ALICE COCEA (1899-1970)DE LA GLOIRE A L

ALICE COCEA (1899-1970)DE LA GLOIRE A L'OUBLI (nouvelle édition)

-

Documents
107 pages
Lire
Le téléchargement nécessite un accès à la bibliothèque YouScribe
Tout savoir sur nos offres

Description

c'est l'histoire d'une jeune roumaine venue tenter se chance à Paris et qui va devenir célèbre grâce à l'opérette "PHI-PHI". Ensuite, on va la voir au théâtre et au cinéma et elle sera une idole des années 1920-1940. Elle sera sur scène jusqu'au milieu des années 60 après quoi elle entamera une carrière d'artiste-peintre.

Sujets

Informations

Publié par
Publié le 30 août 2019
Nombre de visites sur la page 4
Langue Français
Signaler un problème
Alice COCEA
(1899-1970)
DE LA GLOIRE A L'OUBLI
 SINAIA (Roumanie) SAINT-BRISSON (Loiret)
 Gérard DAMION
INTRODUCTION
------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
 L'histoire pourrait commencer ainsi : « Il était une fois une jeune roumaine qui rêvait d'être comédienne, et qui, venue tenter sa chance à Paris, avait juré, avant son départ , de devenir un jour célèbre... ».
 11 novembre 1918, dans l'allégresse générale, les Français apprennent que l'armistice vient d'être signé. L'Allemagne est vaincue. A Paris les rues sont noires de monde ; on s'embrasse, on chante , bref on fête comme il se doit le retour de la paix. A la Chambre, Georges CLEMENCEAU (passé du « Tigre » au Père la Victoire ») prononce un discours enflammé suivi d'une Marseillaise entonnée avec enthousiasme par tous les parlementaires.
 11 novembre 1918, c'est précisément ce jour là que devait avoir lieu la première de « PHI-PHI », opérette en 3 actes d'Albert WILLEMETZ et Henri CHRISTINE. Naturellement, pour cause d'armistice, « PHI-PHI » ne sera jouée que le lendemain mardi 12 novembre, en matinée, aux Bouffes Parisiens.
 Les parisiens ont besoin de se distraire après tous les événements qu'ils ont vécus, aussi, la foule se presse pour le spectacle. Le Tout-Paris des Arts et du Spectacle est au premier rang. On reconnaît entre autres, Anna de NOAILLES, Henri BERGSON, Maurice CHEVALIER, Félix MAYOL, Cécile SOREL...
 Cette opérette, prévue pour ne durer que quelques semaines, durera en fait...3 ans ! C'est un succès considérable, un triomphe que l'on doit bien sûr au talent de WILLEMETZ et CHRISTINE, mais aussi à la prestation des interprètes dont Pierrette MADD, FERREAL, DREAN, Michel BARRE, André URBAN et...Alice COCEA.
 Si le rôle principal (celui de PHILDIAS) est tenu par André URBAN, le rôle d'ASPASIE arpète est interprété par une adorable créature de 19 ans, aux airs d'ingénue, pratiquement inconnue du public : Alice COCEA. Outre sa grâce et son talent naturel, on va s'apercevoir qu'elle a aussi un beau brin de voix, chantant à ravir les airs de « PHI-PHI », sans en comprendre la plupart du temps les sous-entendus grivois !
 Et c'est le début de la gloire pour Alice qui va enchaîner succès sur succès, et devenir en peu de temps la coqueluche du Tous-Paris et le symbole de la parisienne frivole, toujours habillée à la dernière mode, portant de magnifiques robes spécialement créées pour elle par les plus grands couturiers de la capitale. Elle connaîtra des amours tumultueuses qui animeront les potins mondains, et elle fera la une des journaux en épousant un comte, et pas n'importe lequel. Et, lorsque plus tard, un de ses amants se suicidera pour elle, l'émotion sera à son comble.
 Bref, en cette période d'euphorie pour la France, notre petite ingénue est devenue une idole qui fait fantasmer les hommes et qui agace sérieusement ses rivales...
1
 Ce qu'elle veut, Alice, c'est jouer. Théâtre ou cinéma, qu'importe. En tout cas, tout le monde s'est fait à cette idée : un film ou une pièce de théâtre avec Alice COCEA, c'est le succès assuré.
 Mais que sait-on au juste d'elle, de son passé, de sa famille ? Peu de choses en vérité, mais son livre de souvenirs publié en 1958 « Mes Amours que j'ai tant aimées » répond en grande partie à notre attente.
 Ce qui est sûr, c'est qu'après avoir été adulée et avoir tenu longtemps le haut de l'affiche, Alice COCEA va connaître bien des drames et des désillusions, et que, progressivement, son souvenir va s'effacer des mémoires, et que, étrangement et injustement, de nos jours, son nom n'évoque plus grand chose. Comme quoi, la célébrité peut être éphémère...
2
I
UNE ENFANCE GATEE
Sophie Alice COCEA naît le 28 juillet 1899 à Sinaïa (Roumanie), ville du contrefort des Carpates méridionales, dans une famille de la grande bourgeoisie roumaine. Son père Dimitri COCEA, monarchiste convaincu, est un général qui a le privilège d'avoir été le précepteur du roi. C'est donc un personnage important et respecté ayant à son service pas moins de neuf ordonnances. Quant à sa mère, elle était première dame d'honneur de la reine.
 Le roi de Roumanie à cette époque, c'est CAROL 1er. Son épouse Elisabeth de WIED est une femme très cultivée, écrivaine, qui a beaucoup favorisé le développement des Arts et des Lettres en Roumanie. Le pays est une monarchie constitutionnelle : le roi, symbole de l'indépendance, de la souveraineté et de l'unité, règne mais de gouverne pas.
 Les relations entre le Roumanie et la France sont intenses et le français est parlé par toute l'élite du royaume . L'intérêt pour la langue française ne s'est jamais démenti et, de nos jours la Roumanie fait partie de la Francophonie dont elle est membre à part entière.
 Quant à la capitale, Bucarest, on la surnomme « le petit Paris des Balkans ». Il faut dire que la plupart des architectes roumains sont venus faire leurs études à Paris.
 C'est donc dans ce contexte où l'on constate que le développement culturel est très influencé par la France que va évoluer Alice COCEA et que va se forger son destin.
 Sophie Alice avait un frère aîné Nicolae qui, lui, avait des idées totalement opposées à celles de son père : antimilitariste, antimonarchiste et revendiquant des idées que l'on pourrait qualifier aujourd'hui d'extrême gauche, il est l'un des piliers de la presse socialiste. Ce qui, dans ce milieu bourgeois ne pouvait que choquer, d'où les fréquentes frictions avec son général de père. Elle avait aussi une sœur, Florica, qui épousera un diplomate français, et dont elle sera toujours très proche.
 Petite dernière de la famille, choyée par sa mère Cléopâtre NICORESCO, et éduquée par des gouvernantes françaises, Sophie Alice connaît la vie d'une petite bourgeoise gâtée à qui on ne refuse rien, dès lors qu'elle donne entière satisfaction dans ses études.
 Sophie Alice n'aime pas du tout ce prénom de Sophie qu'elle va reléguer au second plan. Pour tous, elle sera désormais Alice (plutôt « Alice au Pays des Merveilles » que « les Malheurs de Sophie »). Alice est une petite fille adorable, très jolie, plutôt espiègle, mais première en classe. Et très tôt on détecte chez elle quelques talents artistiques qui ne demandent qu'à s'épanouir.
3
 Un jour, sa mère part à Paris avec Florica qui devait y faire en autres des études musicales. Quant à son père, il est affecté à un commandement en Moldavie où se déroule une importante révolte paysanne, et où il convient de rétablir l'ordre. De ce fait, pas d'autre solution pour Alice que de se retrouver interne dans un pensionnat pour jeunes filles réputé pour sa discipline. Dotée d'un solide caractère et multipliant les incartades (les professeurs diront d'elle qu'elle est une rebelle), elle fera tout pour en sortir car elle déteste l'endroit et ses contraintes.
 Compréhensif, son père accepte qu'elle quitte le pensionnat, et il l'emmène avec lui en Moldavie. El là, c'est la belle vie : repas pris avec le général à la popote des officiers qui n'ont d'yeux que pour la petite demoiselle qu'ils appellent leur « petite princesse ». Elle apprend à monter à cheval, à ramer sur la rivière, et elle s'adonne à différents sports.
 Son père étant muté à Bucarest pour un poste important, Alice retrouve avec joie la maison familiale. Elle ne va plus à l'école, mais elle a droit à des cours particuliers. Il y a pour cela les gouvernantes, mais aussi un professeur qui vient lui donner des cours à domicile. Ses résultats étant excellents, son père lui fait cadeau d'un petit cheval arabe, ce qui la comble de bonheur. Dans les mêmes moments, une de ses gouvernantes lui apprend à nager, tandis qu'une autre lui donne le goût de la lecture et du théâtre.
 L'été, Alice part en vacances à Constanza, station balnéaire réputée sur les bords de la mer Noire. Elle vient d'avoir 14 ans, elle est ravissante, et il n'est pas rare qu'elle surprenne quelques chuchotements à son sujet, du genre : « elle est bien faite, elle sera très jolie plus tard cette petite... » Autant dire qu'elle apprécie ce genre de compliment.
 Puis arrivent les premiers émois amoureux. Elle s'intéresse tout particulièrement à un ami de son frère qu'elle voit très souvent et avec qui elle aime bien discuter. Elle le trouve beau, galant et plein d'esprit. Il s'appelle TILICA et c'est le plus jeune député de la Chambre. Elle tombe follement amoureuse de lui qui, bien sûr ignore tout des sentiments d'Alice à son égard. Hélas, elle apprend qu'il est déjà fiancé à une très jolie femme. Première déception amoureuse dont elle se remettra facilement !
 Par contre il en est un qui est mort d'amour pour Alice : un jeune étudiant follement épris d'Alice, insensible à ses avances, est resté toute une nuit, par un froid glacial, sous les fenêtres de la belle , en espérant qu'elle ouvrirait ses volets. Retrouvé au petit matin à moitié mort de froid, il est décédé deux jours plus tard d'une pneumonie...
 Un jour, son frère Nicolae qui s'occupe beaucoup d'elle l'emmène voir au théâtre une pièce française intitulée « La Parisienne ». Elle est éblouie, et c'est en voyant jouer REJANE qu'Alice a comme une révélation ; son avenir c'est ça : faire du théâtre, jouer la comédie et faire aussi bien que REJANE !
4
 A partir de là, Alice se met à dévorer les livres des grands écrivains français comme BALZAC, Anatole FRANCE, VOLTAIRE, SAINT-SIMON, Jean-jacques ROUSSEAU etc... Elle étudie le théâtre et s'exerce à déclamer certaines tirades célèbres devant ses proches, et à réciter les fables de LA FONTAINE. Entrée au Conservatoire de Musique et d'Art Dramatique de Bucarest, elle suit les cours de la célèbre tragédienne roumaine Aristizza ROMANESCU, entre à la Société DAVILA (fondée par Alexandrescu DAVILA) et obtient des petits rôles dans des pièces jouées au Théâtre National de Bucarest : « MAMAN COLIBRI », « YUYU », « POUR ETRE AIME »...
 Un jour elle décide soudainement de partir pour Paris afin d'y rejoindre sa mère et Florica, et elle en fait la demande à son père. Celui-ci, d'abord stupéfait et réticent, finit par accepter et voilà la jeune Alice, heureuse comme tout, embarquée dans l'Orient-Express à destination de la capitale française.
 Malheureusement le séjour à Paris est plutôt bref. La guerre est sur le point d'éclater et il faut rentrer d'urgence. A peine de retour à Bucarest, Alice apprend que son pays, la Roumanie, entre en guerre au côtés de la France. C'est devant la gravité de la situation, et craignant de voir la Roumanie envahie, que leurs parents décident de renvoyer Alice et Florica à Paris où elles seraient, pensent-ils, plus en sécurité.
 Mais le voyage s'avère plus compliqué que prévu. L'ambassade d'Allemagne ayant refusé le visa de leurs passeports, il faut donc contourner l'obstacle et partir par le nord de la Russie, traverser la Suède, puis la Norvège, et embarquer à destination de l'Angleterre avant de rejoindre Paris. Toute une expédition !  C'est au cours de ce voyage qu'elle fait connaissance dans le train d'un très beau jeune homme âgé de 21 ans, le prince Nicolas VADBOLSKY, lieutenant de la Garde et fils du gouverneur d'Odessa. Entre eux commence alors une belle histoire d'amour (cette fois les sentiments sont réciproques). D'ailleurs, pendant plus d'un an, ils vont s'écrire des lettres enflammées, jusqu'au jour tragique où le jeune soldat trouve la mort au champ de bataille. A nouveau le chagrin ! C'était en fait son premier grand amour. Elle l'écrira plus tard dans ses mémoires.
 Arrivée en France, Alice est absolument ravie. Revoir Paris qu'elle a eu tout juste le temps de découvrir, c'est un vrai bonheur, malgré les craintes pour les siens restés à Bucarest. Mais la ville est un peu différente de celle qu'elle avait connue précédemment, la guerre étant passée par là.
 Mais ce qui est sûr, c'est que, bien décidée à réussir, la jeune fille va s'imprégner totalement de la vie parisienne. Elle va s'intégrer au monde du spectacle et travailler d'arrache-pied jusqu'à la consécration. Elle ne retournera qu'épisodiquement en Roumanie, sa vie étant désormais en France.
 Après que la « Rideau de Fer » soit tombé sur la Roumanie et sur les autres nations du bloc de l'Est, Alice n'aura plus que rarement la possibilité de revoir son pays d'origine. Heureusement elle a avec elle sa sœur Florica dont elle sera toujours très proche. 5
 Alice COCEA, comme tous ses compatriotes était fascinée par ce Paris qu'elle admirait véritablement. Pour elle, Paris c'était « la ville lumière », la ville des artistes et des intellectuels venus du monde entier, la ville où chacun pouvait exprimer son talent et réussir, bref, la plus belle ville du monde.
 Alice COCEA fait partie de cette longue liste de roumains venus à Paris, femmes et hommes de lettres, acteurs, peintres, musiciens, chanteurs etc...qui marqueront profondément notre culture. Parmi eux ont peut citer :
Eugène IONESCO (écrivain et dramaturge) Anna de NOAILLES (poétesse) Tristan TZARA (fondateur du Dadaïsme) Elvire POPESCO (immense comédienne de théâtre et de cinéma) la princesse Marthe BIBESCO (écrivain) Jean YONNEL (sociétaire puis doyen de la Comédie Française) Marcel MIHALOVICI (compositeur) Edouard de MAX (sociétaire de la Comédie Française) Marie TANASE (la PIAF roumaine) Marie VENTURA (de la Comédie Française) Paul CELAN (poète) Iulia HASDEU (poétesse) Mitty GOLDIN (directeur des « Capucines » et ancien collaborateur au journal de  Nicolae COCEA)
 etc... etc...
 La liste est très longue et je n'en ai cité qu'une infime partie. En tout cas, c'est bien là la preuve de l'amour que les roumains ont porté et portent toujours à notre pays.
 A ceux que ça peut intéresser, je ne peux que recommander le livre de Jean-Yves CONRAD : « ROUMANIE, CAPITALE...PARIS » (Oxus 2003). On y trouve des choses extrêmement intéressantes sur tous ces roumains devenus français et sur les lieux qu'ils ont fréquentés.
6
II
DEBUTS A PARIS
 Arrivées à Paris, Alice et Florica s'installent dans un petit appartement rue Bassano. Alice n'a qu'une idée en tête, prendre des cours de théâtre. Huit jours après, elle se présente au concours d'admission au Conservatoire, et comme les autres, elle doit déclamer « le petit chat est mort ». Elle s'en sort si bien qu'elle est reçue deuxième sur deux cents ! Plus tard, après avoir fréquenté la classe de LEITNER, elle obtient un premier accessit.
 Curieusement, elle vite repérée, et c'est le cinéma muet qui va la solliciter pour jouer dans un film de Jacques de BARONCELLI : « LE DELAI », aux côtés de Gabriel SIGNORET, Henri BOSC et Denise LORYS. Ce n'est pas à proprement parler un triomphe, mais beaucoup de spectateurs découvrent avec plaisir le joli minois d'Alice, et voient déjà en elle une future star cinématographique. Des films elle en a fait, certes, mais sa grande passion c'est le théâtre.
 En 1917, elle obtient un petit rôle au théâtre du Gymnase dans « LA PETITE REINE » de WILLEMETZ, avec Victor BOUCHER, Harry BAUR, Jeanne RENOUARDT et Nelly COURON. N'ayant pas froid aux yeux, et bien décidée à montrer ce qu'elle sait faire, Alice se rend au théâtre des Bouffes-Parisiens pour voir le directeur et lui demander s'il peut l'engager dans une pièce. Le directeur en question c'est Edmond ROSE, et il est suffoqué par tant d'audace. Est-ce le culot d'Alice qui l'a impressionné, peut-être. En tout cas, 15 jours après, il la convoque et lui propose de jouer dans une reprise de Sacha GUITRY :« LE SCANDALE DE DEAUVILLE » ou l'Art d'être Pépère, avec pour partenaire dans le rôle principal la célèbre comédienne Gaby MORLAY, symbole de la femme libre des « années folles ». Sans se faire prier, elle accepte et tout se passe admirablement bien, à tel point que GUITRY qui se trouvait dans la salle avec à ses côtés Yvonne PRINTEMPS, se dit impressionné et tient à la féliciter chaleureusement. Alice est aux anges !
 Un soir, Edmond ROSE entend chanter Alice dans sa loge. Surpris par cette jolie voix de soprano, fraîche et juste, il lui propose de jouer trois scènes de revue à l'Abri, théâtre installé dans la cave d'un immeuble de six étages (en cas d'alerte, on était à l'abri, d'où son nom), non loin du boulevard Poissonnière. Et c'est là qu'elle est repérée et pressentie pour tenir le rôle d'ASPASIE dans l'opérette « PHI-PHI » qui, à l'origine, devait être jouée à l'Abri.
 Alice jusque là logeait avec sa sœur rue Bassano. Mais, depuis le mariage de Florica, le logement était devenu trop petit. Grâce aux gains réalisés, elle décide alors de s'installer dans un bel appartement rue Alphand qu'elle aménage et décore à son goût.
 Alors que la guerre n'est pas finie, et avant de triompher dans « PHI-PHI », Alice fait la connaissance d'une jeune homme tout à fait charmant, sous-lieutenant et marquis de surcroît, Henry de la FALAISE. Or Henry a été blessé aux combats et il est soigné au Val de Grâce. Alice, très amoureuse, vient souvent lui rendre visite. Lors de la convalescence d'Henry, on les voit souvent tous les deux se promener dans Paris, main dans la main.
7
 Un jour, malheureusement, Henry doit repartir au front, du côté de Verdun. Qu'à cela ne tienne, Alice décide d'aller le retrouver là-bas, et ils se donnent rendez-vous dans un restaurant de Verdun. Merveilleuses retrouvailles pour ces deux amoureux ! Hélas, voici qu'au moment du café notre jeune homme s'endort profondément dans un fauteuil. Vexée et déçue, Alice prend ses valises sans faire de bruit et repart pour Paris, mettant un point final à son aventure avec Henry. Mais l'histoire ne s'arrête pas là. A son réveil, constatant le départ d'Alice, Henry se lance à la poursuite d'Alice en prenant le train suivant pour Paris, ceci sans permission ! Arrêté gare de l'Est, il est mis aux arrêts, dégradé, condamné à effectuer des travaux pénibles, sa carrière militaire brisée.
 Ce qu'elle apprendra plus tard, Alice, c'est que le pauvre garçon avait fait plus de dix kilomètres à pied pour venir la rejoindre, et qu'il était arrivé complètement exténué. En tout cas c'était un vrai gentleman car il ne fit jamais le moindre reproche à Alice. Ils resteront même très proches et se reverront souvent par la suite.
 Nous sommes donc en 1918 et Alice est contactée pour jouer dans « PHI-PHI », l'opérette de WILLEMETZ et CHRISTINE. Voici ce que l'on pouvait lire sur le programme :
 BOUFFES-PARISIENS  « PHI-PHI »  Costumes grecs  Esprit gaulois  Musique française  Danse anglaise  C'est en octobre 1918 que Gustave QUINSON qui préside aux destinées de plusieurs salles de théâtre dans la capitale, constatant l'échec du spectacle qu'il présente aux Bouffes-Parisiens demande à Albert WILLEMETZ (qui fut secrétaire de Georges CLEMENCEAU), de monter une opérette en attendant de mettre sur pied une nouvelle pièce. Ce serait donc pour une durée très limitée. WILLEMETZ se charge donc, suivant les conseils de Fabien SOLAR, de mettre en place cette comédie intitulée « PHI-PHI » tandis que la musique revient à Henri CHRISTINE auteur de « La Tonkinoise », « Reviens », « La Légende des Flots Bleus » etc …
 L'action se déroule dans une Grèce antique de haute fantaisie, en l'an 600 avant J.C., dans l'atelier du sculpteur PHIDIAS (PHI-PHI). PHIDIAS a reçu une commande. Il doit exécuter un groupe « L'Amour et la Vertu fondent le bonheur domestique ». Et pour la vertu il a trouvé le modèle idéal : c'est la charmante ASPASIE (Alice COCEA). Pour les décors et les costumes un homme s'est surpassé, Georges POMMEAU.
 Ils seront 7 à financer le spectacle : TRIBOR, BRIGON, DERVAL, RICHMOND, Alphonse FRANK, Willy FISHER et bien sûr QUINSON. Le montage financier effectué, la partition achevée , les répétitions peuvent commencer. Elles ne dureront que 15 jours.
8
 La distribution comprend :
André URBAN.............PHIDIAS (PHI-PHI) DREAN........................LE PIREE Michel BARRE............PERICLES FERREAL...................ARDIMEDON Pierrette MADD..........Mme PHIDIAS Alice COCEA..............ASPASIE Yvonne VALLEE.........danseuse Luce WOLTER............danseuse Bianca MONTI............modèle Miss ANNIE................modèle
 Personne ne se fait beaucoup d'illusion quant au succès de « PHI-PHI ». Alice elle-même pense que la pièce ne marchera pas. D'ailleurs, à la fin de la Première, elle écrit à sa sœur qui n'était pas à Paris à ce moment là : « J'ai l'impression que j'ai eu un grand succès personnel, mais, c'est bien ma veine, la pièce ne marchera pas... ».
 Erreur, c'est un véritable triomphe, et Alice en ASPASIE y est bien sûr pour quelque chose. Sous ses airs d'ingénue, dans une tenue affriolante laissant entrevoir des charmes voluptueux, elle est applaudie à tout rompre surtout par les hommes qu'elle fait fantasmer. D'ailleurs elle déclenchera un certain scandale chez les « bien-pensants » pour avoir un peu trop dévoilé ses cuisses. C'est d'abord par une chanson ravissante et plus ou moins grivoise « Je connais toutes les historiettes » qu'elle commence sa prestation :
Je connais toutes les historiettes Le chaperon rouge, la bobinette La chevillette qui cherra, qui cherra Dans les bégonias, Et certains loups qui se déguisent Adroitement sous une chemise Et qui soudain, le scélérat etc...etc... C'est bête comme chou, Tout ça ne tient pas debout, C'est une histoire sans queue ni tête Pour bourrer le crâne aux fillettes, Vraiment quel fou inventa l'histoire du loup, Quand on parle du loup c'est dangereux, Car on en voit toujours ...la queue !
9
 Et quand elle entonne « Ah cher Monsieur » :
Ah cher Monsieur, excusez moi, excusez moi, Je suis encore toute étourdie, toute ahurie, toute engourdie Excusez un moment d'émoi, pardonnez à mon bavardage Je suis encore toute étourdie, je suis encore toute engourdie Excusez un moment d'émoi, pardonnez à mon bavardage, J'en suis à mon premier tirage ! Etc...etc...
 Ou encore « Bien Chapeautée » (dans la lignée de « Frou-Frou ») :
Bien chapeautée, bottée, bien corsetée, bien pomponnée, bien gantée...une femme, une femme séduira toujours les messieurs ».
 Ces airs resteront dans les annales de l'opérette légère, tout comme « Ah tais-toi, tais-toi, tu m'affoles » (interprété par Pierrette MADD et FERREAL) :
Ah tais-toi, tais-toi, tu m'affoles Je suis à bout vois-tu Voila que flageole Tout à coup ma...vertu etc...
 Air souvent repris par des duos célèbres comme Marcel MERKES et Paulette MERVAL.
 Finalement « PHI-PHI » qui est la première vraie comédie musicale française restera à l'affiche pendant 3 ans. Et c'est la France entière qui fredonne « C'est une gamine charmante » succès incontournable interprété par André URBAN et repris plus tard par Maurice CHEVALIER.
Quand je la croisais l'autre soir, c'était à minuit rue d'Athènes La voyant seule qui se promène, je lui dis mon enfant bonsoir J'ajoutais à cette heure indue, que faites vous donc dans la rue Naïvement et sans savoir, elle me dit je fais le trottoir. C'est une gamine charmante, charmante, Qui possède une âme innocente, innocente, En elle tout est poésie, poésie, Elle répond au joli nom d'ASPASIE etc...
 Ou bien encore « Les petits païens » qui est un hymne aux seins des femmes
Les jolie petits païens c'est toute la femme Mais oui Madame je le soutiens Ah quel désir quand nos yeux les devinent Ah quel plaisir quand nos doigts les lutinent Ils font bientôt sous notre étreinte Des bonds et même des pointes Quand on les a dans la main, mais oui, Madame, C'est toute la femme qu'on tient ! Etc...
1
0