NAPOLÉON ET L
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NAPOLÉON ET L'HÔTEL DES INVALIDES, PANTHÉON DES - 09. Les ...

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NAPOLÉON ET L'HÔTEL DES INVALIDES, PANTHÉON DES - 09. Les ...

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Les Invalides et Napoléon
NAPOLÉON ET L’HÔTEL DES INVALIDES, PANTHÉON DES GLOIRES MILITAIRES
C hLaocuuisnsXaIiVt,qéuteailtaHvôatneltdtoesutIndveasltiidneés,àfaocncduéeipllairr les soldats blessés au combat ou trop âgés, et désor-mais inaptes à porter les armes. C’est encore en par-tie son rôle aujourd’hui. Napoléon bien sûr conserva au lieu cette mission. Il lui redonna même tout son sens. Mais ces bâtiments prestigieux, vastes et bien situés furent aussi utilisés comme site de grandes céré-monies et devinrent rapidement le Panthéon des gloires militaires, de même que, non loin de là, l’église Sainte-Geneviève (le Panthéon) accueillait les illus-trations civiles. L’article que nous publions fait le point sur ces deux questions. Il apporte d’utiles infor-mations sur un sujet qui illustre bien la démarche napoléonienne de fusion de la Nation et de son armée. L. R. P agnutehrérioènredses»,glloiHreôstemlilditeasirIensvoauli«deTseemtplleedmeussvéeertduse l’Armée témoignent aujourd’hui encore de l’histoire des armées françaises, notamment à travers la présentation au public d’emblèmes et de trophées : drapeaux des régi-ments français mais aussi drapeaux pris à l’ennemi. Par ailleurs, l’église des Soldats et le Dôme, ensemble consti-tuant l’église Saint-Louis des Invalides, abritent dans dif-férentes chapelles et caveaux – de façon plus ou moins visible par les visiteurs –, les dépouilles de célèbres figures militaires, acteurs de cette histoire. Au centre de ce dispositif, Napoléon repose en terre de France, comme il l’avait souhaité dans son testament. Ces fonctions mémorielles et funéraires n’avaient pas été initialement attribuées à l’Hôtel royal des Invalides lors de sa fondation par Louis XIV en 1670. Le lieu devait uniquement accueillir les vétérans de ses campagnes mili-Revue du Souvenir Napoléonien n° 462
par Céline Gautier
taires et les soldats blessés. Aucun règlement n’avait prévu d’inhumer qui que ce soit en ces lieux. Rien ne le défen-dait non plus d’ailleurs, si bien que l’habitude s’est rapi-dement imposée d’enterrer aux Invalides les principaux responsables du site, dont le gouverneur dans le caveau situé sous la nef de l’église des Soldats. Cette coutume s’étendit progressivement aux épouses de gouverneurs, aux lieutenants du roi, aux médecins, aux directeurs et aux prêtres de l’institution. Rapidement, la place vint à manquer. Le caveau devint une sépulture temporaire avant le transfert définitif du corps des défunts dans un cime-tière situé au nord de l’Hôtel. L’endroit devenant à son tour trop exigu, une décision ministérielle du 8 mars 1788, mit fin à ces inhumations. La crypte conserva cependant sa dénomination de « caveau des gouverneurs ». C’est Napoléon qui, finalement, redonna à l’Hôtel des Invalides, en plus de sa mission initiale, son rôle de Panthéon militaire. Il enracina ainsi une tradition qui lui a survécu et participe d’un dessein politique global de faire du lieu le « reliquaire » des souvenirs nationaux, en y organisant le « sanctuaire de sa Grande Armée et des trophées », un temple militaire pour des cérémonies. Cette évolution se concrétisa par les dépôts de trophées, l’orga-nisation des solennités du régime, le transfert des dépouilles de Turenne et de Vauban et l’inhumation ordonnée par l’Empereur de certains de ses généraux. Chacun de ces événements avait pour but de célébrer l’armée, certes, mais aussi de favoriser la fusion de la nation avec une institution centrale de l’État napoléonien. Les régimes qui suivirent l’Empire continuèrent bien sûr à se servir des Invalides dans les mêmes buts. De même, ils continuèrent à y transférer les corps (ou des parties du corps) de héros de l’épopée, jusqu’à la dépouille de Larrey, placée aux Invalides en 1992. 41
1. Les trophées aux Invalides Le 7 septembre 1797, le général Berruyer est nommé commandant de la Maison nationale des militaires inva-lides. Le 28 août 1803 Bonaparte rétablit pour lui le titre de gouverneur (1). L’homme est un fidèle du Premier consul qu’il a servi lors des journées de Vendémiaire puis en Italie en qualité d’inspecteur de la cavalerie. Ce choix satisfait les pensionnaires des Invalides qui depuis plu-sieurs années lui manifestent leur attachement : on compte en effet parmi eux beaucoup d’anciens de la campagne de 1796-1797. Ces hommes ont suivi avec passion le déroulement de la campagne d’Égypte et, le 19 brumaire, certains ont envisagé de marcher sur Saint-Cloud pour prêter main-forte à Bonaparte qui reste leur général. Une des premières décisions prise par le nouveau chef de l’État concerne d’ailleurs le maintien de l’exposition des trophées sous les voûtes de l’église des Soldats, privi-lège dont jouissait Notre-Dame jusqu’en 1793 et ensuite dévolu à l’église Saint-Louis des Invalides devenue Temple de Mars. Ce faisant, non seulement le Premier consul reprend la prérogative des monarques de dispo-ser des trophées, mais il accompagne les dépôts d’une prestigieuse cérémonie de « cohésion nationale », et de glorification des faits militaires. C’est ainsi que, le 7 février 1800 (20 pluviôse an VII), sous le Dôme du Temple de Mars, le ministre de la Guerre Carnot reçoit des mains du général Lannes trois « thougs » (2) de cheval et les drapeaux pris aux Turcs par l’armée d’Orient. Bonaparte ajoute une dimension mémo-rielle, émotionnelle et républicaine avec la lecture d’un vibrant éloge funèbre à George Washington dont on vient d’apprendre le décès. Le 14 juillet de la même année, les trophées récoltés pendant la seconde campagne d’Italie sont solennelle-ment présentés au peuple de Paris. La date, on s’en doute, n’a pas été choisie au hasard : la fête est certes « militaire », mais aussi patriotique et nationale. La journée débute par une grandiose cérémonie dans le Temple de Mars redé-coré par Chalgrin et Peyre. Elle est présidée par Bonaparte entouré des vétérans et des représentants des corps de l'État. Au discours du ministre de l’Intérieur Lucien (1) Du 5 mai 1793 au 19 janvier 1796, l’Hôtel national des Invalides, devenu Maison nationale des militaires invalides à partir de 1794, est placé sous l’autorité du ministre de l’Intérieur, et administré par trente administrateurs militaires élus par les invalides et six notables nom-més par la Commune. De 1796 à 1803, cette Maison est dirigée par le « Commandant de la Maison nationale des militaires invalides ». (2) Étendards turcs formés de queues de cheval assemblées sous une boule d’or ; le nombre de queues croissait avec la puissance du personnage (général Malleterre, Napoléon aux Invalides , Paris, 1921, p. 55). 42
Bonaparte succèdent les chœurs de 320 musiciens diri-gés par Méhul et les voix de la Grassini et Bianchi. Bonaparte passe ensuite en revue les troupes rassemblées dans la cour d’honneur et remet des armes d’honneur à cinq vétérans méritants choisis par le gouverneur. Puis on se déplace au Champ de Mars, où, en présence d’une foule immense, le Premier consul reçoit officiellement les tro-phées, en particulier ceux de la victoire de Marengo (14 juin 1800), apportés par la Garde des consuls. Après cette seconde cérémonie, les trophées sont escortés jusqu’aux Invalides où ils seront conservés. La tradition de dépôt des trophées est maintenue sous l’Empire, mais avec un nouveau gouverneur, le général Sérurier, qui succède à Berruyer décédé le 23 avril 1804. Les drapeaux pris lors de la campagne de Prusse et de Pologne, et notamment à Iéna (14 octobre 1806), rejoi-gnent ceux d’Orient et d’Italie. Absent de Paris, Napoléon prescrit à cette occasion des solennités dont l’organisa-tion doit, encore une fois, jouer un rôle fédérateur et rendre confiance à l’opinion publique inquiète du sort de ses soldats. Aux 280 trophées déposés s’ajoutent les insignes et l’épée de Frédéric le Grand enlevés à Potsdam le 25 octobre précédent. La cérémonie a lieu le 17 mai 1807. Elle est présidée par l’archichancelier de l’Empire Cambacérès. Le cortège, parti des Tuileries, escorté d’un grand concours de population, avance au rythme des salves d’artillerie et des musiques militaires. Les voitures des ministres et des grands dignitaires ouvrent la voie à un char triomphal. Derrière celui-ci, le maréchal Moncey, Premier inspecteur général de la gendarmerie, porte sur son cheval les précieux souvenirs de Frédéric. La voiture de Cambacérès suivie par l’état-major de la place ferme le cortège. Aux Invalides, le maréchal gouverneur Sérurier accueille la délégation. Les drapeaux sont por-tés sous le Dôme par des pensionnaires. La cérémonie débute par un chant triomphal confiant « ce dépôt sacré » aux « vétérans de la gloire ». Fontanes, président du Corps législatif, remet alors les trophées à Sérurier, lui-même ancien de la Guerre de Sept Ans. En écho, les invalides promettent de les conserver fidèlement. Puis, le gouver-neur reçoit les reliques frédériciennes, qui seront par la suite suspendues à une stèle spécialement érigée pour les recevoir, de même que les Grecs de l’épopée homérique ou les Romains clouaient l’armure du général vaincu à un tronc d’arbre (4). Par cette pompe du 17 mai 1807, (3) Dès cette époque, le 14 juillet n’est pas le jour de commémo-ration de la prise de la Bastille, mais de la Fête de la Fédération du 14 juillet 1790. (4) Rappelons qu’en octobre 1806, Napoléon avait fait démonter le monument prussien commémorant la défaite de Soubise à Rosbach.
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l’Hôtel des Invalides est définitivement consacré comme temple des trophées de la gloire napoléonienne tout au long de l’épopée (5). Mais ces fastes auront finalement aussi leur revers. Le 30 mars 1814, les armées coalisées étant aux portes de Paris, Sérurier sacrifiera les témoins de la gloire des armées françaises en ordonnant de brû-ler plus de 1 400 drapeaux et étendards dans la cour d’honneur, ainsi que l’épée et les décorations du Grand Frédéric, pour qu’ils ne « tombent » pas aux mains de l’ennemi. 2. Les Invalides, panthéon des gloires militaires En dehors des remises de drapeaux, le site des Invalides est aussi, pendant tout l’épisode napoléonien, un lieu des grandes cérémonies et de solennités nom-breuses et diverses. C’est là que sont remises les premières « croix » (ce sont en réalité des étoiles) de la Légion d’honneur. C’est de là que sont tirées des salves d’artillerie pour annoncer aux Parisiens une victoire ou un événement majeur, comme les 101 coups de canon qui informent la capitale de la naissance du roi de Rome. Et c’est enfin sous le Dôme doré que prendront place les tombeaux et sépultures de figures militaires, de l’Ancien Régime puis de l’Empire. À la reconnaissance publique par le politique du dévouement de ses armées et de ses victoires, s’ajoute, en continuité, la volonté de procurer à la Nation des modèles, des icônes, en conférant une auréole post mortem de héros national à certaines figures militaires (6). Même si, nous l’avons dit, l’usage d’inhu-mer des personnalités, dans le caveau de l’église des Soldats est quasiment contemporain de la fondation du site, c’est bien Napoléon qui élève ce lieu au rang de panthéon militaire. Le projet de transformer les Invalides en lieu de mémoire lui fait même envisager, sur la proposition de Lucien Bonaparte, alors ministre de l’Intérieur, de trans-former l’esplanade en une vaste nécropole, où seraient érigés les tombeaux de soldats morts pour la Nation. Trop coûteuse, l’idée est abandonnée. C’est au cœur de l’édifice que sera progressivement créé le nouveau Panthéon, l’église étant rendue au culte après la (5) Notons que d’autres lieux reçurent également des trophées : le Tribunat, le Sénat, l’Hôtel de Ville et Notre-Dame. Le 16 décembre 1805, par exemple, 50 emblèmes furent envoyés à Notre-Dame. (6) L’ancienne église Sainte-Geneviève est en principe un Panthéon civil où sont notamment inhumés les sénateurs morts en fonction. Dans la catégorie des héros militaires, signalons toutefois que c’est là qu’est inhumé le maréchal Lannes. En tout, quarante-six personnalités du Consulat et de l’Empire ont leur tombeau au Panthéon. Voir Le Panthéon de Napoléon , éditions du Patrimoine, 2001. 44
Révolution et d’importants travaux de restauration entrepris. Les profanations révolutionnaires avaient en effet abîmé les éléments d’architecture et de décors, en particulier du Dôme. Quant au caveau des gouverneurs, il avait été dévasté et les cercueils de plomb ôtés pour être fondus (7). Turenne et Vauban La première inhumation augurant la nouvelle desti-nation du lieu est celle de Turenne, dont les cendres sont transférées du musée des Monuments aux Petits Augustins. La dépouille du maréchal, déposée initiale-ment à la basilique Saint-Denis, avait en effet échappé aux profanations révolutionnaires en octobre 1793. Elle avait été sauvée par le botaniste Desfontaines qui l’avait un temps exposée comme objet de curiosité au Jardin des Plantes jusqu’à l’an VIII. Le mausolée, quant à lui, avait été directement déposé au musée des Monuments français. Grâce à l’intervention d’Alexandre Lenoir, le corps et le mausolée avaient finalement pu être recueillis (8). Le 22 septembre 1800, les ministres Carnot et Lucien Bonaparte vont en grand équipage chercher le corps du maréchal. Il est déposé par quatre invalides sur un char décoré qui entame son transfert vers l’Hôtel, début d’une cérémonie à laquelle, bien entendu, le peuple parisien a été convié en masse. Dans le cortège, on expose « l’épée du chef de guerre de Louis XIV et le boulet qui l’avait frappé ». Le procès-verbal mentionne également « un che-val pie harnaché comme celui que montait Turenne et conduit par un nègre vêtu de même que celui qui l’avait servi ». Une fois arrivé devant le Dôme des Invalides, encore Temple de Mars, Lazare Carnot (9) évoque le sou-venir de Turenne dans un discours s’appliquant aussi bien au monument qui conservera sa mémoire : « Aux braves appartient la cendre d’un brave ; ils en seront ses gardiens naturels » afin de « demeurer sous la sauvegarde des guerriers qui lui survivent, de partager avec eux l’asile consacré à la gloire, propriété que la mort n’enlève pas » (10). Le mausolée de la basilique Saint-Denis, réa-lisé par Tuby et de G. Marsy, a été préalablement installé (7) Conservés néanmoins par le bureau administratif chargé des exhumations, les restes des anciens gouverneurs furent retrouvés en 1846 lors des travaux menés pas l’architecte Visconti pour le creuse-ment de la crypte funéraire de Napoléon I er . (8) Lenoir réalise un nouveau mausolée pour la dépouille du maré-chal. (9) Notons l’absence du Premier consul à cette cérémonie, possiblement afféré à la préparation de la cérémonie du lendemain, 1 er vendémiaire an IX, commémorant l’anniversaire de la fondation de la République, dont il préside la cérémonie aux Invalides. (10) Général Malleterre, op. cit. , p. 62.
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sous le Dôme, dans la chapelle de la Vierge (chapelle latérale ouest), dont la configuration a été modifiée. Le monument lui-même a aussi subi quelques modifications lors de son remontage, afin de l’adapter à la configura-tion du lieu (11). Napoléon renouvelle le geste le 26 mai 1808 (12), en transférant le cœur de Vauban dans un mausolée érigé vis-à-vis de celui de Turenne, réunion logique soulignée dans l’oraison funèbre. L’imposant cérémonial est identique à celui déployé en 1800. Des salves d’artillerie annoncent la mise en marche du cortège parti de l’hôtel de la Guerre et son arrivée aux Invalides, où l’attend le gouverneur Sérurier et son état-major. Le cœur est placé sur une estrade au milieu du Dôme rempli d’invités. Une urne d’albâtre reçoit une médaille commémorative et une cou-ronne de lauriers déposées par Lefebvre, sénateur, maré-chal de l’Empire et duc de Dantzig. Le mausolée initial de Vauban, œuvre de Trepsat, comprend une simple colonne surmontée d’une urne, assise sur une base por-tant des trophées. En 1847, dans le cadre de l’aménage-ment par l’architecte Visconti de la crypte destinée à rece-voir le tombeau de Napoléon, ce monument initial sera remplacé par un sarcophage de marbre noir réalisé par le sculpteur Antoine Etex, rappelant le tombeau de Turenne. Symboliquement, Turenne et Vauban rejoignent ainsi Louis XIV roi pour lequel ils avaient combattu et fon-dateur de l’Hôtel des Invalides. Ces cérémonies relient la France de l’Ancien Régime et de la Révolution. Sur le char funèbre de Turenne, on pouvait lire « La gloire de Turenne appartient au peuple français » ainsi que « Ce n’est pas moi qu’il faut pleurer c’est sur ce grand homme que la France vient de perdre » (citation de Saint-Hilaire). Napoléon entendait ainsi offrir des héros militaires à la conscience nationale commune et les rendre populaires en associant le peuple à chacune de ces cérémonies. L’inhumation aux Invalides sous l’Empire des officiers de Napoléon Une fois acceptée l’inhumation des figures de l’Ancien Régime et l’utilisation de leur destin post mortem, Napoléon offre une « panthéonisation » à ses propres chefs militaires. Par décret impérial du 9 février 1810, le cœur du maré-chal Lannes, mortellement blessé à Essling le 22 avril (11) P. Arizzoli-Clémentel, « Le Mausolée de Turenne aux Invalides », Revue de la Société des Amis du musée de l’Armée , 1972, n° 76, pp. 4-12. (12) Jour anniversaire de la prise de Dantzig, joli symbole pour celui dont on disait : « Ville défendue par Vauban, ville imprenable. Ville assiégée par Vauban, ville prise ». 46
1809, est confié temporairement aux Invalides avant son transfert définitif au Panthéon. Le baron Larrey, – alors chirurgien en chef de l’Hôtel – est chargé de cette mis-sion : il remet l’urne contenant le cœur du duc de Montebello au gouverneur Sérurier qui s’en reconnaît dépositaire. Des obsèques solennelles sont célébrées quatre mois plus tard, le 6 juillet. Pendant les quatre jours qui précèdent la cérémonie, la foule se presse sous le Dôme pour se recueillir devant le sarcophage provisoire contenant le corps. Le 6, se déroule le service funèbre proprement dit. Le bâtiment a été habillé de tentures noires et sur l’une des plus apparentes est inscrit en gros caractères dorés « Napoléon à la mémoire du duc de Montebello ». L’archichancelier Cambacérès préside la cérémonie ; l’évêque de Gand, de Broglie, aumônier de l’Empire, célèbre l’eucharistie. Le corps de Lannes est ensuite transporté sur un char funèbre au Panthéon où l’attendent de nouveaux honneurs. Le cœur rejoint la tombe familiale des Montebello au cimetière Montmartre. La coutume s’établit dès lors de célébrer aux Invalides les funérailles des généraux morts au champ d’honneur et d’y déposer leur corps. Le premier est le général Baraguey d’Hilliers, grand aigle de la Légion d’honneur, mort de maladie et des fatigues de la campagne de Russie, le 6 janvier 1813 à Berlin. Le 13 février, son cœur est déposé dans une des chapelles du Dôme. L’urne est aujourd’hui conservée dans le caveau des gouverneurs. Le lendemain, le cœur du général Eblé, celui qui com-mandait les fameux pontonniers de la Bérézina, mort le 21 décembre précédent, est à son tour déposé sous le Dôme. Le 15, les Invalides reçoivent encore la dépouille du général de Lariboisière, commandant de l’artillerie de la Grande Armée, mort d’épuisement à Königsberg, le 22 décembre 1812. Sa dépouille avait été ramenée à Paris par Planat de la Faye, officier d’ordonnance de l’Empereur. Son corps est déposé dans le caveau de l’église, le cœur au château de Monthorin (près de Fougères), où une chapelle sera construite (13). Deux fidèles de l’Empereur, morts à ses côtés au champ d’honneur, en Saxe, vont également trouver un repos éternel aux Invalides : Bessières, duc d’Istrie, et Duroc, duc de Frioul. Le premier meurt le 1 er mai 1813, le second, le 22 du même mois, tous les deux tués d’un boulet. Le corps de Bessières est envoyé à Paris le 3 mai. Il est conduit aux Invalides, veillé par les vétérans, exposé aux hommages des Parisiens, avant d’être transféré dans la crypte des Gouverneurs, devenue crypte des Gouverneurs et des Maréchaux. Celui de Duroc – dont (13) À notre connaissance, les archives ne mentionnent pas la tenue de cérémonies particulières pour ces trois « dépôts ».
Napoléon a décidé le transfert aux Invalides dès le jour de sa mort – transite lui par la cathédrale de Mayence, avant d’être déposé dans le caveau. L’Empereur avait ordonné une grandiose cérémonie à l’église Saint-Louis des Invalides pour célébrer la mémoire de ses deux compagnons, parmi les plus anciens des hommes qui l’entouraient. Mais les circonstances de la guerre, la défaite, l’invasion contredisent le vœu impérial qui ne s’accomplira que... le 5 mai 1847, lorsque Louis-Philippe décidera du transfert de Duroc dans un mausolée construit à l’entrée de la crypte impériale, en face de celui de l’autre grand maréchal du Palais, Bertrand (14). Quant à Bessières, une statue est inaugurée le 1 er mai 1847, à Prayssac (Lot), son village natal. Son cœur a été remis à sa veuve, qui l’a déposé dans la chapelle Sainte-Geneviève de l’église de Thillay, près de Gonesse. Une plaque de marbre gravée témoigne de sa présence. En 1969, ce cœur sera placé dans l’église de Prayssac (Lot), sa ville natale (15). Les vétérans placés aux Invalides sont donc devenus des gardiens de la mémoire, garantissant d’élever ces des-tins militaires au rang de destins héroïques et exemplaires. Ce choix pourrait s’expliquer par une volonté politique de Napoléon de renforcer les liens entre la Nation et sa Grande Armée, en donnant des modèles, des icônes au peuple, justifiant à ses yeux un sacrifice présent amenant à une gloire éternelle. Ces cérémonies fédèrent le peuple, rassemblé autour d’un exemple de dévouement au nom de valeurs nationales et de liberté, pour lesquelles les fils du peuple se battent. Escortant le char funèbre à travers la cité, puis passant le relais aux vétérans, la mémoire du « héros » semble appartenir à chacun, chacun contribue à sa grandeur... une façon de sublimer le sacrifice et la souffrance du peuple. Une façon également de témoigner au plus grand nombre combien la Nation sait être recon-naissante à ceux qui se dévouent pour la servir. Napoléon a ainsi ancré une tradition qui se perpétue après sa chute. Louis-Philippe, puis Napoléon III accor-dent à certains anciens hauts militaires de la Révolution, du Consulat et du Premier Empire (généraux, maré-chaux…) le privilège d’être élevé au rang de héros natio-naux, leur offrant le Dôme doré comme protection éter-nelle et immortalisant leur mémoire : Kléber, Lasalle, Jourdan, Bugeaud, Exelmans etc... Napoléon a donc lié définitivement son destin à celui de l’Hôtel des Invalides, (14) Selon les termes de la loi du 13 avril 1845. Voir Jean de La Tour, Duroc (1772-1813) , préface de Jacques Jourquin, Nouveau Monde-Fondation Napoléon, 2004, p. 201 et Michel Berthelot, Bertrand. Grand maréchal du Palais , Châteauroux, chez l’auteur, 1996, pp. 258-259. (15) Voir Jacques Jourquin, Dictionnaire des maréchaux du Premier Empire , Christian-Jas, 5 e éd., 2001, p. 171. Revue du Souvenir Napoléonien n° 462
LesInvalidesetNapoléon en lui attribuant une fonction mémorielle, et jusqu’à la consécration ultime d’être lui-même inhumé, sur ordre de Louis-Philippe auprès de ceux qui ont contribué à sa gloire. 3. Les militaires « napoléoniens » inhumés après l’Empire Rappel des lieux Après la chute de Napoléon, la fonction de panthéon militaire des Invalides perdure. Le caveau situé sous la nef de l’église Saint-Louis accueille non seulement les gouverneurs (par tradition), mais encore les maréchaux de France en remerciement de leur dévouement, ainsi que des généraux. Certains « acteurs » de l’épopée napoléonienne et des membres de la famille impériale viendront reposer de leur dernier sommeil aux Invalides, essentiellement par les volontés de Louis-Philippe puis de Napoléon III. L’inhumation aux Invalides ne s’effectue pas systé-matiquement à leur mort, et peut être ordonnée plusieurs années plus tard par le chef de l'État. C’est ainsi que Louis-Philippe, désireux de se rallier les bonapartistes, utilise l’image et l’héritage « napoléoniens » du lieu. Le point d’orgue de cette politique a été le retour des cendres de Napoléon de Sainte-Hélène aux Invalides (15 décembre 1840), et la réalisation par l’architecte Visconti d’un monumental tombeau sous le Dôme doré, allant jusqu’à transformer la configuration architecturale même de l’église par le creusement d’une crypte au centre de l’ancienne chapelle royale de Louis XIV (16). Au sein de l’église Saint-Louis, les sépultures sont réparties en plusieurs endroits, la plupart aujourd’hui peu accessibles au public. Les sarcophages les plus visibles se situent dans les chapelles principales du Dôme : la chapelle d’angle sud-est – consacrée à Saint-Augustin – abrite celui de Joseph Bonaparte, celle du sud-ouest – dévolue à saint Jérôme – contient les dépouilles de Jérôme Bonaparte et le cœur de son épouse Catherine de Wurtemberg. Dans la chapelle nord-ouest, une urne monumentale renferme les cendres de Corret de La Tour d’Auvergne, le « premier grenadier de la République » tué le 23 juin 1800, dont les restes ont été transférés aux Invalides le 30 mars 1904. Derrière le majestueux maître-autel, en haut des escaliers menant à la crypte impériale, se font face les cénotaphes des généraux Bertrand et Duroc, grands maréchaux du Palais. En bas des escaliers de la crypte, à droite, une porte de bronze ouvre sur la chapelle Saint-Grégoire, dite (16) Les travaux durent de 1841 à 1861, date à laquelle la dépouille de l’Empereur est transférée de la chapelle Saint-Jérôme dans le sar-cophage, au cours d’une fastueuse cérémonie présidée par Napoléon III. 47
aujourd’hui « crypte Fieschi », voulue par Louis-Philippe en hommage aux victimes de l’attentat perpétré contre sa personne par Fieschi en juillet 1835. Si le roi en sortit indemne, cet événement coûta la vie à des membres du cortège, dont le maréchal Mortier (17) et, on le sait moins, à un autre ancien de la Grande Armée lui aussi tué dans l’attentat, Jean-Noël Raffez (1779-1835), sous-lieutenant en 1808, qui avait participé à de nombreuses campagnes et avait été blessé à Ligny, deux jours avant Waterloo. Non loin du monument à la mémoire des victimes de Fieschi, dans sa pénombre, on peut également voir le cercueil de pierre du prince Jérôme Napoléon, fils aîné du roi Jérôme et neveu de l’Empereur, ainsi qu’une simple urne conte-nant le cœur du général Leclerc, beau-frère de Napoléon I er , et celui de son fils. Au sud de la crypte impériale, dans la « cella », une dalle de marbre gravée signale l’emplace-ment du cercueil du roi de Rome (18), rapatrié d’Autriche en 1940 sur ordre d’Adolf Hitler. Outre ces lieux, le caveau des gouverneurs situé sous le maître-autel de l’église des Soldats renferme, entre autres cendres de gloire, des dépouilles de généraux et de maréchaux de l’Empire. En 1846-1847, des travaux de restauration sont enga-gés parallèlement à la réalisation de la crypte impériale. Le sol du caveau est abaissé, un escalier d’accès est construit. On établit, de chaque côté, trente-cinq colom-baria pour recevoir les cercueils ainsi qu’un autel au fond. Vingt « places » sont immédiatement occupées (19). Certaines figures napoléoniennes, gouverneurs des Invalides à leur mort ou l’ayant été au cours de leur carrière, y reposent selon la coutume. D’autres y sont inhumés sur décisions gouvernementales. Les corps sont placés dans les alvéoles du colombarium ; des urnes funéraires posées sur des cippes de marbre renferment des cœurs. Sur les piliers de la nef centrale de l’église, des plaques de marbre commémoratives personnelles rappellent par ailleurs d’anciens gouverneurs ou généraux, dont les corps reposent dans ce caveau. Elles rappellent les fonctions et titres du défunt et portent soit leurs armes, soit leur pro-fil. Côté est, sont consacrés le général Mouton, comte de Lobau, les maréchaux Moncey, Jourdan, d’Ornano. Côté ouest apparaissent les noms du maréchal Oudinot et du général Arrighi de Casanova (20). Par ailleurs, deux (17) Le cœur de Mortier est au Père-Lachaise. (18) Le cœur et les viscères du roi de Rome sont conservés à Vienne, dans le caveau funéraire des Habsbourg. (19) A. du Casse, Le général Arrighi de Casanova duc de Padoue , Paris, Perrotin, 1866, p. 309. Avant d’être placés dans les colombaria, les cercueils étaient posés à même le sol. (20) D’autres plaques sont aujourd’hui consacrées à des généraux antérieurs ou postérieurs à la période. 48
plaques de cuivre accrochées sur les piliers de l’église, au niveau de la travée transversale, portent également les noms des généraux et personnages inhumés dans le caveau et dont certain ont marqué l’épopée napoléonienne. L’une d’elles, à gauche de l’autel, porte les noms Kléber, Berruyer, d’Hautpoul (21), Bisson, Lariboisière, Eblé, Baraguey d’Hilliers, Bessières, Duroc, Jourdan. À droite, on retrouve le nom de Lasalle parmi d’autres personnages, postérieurs. Il semble que deux autres plaques de cuivre aient été visibles auparavant (22), l’une portait les noms de Sébastiani, Exelmans, Arrighi de Casanova et d’Ornano ; sur la seconde apparaissaient ceux de Damrémont, Mouton, Moncey, Valée, Duperré, Sérurier (23), Oudinot, Négrier, Duvivier, Bugeaud et Molitor. Qui et pourquoi ? Aucune règle n’a établi de façon précise l’inhumation des gouverneurs des Invalides dans l’église Saint-Louis. Mais l’habitude s’est rapidement imposée de déposer leurs dépouilles dans la crypte située sous la nef, d’où son nom de « caveau des gouverneurs ». Le maréchal Moncey souligne cette tradition, devenue semble-t-il une obligation, dans son testament où il consigne les moda-lités de sa cérémonie funéraire : « De l’église, mon corps sera porté dans le caveau des gouverneurs de l’hôtel, ainsi que cela s’est toujours pratiqué pour les prédécesseurs, regrettant, toutefois, de ne pouvoir être transporté dans le tombeau de famille établi dans la chapelle Saint-Claude de l’église paroissiale de Moncey où je suis né […]. Je ne pouvais me refuser à l’honneur d’être inhumé à l’Hôtel des Invalides, les restes mortels de l’empereur Napoléon, mon bienfaiteur, y reposant déjà » (24). Décédés en fonc-tion, sont donc inhumés « de droit » dans le caveau Arrighi de Casanova, Moncey, Oudinot et Jourdan. (21) Tué à Eylau, d’Hautpoul fut enterré en février 1807 au cime-tière du château de Vornen et son cœur fut placé dans l’église de Thorn. Corps et cœur furent rapatriés à Paris en 1808. Le cœur fut conservé au palais de la Légion d’honneur jusqu’en 1818, époque où il fut rendu à la famille qui obtint qu’il soit déposé aux Invalides. Le corps est au Père-Lachaise ( Le général d’Hautpoul. Un héros de l’Empire , cata-logue de l’exposition de septembre 2000 à janvier 2001 au Musée de Gaillac, non paginé. (22) Général Niox, L’Hôtel des Invalides , 1910, pp. 96-101. (23) Seul le cœur de Sérurier est aux Invalides. Son corps est au Père-Lachaise (Jacques Jourquin, op. cit. , p. 173). (24) Éloge historique du maréchal Moncey duc de Conegliano suivi de notes et pièces justificatives , par L.-J.-G. Chenier, Paris, Librairie militaire de J. Dumaine, 1848, p. 108. Rappelons que le maréchal Moncey était gouverneur des Invalides lors du retour des cendres de Napoléon de Sainte-Hélène, en décembre 1840. Il mourut le 20 avril 1842 et ses obsèques eurent lieu le 25. Les éloges furent prononcés par le procureur général Dupin et le maréchal Soult qui termina ainsi : « Adieu, mon vieil ami ! Adieu, soldat sans peur et sans reproche ! Adieu, Moncey ! Adieu ! ».
Mais le « privilège » d’être enterré aux Invalides s’étend à des chefs militaires n’ayant pas compté parmi les gouverneurs de l’Hôtel, ni même parmi les officiers généraux tués au combat. Louis-Philippe puis Napoléon III ordonnent l’inhu-mation d’un certain nombre de généraux et de maréchaux de l’Empire aux Invalides immédiatement après leur décès, en remerciement de leur dévouement et des ser-vices rendus à la nation. Sous la monarchie de Juillet sont enterrés Damrémont, Lobau, Duperré, Duvivier, Mortier, Sébastiani, Négrier, Valée. Napoléon III, dans une poli-tique de réaménagement de l’institution des Invalides établit une règle, en 1863, toujours en vigueur : « Le ministre peut autoriser la célébration aux Invalides des funérailles autres que celles des gouverneurs, mais à l’exception de celles-ci, pour qui elle est de droit, la sépul-ture dans l’Hôtel ne peut être accordée qu’en vertu d’un décret de l’Empereur rendu sur proposition du ministre de la Guerre qui règle les dispositions de la cérémo-nie » (25). Le second empereur y fait ainsi déposer, immédiatement après leur mort, les dépouilles de Bugeaud, Exelmans, Molitor, d’Ornano. Dans d’autres cas, le transfert de la dépouille aux Invalides est décidé plusieurs années après le décès. Tel est le cas pour Kléber (26), Lasalle, Sérurier, Corret de la Tour d’Auvergne, Bertrand. Le dernier transfert est celui du baron Larrey, déposé dans le caveau le 15 décembre 1992. Nous ferons plus loin un cas particulier des membres de la famille Bonaparte : Joseph, Jérôme, son fils et son épouse, le général Leclerc, ainsi que le roi de Rome. Les cérémonies funéraires Dans un premier temps, le décès d’un gouverneur des Invalides est constaté dans la chambre du défunt. On relève une description très précise relative au maréchal Oudinot, mort le 13 septembre 1847. Après le constat (le 16 septembre 1847) on procède au placement du corps dans un triple cercueil : le premier en sapin, le second en plomb, le dernier en chêne orné d’une plaque de cuivre rappelant ses titres et la date de décès. Ce cercueil est (25) Les Invalides, trois siècles d’histoire , p. 271. (26) Seul le cœur de Kléber est aux Invalides. Il était mort le 14 juin 1800, assassiné au Caire. Son corps passa dix-huit ans au château d’If. La Restauration décida son transfert à Strasbourg où il arriva le 17 septembre 1818. Il fut placé dans la cathédrale puis, en 1840, sous la statue monumentale qui lui était dédiée. La France voulut le trans-férer au Panthéon, en 1889, mais les autorités allemandes refusèrent de rendre le corps (l’Alsace était alors annexée). La statue fut démon-tée en 1940 et le sarcophage enfermé dans un local. Il reprit place sous la statue en 1945 et dut encore changer de place en 1967, lors du creu-sement d’un parking (Jean-Noël Brégeon, Kléber. Le Dieu Mars en personne , Perrin, 2002, p. 242 et suivantes). Revue du Souvenir Napoléonien n° 462
LesInvalidesetNapoléon ensuite porté dans l’église où est prononcée une messe basse. Il est ensuite emmené dans un caveau de l’église en attendant le jour des funérailles, le 5 octobre 1847. Les cérémonies funéraires des gouverneurs déroulent un protocole prestigieux et minutieux « comparable à celui des obsèques nationales, marquant l’importance de la dignité dont étaient revêtus ces hauts person-nages » (27). Il sera simplifié à partir de 1853. Les funérailles officielles débutent généralement par la réception solennelle du corps à la grille de l’Hôtel des Invalides ou à la porte de l’église par les autorités admi-nistratives et ecclésiastiques du site. Dans certains cas, ce moment est précédé d’un défilé du cortège funéraire dans les rues parisiennes, en direction des Invalides. Pour le général Négrier (1848), on note que le cortège parti de l’hôtel de ville vers 10 heures, arrive à la grille de l’Hôtel vers midi où l’attend le maréchal gouverneur Molitor ; l’aide de camp du ministre de la Guerre lui remet le cœur du général, reçu ensuite par le curé au portail de l’église. Des dizaines d’années plus tard, le 30 mars 1904, le cœur de Corret de la Tour, « premier grenadier de la République » est transféré solennellement depuis la gare de Lyon jusqu’aux Invalides sous l’escorte du 46 e régi-ment d’infanterie dans lequel il servait à sa mort. Le cor-tège est accueilli par le président de la République Émile Loubet assisté des membres du conseil. Après un discours du général André, ministre de la Guerre, l’urne est dépo-sée temporairement dans le caveau des gouverneurs. Une urne monumentale marque aujourd’hui son emplacement dans une niche de la chapelle nord-ouest du Dôme. Un des plus grands cérémoniaux organisés concerne l’ensemble des victimes de l’attentat de juillet 1835 contre Louis-Philippe, dont fait partie le maréchal Mortier. Pour accompagner le cortège, les troupes sont déployées sur son parcours dès 6 heures du matin, escadrons de hussards, garde nationale, légions de Paris... Parti de l’église Saint-Paul à 10 heures, le convoi se dirige vers la Bastille, puis la Madeleine, la Concorde, le quai d’Orsay, l’esplanade des Invalides, arrivant à la grille de l’Hôtel à 13 heures. Entre-temps, la reine a été accueillie aux Invalides et s’est installée dans l’église (vers 11 h 30). Le roi s’y est rendu indépendamment ; il est reçu au perron de l’église par le maréchal gouverneur Moncey et son état-major. Cette réception du corps anticipe parfois de quelques jours la cérémonie funéraire officielle. La dépouille repose alors dans une chapelle ardente installée dans une chapelle ou un caveau de l’église. Cette étape est notée très précisément dans les procès-verbaux pour Arrighi (27) Les Invalides, trois siècles d’histoire , p. 271. 49
Funérailles du maréchal Mortier
et des autres victimes de l’atten-
tat de Fieschi, célébrées en
l’église Saint-Louis des Inva-
lides en présence du roi Louis-
Philippe en août 1835. Peinture
par François-Marius Granet
(1775-1849). Châteaux de
Versailles et de Trianon.
© Photo RMN - Gérard Blot.
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de Casanova, l’amiral Duperré, les maréchaux Molitor, Moncey, Oudinot et Valée. Le jour des funérailles, le corps est placé sur un céno-taphe souvent somptueusement orné, dressé au milieu de la nef de l’église. Le catafalque de Mouton, par exemple, arbore ses armes, une couronne ornée de plumes blanches ; il est paré de rideaux de velours bordés d’her-mine et de drapeaux tricolores. Les bâtiments des Invalides portent également le deuil. Des tentures noires habillent la grille de l’hôtel, le porche d’entrée et les arcades de la cour d’honneur, le porche de l’église ainsi que la nef, décorée de tentures funèbres, décrites parfois lamées d’argent et cerclées de bandes d’hermine. Y sont également accrochés les écussons de la famille, la devise du défunt, et le nom des batailles où il s’est illustré. Le deuil est également porté par les résidents de l’Hôtel, qui prennent une place non négligeable dans le dispositif. À réception du cercueil, les invalides forment parfois une haie depuis la grille jusqu’à l’église, et par-fois jusque dans la nef. Peut également leur revenir la charge de transporter le cercueil du char funèbre au cata-falque, puis, le cas échéant, dans le caveau. Le retentissement donné à ces funérailles se veut natio-nal : y assistent le gouverneur et les autorités adminis-tratives du site des Invalides, son clergé, des ministres, des représentants des corps de l’État – administratifs, judiciaires, diplomatiques... – des maréchaux, généraux et officiers. On notera la présence du Prince Président aux funérailles du maréchal Bugeaud (qui avait combattu sous l’Empire au début de sa carrière) et du général Exelmans, des ducs d’Orléans, de Nemours et d’Aumale à celles du maréchal Mouton, de Louis-Philippe et du prince de Joinville aux obsèques nationales du maréchal Mortier et des victimes de l’attentat de 1835. La présence de hautes personnalités de l’État donne à ces cérémonies un caractère politique, elles sont l’occa-sion de mobiliser, de fédérer autour de « héros nationaux » la population qui accompagne le cortège funèbre. Les Parisiens sont invités à se recueillir au son des salves d’artillerie qui rythment la cérémonie aux Invalides et en annoncent les temps forts, du moins jusqu’en 1853 où les canonniers vétérans se contenteront de se tenir sym-boliquement à côté des canons. Ainsi sept coups de canons signalent l’arrivée à l’Hôtel du cortège funèbre du général Exelmans ; treize coups de canons ont annoncé les honneurs faits au maréchal Oudinot, et des salves d’artillerie ont marqué le défilé du char funèbre qui sui-vit l’office. Revue du Souvenir Napoléonien n° 462
LesInvalidesetNapoléon En effet, dans certains cas (essentiellement les obsèques des gouverneurs), à l’issue du service funèbre, le cercueil est retiré du catafalque, placé sur un char et ainsi emmené depuis la cour d’honneur vers l’extérieur de l’Hôtel des Invalides pour un défilé militaire. C’est le cas pour Moncey. Jusqu’en 1853, le cortège fait le tour de l’enceinte des Invalides, entourés de troupes présen-tant les armes ; après cette date, les troupes stationnées à Paris défileront devant le char. À l’occasion des funérailles d’Arrighi de Casanova, « le cercueil a été transporté sur un magnifique char funèbre [...] ce char a été dirigé vers la grille pour le défilé des troupes. Il était escorté par un détachement de cent invalides déco-rés » (28). Ce privilège a également été octroyé à Bugeaud, pour lequel pas moins de 30 000 hommes ont défilé, ainsi qu’à Exelmans, Molitor, Moncey et Oudinot. Après ce défilé, le char funèbre rejoint la cour d’honneur, le corps y est retiré du catafalque pour être enfin déposé dans le caveau. L’ensemble de la cérémonie est rythmé par des discours d’hommage au défunt, prononcés par des repré-sentants d’institutions civiles ou militaires. Ainsi au moment du dépôt du corps de Duperré dans le caveau, sont prononcés deux discours : le premier rappelant sa vie et ses services par le vice-amiral baron de Mackau, ministre de la Marine et de Colonies, puis celui de l’ami-ral Dupetit-Thouars en souvenir des vertus du défunt. Les grands maréchaux du Palais, Bertrand et Duroc Le 22 mai 1813, le général Duroc est tué d’un boulet de canon, au combat de Reichenbach. L’Empereur fait déposer son corps dans le caveau des gouverneurs, et ordonne une cérémonie aux Invalides, qui n'aura lieu que... le 5 mai 1847, sur ordre de Louis-Philippe – les circonstances politiques ayant empêché la réalisation du vœu impérial ! C’est également au grand maréchal du Palais Bertrand que le roi veut rendre un hommage natio-nal, commun. Bertrand décède le 31 janvier 1844, à l’âge de 71 ans (29). Il est enterré à Châteauroux, sa ville natale. Mais immédiatement, les chambres affichent leur désir de rap-procher sa mémoire de celle de l’Empereur. Ainsi, par la loi du 13 avril 1845, les dépouilles de Bertrand et Duroc prendront place face à face, à l’entrée de la crypte impé-riale, derrière l’autel de l’église des Soldats. Le 1 er mai (28) Colonel Gérard, Les Invalides Grandes éphémérides de l’Hôtel impérial des Invalides depuis sa fondation jusqu’à nos jours , Paris, Plon, 1862, p. 308. (29) Général Paulin, Notice biographique sur le lieutenant géné-ral comte Bertand , Paris, 1847, et Michel Berthelot, op. cit . 51