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La « Maison de l'américaine » de l'architecte Claudius Trénet : esthétique urbaine et débat stylistique dans l'architecture du début du XXe siècle à Perpignan - article ; n°1 ; vol.7, pg 87-98

De
14 pages
Livraisons d'histoire de l'architecture - Année 2004 - Volume 7 - Numéro 1 - Pages 87-98
The building 'L'Américaine' of Claudius Trénet : Urban Aesthetics and Style Evolution in the 20th Century Architecture of Perpignan, by Esteban Castaner Munoz The building L'Américaine, by Claudius Trénet, is considered to be the first modern building in Perpignan. It was constructed in 1903 on the boulevard Wilson, in the new neighbourhood created by the demolition of the ancient walls and the expansion of the city to the north. The building of Claudius Trénet is representative of the style Fin de siècle. The analysis of the three prior projects and the final construction show an evolution of style from eclecticism until Art Nouveau. This evolution gives testimony to the apparition of a new urban aesthetics united to the birth of the new city. It also shows the relation between architect and client for whom the architectural language converts into a code of social representation.
« La Maison de l'Américaine de l'architecte Claudius Trénet : esthétique urbaine et débat stylistique dans l'architecture du début du XXe siècle à Perpignan », par Esteban Castaner Munoz. La « Maison de l'Américaine » de Claudius Trénet est considérée comme le premier édifice de style moderne de Perpignan. Bâti en 1903 au boulevard Wilson, dans le nouveau quartier créé lors de l'arasement des remparts et de l'agrandissement au nord de la ville, l'édifice de Trénet est révélateur de l'esthétique Fin de Siècle. L'analyse des trois projets préalables et de la réalisation définitive permet de constater une évolution stylistique entre l'éclectisme et l'Art nouveau. Cette évolution témoigne d'une nouvelle esthétique urbaine associée à la naissance de la ville contemporaine. Cette évolution témoigne aussi de la relation entre l'architecte et le commanditaire ; ce dernier utilise le langage architectural comme langage de représentation sociale.
« Das Haus der Amerikanerin des Architekten Claudius Trénet : urbane Bauform und Stilerneuerung am Anfang des 20. Jahrhunderts in Perpignan », von Esteban Castaner Munoz Das sogenannte « Haus der Amerikanerin » des Architekten Claudius Trénet gilt als der erste moderne Bau in Perpignan, sowie als der vollkommene Ausdruck des Stils Fin de siècle. 1903 wurde es am Boulevard Wilson gebaut, in dem neuen Stadtteil, der sich nach der Zerstörung der Stadtmauern gegen Norden hin entwickelte. Der Vergleich der drei ersten Entwürfe mit dem entgütigen Bau zeigt, dass die Formen sich vom Eklektizismus zum Jugendstil wandeln. Die Entstehung der neuen Stadt gibt Anlass zu neuen urbanen Bauformen. Es entwickelt sich auch eine besondere Verbindung zwischen dem Architekten und dem Auftraggeber, der sich der neuen architektonischen Form als Ausdruck seines sozialen Standes bedient.
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Esteban Castaner Munoz
La « Maison de l'américaine » de l'architecte Claudius Trénet :
esthétique urbaine et débat stylistique dans l'architecture du
début du XXe siècle à Perpignan
In: Livraisons d'histoire de l'architecture. n°7, 1er semestre 2004. pp. 87-98.
Citer ce document / Cite this document :
Castaner Munoz Esteban. La « Maison de l'américaine » de l'architecte Claudius Trénet : esthétique urbaine et débat stylistique
dans l'architecture du début du XXe siècle à Perpignan. In: Livraisons d'histoire de l'architecture. n°7, 1er semestre 2004. pp.
87-98.
doi : 10.3406/lha.2004.967
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/lha_1627-4970_2004_num_7_1_967Abstract
"The building 'L'Américaine' of Claudius Trénet : Urban Aesthetics and Style Evolution in the 20th
Century Architecture of Perpignan", by Esteban Castaner Munoz The building "L'Américaine", by
Claudius Trénet, is considered to be the first modern building in Perpignan. It was constructed in 1903
on the boulevard Wilson, in the new neighbourhood created by the demolition of the ancient walls and
the expansion of the city to the north. The building of Claudius Trénet is representative of the style Fin
de siècle. The analysis of the three prior projects and the final construction show an evolution of style
from eclecticism until Art Nouveau. This evolution gives testimony to the apparition of a new urban
aesthetics united to the birth of the new city. It also shows the relation between architect and client for
whom the architectural language converts into a code of social representation.
Résumé
« La "Maison de l'Américaine" de l'architecte Claudius Trénet : esthétique urbaine et débat stylistique
dans l'architecture du début du XXe siècle à Perpignan », par Esteban Castaner Munoz. La « Maison
de l'Américaine » de Claudius Trénet est considérée comme le premier édifice de style moderne de
Perpignan. Bâti en 1903 au boulevard Wilson, dans le nouveau quartier créé lors de l'arasement des
remparts et de l'agrandissement au nord de la ville, l'édifice de Trénet est révélateur de l'esthétique Fin
de Siècle. L'analyse des trois projets préalables et de la réalisation définitive permet de constater une
évolution stylistique entre l'éclectisme et l'Art nouveau. Cette évolution témoigne d'une nouvelle
esthétique urbaine associée à la naissance de la ville contemporaine. Cette évolution témoigne aussi
de la relation entre l'architecte et le commanditaire ; ce dernier utilise le langage architectural comme
langage de représentation sociale.
Zusammenfassung
« Das "Haus der Amerikanerin" des Architekten Claudius Trénet : urbane Bauform und Stilerneuerung
am Anfang des 20. Jahrhunderts in Perpignan », von Esteban Castaner Munoz Das sogenannte « Haus
der Amerikanerin » des Architekten Claudius Trénet gilt als der erste moderne Bau in Perpignan, sowie
als der vollkommene Ausdruck des Stils Fin de siècle. 1903 wurde es am Boulevard Wilson gebaut, in
dem neuen Stadtteil, der sich nach der Zerstörung der Stadtmauern gegen Norden hin entwickelte. Der
Vergleich der drei ersten Entwürfe mit dem entgütigen Bau zeigt, dass die Formen sich vom
Eklektizismus zum Jugendstil wandeln. Die Entstehung der neuen Stadt gibt Anlass zu neuen urbanen
Bauformen. Es entwickelt sich auch eine besondere Verbindung zwischen dem Architekten und dem
Auftraggeber, der sich der neuen architektonischen Form als Ausdruck seines sozialen Standes
bedient.Par Esteban Castaner Munoz
LA « MAISON DE L'AMÉRICAINE »
DE L'ARCHITECTE CLAUDIUS TRÉNET :
ESTHÉTIQUE URBAINE ET DÉBAT STYLISTIQUE
DANS L'ARCHITECTURE DU DÉBUT DU XXe SIÈCLE
À PERPIGNAN
L'architecture de l'âge contemporain à Perpignan demeure peu étudiée et
encore moins diffusée, malgré l'existence de quelques travaux ponctuels en grande
partie inédits. La ville de Perpignan a été traditionnellement absente de la littéra
ture et de la presse d'architecture spécialisée à l'échelle nationale1. Pourtant Perpi
gnan connut pendant les XIXe et XXe siècles une activité importante dans le
domaine de l'architecture donnant naissance à une production qui mérite d'être
étudiée de façon systématique, d'être mise en valeur et sauvegardée.
L'immeuble du 13 boulevard Wilson, connu aussi sous le nom de la « Maison
de l'Américaine », constitue un exemple emblématique de cette architecture perpi-
gnanaise. Il est resté dans la mémoire collective de la ville comme son premier
bâtiment « moderne »2. L'analyse détaillée de l'ensemble des projets préalables et
du achevé nous permet non seulement de découvrir une évolution stylis
tique révélatrice de son temps, mais aussi d'avancer certaines hypothèses sur sa
signification par rapport à l'histoire du goût, au contexte sociologique et à l'histoire
urbaine. Claudius Trénet, architecte d'origine lyonnaise, arriva à Perpignan en
1871 lorsque son projet pour le bâtiment de la Banque de France de la capitale
des Pyrénées Orientales fut retenu. Il parvint à se constituer dans la bourgeoisie
perpignanaise une clientèle dont son fils Louis hérita en même temps que du cabi
net dans les années 19203. Cette clientèle orienta la production de Claudius Trénet
vers l'architecture privée, tout particulièrement les immeubles de rapport et les
villas.
L'immeuble construit à l'angle du boulevard Wilson et de l'actuelle rue Pierre-
Talrich, dans le nouveau quartier au nord de Perpignan créé après la démolition
1. En cinquante ans de parution, aucune notice sur l'architecture perpignanaise ne rut publiée dans
la Revue (řénérale de l'Architecture de César Daly. Marc Saboya, Presse et architecture au XIX siècle :
César Daly et la revue générale de l'architecture et des travaux publics, Paris, Picard, 1991, 335 p.
2. Henri Caffe, « Une dynastie d'artistes : les Trénet », L'Indépendant, 9 février 1959, p. 3.
3. Louis Trénet, architecte de l'École normale supérieure des arts décoratifs, Strasbourg, Edari, 1932, p. 5.
Lwraiioiu à'hLitoire de l'architecture n° 7 88 ESTEBAN (jlSTANER MUNOZ
des remparts au nord de la ville à partir de 19034, aurait été commandé par la
veuve d'un riche sud-américain5, ce qui justifie le nom donné par la suite au bât
iment. Entre 1908 et 1909, l'architecte Claudius Trénet élabora les projets au
nom de mademoiselle Navarra à la demande de la famille Casas, propriétaire du
terrain. Avant de parvenir à la réalisation définitive, Trénet conçut trois projets.
Le premier comportait deux versions alternatives et le troisième fit l'objet de
plusieurs modifications ponctuelles. L'édifice fut construit en 1909 sous la direc
tion de Trénet. L'ensemble documentaire de ces projets nous permet de découv
rir à quel point l'immeuble du boulevard Wilson fut le résultat d'une longue et
riche réflexion.
Le premier projet : la continuité de la tradition éclectique
Dans son premier projet, daté du 22 juillet 1908 (ill. I), Claudius Trénet
proposait deux solutions alternatives pour la façade, répondant aussi bien l'une
que l'autre à une conception éclectique de l'immeuble de rapport6. La régularité,
tt.
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Illustration non autorisée à la diffusion
111. 1 : Charles Trénet, elevation du premier projet de l'immeuble du boulevard Wilson, 22 juillet 1908,
80 x 60 cm, encre de Chine, Arch. mun. de Perpignan, 5 S 1/1. Cl. E. Castaner Munoz.
4. Antoine de Roux, Perpignan. De la place forte à la ville ouverte X-XX siècles, Perpignan, Archives
communales de Perpignan, 1996, 2 vol.
5. Henri Caffe, « Une dynastie d'artistes : les Trénet », L'Indépendant, 9 février 1959, p. 3.
6. Arch. mun. de Perpignan, 5 S 1/1.
Livraidoiu d' hit to ire de l'architecture n° 7 ■ MAISON DE L 'AMÉRICAINE . DE L ARCHITECTE CLAUDIUS TRÉNET 89 LA
l'orthogonalité et l'uniformité du plan de la façade en sont les caractéristiques
essentielles. Un axe central de symétrie divise en deux moitiés équivalentes les
quatre travées de chacune des deux façades. L'entrée de l'édifice est située sur l'axe
de symétrie de la façade du boulevard Wilson. Les baies sont distribuées suivant
un schéma de composition orthogonale. L'élévation, avec ses quatre niveaux et un
dernier étage en retrait sous les combles, répond au modèle de gabarit de l'i
mmeuble de rapport établi au long du XIXe siècle à Paris et appliqué partout en
France8.
Les différences entre les deux versions de ce projet ne sont pas très grandes,
mais elles sont significatives. La première version est la plus austère, et elle garde
peut-être un caractère plus historiciste : des frontons couronnent non seulement les
lucarnes mais aussi les deux baies centrales du dernier étage sous la corniche. Dans
la deuxième version, nous constatons l'abandon en grande partie de ce choix ; les
frontons, toujours présents au dessus des lucarnes disparaissent de la partie centrale
de la façade. La composition horizontale de cette façade est renforcée : l'architecte
introduit le mur à refend au rez-de-chaussée pour signaler de façon monumentale
le niveau de l'entrée. Il parvient à intégrer la frise et le couronnement des baies du
quatrième étage dans une structure unifiée. L'organisation verticale est aussi souli
gnée par l'encadrement vertical ininterrompu des deux travées latérales. Le plan
de ce premier projet répond aussi à une logique orthogonale encore héritée des
principes durandiens et de la typologie de la demeure bourgeoise urbaine du
XIXe siècle. L'ensemble de la distribution interne est organisé à partir des lignes
déterminées par les deux façades perpendiculaires et l'axe horizontal central défini
par l'entrée et la cour intérieure.
Le deuxième projet : l'esthétique Fin de Siècle
Le deuxième projet pour l'immeuble du boulevard Wilson, dont nous ne
connaissons qu'une élévation partiellement coloriée, sans date — vraisemblablement
de 1908 — ni signature, est resté au stade d'étude préalable (ill. 2). Ce projet de
Trénet comporte un changement radical par rapport au précédent : l'architecte
abandonne les principes éclectiques et historicistes au profit d'une conception qui
témoigne des influences de l'Art nouveau aussi bien dans la composition des éléva
tions que dans le langage formel et décoratif.
L'architecte introduit une nouvelle hiérarchie des masses et des volumes orga
nisés suivant les axes verticaux de la composition. L'angle défini par le boulevard
Wilson et la rue Talrich n'est plus une simple ligne d'intersection de deux façades
indépendantes, comme c'était le cas le premier projet : il est devenu un corps de
bâtiment principal, unifié et cohérent, autour duquel les deux façades sont réunies.
7. François Loyer, Paris XIX siècle : l'immeuble et la rue, Paris, Hazan, 1987, 478 p., p. 407.
8. Patrice de Moncan, Claude Heurteux dir., Villes haussmanniennes : Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille,
Paris, les Éditions du Mécène, 2003, 232 p., p. 24-25.
Livrai>otu à'hiitoire àe l'architecture n° 7 ESTEBAN CASTANER MUNOZ 90
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95 X Charles Trénet, élévation du deuxième projet de l'immeuble du boulevard Wilson, s.d. 111. 2 :
mine de plomb, aquarelle, Arch. mun. de Perpignan, 5 S 1/1. Cl. E. Castaner Munoz. 75 cm
Livrawom à'hiâtoire de l'architecture n° 7 LA . MAISON DE L 'AMÉRKA1XE - DE L 'ARCHITECTE CLAl Dirs ÍRÉXET 9 1
Des bow-windows superposés et couronnés par une tourelle ajourée composent ce
corps de bâtiment angulaire en saillie par rapport au plan de la façade et surélevé
par rapport au niveau général des toitures. Ce corps de bâtiment est flanqué, dans
chacune des deux façades, d'une travée principale aux caractéristiques formelles et
décoratives similaires. L'une de ces travées incorpore l'entrée du bâtiment. Le prin
cipe de la symétrie de chaque façade, présent dans le premier projet, est abandonné
et remplacé par celui de la symétrie globale du bâtiment. L'alternance d'ouvertures
de différentes dimensions introduit un rythme dynamique dans l'organisation
générale de l'élévation qui n'existait pas dans le projet précédent. Une conception
complexe de la volumétrie des toitures avec des éléments en saillie, constitue un
autre élément dynamique de la composition et évoque, en même temps, des images
pittoresques des villas suburbaines ou balnéaires et des architectures d'agrément.
Claudius Trénet renouvelle aussi le répertoire formel et décoratif. Ce projet ina
chevé, mais partiellement coloré, témoigne de la volonté explicite de l'architecte
d'exploiter l'effet esthétique de la polychromie de matériaux divers. La brique rouge
vient rompre la monochromie traditionnelle de la façade crépie ou en pierre et
s'accorde avec la toiture en tuile. La frise ornée de panneaux céramiques verts
complète ce choix. La polychromie avait été, certes, une caractéristique de l'archi
tecture éclectique et historiciste du XIXe siècle dont Trénet, lui-même s'était servi9.
Dans ce nouveau projet pour le boulevard Wilson, la polychromie est utilisée de
façon plus libre ; elle est au service d'un nouvel ordre de la composition et non
point une citation historique précise. Le choix des matériaux divers, et tout particu
lièrement de la brique, témoigne d'une nouvelle orientation du goût, d'inspiration
médiévaliste. Ces matériaux sont utilisés avec une très grande liberté, à la façon de
Hector Guimard, de Paul Hankar ou encore de Lluis Domenech i Montaner et de
Josep Puig i Cadafalch à Barcelone. Les trois baies tripartites en arc outrepassé au
rez-de-chaussée constituent aussi un élément stylistique majeur que l'on trouve éga
lement dans l'œuvre des architectes déjà cités : au Castel Béranger d'Hector Gui
mard à Paris, à la maison Lleo Morera de Lluis Domenech i Montaner à Barcelone,
à la maison Marti de Josep Puig i Cadafalch aussi à la capitale catalane.
Ce deuxième projet, qui marque un tournant dans la carrière de Trénet, parti
cipe d'une nouvelle esthétique, celle de la variété et des références pittoresques
décrite par François Loyer : « À l'opposé du style répétitif et glacé qui caractérise
les années 1860-1880, le nouveau langage qui s'élabore dans les années 1890 à
partir de la contestation de la norme académique, donne à l'animation de surface
une grande importance, exploitant ce que l'architecture de la fin du Moyen Âge
connaissait déjà : la polychromie, les asymétries dynamiques — bref toutes les re
ssources de l'écriture pittoresque. Le langage va se libérer en poussant à des partis
décoratifs d'un particularisme exacerbé... au lieu de composer les façades de
manière régulière, en équilibrant les différents effets mis en jeu, on va s'efforcer de
soumettre l'ensemble de la composition à des centres d'intérêt. 10 »
9. L'édifice de la Banque de France à Perpignan constitue un exemple de cette utilisation historiciste
de la brique.
10. François Loyer, Paris XIX siècle : l'immeuble, la rue, op. cit., p. 398.
Lwraiiorw à'hiitoire de l'architecture n° 7 ESTEBAN CASTANER MUNOZ 92
Le troisième projet et les dernières modifications : la mesure et la géométrie
Le troisième projet, sans date, avec le cachet du cabinet de l'architecte, garde
les traits essentiels du précédent, mais il introduit des modifications sensibles
(ill. 3). Un certain nombre de caractéristiques de ce projet témoigne de la nouvelle
orientation stylistique.
La polychromie des matériaux est abandonnée : la brique disparaît et la tuile
est remplacée par l'ardoise. L'évocation moyenâgeuse laisse la place à une esthétique
plus normative. Les lignes essentielles de la composition demeurent, mais avec des
modifications significatives. Le rôle principal du corps de bâtiment de l'angle n'est
pas mis en question, mais il est nuancé : les bow-windows sont remplacés par des
balcons avec des ouvertures percées sur le plan principal de la façade ; la tourelle
qui couronne l'ensemble a été surbaissée par la disparition de la lanterne. L'unité
verticale des travées principales des deux façades est elle aussi nuancée. Seuls, les
bow-windows et le traitement des lucarnes, encadrées par des volutes de la même
dimension que les ouvertures du rez-de-chaussée, évoquent une telle unité. Les
baies monumentales du rez-de-chaussée en arc outrepassé sont respectées dans le
nouveau projet, mais seulement en partie et avec des modifications révélatrices. Cet
élément stylistique majeur disparaît du corps de bâtiment de l'angle ; il est rem
placé par trois ouvertures conventionnelles. Les baies tripartites restent dans les tra
vées principales des deux façades, mais avec des changements : elles ont perdu leur
profil surbaissé qui leur conférait un caractère organique, et sont traitées comme
des segments de cercle suivant un langage purement géométrique. Nous constatons
la même caractéristique dans le style de Guimard, par exemple dans son hôtel
Jassedé (1899-1900), et surtout de Hankar, dans son hôtel Ciamberlani (1897-
1898) et dans sa maison-atelier Bartholomé (1898) à Bruxelles.
Ce nouveau choix pourrait répondre à deux raisons différentes, voire opposées.
D'une part, le nouveau projet pourrait traduire la recherche d'une esthétique moins
novatrice, dans la voie des principes énoncés par Julien Guadet qui, dans son traité
Éléments et théorie de l'architecture, prônait un compromis entre l'architecture ac
adémique et l'acceptation du goût de la variété11. Dans le domaine de la pratique,
l'architecture parisienne serait parvenue, vers 1910, à une synthèse entre le langage
académique des Beaux-Arts et les libertés de l'Art nouveau. D'autre part, le nou
veau projet de Trénet pourrait participer d'une nouvelle esthétique à caractère géo
métrique, qui était appelée, dans la première décennie du XXe siècle, à se substituer
à l'Art nouveau organique et décoratif. Ce renouvellement auquel Guimard parti
cipa aussi avec l'évolution de son style12, par exemple dans le groupe d'immeubles
de la rue de la Fortune, ou dans l'immeuble de bureaux de la rue de la Bretagne
(1914-1919), aboutira à l'essor de l'Art déco.
11. «C'est lorsqu'il y a plusieurs étages que la logique appellerait à peu près les mêmes hauteurs
d'étages, les mêmes grandeurs de fenêtres : le grand écueil est alors la monotonie, et d'ingénieux
efforts ont été faits pour la combattre » Julien Guadet, Éléments et théorie de l'architecture. Cours
professé à l'École nationale et spéciale des beaux-arts, Paris, s.d., p. 284.
12. Franco Borsi, Ezio Godoli, Paris, 1900, Bruxelles, Vokaer, 1976, 288 p., p. 76.
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111. 3 : Charles Trénet, élévation du troisième projet de l'immeuble du boulevard Wilson, s.d., encre de
Chine, Arch. тип. de Perpignan, 5 S 1/1. Cl. E. Castaner Munoz.
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111. 4 : Charles Trénet, modifications au troisième projet immeuble Boulevard Wilson, le 22 juillet
1908, 80 X 115 cm, encre de Chine, Arch. mun. de Perpignan, 5 S 1/1. Cl. E. Castaner Munoz.
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