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CHASSE ET DIVERSITÉ BIOLOGIQUE
Chasse et diversité biologique Protection des espèces ou des individus
?
Chasse et préservation de la diversité biologique, un débat qui est affaire de scien-ce comme de société. Mais aussi, depuis les années 70, une querelle récurrente qui oppose chasseurs et associations de protection de la nature sur la question du poids des prélèvements de la chasse sur les populations animales et sur les effets de l’organisation sociale d’une activité perçue comme hostile à l’adoption de mesures de protection d’espèces et de milieux. Historique et analyse d’un dispositif qui, en maintenant la confusion entre chasseurs et autorités publiques, instaure deux catégories de citoyens et interdit le dialogue.
par Jean-Pierre RAFFIN, Diderot (1986-2002)
co-fondateur (1986) et co-responsable du DESS Espace & Milieux de l’Université Paris 7-Denis
Protection des espèces ou des individus ?
Pour l’écologue, ce qui prime c’est la protection de l’espèce au tr avers du maintien des capacités d’évolu-tion des différentes populations qui la composent. Mais on en arrive vite aux individus lorsque ne restent plus que quelques uns d’entre eux. Le cas de l’ours brun en Europe peut en être l’illustration. Faudrait-il, au prétex-te que les populations bulgare, finlandaise ou roumai -ne se portent bien, accepter tr anquillement que dispa-raissent les derniers ours des Pyrénées? C’est aussi bien affaire de science que de société. L ’évaluation du nombre d’indi vidus « exploitables » (chasse, pêc he, etc.), des mo yens et des périodes de capture adéquats avec le devenir d’une population, relève de débats, d’expertises pluridisciplinaires, « pluriels ». C’est un exercice de partage des savoirs auquel les autorités administratives et politiques sont plutôt hostiles (Cf. en d’autres domaines, les difficultés, voire impossibilités, d’organiser des expertises réellement scientifiques c’est-à-dire pluridiciplinaires sur les questions de l’amiante, du nucléaire, des OGM, etc.). Et il faut bien constater que lorsque de tels débat ont cependant lieu, leurs conclusions sont largement ignorées (cf. par exemple les débats publics sur les OGM de 1998 et de 2002). La question de la chasse n’échappe pas à ce processus. Nous en avons un bon exemple avec l’ab-sence de véritable prise en compte du r apport «sur les données à prendre en compte pour définir les modali-tés d’application des dispositions légales et réglemen-taires de chasse aux oiseaux d’eau et oiseaux migrateurs en France». Lefeuvre, 1999 [1] Traiter de chasseurs, d’anti-chasse et d’écologie « affective » est exercice malaisé car le sens des mots ne semble pas commun aux interlocuteurs auxquels on s’adresse. On s’attachera donc à en définir d’abord les contours.
Qu’est-ce que « la chasse » ?
C’est, pour le juriste Toullier (1752-1835), :« L’ensemble des moyens de s’emparer par force, par ruse ou par adresse des animaux sauvages ». On peut ajouter que l’acte de chasse conduit à l’appropriation d’un bien (faune sauv age) commun aux cito yens du pays, voire au-delà pour les migr ateurs. En pratique, et dans les conséquences pour la diver-sité biologique, qu’y a-t-il de commun entre la grande ou petite vénerie, la chasse à l’arc, la chasse au vol, les fusillades des cols ardéc hois (Escrinet) ou pyrénéens, les palombières restées tr aditionnelles, les battues en troupes nombreuses, les c hasses de nuit à partir de huttes agrégées comme voitures sur un parc de sta-tionnement, la chasse parcimonieuse d’un petit gibier sauvage que d’excellents chasseurs s’efforcent de maintenir (ils sont très minoritaires) et les chasses dites traditionnelles où le 4x4 est le moyen de transport pri-vilégié ? Quel rapport y a t-il entre la recherche d’un gibier sauvage et le tir d’animaux d’élevage (près de 14 mil-lions de faisans lâchés en 1999 contre 6,5 millions en 1980, 5 millions de perdrix contre 1,2 à 1,8 millions en 1980, 1 million de canards contre 0,5 à 1 million en 1980, etc.) qui fait mentir le slogan un temps utili-sé par l’organisation nationale des chasseurs « La chasse, c’est naturel » ? Il faut d’ailleurs signaler que l’Association nationale pour une chasse écologique-ment responsable (Ancer), composés de « vrais » chasseurs propose depuis fort longtemps l’arrêt des lâchers de gibier de tir et une réglementation stricte des lâchers de « réintroduction » [2]. Loisir pr atiqué par près 1 300 000 Français (ils étaient près de 2 millions en 1980), la chasse est aussi légitime que d’autres activités de loisir pour peu qu’el-le tienne compte des autres usagers de la « nature », ni plus ni moins.
RESPONSABILITÉ & ENVIRONNEMENT N° 44 OCTOBRE 2006
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