Charles-Axel Guillaumot  (1730-1807),  architecte et administrateur de la manufacture des Gobelins - article ; n°1 ; vol.8, pg 97-106
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Charles-Axel Guillaumot (1730-1807), architecte et administrateur de la manufacture des Gobelins - article ; n°1 ; vol.8, pg 97-106

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Livraisons d'histoire de l'architecture - Année 2004 - Volume 8 - Numéro 1 - Pages 97-106
« Charles-Axel Guillaumot (1730-1807), architecte et administrateur de la manufacture des Gobelins », par Caroline Girard L'architecte Guillaumot se distingua par la construction des trois casernes de gardes suisses de Rueil, Courbevoie et Saint-Denis en 1754-1756 ; il travailla en outre pour la famille de l'intendant de la généralité de Paris, Bertier de Sauvigny, à Paris et en Bourgogne. Élu à l'Académie royale d'architecture en 1773 et contrôleur général des Bâtiments du roi à partir de 1776, il fut chargé de nombreuses fonctions officielles : il intervint notamment à la cathédrale Sainte-Croix d'Orléans, au Louvre ou à l'abbatiale de Saint-Denis. Il fut par ailleurs inspecteur général des carrières de Paris. Sa carrière fut couronnée par sa nomination en 1789 à la tête de la manufacture des Gobelins. Mais le contexte révolutionnaire perturba le fonctionnement de la manufacture, menacée de suppression, et Guillaumot dut surtout se consacrer à des tâches de gestion. Néanmoins, il s'intéressa malgré tout à des questions d'ordre esthétique spécifiques à cet établissement, à la technique de la tapisserie et à la décoration des palais impériaux. L'aménagement de la Galerie de Diane aux Tuileries fut le projet qui lui tint le plus à cœur.
Charles-Axel Guillaumot (1730-1807), architect and administrator of the Gobelins manufacture, by Caroline Girard Guillaumot gained consideration with the construction of the three barracks of Rueil, Courbevoie et Saint-Denis, in 1754-1756. He also worked for the Bertier de Sauvigny family, in Paris and in Burgundy. He was elected to the Royal Academy of Architecture in 1773, and as an inspector of the royal buildings from 1776, he was consulted about the sites of the cathedral of Orléans, the Louvre and the church of Saint-Denis. Besides, he became general inspector of the Parisian quarries in 1777. The peak of his career was his nomination to the Gobelins manufacture in 1789. But the French Revolution disturbed the manufacture, which was almost removed. So, Guillaumot had to concentrate on administrative tasks. However, he was still interested in questions of tapestry technique or in the decoration of imperial palaces, by example the Diane Gallery in the Tuileries.
« Charles-Axel Guillaumot (1730-1807), Architekt und Verwalter der Gobelinsfabrik », von Caroline Girard Guillaumot zeichnete sich durch den Bau der drei Kasernen von Rueil, Courbevoie und Saint-Denis (1754-1756) aus. Er arbeitete auch fur die Familie des Intendanten von Paris, Bertier de Sauvigny. Gewahlt im Jahr 1773 in die « Académie royale d'architecture », und Kontrolleur der koniglichen Bauten ab 1776, wurde er fur mehrere Baustellen, wie Sainte-Croix von Orléans, den Louvre oder die Kirche von Saint-Denis, um Rat gefragt. Im Jahr 1777 wurde er Inspektor der Pariser Steinbrüche. Die Krönung seiner Karriere war seine Ernennung zum Verwalter der Gobelinsfabrik (1789). Die französische Revolution brachte aber die Fabrik nahe an ihre Auflösung, und Guillaumot musste sich vor allem der Verwaltung widmen. Er interessierte sich allerdings auch fur andere Aspekte der Fabrik, wie die Technik der Wandteppiche, oder die Dekoration der kaiserlichen Paläste, zum Beispiel die « Galerie de Diane » in den Tuilerien.
10 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 2004
Nombre de lectures 43
Langue Français

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Caroline Girard
Charles-Axel Guillaumot (1730-1807), architecte et
administrateur de la manufacture des Gobelins
In: Livraisons d'histoire de l'architecture. n°8, 2e semestre 2004. pp. 97-106.
Citer ce document / Cite this document :
Girard Caroline. Charles-Axel Guillaumot (1730-1807), architecte et administrateur de la manufacture des Gobelins. In:
Livraisons d'histoire de l'architecture. n°8, 2e semestre 2004. pp. 97-106.
doi : 10.3406/lha.2004.984
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/lha_1627-4970_2004_num_8_1_984Résumé
« Charles-Axel Guillaumot (1730-1807), architecte et administrateur de la manufacture des Gobelins »,
par Caroline Girard L'architecte Guillaumot se distingua par la construction des trois casernes de
gardes suisses de Rueil, Courbevoie et Saint-Denis en 1754-1756 ; il travailla en outre pour la famille
de l'intendant de la généralité de Paris, Bertier de Sauvigny, à Paris et en Bourgogne. Élu à l'Académie
royale d'architecture en 1773 et contrôleur général des Bâtiments du roi à partir de 1776, il fut chargé
de nombreuses fonctions officielles : il intervint notamment à la cathédrale Sainte-Croix d'Orléans, au
Louvre ou à l'abbatiale de Saint-Denis. Il fut par ailleurs inspecteur général des carrières de Paris. Sa
carrière fut couronnée par sa nomination en 1789 à la tête de la manufacture des Gobelins. Mais le
contexte révolutionnaire perturba le fonctionnement de la manufacture, menacée de suppression, et
Guillaumot dut surtout se consacrer à des tâches de gestion. Néanmoins, il s'intéressa malgré tout à
des questions d'ordre esthétique spécifiques à cet établissement, à la technique de la tapisserie et à la
décoration des palais impériaux. L'aménagement de la Galerie de Diane aux Tuileries fut le projet qui lui
tint le plus à cœur.
Abstract
"Charles-Axel Guillaumot (1730-1807), architect and administrator of the Gobelins manufacture", by
Caroline Girard gained consideration with the construction of the three barracks of Rueil,
Courbevoie et Saint-Denis, in 1754-1756. He also worked for the Bertier de Sauvigny family, in Paris
and in Burgundy. He was elected to the Royal Academy of Architecture in 1773, and as an inspector of
the royal buildings from 1776, he was consulted about the sites of the cathedral of Orléans, the Louvre
and the church of Saint-Denis. Besides, he became general inspector of the Parisian quarries in 1777.
The peak of his career was his nomination to the Gobelins manufacture in 1789. But the French
Revolution disturbed the manufacture, which was almost removed. So, Guillaumot had to concentrate
on administrative tasks. However, he was still interested in questions of tapestry technique or in the
decoration of imperial palaces, by example the Diane Gallery in the Tuileries.
Zusammenfassung
« Charles-Axel Guillaumot (1730-1807), Architekt und Verwalter der Gobelinsfabrik », von Caroline
Girard Guillaumot zeichnete sich durch den Bau der drei Kasernen von Rueil, Courbevoie und Saint-
Denis (1754-1756) aus. Er arbeitete auch fur die Familie des Intendanten von Paris, Bertier de
Sauvigny. Gewahlt im Jahr 1773 in die « Académie royale d'architecture », und Kontrolleur der
koniglichen Bauten ab 1776, wurde er fur mehrere Baustellen, wie Sainte-Croix von Orléans, den
Louvre oder die Kirche von Saint-Denis, um Rat gefragt. Im Jahr 1777 wurde er Inspektor der Pariser
Steinbrüche. Die Krönung seiner Karriere war seine Ernennung zum Verwalter der Gobelinsfabrik
(1789). Die französische Revolution brachte aber die Fabrik nahe an ihre Auflösung, und Guillaumot
musste sich vor allem der Verwaltung widmen. Er interessierte sich allerdings auch fur andere Aspekte
der Fabrik, wie die Technik der Wandteppiche, oder die Dekoration der kaiserlichen Paläste, zum
Beispiel die « Galerie de Diane » in den Tuilerien.Caroline Girard Par
CHARLES-AXEL GUILLAUMOT (1730-1807),
ARCHITECTE ET ADMINISTRATEUR
DE LA MANUFACTURE DES GOBELINS
Charles-Axel Guillaumot, né à Stockholm en 1730 de parents français, étudia
à Hambourg puis vint à Paris en 1745 pour étudier l'architecture dans l'atelier de
l'abbé Camus. Sa qualité d'étranger l'écarta du concours du Grand prix et il dut
entreprendre le voyage d'Italie à ses frais. Arrivé à Rome en 1750, il remporta le
prix clémentin de l'Académie de Saint-Luc. Il visita encore l'Angleterre et l'E
spagne, puis rentra en France en 1754. Dès le début de sa carrière, il bénéficia de
soutiens importants qui lui permirent d'obtenir d'importantes commandes privées
et publiques.
Académicien en 1773, il lui fut confié plusieurs charges officielles et, en dernier
lieu, celle d'administrateur de la manufacture des Gobelins en 1789. Quel intérêt
l'architecte porta-t-il à ce poste, qu'il occupa durant une quinzaine d'années ? En
parcourant la carrière de Guillaumot, cette étude se propose d'en faire apparaître
les caractéristiques, afin d'inscrire l'action de l'architecte à la tête de la manufacture
dans un cadre plus vaste.
Les premières réalisations
Soutenu tout d'abord par le maréchal de Lowendal, Guillaumot se tourna vers
l'étude de l'architecture militaire. Par un arrêt du Conseil de 1754, il fut chargé
de la construction de trois casernes de gardes suisses autour de Paris, à Rueil, Cour-
bevoie et Saint-Denis. Louis XV souhaitait en effet renforcer la garnison autour de
la capitale à la suite des soulèvements populaires de 1750 '. Cette mesure visait un
double objectif: discipliner la troupe sans contraindre la population à héberger les
soldats2. Guillaumot, dans ces trois casernes identiques, se démarqua du modèle
traditionnel élaboré par Vauban, constitué de chambres adossées à un mur d'épine
central et desservies par de nombreux escaliers. Il disposa au contraire les chambres
de part et d'autre d'un couloir central. Chaque bâtiment possédait deux étages et
des mansardes desservis par deux escaliers aux extrémités et un escalier monumental
au centre3. L'architecte employa par ailleurs un vocabulaire élégant, notamment
1. Michel Gallet, Les Architectes parisiens du XVIII' siècle, dictionnaire biographique et critique, Paris,
Mengès, 1995, p. 248.
2. André Corvisier, Dictionnaire d'art et d'histoire militaires, PUF, 1988, p. 146.
3. François Dallemagne, Les Casernes françaises, Paris, Picard, 1990, p. 99-100.
Livrauiorw à'buttoire àe l'architecture /i° iV CAROLINE aiRARD 98
pour les pavillons centraux constitués de trois travées soulignées par des chaînes de
refends, surmontées d'un fronton triangulaire orné d'étendards entourant les armes
de France et d'un comble brisé (ill. 1). Les travaux durèrent de 1754 à 1756 ; en
1765, la caserne de Courbevoie fut complétée par deux corps de bâtiment délimi
tant une cour4. Ces trois casernes furent considérées pendant longtemps comme
des réussites tant du point de vue esthétique que fonctionnel5. Seule la caserne de
Rueil subsiste aujourd'hui6.
Illustration non autorisée à la diffusion
111. 1 : Charles-Axel Guillaumot, caserne de Rueil, 1754-1756, pavillon central de la façade. Cl. Caroline
Girard.
En 1760, Guillaumot devint architecte de la généralité de Paris, dont l'inten
dant était alors Bertier de Sauvigny. Il réalisa pour cette famille de nombreux tra-
4. Dessin de Nicolas Pérignon, [Les casernes de Courbevoie], XVIIIe siècle, BnF Est. (Rés. Ve-26 f-Fol.,
Destailleur Province, t. 1).
5. Service historique de l'Armée de terre, Xe 390, rapport général sur le casernement de Paris et des
environs, 26 décembre 1814, par le maréchal de camp du génie, directeur du casernement de l'Inté
rieur, baron de Ponthon : ces casernes « sont ce qu'il y a de mieux en établissements de ce genre,
chacune d'elles peut recevoir un régiment, les logemens y sont sains et très bien répartis, une vaste
et belle cour offre l'emplacement nécessaire pour réunir les troupes et les faire manœuvrer ».
6. Michel Gallet, op. cit., p. 248 ; Atlas historique de Saint-Denis des origines au XVIII' siècle, dir.
Michael Wyss, Paris, éd. maison des sciences de l'homme, 1996, p. 233 : la caserne de Courbevoie
fut démolie en 1962, et sa façade remontée dans le parc de Bécon-les-Bruyères ; la caserne de Saint-
Denis fut détruite en 1969.
Livraison*) â'buttoire de l'architecture n° 8 CHARLES-AXEL GUILLAUMOT (Г30-1Н07) 99
vaux à Paris et en Bourgogne, tels que les châteaux de Sauvigny et de La Brosse
ou encore le logis abbatial de Vézelay (détruit à la Révolution), à la demande de
l'abbé Bertier. Grâce au soutien de cette puissante famille, il se vit chargé de dresser
les plans et de suivre la construction de l'écurie de dragons de Villeneuve-sur-
Yonne et de la caserne de cavalerie de Joigny. Cette dernière fut néanmoins très
critiquée : les chefs de corps reprochèrent dès 1765 à Guillaumot d'avoir privilégié
l'aspect esthétique au détriment de l'aspect fonctionnel de son édifice, rendant ce
dernier insalubre7. Par ailleurs, bénéficiant toujours de l'influence de la famille des
Bertier de Sauvigny, il intervint à plusieurs reprises dans les constructions ou répa
rations d'églises et de presbytères du département actuel de l'Yonne, pour lesquels
il effectua plus probablement des expertises qu'il ne dirigea réellement les travaux,
comme l'indiquent les exemples des presbytères de Michery et de Saint-Clément8.
Il faut enfin mentionner les travaux qu'il dirigea à Paris dans l'hôtel de
Chaulnes, rue de Varenne, notamment la décoration intérieure du salon du Dais9.
Au milieu des années 1760, la carrière de Guillaumot était donc riche de réal
isations prestigieuses telles que les casernes des gardes suisses ; l'architecte pouvait
d'autre part compter sur le soutien de personnages influents, parmi lesquels l'inten
dant de la généralité de Paris. Il lui apparaissait dès lors logique de briguer une
place à l'Académie.
Guillaumot et l'Académie
Pendant ces années, le marquis de Marigny, surintendant des bâtiments du roi,
pesait considérablement sur les choix royaux d'académiciens. Guillaumot en subit
les conséquences à plusieurs reprises : il se présenta en effet quatre fois avant d'être
finalement élu en 1773 10.
Une fois entré à l'Académie, Guillaumot y déploya une intense activité, que ce
fût pour des questions concrètes comme le fonctionnement interne de la compag
nie, dont il proposa même un nouveau règlement, ou pour des questions théo
riques, comme la création d'un nouvel ordre en architecture11. Il fit en outre partie,
7. Pierre et Jean Bertiaux, Joigny ville de garnison. Autoédition, 1991, p. 21.
8. Andrée Mignardot, Histoire d'un village du nord-Sénonais, Michery, 1996, p. 329-347 : Bertier char
gea tout d'abord l'architecte Gayet d'effectuer les réparations ; mais les villageois étant récalcitrants,
il demanda à Guillaumot de faire une contre-expertise des ouvrages faits au presbytère ; il semble
en avoir été de même pour Saint-Clément (plans Arch. dép. Yonne, cat. 168, С 210 : plan par
(iayet en 1763, et plan par Guillaumot en 1765).
9. Le Faubourg Saint-dermain : la rue de Varenne [expo., Paris, musée Rodin, 1981], Paris,
D.A.A.V.P., société d'histoire et d'archéologie du VIT arrondissement, 1981, 87 p.
10. Wolrgang Scholler, Die «Académie royale d'architecture », 1692-1793 ; Anatomie einer Institution,
Cologne, Weimar, Vienne, Bohlau, 1993, p. 277-282 : l'auteur décrit précisément les différentes
tentatives de Guillaumot, soutenu par les Bertier de Sauvigny et le marquis d'Armentières, ainsi
que le rôle de Marigny dans cette affaire.
1 1. Henri Lemonnier, Proc'es-verbaux de l'Académie royale d'architecture (1671-1793), Paris, 191 1-1926,
t. IX, p. 362-67, projet de règlement de Guillaumot [s.d.) : son projet correspondait au souhait des
académiciens d'échapper à la tutelle de la Surintendance et de s'affirmer comme un corps constitué
LivraLuirw â'hL<toire de l'architecture ri' H 1 00 CAROLINE GIRARD
en tant que contrôleur général des Bâtiments du roi à partir de 1776, de nomb
reuses commissions chargées d'examiner différents chantiers, notamment ceux de
l'église Sainte-Croix d'Orléans, de l'abbatiale de Saint-Denis ou du Louvre.
L'église d'Orléans, dont la réédification débuta sous le règne de
Henri IV, fut l'objet de nombreux travaux au cours du XVIIIe siècle. Les tours du
portail furent notamment érigées à partir de 1723 selon un projet de Gabriel, puis,
à partir de 1766 sous la direction de l'architecte Trouard. Ce dernier modifia en
partie le projet initial de Gabriel et ajouta un troisième étage aux tours. En 1773,
Legrand succéda à Trouard et poursuivit les travaux. Mais il apparut que l'édifice
avait subi un tassement général et de fortes altérations qui risquaient de menacer
sa stabilité12. Une commission, composée de Mique, Jardin et Guillaumot, fut
donc formée en 1778 pour observer l'état de l'église et proposer des solutions de
restaurations. D'après le rapport rédigé par cette commission, le délabrement de
l'église s'expliquait par la faible construction des fondations, la mauvaise qualité du
sol, la qualité de la pierre, parfois cassante et, surtout, la faiblesse de la construction
des tours, ainsi que la rapidité avec laquelle elles avaient été élevées.
Afin de remédier aux conséquences de ce défaut de construction, les architectes
de la commission proposèrent, d'une part, de consolider le porche par une armat
ure de fer, d'autre part, d'étayer le poids des tours porté par les arcs abîmés au
moyen « d'un mur construit de fonds, élevé jusqu'à l'intrados de l'arc inférieur ».
Par ailleurs, ils conseillèrent de changer le projet de Trouard et de ne pas construire
d'étage supplémentaire aux tours13.
Guillaumot fut appelé à participer à une autre commission, concernant l'abbat
iale de Saint-Denis. En effet, en 1781, les religieux de cette abbaye demandèrent
l'autorisation de déplacer les tombeaux placés dans le chœur de l'église, afin de
repaver ce dernier. L'architecte dirigea tout d'abord des fouilles dans le chœur pour
constater la présence ou l'absence de sépultures sous les tombeaux. Or il ressortit
de ces fouilles que les tombeaux ne correspondaient plus aux sépultures enterrées
sous le chœur14. En outre, la commission examina dans une deuxième étape les
qualités artistiques des tombeaux et jugea qu'ils n'en avaient aucune15. La commis-
et indépendant, ayant le monopole de l'enseignement et de l'expertise ; ibid., p. 324-25, procès-
verbal d'un rapport des commissaires Trouard, Guillaumot et Cherpitel à propos de la composition
d'un ordre d'architecture par l'ingénieur Debard (21 mai 1792).
12. De Buzonnière, Histoire architecturale de la ville d'Orléans, Paris, 1849, 2 t., t. 2, p. 75-80.
13. Arch, nat., O1 1904, dossier 2, pièce 50, rapport du 2 juin 1778.
14. Arch, nat., O1 1904, 7, rapport de Guillaumot, 12 avril 1781, édité par Jules-Joseph Guiffrey,
Un chapitre inédit de l'histoire des tombes royales de Saint-Denis, d'après les documents conservés aux
Archives nationales, Paris, Menu, 1876, p. 29-34 ; Jean-Michel Leniaud, Saint-Denis de 1760 à nos
jours, Paris, Gallimard, 1996.
15. Ibid., rapport de la commission du 5 mai 1781, édité dans op. cit., p. 39-50 : « L'examen le plus
approfondi n'a pu nous présenter rien de précieux, même de supportable soit dans les matériaux,
soit dans les modifications que la barbarie des artistes de ces tems éloignés s'est efforcé d'y donner.
[...] Nulle partie n'annonce dans [le sculpteur] la plus légère connoissance de l'art ni de ses premiers
élémens » ; la commission réunissait Pierre, Pajou, Mique, Hazon, Guillaumot et Peyre l'aîné.
Livrauorui à'huitoire àe L'architecture n° 8 CHARLES-AXEL GUILLAUMOT (1730-1807) 101
sion proposa alors de déplacer les tombeaux dans les chapelles Saint-Hippolyte et
Saint-Lazare. Ni d'Angiviller, ni la commission et le prieur de Saint-Denis, dom
Malaret, n'étaient donc guère choqués par l'idée de bouleverser le chœur de la
basilique et la disposition des tombeaux royaux, au caractère éminemment
symbolique, au profit de la symétrie du pavement de l'église. Toutefois, le projet
émut certains ecclésiastiques, tels que dom Boudier, l'ancien prieur de Saint-
Denis, ou l'archevêque de Paris, Christophe de Beaumont. Afin d'apaiser l'opi
nion publique, il fut alors décidé de créer une crypte pour les sépultures royales.
Cette idée avait été suggérée par Guillaumot : il avait en effet souligné le fait que
les souverains étaient enterrés sous le chœur, confusément et sans inscriptions, et
qu'ils méritaient un monument digne de leur puissance. Deux projets de décora
tion furent proposés à cette occasion, l'un par Guillaumot (ill. 2), l'autre par
Peyre l'aîné. Celui de Peyre, plus sobre et sans doute plus adapté à sa destination,
fut préféré. Mais il fut ajourné par deux fois, d'abord en 1781 à la suite du
décès de l'archevêque de Paris puis en 1786 ; la Révolution le suspendit défin
itivement 16.
Illustration non autorisée à la diffusion
111. 2 : Renard et Charles-Axel Guillaumot, Louvre, coupe du Salon carré, [1789], Arch, nat., O1 1670.
Cl. Caroline Girard.
16. Op. cit., p. 8-9.
LivraLiorui à'hLf taire de l'architecture n° К 1 02 (PROLINE GIRARD
Le troisième grand projet auquel Guillaumot participa à la fin du XVIIIe siècle
concerna l'éclairage de la Grande Galerie et du Salon carré du Louvre17. La Grande
Galerie devant abriter les collections royales, d'Angiviller invita en effet dès 1778
différents architectes, dont Soufflot et Renard, à proposer des projets d'éclairage
zénithal, mais ils furent tous rejetés par une commission d'académiciens nommée
par le surintendant pour les étudier, et dont Guillaumot faisait partie. Par la suite,
cette commission établit six principes fondamentaux dans un rapport du 15 mai
1786 : la galerie ne devait pas être divisée, afin de conserver ses dimensions
uniques ; elle serait éclairée par le haut ; les baies, carrées, prises du sommet de la
voûte, n'interdiraient pas l'usage des croisées ; le percement de ces baies nécessitait
la destruction de la voûte ; la charpente du comble, également détruite, devait être
reconstruite en fer pour éviter les risques d'incendie ; enfin, les seules parties déco
rées devaient être la voûte, la corniche et les portes des extrémités de la galerie18.
Cependant l'architecte Brébion opposa une forte résistance aux partisans de l'écla
irage zénithal. Il critiqua ainsi les projets pour la Grande Galerie, ainsi que celui
proposé en février 1789 par Guillaumot pour le Salon carré (ill. 3). L'architecte
avait en effet avancé l'idée que l'éclairage par la voûte du Salon carré et la recons
truction en fer de la charpente du comble serviraient d'exemple pour la Grande
Galerie et permettraient d'y effectuer les améliorations nécessaires19. Les critiques
de Brébion furent si violentes qu'une querelle opposa les deux architectes ; d'Angiv
iller, qui soutenait l'idée de l'éclairage zénithal, dut les réunir en conférence
contradictoire le 22 mars 1789 pour voir finalement Brébion abandonner son
point de vue20. Le projet, comprenant l'adjonction d'une lanterne dans l'axe de la
voûte, fut enfin adopté par une commission le 27 mars suivant et les travaux furent
réalisés assez vite pour que le Salon pût ouvrir au mois d'août ; le public du Salon
parut satisfait de ce nouvel éclairage21. Malgré le succès de ce premier essai, le
manque de moyens empêcha de le réitérer dans la Grande Galerie et seules les
réparations indispensables furent entreprises.
Les relations entre Guillaumot et Renard durant ces années de réflexion sur
l'éclairage de la Grande Galerie sont intéressantes à souligner. Il faut en effet nuanc
er les propos de Christiane Aulanier, lorsqu'elle estime qu'ils furent concurrents
sur les projets parallèles d'éclairage de la Grande Galerie et du Salon carré ; les deux
architectes, de la même famille, travaillèrent bien plutôt de concert : Renard exécu-
17. Pour l'ensemble du passage, voir Christiane Aulanier, Histoire du palais et du musée du Louvre,
Paris, éd. Musées nationaux, 1. 1, p. 12-13 et t. II, p. 38-39.
18. Arch. nat., O1 1670, pièce 162, rapport rédigé par Guillaumot, 4 avril 1787, où les propositions
du rapport de 1786 sont citées.
19. Ibid., pièce 168, lettre de Guillaumot à d'Angiviller, 23 octobre 1788.
20. Arch, nat., O1 1670, cité par Christiane Aulanier, op. cit., t. II, p. 38.
21. Arch. nat., O1 copie du mémoire présenté au roi, en l'absence du directeur général des Bâti
ments, 16 novembre 1789 [signé par Hazon, Mique, Brébion et Guillaumot] : « Cet essai a eu le
plus grand succès, tant pour les moyens d'exécution, que pour l'effet des peintures, en sorte que le
public attend avec impatience de voir la gallerie éclairée de la même manière. »
LwrauioiM àbuttoire de l'architecture n° H CHARLES-AXEL GUILLAVMOT (Г30-18(Р) 103
Illustration non autorisée à la diffusion
111. 3 : Charles- Axel Guillaumot, projet de décoration de la crypte de Saint-Denis, coupe, [1781], Arch,
nat., O1 1904. Cl. Caroline Girard.
tait les projets, tandis que Guillaumot faisait partie de la commission chargée de
les étudier. Cette alliance renforça d'ailleurs l'hostilité de Brébion à l'égard du proj
et22. Dans ce travail d'équipe, Guillaumot apparaît comme l'inventeur du projet
et Renard, comme l'exécuteur23.
Guillaumot, tellement enthousiaste à l'égard de l'éclairage zénithal, proposa
même, durant la Révolution, d'en faire profiter la Galerie des Glaces à Versailles
pour y installer un musée, quitte à faire disparaître les peintures de Le Brun24.
Parallèlement à ses interventions sur de grands chantiers comme contrôleur
général des Bâtiments du roi, Guillaumot fut nommé inspecteur général des
carrières de Paris en 1777 ; il expliqua d'ailleurs dans un mémoire les méthodes de
consolidation qu'il employa25.
22. Arch. nat., O1 1670, lettre de Guillaumot à d'Angiviller, Paris, 22 mars 1789.
23. Ibid., rapport de Guillaumot à d'Angiviller, 10 février 1789 : « J'ay pensé que cette étude [sur le
Salon carré) ne seroit pas complette, si le comble de ce sallon n'étoit pas construit en fer, ainsy
que l'académie a pensé que devoit être celle de la Gallerie. M. Renard a donc reffait son projet
suivant ce sistème. »
F1 1080, dossier 2, mémoire de Guillaumot au comité d'Instruction publique de la 24. Arch, nat.,
Convention nationale, 10 pluviôse an III : « Cette opération remplirait deux objets à la fois : celui
de procurer le seul jour convenable pour voir les ouvrages de peinture, et un motif utile pour faire
disparaître sans être accusé de vandalisme, tous ces témoignages de basse flatterie pour Louis XIV,
qui décorent la voûte de cette gallerie. »
25. Charles-Axel Guillaumot, Mémoire sur les travaux ordonnés dans les carrières sous Paris, et plaines
adjacentes, et exposé des opérations faites pour leur réparation, Paris, 20 thermidor an VII [1797],
56 p.
Livrauioné à' h m taire de l'architecture n° H 104 (PROLINE GIRARD
La carrière de Guillaumot, comprenant quelques grandes réalisations et surtout
de nombreuses interventions en tant qu'expert, fut couronnée en 1789 par sa
nomination à la succession du peintre Pierre à la tête de la manufacture des
Gobelins.
L 'action de Guillaumot au sein de la manufacture des Gobelins
Sa nomination à ce poste s'inscrivait dans une certaine tradition, puisque,
depuis sa création sous le règne de Louis XIV, la manufacture avait toujours été
dirigée par des peintres ou des architectes. Celle-ci traversa la Révolution avec
beaucoup de difficultés : menacée de suppression, elle survécut péniblement et
Guillaumot dut même quitter la direction entre 1792 et 1795. Ayant retrouvé son
poste dans un contexte plus ou moins apaisé, il y resta jusqu'à son décès en 1807.
Napoléon jugea bon de l'y laisser, sans doute en raison de son expérience et de son
comportement plutôt neutre durant la Révolution. Guillaumot s'était d'ailleurs fort
investi pour améliorer le fonctionnement de la manufacture au début de la Révolut
ion. Sous l'Ancien Régime, la manufacture était en effet régie selon le système de
l'entreprise, c'est-à-dire que le roi déléguait les responsabilités de production à des
entrepreneurs. Ces derniers étant devenus de moins en moins contrôlables à la fin
de l'Ancien Régime, Guillaumot conçut un nouveau règlement, prolongeant celui
que Pierre avait institué en 178326 : les anciens entrepreneurs devinrent de simples
chefs d'atelier et le salaire à la journée remplaça le salaire à la tâche à partir du
1er janvier 1791 27. Il incombait par ailleurs à Guillaumot de permettre à la manuf
acture de retrouver son activité passée. Sa première préoccupation fut d'ordre
financier et l'administrateur n'eut de cesse de plaider en faveur d'une augmentation
du budget des Gobelins, qui fut finalement accordée sous le Premier Empire28.
Guillaumot laissa également son empreinte dans d'autres domaines, notamment
celui de la technique de la tapisserie, auquel il s'intéressa vivement, toujours dans
le but de faire progresser la manufacture, de lui rendre son activité et son éclat. Il
perfectionna par exemple le métier à tapisserie, de sorte qu'il n'abîmât plus les
modèles29. Son intérêt pour les questions techniques est à rapprocher de quelques
traits de sa carrière, qui réunissaient les profils d'architecte et d'ingénieur, comme
l'illustrent les études qu'il fit des programmes d'architecture militaire et d'aménage-
26. Béatrice Bonneyrat, La Manufacture royale des Gobelins de 1782 à 1789, sous la direction du premier
peintre de Louis XVI, Jean-Baptiste-Marie-Pierre (1713-1789), mémoire de maîtrise, 1997, p. 18-31.
27. Chantai Gastinel-Coural, La Manufacture des Gobelins au XIX' siècle [expo. Galerie nationale de la
tapisserie, Beauvais, 1996], Paris, 1996, p. 97.
28. Arch, nat., O2 877 : Guillaumot insista pour que le budget fût porté à 150 000 francs par an ; ses
allusions à ce sujet sont récurrentes dans sa correspondance avec l'Intendant général de la maison
de l'Empereur, dont dépendit la manufacture sous le Premier Empire.
29. Ibid., rapport fait au Lycée des arts, 30 pluviôse an 9 [19 février 1801].
Livrawoiw à'huftoire de l'architecture n° 8