Le Destin de Chahine Youssef

Le Destin de Chahine Youssef

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Fiche produite par le Centre de Documentation du Cinéma[s] Le France.
Site : abc-lefrance.com

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Le destin Al Massir de Youssef Chahine FICHE FILM Fiche technique
Egypte/France - 1997 -2h15 - Couleur
RÈalisateur : Youssef Chahine
ScÈnario : Youssef Chahine Khaled Youssef
Musique : Kamal El Tawil Yehia El Mougy
InterprËtes : Nour El Cherif Laila Eloui Mahmoud Hemeida Safia El Emary Mohamed Mounir Khaled El Nabaoui
L E
D O C U M E N T
lÕenchantement de la comÈdie musical hollywoodienne avec les magies d conte arabe et le souffle dÕune ÈpopÈ universelle. Le destinfonctionne sur une construc tion dÕune Ètonnante souplesse. A cÏur de la question politique se trou-vent trois personnages : le calif e Mansour qui, au XIIsiËcle, rËgne su lÕAndalousie avec la gloire autoritair dÕun prince qui vient de vaincre les inf dËles. Deux hommes rivalisent dÕinflue ce sur lui, le Grand Juge, savant entour de disciples, AverroËs, et le trËs riche e trËs puissant cheikh Riad, qui manipul une secte de ´fous de Dieuª. Mais c noyau politique nÕest jamais dÈcr comme tel, il structure de maniËre sou terraine un rÈcit infiniment plus riche aux multiples personnages liÈs par de relations trËs diverses. Cette histoir situÈe ‡ Cordoue commence dans l Languedoc, avec lÕexÈcution sur l b˚cher dÕun lettrÈ qui a traduit en fra Áais lÕÏuvre dÕAverroËs - maniËre rappeler dÕemblÈe que les ravages d lÕintÈgrisme ne sont pas lÕapanage seul islam. Et, mÈtaphoriquement, ell se terminera en Egypte, o˘ seront parve nues des copies des Ïuvres du philo-sophe, quand les originaux auront fai lÕobjet dÕun second autodafÈ.L´a pen sÈe a des ailes. Nul ne peut arrÍter so envolª, Ècrit Chahine sur lÕÈcran ‡ l derniËre image. Louable affirmation, qui donnerait aisÈment lieu ‡ quelqu prÍche humaniste aussi inattaquabl que barbant. Sauf quÕavec ce cinÈast au sommet de son art cÕest sur les ail de la danse et du chant que sÕenvo les idÈes. Le destinest un ballet, conÁu av assez de rigueur et dÕÈlan pour f place aux nombreux personnages qu interprËtent duos, trios et figures groupes, jusquÕaux scËnes de foule quant des situations de tragÈ antique. Du cinÈma populaire Ègypti dont il est issu, comme dÕHollywood il a ÈtudiÈ, Chahine a conservÈ le g des grands sentiments et des situati
dramatiques fortes, une volontaire naÔ-vetÈ dans la construction des scËnes et des images. Mais, auteur ‡ part entiËre, il sÕe confrontÈ ‡ tous les genres depuis plus de quarante ans en dÈveloppant ses thËmes personnels. La mobilitÈ de ses personnages les uns par rapport aux autres et le foisonnement dionysiaque des thËmes quÕil dÈveloppe devienne ainsi exemplaires de la libertÈ au servi-ce de laquelle le rÈalisateur place son cinÈma. Cette mise en jeu dÕÈlÈments et d thËmes variÈs permet lÕentrÈe en scËn du chanteur qui, ‡ sa maniËre (diffÈrente de celle du Calife et de celle du sage), mËne le bal. La musique et les danses sont comme un carburant qui relance lÕaction, tandis que les paroles de chansons, tel le ChoryphÈe, viennent Ènoncer explicitement ce que suggËrent les pÈripÈties.. Et voici le fils cadet du Calife, qui nÕaime que la danse o˘ excelle (et Sarah la belle Gitane), et on songe ‡Falstaffpour constater que dans le va-et-vient entre palais et cabaret passe effectivement un courant shakes-pearien. Mais le jeune homme tombe sous la coupe des intÈgristes, aussitÙt les partisans de la tolÈrance se mobili-sent, avec hauts faits dÕarmes digne dÕun western de sÈrie B et action ps chologique menÈe par les femmes (aux-quelles le film fait la part splendide, dans ce qui pourrait nÕÍtre quÕune hist re dÕhommes). Voici une scËne de grand-guignol, avec le poignard fichÈ dans la gorge du chan-
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chair et ‚me aux personnages et aux plans. Le cinÈma de Chahine marche ‡ lÕaccu-mulation, mieux, ‡ la conspiration : contre le complot des fanatiques et des ambitieux, dËs quÕun problËme se prÈ-sente, se met en place une conspiration de bonne volontÈ. SiLe destinaborde la question de la place des intellectuels par rapport au pouvoir, ceux-ci ne dÈtiennent pas toute la sagesse, ils sont des catalyseurs dÕÈnergie et de bon sens autant que des acteurs. On ne saurait mieux dÈcrire la maniËre dont Chahine lui-mÍme, tÍte pensante de son Ïuvre et fÈdÈrateur dÕÈnergies collectives, pra-tique la mise en scËne. En pareil Èquipage, le film peut dËs lors prendre son envol. Il peut tout ‡ la fois Èvoquer une situation historique et mul-tiplier les commentaires et allusions non seulement sur le fonctionnement de lÕintÈgrisme mais sur les comporte-ments, la figure de Nasser, le rÙle contemporain de lÕArabie saoudite, les liens de la politique et de la pensÈe, de lÕart et de la morale. Contre lÕobscuran-tisme qui se barde de mystique et dÕaffirmations simplistes, AverroËs pour-ra plaider pour lÕunion de la rÈvÈlation et de la raison : cette affirmation dÈfinit aussi la maniËre dont Youssef Chahine fait du cinÈma, sur la ligne de fusion entre magie du spectacle et affirmation de ses partis pris et de ses rÈvoltes. Ainsi, autant que ce que le film ´racon-teª, sa mise en scËne constitue un vÈri-table engagement. (É) Jean-Michel Frodon -
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En voyantLe destin, on ne pourr sÕempÍcher dÕentendre ‡ nouveau l acclamations qui, lors du dernier festival de Cannes, ont longuement salu Youssef Chahine, le plus grand cinÈast actuel du monde arabe. Avec trente deux films ‡ son actif, il est une prÈsen ce artistique et politique essentiell dÕaujourdÕhui. DÕautant que ce tre deuxiËme opus fait surgir sur lÕÈcra dÕautres clameurs. Non plus les appla dissements cannois, mais le bruit de armes, le cliquetis des couteaux, le imprÈcations des sectaires. LÕintÈgrism contemporain, de maniËre explicite, es le sujet central duDestin, mÍme si l film se reporte huit siËcles en amont visitant lÕAndalousie du philosoph arabe AverroËs. Ce dÈtour est pourtan une maniËre dÕaborder frontalement le luttes contemporaines et Chahine s place dÈlibÈrÈment ‡ lÕavant-garde dan la stratÈgie de rÈplique ‡ lÕintÈgrism qui anime un certain nombre dÕintelle tuels arabes. CarLe destinillustre avec enthousias me et gÈnÈrositÈ une approche mÈtissÈ du cinÈma qui ne cesse dÕaller ‡ lÕop sÈ de la puretÈ exigÈe par les sectaires mÈtissage qui prend sa source, de plus dans la question cruciale de la reprÈsen tation au sein du monde arabe. Ce Èloge de lÕimpuretÈ est rien moins quÕ programme de vie, de mieux vivre a sein de la citÈ musulmane, en bonn intelligence et respect des plaisirs d lÕautre. Comme une maÔeutique sensu liste o˘ la danse, la musique, le chan poÈtique, la conversation et la dispute la gourmandise, le jeu, lÕamour et le Ètreintes, les exercices du corps et d lÕesprit, composent dans leur multitud et leurs croisements un Ètat de civilisa tion. Chahine a en effet choisi dÕillustr ce que pourrait Ítre une citÈ philoso phique plutÙt que de discourir sur la phi losophie elle-mÍme : le film est un fresque historique et musicale, une Èpo pÈe de capes, dÕÈpÈes et de pensÈe une tragÈdie et une comÈdie histo riques, une histoire dÕamour o˘ ce
les livres, les mots autant que les corps et les regards qui sÕembrasent. En dÈfinitive, sÕil ne fallait garder quÕu image duDestin,celle de lÕeau viv sÕimposerait. Le film est un fleuve, prend sa source dans lÕhistoire de e musulmans dÕEurope, au XIIsiËcle irrigue les principes de tolÈrance et d plaisir, avant de se jeter dans la mer de nos ´questionsª contemporaines. Mai un fleuve dont le cours nÕest pas tra quille, rÈgulier, prÈvisible. Il ne cesse de sÕaccÈlÈrer en rapides, en chutes, tel les accËs de fiËvre du fanatisme, les vio-lences des autodafÈs et des b˚chers, o de ralentir, freinÈ par des bancs d sable o˘ le temps suspend sa vitesse pour ressembler ‡ une histoire dÕamou ‡ un repas o˘ lÕon rit. Le film a lÕauda dÕempreinter ‡ Marwan, le poËte cha tant, et ‡ Laila Eloui, la gitane dansante, leur dÈmarche faite de divagations et d rythmes, de traverses et dÕÈlans.L destinne cache pas non plus son statu dÕartifice : film de genre, de genres pl tÙt, il prÈfËre trop embrasser que d faire preuve de mesquinerie, il exhibe ses propres faiblesses comme autant d ruses servant ‡ piÈger lÕhistoire. (É) Antoine de Baecqu Cahiers du CinÈma n∞517 - Oct. 199
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Entretien avec le rÈalisateur
Comment est nÈe, non pas lÕenvie, mais la volontÈ de faire un tel film ? Ce film devait Ítre tournÈ. Au-del‡ de lÕexigence de se confronter aux thËmes gÈnÈraux de lÕintÈgrisme et de lÕobscu-rantisme qui nous empoisonnent lÕexis-tence, en particulier dans le monde musulman, mais pas seulement. JÕai ÈtÈ tÈmoin, et victime, de ce que raconte le film : lÕacteur qui interprËte le fils cadet du calife passÈ sous la coupe de la secte religieuse dansLe destinÈtait mon acteur dansLe sixiËme jour. Et il lui est arrivÈ la mÍme chose, en plein tournage. En trois semaines, il Ètait devenu un zombie. Moi qui guette la vÈritÈ du jeu des acteurs dans leur regard, je nÕavais plus que des yeux opaques.
QuÕavez-vous fait ? Je me suis plongÈ dans les Ètudes sur le fonctionnement des sectes, sur le lava-ge de cerveau. Et, avec lÕaide dÕamis, jÕai entrepris de le sortir de cet Ètat. JÕÈtais trËs malheureux de ce qui lui arrivait, et trËs en colËre de me trouver en face de quelquÕun qui croit avoir le droit dÕarrÍ-ter ma pensÈe. Le scÈnario duDestin est nÈ de cette expÈrience. Il a ÈtÈ trËs difficile ‡ Ècrire : il en existe vingt et une versions successives. Parce quÕil est difficile de plaider une cause sans que les personnages deviennent des porte-parole, il a fallu beaucoup de travail pour leur redonner une existence. Le film est le rÈsultat de trois ans de labeur.
Le sujet du film est grave, et son hÈros est un philosophe, pourtantLe destin est un film lÈger. Si je fais un film ennuyeux, Áa ne marche pas. Personne ne va au cinÈma pour prendre un cours. Et AverroËs est un penseur du cÙtÈ de la vie. Je nÕai rien ‡ faire dÕune philosophie qui ne serait
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Avez-vous rencontrÈ des difficultÈs pou le tourner ? Oui, mais moins que je ne redoutais. JÕ reÁu le soutien des gouvernements d Syrie et du Liban, o˘ le film est tournÈ ils mÕont donnÈ accËs aux dÈcors do jÕavais besoin, aux soldats de lÕarm libanaise pour la figuration, sans m soumettre ‡ aucun contrÙle. Mais j savais quÕil fallait faire attention, j transfÈrais les bobines en France, par fois par lÕintermÈdiaire de la valis diplomatique, ‡ mesure quÕelles Ètaie enregistrÈes, comme AverroËs expÈdi au loin des exemplaires de ses Ïuvres pour les protÈger.
Et en Egypte ? Je nÕai pas rencontrÈ non plus de diff cultÈs majeures : le vice-ministre de l culture mÕa aidÈ, le film a obtenu so visa de censure malgrÈ une campagn menÈe par des intÈgristes qui exigeaien quÕil soit au prÈalable soumis ‡ un commission dÕinquisition. Pourtant, l film nÕest pas tendre pour le gouvern ment, il attaque clairement les puissant qui veulent contrÙler la pensÈe, ce qui est le cas dans mon pays. Propos recueilli par Jean-Michel Frodo Le Monde - 17 Mai 199
Le rÈalisateur
NÈ le 25 Janvier 1926 ‡ Alexandrie, il racontÈ sa jeunesse et la montÈe de s vocation dansAlexandrie pourquoi (1978) : son pËre souhaitait quÕil devie ne ingÈnieur (ce que lui nÕavait pu rÈu sir), il ne sÕintÈressait quÕau thÈ‚tre aprËs lÕÈcole primaire chez les FrËre (Chahine est chrÈtien), lÕÈcole anglais et un an dÕuniversitÈ ‡ Alexandrie, rÈussit ‡ partir pour les Etats-Unis, a Pasadena Play House o˘ il fait deux an dÕÈtudes de cinÈma et dÕart dramatiq ´Le cinÈma est une langue visuelle, un syntaxe. On ne dÈcide pas de son style Tout ce quÕon peut dÈcider, penda lÕÈcriture, cÕest que chaque scË dÈcoule dÕune prÈmice de base. Ensuit il y a une technique dramaturgique. O se moque en Europe des AmÈricains mais ils Ècrivent des scÈnarios extrÍme ment bienficelÈs, dÕaprËs les rËgle dÕAristote. JÕai appris ce langage tr jeune, chez les AmÈricainsɪ CÕest lÕopÈrateur Alvise Orfanelli, ´pi nier du cinÈma Ègyptienª qui ouvre le portes de la production ‡ Yousse Chahine. Il tourne ‡ 23 ans son premie filmBaba Amineen 1949. DËs 1951, il prÈsente son second filmLe fils du Nil ‡ la Mostra de Venise. Marc Pete OdyssÈe - Octobre Novembre 199
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Filmographie
Baba Amine1949 Papa Amine Ibn at-Nil1951 Le fils du Nil Al Muharrig al Kabir1952 Le grand bouffon Seraa fi mina1955 Les eaux noires Bab el Hadid1958 Gare centrale El Naser Salah el Dine1963 Saladin Fagr yawn gadid1964 LÕaube dÕun jour nouveau Bayya al khawatim1965 Le vendeur de bagues El Ard1969 La terre Al Ekhtiar1970 Le choix Al asfour1973 Le moineau Awdat al Ibn al Dal1976 Le retour de lÕenfant prodigue IskindiriaÉ Leh ?1978 AlexandrieÉ pourquoi ? Hadduta Misriya1982 La mÈmoire Adieu Bonaparte1985 Le sixiËme jour1986 Es kenderya kamen we kamen1990 Alexandrie encore et toujours Le Caire racontÈ par Youssef Chahine1991 Al mohager 1994 LÕÈmigrÈ Al Massir1997
Documents disponibles au France
Le Monde - 17 Mai 1997 Cahiers du CinÈma n∞514 - Juin 1997 Cahiers n∞517 - Septembre 1997 Positif n∞437 et n∞441 La gazette Utopia n∞175 - 24 Sept. 1997