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La suppression du marché du Zoma a Tananarive: perte de I'un des fondements traditionnels de la citadinité ou revanche de la ville?//The suppression of the Zoma market in Antananarivo. Loss of a traditional foundation of the urban identity? Or revenge of the city? - article ; n°637 ; vol.113, pg 297-315

De
21 pages
Annales de Géographie - Année 2004 - Volume 113 - Numéro 637 - Pages 297-315
Zoma was a big open-air market located at the heart of Antananarivo, which used to open every Friday (hence its name, which means Friday in the Malagasy language). It was created by a powerful king at the end of the eighteenth century, he wanted it to be one of the foundations of the city. From that time on, Zoma became one of the most important symbol of the urban identity and a great place of sociability. But despite this symbolic link between the inhabitants of Antananarivo and the Zoma, there were no protest when the city authorities decided to remove it at the end of the 1990s. The reason is that Zoma had suffered from degradation since the 1970s due to the economic crisis and a lack of political concerns ; it thus became a symbol of anarchy and of ruralisation. The city dwellers became exasperated by this situation which paralysed Antananarivo. Studying the way the inhabitants consider Zoma before and after its suppression indicates that this market is a key to understanding the urban identity. What is found in the Zoma problem are tensions which affect the urban society, especially the systematic reference to an idealized Merina past and the rise of an even stronger barrier dividing a segregated society with well-organized groups.
Le grand marché hebdomadaire de Tananarive, le Zoma, avait été créé par décret royal a la fin du XVIIIe sècle et constituait depuis un des fondements institutionnels de la ville, ainsi qu'un lieu de sociabilité incarnant une forme de citadinité tananarivienne. En depit de cet attachement symbolique au Zoma, les habitants de Tananarive n'ont guère protesté quand la municipalité l'a supprimé à la fin des années 1990: fortement dégradé, le marché était devenu un repoussoir, et véhiculait une image d'anarchie, d'insécurité et de ruralisation que les citadins rejetaient. L'étude des réprésentations et des pratiques attachées au Zoma permet de mettre à jour les tensions identitaires qui traversent la société tananarivienne et de comprendre que le statut de ce marché est au coeur de la fragile définition de la citadinité. Les enjeux autour de sa suppression soulignent à la fois les destabilisations et les recompositions récentes qui affectent le paysage urbain, la société tananarivienne et le röle des autorités municipales. Le statut du Zoma constitue un bon indicateur du malaise qui caractérise l'identité citadine. Mots-clés Tananarive Madagascar marché citadinité aménagement urbain ruralisation Key-words Antananarivo Madagascar market city planning urban identity ruralisation
19 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Mme Catherine Fournet-Guerin
La suppression du marché du Zoma a Tananarive: perte de I'un
des fondements traditionnels de la citadinité ou revanche de la
ville?//The suppression of the Zoma market in Antananarivo.
Loss of a traditional foundation of the urban identity? Or revenge
of the city?
In: Annales de Géographie. 2004, t. 113, n°637. pp. 297-315.
Citer ce document / Cite this document :
Fournet-Guerin Catherine. La suppression du marché du Zoma a Tananarive: perte de I'un des fondements traditionnels de la
citadinité ou revanche de la ville?//The suppression of the Zoma market in Antananarivo. Loss of a traditional foundation of the
urban identity? Or revenge of the city?. In: Annales de Géographie. 2004, t. 113, n°637. pp. 297-315.
doi : 10.3406/geo.2004.1615
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_2004_num_113_637_1615Abstract
Zoma was a big open-air market located at the heart of Antananarivo, which used to open every Friday
(hence its name, which means Friday in the Malagasy language). It was created by a powerful king at
the end of the eighteenth century, he wanted it to be one of the foundations of the city. From that time
on, Zoma became one of the most important symbol of the urban identity and a great place of
sociability. But despite this symbolic link between the inhabitants of Antananarivo and the Zoma, there
were no protest when the city authorities decided to remove it at the end of the 1990s. The reason is
that Zoma had suffered from degradation since the 1970s due to the economic crisis and a lack of
political concerns ; it thus became a symbol of anarchy and of "ruralisation". The city dwellers became
exasperated by this situation which paralysed Antananarivo. Studying the way the inhabitants consider
Zoma before and after its suppression indicates that this market is a key to understanding the urban
identity. What is found in the "Zoma problem" are tensions which affect the urban society, especially the
systematic reference to an idealized Merina past and the rise of an even stronger barrier dividing a
segregated society with well-organized groups.
Résumé
Le grand marché hebdomadaire de Tananarive, le Zoma, avait été créé par décret royal a la fin du
XVIIIe sècle et constituait depuis un des fondements institutionnels de la ville, ainsi qu'un lieu de
sociabilité incarnant une forme de citadinité tananarivienne. En depit de cet attachement symbolique au
Zoma, les habitants de Tananarive n'ont guère protesté quand la municipalité l'a supprimé à la fin des
années 1990: fortement dégradé, le marché était devenu un repoussoir, et véhiculait une image
d'anarchie, d'insécurité et de ruralisation que les citadins rejetaient. L'étude des réprésentations et des
pratiques attachées au Zoma permet de mettre à jour les tensions identitaires qui traversent la société
tananarivienne et de comprendre que le statut de ce marché est au coeur de la fragile définition de la
citadinité. Les enjeux autour de sa suppression soulignent à la fois les destabilisations et les
recompositions récentes qui affectent le paysage urbain, la société tananarivienne et le röle des
autorités municipales. Le statut du Zoma constitue un bon indicateur du malaise qui caractérise l'identité
citadine. Mots-clés Tananarive Madagascar marché citadinité aménagement urbain ruralisation Key-
words Antananarivo Madagascar market city planning urban identity ruralisationLa suppression du marché du Zoma
Tananarive perte de un des fondements
traditionnels de la citadinité ou revanche
de la ville
Or Thé Loss revenge suppression of traditional of the of city the foundation Zoma market of the in urban Antananarivo identity
Catherine Fournet-Guerin
Département de géographie Université de Reims
Résumé Le grand marché hebdomadaire de Tananarive le Zoma avait été créé par dé
cret royal la fin du xvine siècle et constituait depuis un des fondements insti
tutionnels de la ville ainsi un lieu de sociabilité incarnant une forme de
citadinité tananarivienne En dépit de cet attachement symbolique au Zoma
les habitants de Tananarive ont guère protesté quand la municipalité sup
primé la fin des années 1990 fortement dégradé le marché était devenu un
repoussoir et véhiculait une image anarchie insécurité et de ruralisation
que les citadins rejetaient étude des représentations et des pratiques atta
chées au Zoma permet de mettre jour les tensions identitaires qui traversent
la société tananarivienne et de comprendre que le statut de ce marché est au
ur de la fragile définition de la citadinité Les enjeux autour de sa suppres
sion soulignent la fois les déstabilisations et les recompositions récentes qui
affectent le paysage urbain la société tananarivienne et le rôle des autorités
municipales Le statut du Zoma constitue un bon indicateur du malaise qui ca
ractérise identité citadine
Abstract Zoma was big open-air market located at the heart of Antananarivo which
used to open every Friday hence its name which means Friday in the Mala
gasy language It was created by powerful king at the end of the eighteenth
century he wanted it to be one of the foundations of the city From that time
on Zoma became one of the most important symbol of the urban identity and
great piace of sociability But despite this symbolic link between the inhabi
tants of Antananarivo and the Zoma there were no protest when the city
authorities decided to remove it at the end of the 1990s The reason is that
Zoma had suffered from degradation since the 1970s due to the economic cri
sis and lack of political concerns it thus became symbol of anarchy and
of ruralisation The city dwellers became exasperated by this situation which
paralysed Antananarivo Studying the way the inhabitants consider Zoma be
fore and after its suppression indicates that this market is key to understan
ding the urban identity What is found in the Zorn problem are tensions
which affect the urban society especially the systematic reference to an idea
lized Merina past and the rise of an even stronger barrier dividing segregated
society with well-organized groups
Ann Geo. rf 637 2004 pages 297-315 Armand Col Catherine Fournet-Guérin ANNALES DE OGRAPHIE 637 2004 298
Mots-clés Tananarive Madagascar marché citadinité aménagement urbain ruralisation
Key-words Antananarivo market city planning urban identity
la fin des années 1990 un voyageur attiré par Madagascar
feuilletant les pages un guide consacrées Tananarive apprenait que la
principale attraction de la ville qui compte quelque 15 million habitants
était son grand marché hebdomadaire ciel ouvert le Zoma Le plus
grand marché du monde pour reprendre expression consacrée était pré
senté comme un des rares atouts touristiques de la capitale de Madagascar
avec le palais royal du Rova lequel intégralement disparu dans un incendie
criminel en 1995 Or hasard malheureux ou coïncidence jugée trou
blante par certains Tananariviens on reviendra la municipalité purement
et simplement supprimé ce Zoma en 1997 faisant ainsi disparaître une ins
titution vieille de deux siècles et considérée par tous les habitants comme
fondatrice même de la ville en tant que cité Cette décision autoritaire
provoqué la stupeur des étrangers connaissant Tananarive dont le discours
est unanime pour dénoncer avec vigueur la perte pour la ville perte un
élément pittoresque valorisé dans les représentations écrites et iconographi
ques perte un des piliers de identité citadine. Très logiquement on
aurait pu attendre ce que les Tananariviens réagissent de manière simi
laire Or est en fait très largement la réaction inverse qui prévalu les
citadins se déclarant massivement solidaires de la municipalité Il là un
paradoxe qui contredit la perception occidentale de la ville et qui invite
intéresser de près aux pratiques et aux représentations qui étaient atta
chées au Zoma comment cet élément central de la citadinité tananarivienne
a-t-il pu être évincé sans provoquer le traumatisme attendu est bien
travers le mystère du Zoma peuvent se lire toute la difficile affirmation
de identité citadine toute ambiguïté des rapports entre les citadins et
leur ville toutes les crispations identitaires qui traversent la société tanana
rivienne et qui incarnent si fortement dans espace urbain
Le Zoma une forme malgache organisation
du commerce et de la vie urbaine profondément ancrée
dans le passé de la ville
1.1 Une création royale de la fin du xvinr siècle
Le Zoma est né la fin du xvine siècle une décision royale Cette décision
représente un élément majeur de institutionnalisation de Tananarive en
tant que ville qui domine et structure un vaste espace rural ainsi en
Zoma signifie vendredi en malgache Le terme désigne par métonymie le marché lui-même qui
est défini avant tout dans sa temporalité et non dans sa dimension spatiale
On se fonde dans cet article sur des enquêtes menées de 1999 2001 dans le cadre de la thèse
voir référence en bibliographie) La suppression du marché du Zoma Tananarive 299 Articles
tant que capitale La création du Zoma est ainsi corrélative de affirmation
de la ville et de son développement
En effet la fin du xville siècle le roi Andrianampoinimerina recon
quiert la ville de Tananarive perdue au cours des décennies précédentes
dans des conflits entre rois locaux rivaux histoire retenu la date de
1794 correspondant au début de la reconquête de Tananarive et la réelle
fondation de la ville en tant que capitale de lmerina ailleurs la plupart
des Tananariviens ne font remonter histoire de leur ville au règne de
ce souverain qui fait objet une grande admiration dans imaginaire
populaire Il est considéré comme le véritable fondateur de la capitale et la
connaissance du passé antérieur de la ville est affaire que de spécialistes
et érudits
De cette époque datent émergence de fonctions politiques administra
tives et économiques qui contribuent affirmer la puissance de la ville et
la différencier des autres bourgs environnants Andrianampoinimerina
attelle la mise en valeur de la plaine rizicole du Betsimitatatra qui
entoure la colline abritant le site originel de Tananarive notamment en
organisant aménagement hydraulique est également ce roi on
attribue la structuration des grands marchés urbains qui fait preuve une
réelle vision géographique Tananarive est délibérément placée au ur de
sa région Imerina et la création du marché fonde la fonction de centra-
lité qui constitue hui encore pour la majorité des habitants la prin
cipale légitimation du statut de capitale
Je appellerai Anjoma le grand marché] et ce sera le jour de rencontre de
toute la population elle vienne du sud ou du nord de est ou de ouest
en fais le marché de tous les Ambanianiiro le centre de Imerina Callet
1878 p.251
Le Zoma était né Il fait de Tananarive le point de convergence des pro
duits et des hommes et son aire attraction cessé de élargir au cours
du temps
7.2 Un rôle traditionnellement au ur de la vie citadine
Fondé et structuré par décret royal les grands principes organisation du
Zoma avaient guère évolué depuis sa création il se tenait le vendredi il
était ouvert aux paysans de tout Imerina il vendait de tout
Andrianampoinimerina avait con comme un des fondements de la
vie en ville les habitants devant retrouver non seulement pour effec
tuer des achats mais pour discuter échanger des nouvelles nouer des
alliances régler des affaires ou des différends de plus était assignée au
marché une fonction sociale de toute première importance était le lieu
annonce des décisions royales ce qui inscrivait dans une dimension poli
tique fondamentale est en ce sens que ce lieu été qualifié agora par
Vendredi
Périphrase désignant les Merina Littéralement ceux qui sont sous le soleil désignation qui
marque bien le sentiment de domination merina 300 Catherine Fournet-Guérin ANNALES DE OGRAPHIE 637 2004
des intellectuels malgaches du XXe siècle Le Zoma était donc pas seulement
un marché était une institution qui jouait un rôle majeur dans la vie de
la cité Le fait il ait été créé par le roi est pas anodin le Zoma parti
cipait de la présence de la sacralité au ur de espace public urbain
Ce rôle agora était nettement ressenti par les Tananariviens Pour eux
le Zoma représentait un lieu exercice et accomplissement du fihaonana
concept qui attache un lieu des relations sociales riches échanges Ce
terme désigne le type de sociabilité qui est développé dès origine autour
du marché tananarivien lequel revêt donc une vocation autre exclusivement
économique Le marché du Zoma impose ainsi comme un des premiers
éléments fondateurs une citadinité tananarivienne était le lieu où éla
borait le vivre ensemble Les témoignages de Tananariviens rendent compte
de cette vocation
était la vie tout le monde réunissait quels que soient la caste le milieu
social était vraiment un endroit de rencontre
était plus un marché était une sorte de berceau culturel
Pour nombre de Tananariviens un certain âge le Zoma était donc
synonyme une manière de vivre la ville une forme de sociabilité typi
quement merina laquelle ils étaient attachés cette sociabilité se fondait
sur une manière feutrée aborder des personnes de sa connaissance que
on rencontrait sur un marchandage discret avec les commer ants sur
une fa on de déambuler durant des heures même si on avait rien de
particulier acheter juste pour le plaisir de se trouver là au ur de la vie
de la cité
Le Zoma est un symbole de Tana Il une chanson antan qui dit
Analakely Anjoma maresaka maha-te hizaho Analakely le vendredi est
animé et agréable voir est une chanson des années cinquante ou soixante
est une chanson sur la nostalgie
Avant Avenue était les Champs-Elysées il avait des arbres on circulait
pied avec aisance sans craindre les pick-pockets il avait des magasins de
mode Analakely était un très beau quartier on aimait descendre le vendredi
faisait partie de notre vie était agréable était un lieu de rendez-vous
la tranompokonolona on allait voir des ballets. Ce sont des bons souve
nirs du Zoma est toute une génération on oublie pas
Cette perception est évidemment empreinte idéalisation notamment
en ce qui concerne le brassage culturel et social bien sûr les clivages de
la société ne disparaissaient pas au Zoma mais important est dans le fait
que les Tananariviens affirment posteriori ils étaient transcendés par
le rituel lié au lieu
1.3 Les déplacements successifs du Zoma et le renforcement de son rôle
sous la colonisation fran aise
Les successifs du grand marché hebdomadaire du Zoma
depuis deux siècles témoignent de évolution de la centralité de la ville
Tana est la désignation de Tananarive par les Malgaches exprimant en fran ais
Littéralement la maison du peuple Principale salle de spectacle de la ville Articles La suppression du marché du Zoma Tananarive 301
Originellement sis sur la place Andohalo au ur de la ville haute il est
ensuite déplacé Antaninarenina en 1896 année de la conquête fran aise
puis enfin Analakely quelques années plus tard où il devait trouver sa
place définitive fig 1)
Cette évolution géographique est signifiante et rend compte des évolu
tions historiques majeures de la ville Andohalo représentait le site histori
que de Tananarive et plus encore la place où se déroulaient les cérémonies
publiques royales le lieu de rencontre entre les souverains merina et la
population ce titre le choix de la place Andohalo pour le Zoma
répondait là encore son inscription dans un espace sacré ordonné autour
du souverain Antaninarenina est une place située sur la ville dite moyenne
de par son altitude) quelques centaines de mètres Andohalo mais
dans un quartier qui été aménagé que par les Fran ais installer le
Zoma constituait donc pour le tout récent pouvoir colonial une manière
affirmer sa marque sur espace urbain ainsi une volonté de éloigner
du berceau historique de la monarchie merina Analakely enfin est un
espace situé au pied des collines de la ville haute et de la ville moyenne Il
agit anciens marécages asséchés sous la colonisation afin de créer dans
cet espace plan un nouveau centre colonial puis monumental dans les
années 1930 Analakely après son aménagement ex nihilo par les Fran ais
et installation du Zoma devient ainsi de fa on irrévocable le centre de la
ville
Ce nouveau quartier se développe et séduit rapidement ensemble des
Tananariviens que ce soit les élites qui font leurs courses ou les badauds
qui se contentent de venir voir les nouveautés européennes Les Tananari
viens se sont rapidement approprié cet espace Le nouveau centre est pas
resté celui des Fran ais mais est bien devenu un lieu fréquenté par ensem
ble de la population La raison de cette si facile acceptation du nouveau
centre est très largement liée au déplacement et organisation du marché
du Zoma Analakely si les Tananariviens ont adhéré cet aménagement
colonial est essentiellement parce que esprit même du marché été
conservé est-à-dire sa fonction de lieu de sociabilité et agora Les Tana
nariviens ont pas perdu ce repère fondamental son déplacement
géographique ayant pas altéré sa vocation première Le respect par les
Fran ais de esprit originel du Zoma fortement contribué la bonne
acceptation du nouveau quartier colonial Analakely fig 2)
La dégradation du Zoma facteur ayant conduit
sa suppression le honni
La suppression du Zoma est une des plus importantes questions au regard
des enjeux de la définition de la citadinité depuis quelques années étant
donné le rôle symbolique que jouait ce marché Pourquoi cette suppression
a-t-elle été décidée et dans quelle optique a-t-elle été con ue Comment
les Tananariviens en sont-ils arrivés la souhaiter ardemment En effet 302 Catherine Fournet-Guérin ANNALES DE OGRAPHIE 637 2004
le Zoma Andohalo son emplacement initial
le Antaninarenina au début de la colonisation
le Zoma Analakely au début du XXe siècle son emplacement définitif
sites permanents rempla ant le Zoma après 1997
marché de PETITE VITESSE de CAMP POCHARD
grand marché hebdomadaire créé ou renforcé
exemple de marché de quartier ayant connu un essor après 1997
Fig Les déplacements successifs du Zoma et le réaménagement des principaux mar
chés après 1997
Changes in location ana the main market reorganisation after 1997 Articles La suppression du marché du Zoma Tananarive 303
Illustration non autorisée à la diffusion
Fig Le centre de Tananarive
Downtown Antananarivo Catherine Fournet-Guérin ANNALES DE GEOGRAPHIE 637 2004 304
parmi les personnes interrogées Tananarive seules un tiers entre elles
ont déclaré regretter le Zoma ce faible taux de regret ne laisse pas de sur
prendre Ce paradoxe ne explique en fait que par la dégradation connue
le marché depuis les années soixante-dix
2.1 Le développement des nuisances provoquées par le Zoma
depuis les années 1970 la verrue urbaine
Le Zoma été affecté par des évolutions considérées comme nuisibles aussi
bien pour espace urbain que pour la population Tout abord le Zoma
avait de facto confisqué Avenue de Indépendance est-à-dire la grande
artère de prestige créée sous la colonisation et qui constitue le centre de la
ville photos et 2) un point considéré comme tel par les Tananariviens
on pourrait parler de vampirisation de espace par le marché
La première forme de confiscation été liée étalement anarchique du
marché dans espace et dans le temps alors il était origine prévu
pour se dérouler le vendredi seize heures il est étendu au fil des
années au jeudi puis plus ou moins toute la semaine part le vendredi
ce marché devait être circonscrit esplanade Analakely or de même il
progressivement colonisé Avenue tout entière On trouvait ainsi des
marchands installés en permanence sous les arcades des bâtiments construits
dans les années 1930 obstruant accès aux commerces installés dessous
Trottoirs défoncés et non revêtus pelouses dégradées artère de prestige de la ville
plus fière allure
Photo Avenue en janvier 1995 cliché de auteur)
main street in January 995 picture author)