Le site et la croissance de Lyon - article ; n°192 ; vol.34, pg 495-509

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Annales de Géographie - Année 1925 - Volume 34 - Numéro 192 - Pages 495-509
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1925
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Lucien Gallois
Le site et la croissance de Lyon
In: Annales de Géographie. 1925, t. 34, n°192. pp. 495-509.
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Gallois Lucien. Le site et la croissance de Lyon. In: Annales de Géographie. 1925, t. 34, n°192. pp. 495-509.
doi : 10.3406/geo.1925.9136
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1925_num_34_192_9136LE SITE ET LA CROISSANCE DE LYON
La section lyonnaise de la Société des Études locales que préside
Mr A. Kleinclausz a publié, depuis sa création, sur Lyon et sa région,
une série de travaux où la géographie tient une large place. Elle vient
de les compléter par un très beau volume dû à la collaboration de
Mr Kleinclausz et de six de ses collègues de l'Université et des Lycées *.
Illustré de documents en partie inédits, cet ouvrage permet de suivre
le développement de la ville, d'abord dans son ensemble, puis quartiers
par quartiers, depuis ses origines jusqu'à l'époque actuelle. C'est une
excellente étude de géographie urbaine, qui, par la précision et souvent
la nouveauté des renseignements qu'elle fournit, mérite d'être signalée
à nos lecteurs.
Les avantages de la position de Lyon ont été, depuis longtemps,
reconnus et vantés. Situé dans le couloir du Rhône et de la Saône, le
grand chemin qui mène de la Méditerranée vers les pays de la mer du
Nord et du Rhin, Lyon est aussi en communication facile avec la vallée
de la Loire et par là avec la France de l'Ouest, même du Sud-Ouest.
C'est le point d'arrivée des routes d'Italie à travers les Alpes occident
ales et de la plaine suisse par la percée du Rhône à travers le Jura.
Il y a donc là une position maîtresse, bien faite pour attirer les
hommes, et l'on s'étonne qu'il ne s'y soit pas formé, dès la plus loin
taine histoire, une agglomération comparable à d'autres qui existaient
déjà dans la Gaule celtique : Bordeaux, Toulouse, Orléans, Sens ou
même Paris. Mais une position ne prend vraiment toute sa valeur que
si les circonstances lui sont favorables. Lyon va précisément nous four
nir une remarquable vérification de cette loi historique et géographique.
Camille Jullian a fait très justement observer que le confluent du Rhône
et de la Saône était au point de contact des territoires des Éduens et
des Allobroges et que cette frontière disputée ne se prêtait guère à l'ét
ablissement d'une ville importante. Mais il y avait aussi le site qui pré-
1. A. Klbimclausz, Lyon des origines à nos jours. La formation de la Cité. Avec
la collaboration de MM" Cholley, Dubois, Dctacq, Germain db Montaizan, Guéneau,
Lévt-Schnbidbr. Publication de la Société des Études locales (Section lyonnaise),
Lyon, Pierre Masson, 1925, 1 vol. in-4% xit + 429 p., 51 illustrations, dont 24 pi.
hors texte. — Antérieurement, la Société avait publié : Lyon et la région lyonnaise
depuis les origins» jusqu'à m* jours. Soc. des Études locales... fas с I, 1913, et
Études géographiques sur Lyon et sa région. Id., 2* série, t. I, 1922. Ces deux
volumes contiennent deux pénétrantes études sur Lynn de Mr M. Zimmkhvann, dont
on a tiré profit pour cet article. ANNALES DE GEOGRAPHIE 496
sentait des obstacles avec lesquels il toujours fallu compter Les his
toriens qui ont signalé les avantages de la position de Lyon ont beaucoup
moins insisté sur la topographie même de la ville Or est de là il
faut partir si on veut comprendre les difficultés de sa croissance
LE SITE DE LYON
Lyon se compose de quartiers hauts et de quartiers bas séparés par
de très fortes pentes Ouest le plateau de Fourvière haut de 294 m.
dominant de 130 la Saône qui coule son pied est un promon
toire avancé du Massif Central est une sorte acropole où se
détache au Nord une autre pointe qui se termine par le rocher de Pierre-
Scize Au delà de Pierre-Scize un ancien méandre de la Saône forme
la plaine de Vaise entrée de Lyon quand on vient du Nord Au Sud des
pentes un peu moins raides séparent Fourvière des hauteurs de Saint-
Just puis de Sainte-Foy dominant la Saône et le confluent actuel Tout
cet ensemble est limité Ouest par une dépression nettement marquée
dansla topographie inférieure de 60 seulement au niveau du plateau
est une ancienne vallée aux flancs très adoucis par où se sont déver
sées les eaux une époque où le chemin leur était barré plus Est
par la grande avancée du glacier du Rhône Ainsi délimité le plateau
de Fourvière pouvait fournir une solide position de défense
Il est séparé du plateau un peu moins élevé de la Croix-Rousse
245 que par une véritable gorge où coule la Saône Entaillé dans
les roches cristallines du Massif Central on aper oit sur les deux
rives et qui pointaient même dans le lit de la rivière avant les travaux
modernes ce goulet de Pierre-Scize était le principal passage par où la
France du Nord communiquait avec la Méditerranée
Le plateau de la Croix-Rousse est le promontoire terminal du grand
plateau de la Dombes Isolé Ouest par la coupure de la Saône il se
termine Est et au Sud par des pentes presque aussi fortes que celles
de Fourvière Est le Rhône venait en ronger le pied Au Sud com
mence la île
Le confluent du Rhône et de la Saône été reporté au xviiie siècle
par les travaux de Perrache endroit où il se trouve hui
origine au pied de la Croix-Rousse étendait une plaine basse
semblable ce été pendant longtemps dans Lyon même la rive
gauche lu Rhône plaine coupée de faux-bras de Iones enveloppant
des îles de broteaux bancs de sable xes par la végétation Autant
on peut en rendre compte par les plus anciens documents histo
riques le confluent principal devait se trouver un peu en amont de lu
place Bellecour actuelle Au delà il avait plus que des îles
Sur la rive gauche du Rhône était encore la même succession de
broteaux et de lonca sauf en un point cependant où une terrasse un LE SITE ET LA CROISSANCE DE LYON 497
peu plus élevée la terrasse de lo m. dite aussi de Villeurbanne se
rapprochait du fleuve Cette terrasse que couvre en partie le quartier
actuel de la Guillotière facilitait en cet endroit le passage est là
on devait traverser le Rhône aux époques les plus anciennes et que
plus tard on construit le seul pont qui au xvme siècle réuni
les deux rives
Il faut ajouter que ces quartiers bas toujours exposés aux inonda
tions devaient être très souvent embrumés comme ils le sont encore
hui en automne et en hiver par humidité de air entre
tiennent les deux fleuves Par son climat chaud en été mais assez rude
en hiver Lyon appartient la France du Nord beaucoup plus la
France du Midi
II LES ORIGINES ROMAINES
au Ier siècle avant notre ère il avait encore sur la colline
de Fourvière et dans les îles du confluent que quelques cabanes habitées
par des paysans et des pêcheurs Seul le plateau avait un nom Lugdu-
num la colline du corbeau ou du dieu Lug suivant le sens le plus
vraisemblable En an 42 Munatius Plancus un des lieutenants de
César vint installer quelques centaines de citoyens romains chassés
de Vienne par une émeute Ce groupement primitif se grossit rapidement
de nouveaux colons de vétérans des armées emplacement avait-il
été choisi dessein Très vite en tout cas on aper ut des avantages
il pouvait offrir Rome pour assurer sa domination sur les pays que
César venait de conquérir Vingt-cinq ans après sa fondation Lyon était
non seulement le chef-lieu une des trois provinces de la Gaule mais
la capitale de la Gaule entière caput liar um Entourée une enceinte
continue la colline de Fourvière su couvrit de monuments grandioses
surtout après incendie qui avait détruit la ville primitive sous le règne
de Néron Des aqueducs amenaient les eaux des montagnes voisines
ou lointaines comme celui long de 75 km. qui venait du Mont Pilât et
dont il reste encore quelques arches
Mais oeuvre la plus remarquable celle qui de Lyon le centre de
rayonnement de la civilisation latine dans la Gaule encore demi bar
bare fut admirable réseau de routes tracé par Agrippa qui partirent
de là dans toutes les directions intérêt stratégique tout abord ce
réseau des voies romaines eut ééé la Gaule une importance capitale
Les voies romaines parlant de Lyon viennent etre étudiées par
BESNIER he point de départ des grandes rouif tle 1.a danie romaine Lyon Hull
archéolofliique du Ministère 1923 paru en 923 15- Mr Uesnier fait remarquer
que ce réseau correspond exactement celui des odes routes modernes même
celui des voies ferrées avec une exception cependant Ouest on le bassin
houiller de Saint-Etienne détourn le couran de circulation qui autrefois abou
tissait sur la Loire Feurs
A.NN 1> HO XX llV ANM-K 32 498 ANNALES t)E OGRAPHIE
Par là circulèrent les idées autant que les marchandises Par là tous les
ans au mois août arrivaient Lyon les représentants des soixante
cités gauloises convoqués pour célébrer le culte impérial Le rendez-
vous était pas Four viere mais sur la pente méridionale du plateau
de la Croix-Rousse Là élevait en territoire fédéral autel de Rome
et Auguste dont les monnaies frappées Lyon nous ont conservé
image Mais ce lieu sacré était pas une ville Les fêtes terminées il
retombait dans le silence Lyon ne dépassait pas alors les limites du
plateau de Fourvière et son pied la rive étroite de la Saône
Ainsi du premier coup Lyon répondait aux destinées que pouvait
lui assurer sa position centrale Sa prospérité économique allait de pair
avec son rôle politique Au premier rang des corporations venaient les
bateliers Ceux de la Saône assuraient même le service du roulage par
terre la Moselle et au Rhin Des associations pour le tran
sit entre la haute Italie et la Gaule avaient leur siège Lyon La pré
sence étrangers est attestée par les chrétiens Syriens et Phrygiens
qui subirent le martyre
III LE MOYEN AGE
Cette brillante période fut sans lendemain Dès 197 Lyon est incen
dié et pillé par les soldats de Septime Sévère vainqueur un autre
prétendant est le point de départ une rapide décadence que préci
pitent les invasions barbares La fortune de Lyon création impériale
ne survécut pas Empire Au siècle Lyon est occupé par les Bur-
gondes La ville officielle abandonnée ruinée va devenir pour des
siècles un chantier de pierres où on puisera sans respect pour les monu
ments du passé On en retrouvé des débris jusque dans les fondations
du pont de la Guillotière Au vi siècle une inondation détruit le mur
enceinte au pied de la colline de Saint-Just Au ix le forum qui for
mait terrasse sur le bord du plateau de Fourvière écroule Aux pour
résister aux Hongrois les Lyonnais entassés entre la Saône et le pied
de la colline construisent là une nouvelle enceinte et cet étroit fuseau
donne la mesure de ce que la ville était alors devenue Pourtant exten
sion annon ait dans la île sur la rive gauche de la Saône Au
vie siècle existait déjà sur cette rive une église consacrée aux Saints-
Apôtres qui plus tard prit le nom de Saint-Nizier Au vu est fondée
au voisinage de la place des Terreaux actuelle abbaye de femmes de
Saint-Pierre. Au Sud du confluent dans une île installa abbaye
hommes Ainay qui paraît remonter au ix siècle
Ces fondations religieuses montrent importance prise Lyon
le christianisme Si ses origines restent obscures il est pas douteux
lue de très bonne heure humbles églises balies sur des cryptes où
des miracles attirent la foule aient été édifiées sur la colline do Four- LE SITE ET LA CROISSANCE DE LYON 499
vière, et au bas, le long de la Saône. Là se trouve Saint-Jean, qui
deviendra l'église cathédrale.
Lyon n'est donc plus, dès le v* siècle, qu'une petite ville périod
iquement ravagée par les épidémies et les inondations. L'instabilité poli
tique suffirait d'ailleurs à expliquer ce déclin. Ville principale des Bur-
gondes, Lyo,n passe ensuite aux Mérovingiens, puis aux Carolingiens.
Sous Charles le Chauve, il devient capitale du royaume de Provence, et
finalement échoit à l'Empire. Mais, en réalité, Lyon n'est à personne.
Au xe siècle, il est à son archevêque qui s'est affranchi de l'autorité des
comtes du Forez, pour s'attribuer la souveraineté de la ville. Installé
dans son château féodal de Pierre-Scize, il en garde l'entrée. Ainsi Lyon
n'a jamais pu devenir le centre d'un groupement politique de quelque
importance. Le territoire qui dépend de l'archevêque ne dépasse pas à
l'Ouest le cercle des collines qui en ferment l'horizon. A l'Est, il ne
dépassa pas le Rhône. C'est à peine s'il s'étend sur la partie méridionale
du plateau de la Dombes. Et ce petit canton, qu'on appela le Franc-
Lyonnais, n'est même pas soumis à la règle commune. Ha ses privilèges
spéciaux. Lyon est une ville frontière dont les destinées politiques
restent incertaines.
Cependant, avec les Croisades, la vie redevient plus large. La circu
lation se ranime sur la grande voie de la Saône et du Rhône. La Médi
terranée est le chemin qui mène aux États chrétiens d'Orient. Lyon voit
passer non seulement les Croisés, mais les pèlerins, les marchands qui
vont s'embarquer pour les Lieux-Saints. Sa vocation internationale
s'affirme au xme siècle par deux grands conciles.
Au xi* siècle, un pont de pierre a été construit sur la Saône, en face
de Saint-Nizier. Et l'on s'attaque au grand problème de la construction
d'un pont sur le Rhône. En 1180, on fait appel aux frères Pontifes qui
ont construit le pont d'Avignon. Ils ont réussi, en 1190, à jeter sur le
fleuve une passerelle en bois. L'avant-garde de la 3e croisade s'y engage
avec Philippe- Auguste et Richard Cœur de Lion, mais une crue subite
l'emporte. Le gros de l'armée doit être transporté sur des barques.
PendanTun siècle, sans y réussir, les frères Pontifes renouvellent leur
tentative. D'autres reprennent la tâche. Les rois, les papes s'y inté
ressent. La construction du pont de la Guillotière a été une véritable
gageure. II faut attendre l'année 1S81 pour le voir définitivement établi.
Malgré tout, la ville bénéficie du passage. Les abbayes de Saint-
Pierre et d'Ainay n'étaient pas seulement des asiles de prière. Comme
tous les monastères soumis à la règle de saint Benoît, c'étaient aussi de
vastes exploitations agricoles et industrielles. En dehors des murailles
qui les encei^aent, des serfs, des tenanciers sont groupés. La presqu'île
est asséchée, mise en culture. Pour les artisans, des maisons ont été
construites, autour des puits qui deviendront des centres de petites ANNALES DE OGRAPHIE
bourgades Depuis le xiiie siècle autres ordres religieux Templiers
Cordeliers Jacobins Antonins sont venus installer leur tour
Longtemps la île gardera cet aspect monastique et rural est
entre des champs des vignes et des jardins que passe reliant la traversée
des deux fleuves la voie des marchands mercatoria dont la rue
Mercière actuelle suit en partie le tracé son extrémité au débouché
du pont de la Saône devant église Saint-Nizier un groupement plus
important et plus indépendant est formé est là que prendra nais
sance hérésie des Vaudois et des Pauvres de Lyon est de là que par
tira le mouvement de résistance aux archevêques et aux chanoines de
Saint-Jean est le berceau de la commune lyonnaise
Telle était la ville de Lyon au début du xiv siècle elle accepte
la suzeraineté des rois de France Sauf quelques établissements religieux
la colline de Fourvière est toujours peu près déserte désert aussi le
plateau de la Croix-Rousse Malgré la colonisation de la île la
vie est sur les bords de la Saône dans ces ruelles étroites malsaines de
la rive droite serrées entre les cloîtres fortifiés où longtemps encore se
groupera le commerce ensemble ne devait guère contenir plus
de 30 000 40 000 habitants
Grâce appui du roi de France en 1320 les bourgeois se sont
libérés de la toute-puissance de archevêque est désormais le Con
sulat qui va gérer les affaires de la ville Est-ce le point de départ une
période de prospérité qui annonce par quelques indices Mais Lyon
reste toujours une ville frontière Et voici éclate la guerre de
Cent ans Toutes les ressources de la cité vont passer des travaux de
défense De 135 1378 on rétablit autour de Fourvière la vieille
enceinte romaine Tout le long de la rive droite du Rhône un mur
continu flanqué de tours protège la île contre une attaque
possible venue du Dauphine Au Nord une ligne de retranchements
ailleurs assez vague barre son sommet le plateau de la Croix-
Rousse la véritable ligne de défense est plus au Sud sur emplacement
de la place des Terreaux actuelle Elle est doublée triplée plus au Sud
encore par autres murailles Des chaînes de fer ont été forgées pour
couper au besoin les carrefours des provisions de bois ont été
rassemblées pour construire des palissades qui en fermeront les issues
en cas attaque Ces délails en disent long sur insécurité qui pèse alors
sur la ville Les Lyonnais exagèrent certainement pas quand en 1444
dans une lettre Charles Vii ils la disent très petitement peuplée
lant pour cause de mortelles pestilences stérilités de temps cherté de
vivres guerres passages de gens armes et autres inconvénients qui
mis longtemps en sont survenus en ladite ville et pays environ
ociasion des tailles et impôts rois sus et levés par le fait de guerre
pour ocfîtsion desquels plusieurs des habitants se soni absentés et sont SITE ET LA CROISSANCE DE LYON 501 LE
allés demeurer au païs d'empire ». Et cependant c'est avant la fin de
cette lamentable période que va prendre naissance l'institution qui,
pour plus d'un siècle, redonnera à Lyon, avec son rayonnement lointain,
sa prospérité et sa richesse.
IV. — La Renaissance. Les Foires de Lyon
En 1420, pour remplacer les foires de Champagne ruinées par l'occu
pation anglaise, le dauphin Charles crée les deux premières foires de
Lyon. En 1445, Charles VII porte leur nombre à trois, et leur durée de
six à vingt jours. En 1462, Louis XI en ajoute une quatrième. Ces foires
sont franches de toute taxe. Les monnaies de tous pays y ont cours
« pour leur juste prix et valeur ». Et c'est ainsi que Lyon, ville de foires,
devient aussi ville de banques. Dès 1466, les Florentins qui sont alors
les grands banquiers du monde quittent leurs comptoirs de Genève pour
venir en installer à Lyon. Ils sont quinze en 1466, quarante-six en 1502,
d'autres Italiens les suivent, puis des Flamands, des Allemands. Beau
coup se fixent à Lyon à demeure et se font construire les élégants hôtels
dont plusieurs existent encore dans les vieux quartiers de la Saône.
Avec les banquiers sont venus, surtout d'Allemagne, les premiers grands
imprimeurs lyonnais.
Comment loger toute cette affluence ? « La ville s'est accrue non
seulement de moitié, mais des 4/5 », dit une délibération consulaire
de 1542. Dans la presqu'île, tous les terrains encore libres, en dehors
des dépendances des maisons religieuses, se couvrent de constructions.
On peut s'en rendre compte sur les beaux plans de caractère vraiment
artistique qui sont alors dessinés ou gravés, comme le plan panora
mique d'Androuet du Cerceau (1548) et surtout le Plan scénographique
de 1550 environ, où le détail des rues, même des maisons est exactement
figuré1. On y peut constater que tous les vides sont à peu près remplis
dans le vieux Lyon et dans la presqu'île, mais les deux plateaux de
Fourvière et de la Croix-Rousse sont toujours à peu près déserts. Sur la
rive gauche du Rhône, seule une petite agglomération, au débouché du
passage, annonce la Guillotière.
Mais voici de nouveau cette prospérité menacée. L'acharnement
de la guerre contre Charles-Quint amène François Ier à molester
les marchands allemands, à faire arrêter les marchands espagnols qui se
rendent aux foires. Les charges fiscales s'aggravent. En 1540, sous
prétexte de protéger les étoffes de soie, on crée des droits de douane,
1. On trouvera dans l'ouvrage plusieurs reproductions partielles du Plan scéno
graphique, ainsi qu'une réduction de l'ensemble d'après la gravure de Braun. On
remarquera l'animation qui règne sur la Saône, où de nombreuses barques circu
lent ou sont amarrées le long des rives. C'est bien là qu'est la vie de la cité, tan
dis que sur le Rhône on ne voit guère que les moulins qui se succèdent nombreux
à la hauteur des Terreaux. Les derniers n'ont disparu que de nos jours. ANNALES DE GÉOGRAPHIE 602
première atteinte portée à la franchise des foires. En 1544, nouvel édit,
imposant cette, fois un droit uniform»; à toutes les marchandises intro
duites à Lyon. Autre cause qui va paralyser les transports : les guerres
de religion. En 1562 les protestants du baron des Adrets s'emparent de
la ville. L'occupation dure un an, avec ses conséquences habituelles :
mutilations, destructions de monuments religieux. Elle eut cependant
pour l'urbanisme des résultats plutôt favorables. Pour assurer sa sécur
ité, le baron des Adrets crée une place d'armes sur les terrains qui
deviendront la place Bellecour, il ouvre des voies nouvelles dans la
presqu'île à travers les jardins des couvents et les cimetières, il détruit
la haute muraille crénelée qui entoure la cathédrale et le cloître de
Saint-Jean. Tous ces travaux s'exécutent en somme aux dépens des ét
ablissements religieux. C'est le prélude de la vente des biens nationaux.
La réaction catholique qui suivit amena à Lyon quarante-deux
congrégations nouvelles. Elles ne trouvent à s'installer qu'en dehors des
terrains déjà occupés, au Sud de Bellecour, vers l'abbaye d'Ainay,
surtout sur les hauteurs de Fourvière (Minimes, Ursulines) et sur les
pentes de la Croix-Rousse (Chartreux, Oratoriens, Carmélites, Feuil
lants). De plus en plus, Fourvière va devenir la colline sainte. Depuis la
fin du xiie siècle, il y avait là une petite église dédiée à saint Thomas.
A côté d'elle, en 1466, on construisit une modeste chapelle consacrée à
Notre-Dame. Mais c'est au début du xvir9 siècle seulement que le culte
de la Vierge s'y fixe et1 y grandit. En 1630, Louis XIII, tombé malade à
Lyon, attribue à l'intervention de la madone sa guérison considérée
comme miraculeuse. En 1643, les Consuls lui prêtent hommage. Désor
mais les pèlerins vont affluer.
Jusqu'au milieu du xviii" siècle, la ville ne s'est plus agrandie. Les
foires, au cours du xvne siècle, ont de plus en plus perdu de leur import
ance. Les grands courants commerciaux se sont déplacés. C'est l'époque
où les Hollandais, les Anglais commencent à devenir les grands inte
rmédiaires du commerce. L'intendant d'ilerbigny, en 1697, constate
que la population a diminué d'au moins 20 000 habitants. Mais les
Lyonnais faisant preuve de ces qualités de souplesse et d'invention
que leur reconnaît déjà l'intendant, tournent d'un autre côté toute leur
activité : Lyon va devenir la ville de la soie.
V. — Lyon, ville de la soie
Introduite pendant les foires, encouragée par François Ier qui avait
a 1,1 i ré des tisseurs italiens, l'industrie de la soie n'avait eu cependant à
Lyon que, des débuts assez modestes. Le rôle des ouvriers en soie de
1ÎJ75 n'indique encore que 224 tisseurs, fileurs ou teinturiers. Elle ne
[tiendra véritablement son essor qu'au xviii* siècle, après la crise très
gravi» de la révocation de l'édit de Nantes, qui lui enlève une pnrtie de LE SITE ET LA CROISSANCE DE LYON 503
ses patrons et de ses ouvriers Deux causes surtout la favorisent la
sériciculture qui de plus en plus se fixe dans la vallée du Rhône et les
perfectionnements techniques apportés la fabrication Le nombre des
métiers est de 8331 en 1739 de 9404 en 1752 On estimé en 1786
sur une population urbaine de 103000 b. la Communauté des
ouvriers en soie comptait 22000 personnes réparties en plus de
5000 ateliers Cette prospérité créé une bourgeoisie riche celle des
grands commer ants et des marchands de soie unis leurs auxiliaires
les banquiers Entre elle et le prolétariat de la fabrique antagonisme
éclatera plus une fois en manifestations violentes Tous ces petits
ateliers dirigés par un maître ouvrier qui traite avec les fabricants et
qui travaille lui-même aidé de quelques compagnons et apprentis sont
disséminés dans toute la ville aux plus hauts étages des maisons où ils
trouvent plus de lumière Mais la pièce éclairée est réservée aux métiers
côté la petite famille ouvrière vit entassée dans des soupentes
Le problème du logement devenait de plus en plus difficile Il fallait
aviser En 1735 le Consulat avait acheté la principale des îles qui
étendaient au Sud Ainay Un architecte Delorme propose de la
reunir Lyon par deux chaussées entre lesquelles ouvrira un bassin
bordé de quais est le projet que reprend plus tard et que fait adopter
en 1769 ingénieur Perrache Une longue chaussée plantée de peu
pliers endigue le Rhône au confluent actuel En arrière mais
seulement dans la partie méridionale la plus rapprochée Ainay un
quartier neuf auquel on donné le nom de Perrache établit sur les
terrains remblayés
extension se fait aussi autre extrémité de la ville On vu que
primitivement le Rhône venait battre Est le pied du plateau de la
Croix-Rousse De 1749 1760 Soufflot aidé de architecte Millanais
construit là un remblai qui reetine le cours du fleuve et sur les terrains
ainsi gagnés édifie le quartier de Saint-Clair qui pour un temps
va devenir le plus élégant Souquai dont on admire la largeur est la
promenade la model
Ces acquisitions nouvelles étaient en somme assez faible étendue
est alors que paraît un homme aux larges vues artisto architpcte
réalisateur Antoine Morand qui était formé sous la direction de
Soufflet et deServandoni En 1764 il dresse un plan extension de Lyon
sur la partie Nord de la rive gauche du Rhône le quartier des Brotoaux
adupl Il ne agissait de rien moins que do créer là une ville moderin
aux larges artères reliée parun grand pont de pierre la rive droite
La muraille de défense construite au xiv siècle le long de la rive droite du
Rhône avait été démolie dans la première partie du xviii on construisit les
quais allant du pont de la Guillotière Saint-Clair Les travaux furent ter
minés en 1745 La construction du quai Saint-Clair prolongeait donc le Nord
le quai qui Tenait être établi plus au Sud