'est sur elle que s'appuiera la notion d'individu.
Comme elle se distingue par des caractéristiques morphologiques, des "signes particuliers", de l'image d'autres corps, elle pourra supporter la notion d'originalité, demodèle unique, irremplaçable.
La projection de cette image (devenue le référent du Moi) et de ses caractéristiques sur le Monde va déterminer le contenu de toutes les représentations anthropomorphiques qui jalonnent l'histoire des sciences. Il semble que de tous temps le narcissisme humain ait préféré le modèle explicatif qui se rapprochait le plus de son image, que ce soit dans l'animisme primitif, ou dans la persistance du modèle sphérique (avec intérieur et extérieur) dans les sciences humaines par exemple.
De façon plus générale, le langage atteste à chaque instant que les termes les plus abstraits du vocabulaire sont à l'origine empruntés au vocabulaire du corps ou à celui des trois dimensions de l'espace visuel où il évolue.
La notion de concidence de l'image du Moi et de la représentation du Monde se conîrme aussi cliniquement : dans l'angoisse de dépersonnalisation, il y a à la fois impression de désomatisation et vécu catastrophique de în du monde.
Toutes ces remarques expliquent qu'on puisse parler de "Géométrie du Moi" pour déînir l'espace imaginaire où il situe ses actions et qu'il utilise pour ses raisonnements (en eFet, la logique traditionnelle avec ses principes d'identité et de non-contradiction se réfère aussi au modèle de la sphère où l'intérieur et l'extérieur sont strictement séparés, où A et non-A s'excluent radicalement).
Les métaphores utilisant l'image corporelle vont venir masquer d'une familiarité rassurante tout ce qui ne peut se saisir par l'évidence, autrement dit par la vue : ainsi s'explique leur particulière fréquence
dans la description des phénomènes psychiques. Les "facultés mentales" sont isolées et personniîées, leur fonctionnement et ses perturbations sont décrits comme ceux d'un corps, tant dans le langage courant ("une pensée féconde, une mémoire îdèle") que dans le vocabulaire traditionnel de la psychologie. Lorsqu'un tel emploi ne reçoit pas de critique, l'Imaginaire utilise le Symbolique pour se signiîer, l'illusion se maintient grâce à la "vraisemblance" du modèle utilisé, et l'on înit par oublier que c'est la fonction symbolique qui détermine dans ses moindres détails le psychisme humain. Or le Symbolique, lui, n'obéit pas à la "géométrie" imaginaire du moi.
Lorsqu'on chercher à décrire le fonctionnement du signiîant, on constate qu'il est constitué d'éléments caractérisés par des oppositions formelles (indépendamment de leur signiîé). Ces éléments entrent dans une combinatoire que régit la grammaire, pour se disposer linéairement (axe syntagmatique). Ils quittent périodiquement leur place dans la chane signiîante pour la retrouver ensuite.
Si le nombre des éléments signiîants dans une langue donnée est limité, la combinatoire en est inînie (un locuteur est capable de constituer une inînité de phrases acceptables, grammaticales) mais non indéînie (le locuteur peut reconnatre les combinaisons inacceptables).
Ce caractère fait du réseau des signiîants un champ qui ne peut s'inscrire dans une surface fermée (cercle ou sphère). Comme d'autre part, il est impossible (si on ne confond pas le signiîant avec les organes phonateurs qui en sont la condition nécessaire mais non suïsante) de localiser s'il se situe dans les locuteurs ou entre eux, le modèle topologique le plus approprié à rendre compte de la "localisation" du signiîant est celui d'une bande de Mœbius, où l'extérieur et l'intérieur sont en continuité puisqu'il s'agit d'une surface à une seule face et un seul bord.
Ainsi se comprend mieux l'irréductible diFérence de nature qui sépare la "logique du signiîant" du "lieu du corps", et que l'imaginaire du Moi tentera de combler par la médiation du fantasme.
c) La temporalité du Moi
C'est avec la constitution du Moi qu'apparat le temps vécu du parcours subjectif, l'Histoire du sujet avec ses repères de passé, présent et futur.
Les évènements psychiques seront dès lors décrits comme des mouvements du corps, et le langage usuel ne permet pas de décrire autrement le temps : c'est le parcours d'un corps à travers l'espace qui mesure pour nous le temps. Seul le langage mathématique, utilisé dans la physique relativiste par exemple, parvient à une description non intuitive du temps : dans l'intuition commune, "Je" (le Moi) viens du passé et "Je" vais vers l'avenir.
Ceci masque que le futur n'est qu'un futur antérieur (j'aurai été), et que l'histoire que le sujet va porter au compte de sa volonté, de son libre arbitre est le développement déjà déterminé d'une inscription présente à son insu dans les signiîants de sa demande et de son désir.
Ici, il nous faut déînir le concept d'acte, bien diFérent du comportement observé chez l'animal, car lié à l'existence, chez l'homme, de la dimension du langage.
Agir, c'est "retraduire la Logique (du signiîant) dans le Lieu (du corps)".
Le corps existant dans le réel, il s'ensuit que tout acte fait apparatre du nouveau dans ce réel.
Mais du fait que l'acte est une répétition liée à des signiîants, à du symbolique, il peut également être décrit comme réalisant de l'ancien.
Le Moi méconnat qu'il n'est que le jouet de cette répétition signiîante. Il s'imagine exclusivement créateur de nouveau, agent de changement, architecte de l'univers subjectif. Il pense, au îl de ses actes, laisser le passé derrière lui, être en route vers l'avenir.
Dans la suite, nous serons amenés à reprendre cette distinction essentielle entre changement apparent (perçu dans la temporalité linéaire du Moi) et changement structural (celui qui met în à la répétition). On comprendra alors mieux qu'un désir de changement (apparent) puisse n'être qu'une résistance de plus au changement (structural).
d) la relation imaginaire
Le Moi du sujet, sitôt constitué, va entretenir avec l'image spéculaire (qui est aussi l'image du semblable, "l'autre imaginaire") des relations "d'agression érotisée" placées sous le signe de l'ambivalence : c'est le couple amour-haine.