Les Roseaux sauvages de Techiné André

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Fiche produite par le Centre de Documentation du Cinéma[s] Le France.
Site : abc-lefrance.com

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Les roseaux sauvages
de AndrÈ TÈchinÈ FICHE FILM Fiche technique
France - 1994 - 1h50
RÈalisateur : AndrÈ TÈchinÈ
ScÈnario : AndrÈ TÈchinÈ Gilles Taurand Olivier Massard
Musique : Barber Johan Strauss fils The Beach Boys Del Chanon Chubby Checker The Platters
InterprËtes : Elodie Bouchez GaÎl Morel StÈphane Rideau FrÈdÈric Gorny Michele Moretti Jacques Nolot
RÈsumÈ Critique Le bon ÈlËve est une figure plutÙt rare dansLa simplicitÈ, la volontÈ de prendre les le cinÈma franÁais, qui a souvent prÈfÈrÈchoses ‡ bras-le-corps, en tant quÕelles les cancres aux tendances anarchistes ; ici,semblent liÈes au retour ‡ un mode de il Èmeut par ses doutes et ses incertitudes,production sinon marginal, du moins encore renforcÈs par la prise de consciencesemi-professionnel. Sans tÍtes dÕaffiche, de son homosexualitÈ. Avec MaÔtÈ, il formesans beaucoup de moyens, TÈchinÈ dÈlais-une sorte de couple tÈmoin, par oppositionse (comme il lÕavait dÈj‡ fait pourLa aux deux autres garcons, directementMatiouette, par exemple) des construc-atteints par les ÈvËnements d'AlgÈrie :tions scÈnaristiques compliquÈes et des Henri, pied-noir, considËre la proclamationmises en scËne parfois laborieuses ‡ force de lÕlndÈpendance comme une trahison,de vouloir trop "signifier". Par un paradoxe tandis que Serge perd son frËre, appelÈ tuÈqui nÕest quÕapparent, ce style, lorsquÕil dans une embuscade tendue par lÕOAS.semble moins rÈflÈchi, moins appliquÈ, Entre ces deux-l‡, malgrÈ la haine, existentlorsqu'il saisit le mouvement de la vie avec des ressemblances objectives, des expÈ-une Èvidente libertÈ, donne en mÍme riences communes : celles de la mort par latemps lÕimpression de sÕÈpurer. CÕest en guerre et de lÕattachement ‡ une terre, ‡laissant, ‡ tous les niveaux (comÈdiens, des racines.camÈra...), la spontanÈitÈ envahir lÕÈcran que TÈchinÈ semble le plus authentique-
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ment lui-mÍme.Les Roseaux sau-leurs protÈgÈs. Ils ont oubliÈ, comme lede lÕoubli dont Serge afffirme quÕil est vagesnÕen constitue pas pour autantvieux Cassagne a oubliÈ ses doutes deplus violent que la guerre et la mort dÕun une rupture dans son parcours esthÈ-jeune homosexuel et semble dÕailleurs,frËre. Face ‡ eux, les adultes incarnent tique, toujours aussi ÈloignÈ dÕun ama-face ‡ FranÁois, le regretter : il nÕa pasde faÁon douloureusement Èmouvante teurisme sublimÈ qui laisserait ‡ unseulement oubliÈ comment il les a sur-cet oubli rejetÈ ou assumÈ. Mme Alva-hypothÈtique instinct l'initiative de lamontÈs, il les a aussi oubliÈs pour lesrez, remise de sa maladie au cours de mise en scËne. La maÓtrise affinÈe au filsurmonter. Rapport au temps quilaquelle lÕassaillent les fantÙmes dÕun du temps est magnifiquement prÈsente,marque mÈlancoliquement le passage ‡passÈ quÕelle est ‡ jamais incapable de mais cette fois sans ostentation, commelÕ‚ge adulte, et qui sÕexprime dans lÕun surmonter (tels ceux deRendez-vous) inconsciente dÕelle-mÍme, et la camÈrades ultimes dialogues du film lorsquereste prisonniËre de sa rigiditÈ idÈolo-transmet alors un vÈritable bonheur deSerge conseille ‡ Francois dÕoublier leurgique, incapable dÕadresser le moindre filmer. Comme libÈrÈ dÕun doute qu'il"aventure". "CÕest dÈgueulassemot ‡ l'Èpouse arabe que Morelli lui fallait absolument lever, TÈchinÈ sembledÕoublier", se rÈcrie celui-ci. Et Serge deprÈsente. Au contraire, M. Chassagne le nÕavoir plus rien ‡ se prouver, sÕaban-rÈpondre : "La mort dÕun frËre, cÕest vio-marchand de chaussures homosexuel donne, et filme juste : de bout en bout,lent É Mais il y a quelque chose deauquel FranÁois va demander conseil, a les personnages sont saisis avec unplus violentÉ de plus violent que latout oubliÈ : ses difficultÈs, mais aussi sens admirable du cadre et du mouve-guerreÉ c'est que tout passe."lÕespoir qui les suscitait et quÕil semble ment, dans un espace toujours parfaite-Porte ouverte au regret, cette rÈpliqueregretter. Entrele chÍne et le roseaula ment lisible.marque le second pÙle du film, qui oscil-fable occupe une place centrale dans le Le cÏur du film, et sans doute le facteurle entre le Iyrisme de lÕinstant et celuifilm et clÙt la version tÈlevisÈe (Le essentiel de sa rÈussite, ce sont ces per-de la nostalgie, retrouvant l‡ une sensi-chÍne et le roseau), celui qui fait front sonnages qui, plus quÕune intrigue quibilitÈ ‡ lÕhumaine condition proche deavec une obstination figÈe et celui qui les dÈpasserait (comme ce fut le cascelle du mÈlodrame. Contrairement auxse plie aux mÈandres de la vie pour dans plusieurs autres films), constituentInnocents, o˘ une mÈcanique impla-mieux rester lui-mÍme, TÈchinÈ affiche les vÈritables moteurs de lÕÏuvre. Lecable entraÓnait dËs le dÈbut les pro-sa prÈfÈrence, mais non sans regretter scÈnario, remarquablement construit,tagonistes vers une fin inÈvitable,Lesla grandeur du premier. tisse peu ‡ peu entre les quatre adoles-Roseaux sauvagesnÕest pas une tra-Les Roseaux sauvagesappartient ‡ la cents un rÈseau particuliËrement richegÈdie : ce sont les personnages, non laveine " roseau " de lÕÏuvre de TÈchinÈ : de sentiments qu'approfondissent desfatalitÈ, qui manifestent la trajectoire duPaulina s'en va,La Matiouette, effets de miroir et de symÈtrie.film. Et ils ont affaire aux hasards deLÕAtelie,r J'embrassepas... La mise TÈchinÈ montre lÕadolescence comme unlÕHistoire ou de la Vie plus quÕau dÈter-en scËne se plie aux actes, aux gestes, Ètat douloureux et privilÈgiÈ, qui rÍve deminisme des passions. Pour ceux quÕelleaux expressions des acteurs, au lieu de se projeter dans la vie adulte sansaffecte, la guerre d'AlgÈrie, mÈdiatisÈeles enfermer dans une virtuositÈ parfois savoir quÕil y perdra le feu qui lÕanime.par la radio et la tÈlÈvision, ressembleun peu gratuite et prÈcieuse (Barocco, Ses adolescents sont butÈs et coura-plus ‡ une contingence absurde etLes Soeurs BrontÎ,HÙtel des geux : il suffit de les voir parler, l‚chantmonstrueuse quÕ‡ une marque du destin.AmÈriques...). On se plaÓt a voir cette trËs vite, comme ‡ la dÈrobÈe, des affir-Olivier Kohnveine, jusqu'ici marginale, sÕaffirmer ‡ mations hÈsitantes qui ressemblent ‡Positif(juillet/ao˚t 94)cÙtÈ de lÕautre qui la nourrit en mÍme des questions dissimulÈes en rÈponses ;temps implicitement : jamais, dans ce il suffit aussi de les voir marcher de ceLÕun des charmes desRoseaux sau-rÈcit en partie autobiographique et dÕun pas dÈcidÈ, entÍtÈ, presque frÈnÈtique,vagestient au fait que rien nÕest rÈsolu,naturel absolu, le cinÈaste ne glisse comme sÕils se h‚taient vers un butaprËs les moments de souffrance et dedans la facilitÈ de lÕauthenticitÈ brute ou depuis longtemps fixÈ, alors que prÈci-bonheur (la baignade), le film reposantdu naturalisme. Comme dans sÈment ils se demandent o˘ aller (cÕestdavantage sur les personnages que surSouvenirs d'en FrancelÕarriËre-plan explicitement le cas de Henri aprËs sonune intrigue solidement charpentÈe.politique instaure une distance ‡ lÕÈgard dÈpart de lÕinternat). A l'Ècran, lesChacun poursuit sa vie, marchant dÕundu vÈcu, avec une maÓtrise dÕautant plus adultes sont singuliËrement absents, etpas dÈcidÈ vers un but encore inexprimÈremarquable quÕelle efface dÈsormais qu'ils se laissent entraÓner dans le sec-et incertain, et pourtant chacun a faittoute trace du travail du cinÈaste qui tarisme (la mËre de MaÔtÈ) ou gardentlÕexpÈrience douloureuse qui caractÈriseencombrait encore ce film qui le fit une juste mesure (Morelli), ils ont enlÕadolescence, celle du deuil nÈcessairedÈcouvrir. JoÎlMagny tout cas perdu cette passion qui rongede certitudes toutes faites comme celleEncyclopedia Universalis
L EF R A N C E SALLE D'ART ET D'ESSAI C L A S S … ER E C H E R C H E 8 ,R U ED EL AV A L S E 42100 SAINTETIENNE 04.77.32.76.96 R…PONDEUR : 04.77.32.71.712 Fax : 04.77.32.07.09
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Il y a, dansLes Roseaux sauvages, lesopÈra !) faire apparaÓtre le fantÙme dÕun Filmographie moments de gr‚ce infinie, les envolÈessoldat tuÈ en AlgÈrie ‡ celle qui se sent brutales et les emportements furieux deresponsable de sa mort (un peu comme lÕadolescence. Il y a le monde des adultes,Lambert Wilson, renversÈ par une voiture, Paulina s'en va1969 symbolisÈ par deux professeurs Ègalementne cessait de hanter la vie de Juliette coupables : IÕune de ne pas douter assez,Binoche dansRendez-vous). Oser cette Souvenirs d'en France1974 IÕautre de douter trop. Il y a la guerresÈquence qui rappelle les plus belles dÕAlgÈrie, qui rÙde, tel un spectre. Et la sil-audaces de la Nouvelle Vague o˘ FranÁois, Barocco1976 houette dÕAÔcha, qui, l‡-bas, a ÈpousÈ lequi a appris que le marchand de chaus-prof qui doute trop et se retrouve, ici, ensures est selon son expression, un "inver-Les sÏurs BrontÎ1979 exil, ‡ jamais ÈtrangËreti", sÕen va, parce quÕil nÕa plus rien ‡ Oh, bien s˚r, TÈchinÈ ne fait pas chanterperdre, parce quÕil est prÍt ‡ tout, lui HÙtel des AmÈriques1981 ses personnages comme le faisait Jacquesdemander conseil. Il sÕagit de sa vie, lui dit-Demy. DanssauvagesLes Roseauxil avec emportement., il La matiouette1983 Pierre Murat fait lire ‡ GaÎl Morel (FranÁois) une fable TÈlÈraman∞2316 de La Fontaine. CÕest sa diction rapide, Rendez-vous1985 Le rÈalisateur heurtÈe, qui fait ‡ la fois vivre le plan et rÈvËle, mieux que bien des discours, la Le lieu du crime1986 Le premier film de cet ancien critique vÈritÈ du personnage. Ètait passÈ inaperÁu. Les trois qui suivi-Le plus souvent, bien s˚r, cÕest la camÈra Les innocents1987 rent, surtoutBarocco, ÈlÈgant exercice qui semble Ècrire la partition. Une camÈra de style o˘ la couleur jouait un grand presque toujours mobile, qui accompagne J'embrasse pas1991 rÙle, provoquËrent un flot de louange. les personnages. A moins qu'elle ne les De cette vogue, l'un des principaux arti-fixe en trËs gros plan, comme si elle cher-Les roseaux sauvages1994 sans fut Roland Barthes (il accepta chait ‡ capturer le secret derriËre la chair. d'Ítre Thackeray dansLes sÏurs Parfois un travelling rÈvËle une fausse Les voleurs1996 BrontÎ) : "On a fÈlicitÈ AndrÈ TÈchinÈ, note. Prenez la scËne du mariage, au dÈbut Ècrivait-il ‡ propos deSouvenirs d'en du film :apparemment, tout va bien. Un Alice et Martin1998 France, d'amener au cinÈma un nouvel air de Strauss (toujours le mÍme : TÈchinÈ art romaneque. Oui, le roman est l‡ ; lÕavait dÈj‡ utilisÈ dansHÙtel des Loin2001 non pas ‡ titre de genre narratif ou de AmÈriquesetLe Lieu du crime) fait val-pathos psychologique, mais par une ser les valseurs. Les ÈgarÈs2002 nÈcessitÈ de langage." Pour TÈchinÈ, le En fait, rien ne va vraiment. Le mariÈ vient dÈroulement d'une histoire ne doit pas de demander un peu brutalement ‡ son ex-se concevoir comme une coulÈe limpide, prof de franÁais, une communiste, de mais comme une juxtaposition de lÕaider ‡ dÈserter. Elle vient de refuser. La sÈquences fortes. C'est la raison pour voil‡ qui sÕÈloigne. La ligne droite quÕelle laquelle toujours ‡ propos de parcourt, tandis que les couples tournent Souvenirs d'en France, on l'a rappro-autour dÕelle, crÈe immÈdiatement une dis-chÈ de Brecht. Chez TÈchinÈ, rÈcit et sonance. dÈmonstration vont de pair. Faut-il attri-Parfois, au contraire, la camÈra permet ‡ buer ‡ l'Èrotisme le succËs deRendez-lÕharmonie de sÕÈpanouir : ainsi ce pano vouset au pointillisme psychologique Documents disponibles au France qui, aprËs avoir tracÈ un cercle parfait, finit l'Èchec duLieu du crime. TÈchinÈ par rattraper, au loin, les silhouettes de reprend ses obsessions dans Revue de presse importante MaÔtÈ, Serge et FranÁois qui sÕÈloignent J'embrasse pas, o˘ il filme la prostitu-vers leur destin. tion au bois de Boulogne ‡ travers le Les Roseaux sauvagesest, sans nul destin d'un jeune provincial montÈ ‡ Pour plus de renseignements : doute, le film le plus personnel que Paris. tÈl : 04 77 32 61 26 TÈchinÈ ait tournÈ depuis longtemps. Et le Dictionnaire du CinÈma g.castellino@abc-lefrance.com plus rÈussi. On le sent libre. Libre dÕoser. Les rÈalisateurs Oser, par exemple (et l‡, on est en plein Jean Tulard
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