Orphans de Mullan Peter
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Orphans de Mullan Peter

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Fiche produite par le Centre de Documentation du Cinéma[s] Le France.
Site : abc-lefrance.com

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Langue Français
Orphans de Peter Mullan FICHE FILM Fiche technique
Ecosse - 1998 - 1h37 Couleur
RÈalisation et scÈnario : Peter Mullan
Montage : Colin Monie
Musique : Craig Armstrong
InterprËtes : Douglas Henshall (Michael) Gary Lewis (Thomas) Stephen McCole (John) Rosemarie Stevenson (Sheila) Frank Gallagher (Tanga) Alex Norton (Hanson) Laura OÕDonnell (Carole) Dave Anderson (Uncle Ian)
L E
D O C U M E N T
Critique
Trois frËres et leur jeune sÏur handica-pÈe se rÈunissent auprËs de leur mËr dÈfunte. Durant la veillÈe funËbre, cha cun est confrontÈ ‡ ses propres dÈmons Une confrontation qui sÕinstaure selo une loi des sÈries qui, de catastrophe en catastrophes, rÈsume une vie et e rÈvËle simultanÈment tout le pathÈtique Avant que les personnages prennen conscience de leur propre dÈchÈance On reconnaÓt une certaine veine misÈra biliste et lourdement prÈvisible du cinÈ ma anglais qui, poussÈe ici ‡ lÕextrÍm en devient quasi grotesque. Pour so passage ‡ la rÈalisation, lÕacteur Pet Mullan ne joue pas. Mais de tous le rÙles quÕil a interprÈtÈs auparavant a cinÈma - chez Danny Boyle ou Ke Loach, notamment dansMy name i Joepour lequel il reÁut le prix dÕinte prÈtation ‡ Cannes lÕan dernier -, il su siste visiblement des traces dans s vision de cinÈaste. Peu ‡ peu, le fil devient pourtant plus curieux et person nel, car cette part de grotesque, juste ment, rÈvËle au bout du compte quelqu chose de plutÙt inattendu, o˘ le social la Ken Loach, ou le cynisme faÁon Dann Boyle finissent par imploser et dÈbou cher sur une dimension absurde plutÙ incongrue. Comme par exemple dan cette scËne o˘ lÕun des frËres, ivre da un pub, se retrouve soudain emprisonn par le patron dans une cave en compa gnie dÕautres poivrots. Ou encore pe dant ce moment hilarant o˘ le toit d lÕÈglise tombe sur le cercueil de la mËr Au travers de cet humour glacial jusquÕau ridicule, de ces saillies surrÈ listes, on a vraiment lÕimpression que l cinÈaste veut en finir - par la dÈmesure avec tous les poncifs du cinÈma anglais Dans le dernier plan du film, les quatr personnages se retrouvent et songent lÕavenir aprËs cette nuit tourmentÈ Peter Mullan pourra, peut-Ítre, un jour leur offrir une salutaire porte de sortie. JÈrÙme Larche Cahiers du CinÈma n∞534 - Avril 19
Au commencement, le deuil est intÈ-rieur, contenu, chuchotÈ. Entre quatre murs, la mËre est mise en biËre, entou-rÈe de ses quatre orphelins. Chacun coupe une mËche de cheveux pour ensuite la placer prËs de la dÈpouille maternelle. Morbide, le rite soumis sÕaccomplit selon le dÈsir de lÕaÓ Thomas, sÕachËve par des pannings d droite ‡ gauche de lÕÈcran, et de retou avec un susurrement de voix apaisante. Les bondieuseries de la petite bourgeoi-sie Ècossaise - aux ancÍtres catholiques et irlandais ? - rÈclament une prolonga-tion de dÈvotions et de dÈvouement. Un flash-back :shhh ! Il nÕy a pas lie dÕavoir peu.r Oh,que si ! Le tonnerre tombera-t-il sur nous ? Les enfants sont bercÈs par les bras de leur maman. Et maintenant, ‡ la veille des obsËques, un ouragan est annoncÈ.Orphansest le rappel de la nuit du grand vent qui, en 1968, ‡ la sortie de lÕhiver, secoua l ville grise de Glasgow et ses habitants. Les immeubles 1900 de pierre se balan-Áaient au grÈ des bourrasques ; des arbres tuËrent des hommes ; des toits sÕenvolaient. Dans son premier film, Peter Mullan tra-verse dÕun pas s˚r la corde raide su pendue entre le rÈel et lÕhallucinatio EspiËgle, modeste et tÈmÈraire, le met-teur en scËne tient fermement les rÍnes du burlesque et du pathos. En traÁant ce chemin de calvaire de lÕ‚me, une seul ‚me reprÈsentÈe gr‚ce ‡ laquaternitÈ des personnages, il donne le portrait picaresque de la ville. Vue de dedans, la grisaille est haute en couleur. La mËre a reÁu son viatique. De quelles provisions les orphelins se munissent-ils lors de leur voyage au bout de la nuit ? Pour Thomas, le quadragÈnaire cÈliba-taire, ce seront des priËres. Michael, le beau blond dÈcadent, projette sur la sociÈtÈ son dÈsir de vengeance. ¿ force de cris et de jurons, Sheila, la tÈtraplÈ-gique, veut sÕarracher de la dÈpendanc infantilisante qui lui est imposÈe, non par son handicap, mais par les prÈjugÈs
SALLE D'ART ET D'ESSAI C L A S S … ER E C H E R C H E 8 ,R U ED EL AV A L S E 42100 SAINTETIENNE 04.77.32.76.96 R…PONDEUR : 04.77.32.71.71 Fax : 04.77.25.11.83
Johnny, Ètudiant, sÕadonne brusquement ‡ des fantasmes de violence. DÕabord ensemble, ensuite sÈparÈment, les trois fils et la fille entrent dans la voie de la dÈlivrance. Paradoxe : celle-ci est ‡ la fois profondÈment rÈgressive - et consti-tutive. Sur la famille sÕabat le vent de la folie. Dans la mouvance du cinÈma de lÕindi-gnation de par sa collaboration avec Loach dansRiff-Raff, gr‚ce surtout ‡ lÕintensitÈ de son jeu dansMy name is Joe, pour lequel il reÁut le prix dÕinter-prÈtation masculine ‡ Cannes 1998, Mullan a Ègalement fait partie du dip-tyque explosif de Boyle (Trainspotting etPetits meurtres entre amis). Orphansest donc marquÈ des deux sceaux : de la virulence satirique et de lÕiconoclasme des images. LÕassociation des deux regards, lÕun tournÈ vers lÕextÈ-rieur, lÕautre vers le dedans, joints dans lÕenchevÍtrement de la colËre et de la joie, en deÁ‡ et au-del‡ de lÕesthÈtique truculente, est constamment recherchÈe par la camÈra. ¿ travers un renvoi ‡Ladybird, dans la rencontre de la gestuelle intime et de la topographie socio-culturelle quÕest la scËne du karaokÈ, lÕorage de lÕaffect Èclate. Ici sÕinsËre leclichÈdu pËre-por-teur-dÕenfant. Est-ce le nÈgatif du pËre des orphelins dont on ne voit, ‡ lÕissue de lÕenfer nocturne, que le nom gravÈ sur la tombe ? Sur le T-shirt du jeune prolo fanfaron, beuglant sa paternitÈ, sÕÈtale la photo du nouveau-nÈ. Pour contempler ses enfants, Michael, sÈparÈ de sa femme, se faufile dans lÕapparte-ment de leur mËre. Quel est le symbolis-me du mÙme sourd-muet que plus tard il trimbale dans lÕobscuritÈ ? DÈguisÈe en fÈe, une fillette gentille chante ´Alouetteª et prÈpare une surprise-par-tie pour son papa. ¿ la fÍte foraine, tournant et tournant sur le manËge, les gosses hurlent de peur et de plaisir. Johnny vise, en zigzag, entre la circula-tion tonnante dÕune autoroute la cible instable dÕun bÈbÈ quÕun pËre ouvrier - -
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mÍme que Johnny tente dÕexterminer ? Making love with you: les paroles d chant dÕadieu ‡ la bien-aimÈe disparu entonnÈ par Thomas au micro du pub, l font chialer ; ses traits se dÈcomposent il perd le contrÙle. Cependant, le noya de la fixation incestueuse, en se frag mentant, cause des dÈg‚ts. Par ricochet. Les buveurs ricanent, Michael se bagar re pour dÈfendre la dignitÈ de son frËre est blessÈ au bas-ventre dÕun coup d couteau, Johnny Ècume de rage cherche une arme pour tuer le malfai teur. Nos hÈros disjonctent. PËtent le plombs. Devant lÕabÓme, les comp santes dÕune seule et unique personnal tÈ sont clairement articulÈes : lÕobse sionnel Thomas se retranche, cherchan la protection de la Vierge Marie ; lÕhy tÈrique Michael exhibe, aggrave son sai gnement ; Johnny, le paranoÔaque, par en guerre contre une persÈcution dÈli rante. Tandis que Sheila, la figuration d la paralysie fusionnelle, ouvre enfin l bouche, crie ´Fuck off !ª, dirige sa chai se roulante contre la MËre de la grott miraculeuse de Lourdes, la rÈduit e morceaux, quitte le sein de lÕÈglis pÈrilleusement. Elle a parlÈ pour un e pour tous. LÕhumour noir encadre les gros plans d tÍtes furieuses, les montre de profil, d lÕautre cÙtÈ du miroir. Il inspire le trave ling qui suit de dos la handicapÈe des cendant une sombre ruelle. Le rite es aussi scabreux. Pour jouer aux flÈ chettes, que trouvera-t-on de plu appropriÈ que les fesses attachÈes dÕu proprio de bar facho ? Et que feron Johnny et son compËre barjo Tanga lors quÕils surprennent leur ennemi de choi en train de se masturber devant un revue porno ? Dans un rapprochement du septentrional et du sud, la ville Ècossaise, balayÈe pa le noroÓt, est avivÈe dÕoriflamme visuelles, felliniennes. …clat et noirceu se rÈpondent ; la sentimentalitÈ remont chez ses anciens enfants de choeur per dus. La prÈsence de la mamma nÕempÍ chera point le voyeurisme bouffon, l
saccage du sacrÈ, le rituel, malgrÈ soi, rÈitÈrÈ. Eppur se muove. Et se transforme en ÈlÈments nouveaux. Tel le souffle divin qui enlËve dÕun se tenant le toit de lÕÈglise nÈo-gothiqu Une voixoff, dirait-on. Le lendemain comme si de rien nÕÈtait, la congrÈg tion sÕassemble pour les obsËques. T le radeau qui emporte le corps agoni-sant de Michael entre les berges du Clyde. Tel lÕavatar du mythe de Sisyph Refusant toute aide, Thomas essaie de porter sa mËre en terre. PloyÈ sous l cercueil, lÕhomme rampe, glisse, chut et se relËve au milieu des pierres tom-bales fleuries. La tempÍte des passions sÕapaise. Ai terre et eau se rencontrent. Le ven insuffle la vie renaissante. Tombe. Eithne OÕNei Positif n∞ 459 - Mai 199
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Propos du rÈalisateur
A la mort de ma mËre en 1993, jÕai ÈtÈ assailli par des sentiments contradic-toires, qui allaient de lÕapitoiement ‡ la colËre en passant par une sorte de rÈgression infantile. Je me souviens avoir regardÈ ma fille, qui avait trois ans, en me disant que sa prÈsence devrait me rÈconforter, que la vie conti-nuait, que jÕÈtais moi aussi Òun parentÓÉ Mais jÕÈtais en deuil, affligÈ, inconsolable. Ce nÕest que quelques annÈes aprËs que jÕai vraiment compris lÕÈvidence : je mÕÈtais retrouvÈ orphelin, sans personne pour me c‚liner et me rÈconforter, la vie continuait et, malgrÈ mes sept frËres et sÏurs, ma compagne et ma fille, cette sensation de vide avait ÈtÈ immense, effrayante. Parce quÕil nÕÈtait plus question, dÈsormais, dÕÍtre autre chose quÕun adulte - je nÕÈtais plus ÒlÕenfantÓ de personne- et, certaine-ment, je nÕen avais pas trËs envieÉ JÕai alors pensÈ ‡ un film dans lequel je pourrais exprimer lÕexplosion que peut reprÈsenter la mort dÕun Ítre cher. La plupart des films que jÕai vus sur ce sujet traitent dÕun chagrin un peuÉ ÒcalmeÓ : les gens sÕembrassent, se consolent, regardent des photos, Èvo-quent la mÈmoire du disparu. Or, si jÕai moi-mÍme assistÈ ‡ ce genre de scËne dans la vie, jÕai aussi vu beaucoup de rÈactions de colËre, des attitudes vio-lentes et irrationnelles. Je connais des gens qui ne se sont pas parlÈ depuis la mort de leurs parents, dÕautres qui se sont dÈchirÈs pour une thÈiËre ou un chapelet ! Parce que, parfois, on oublie dÕo˘ vient la douleur dÕun deuil : elle vient de lÕamour quÕon portait ‡ la per-sonne disparue. Si on oublie cet amour, il ne reste que la peine et lÕincohÈrence. Orphansparle dÕune famille dont tous les membres ont oubliÈ dÕo˘ vient leur chagrin et qui laissent la colËre - toute justifiÈe quÕelle soit - les envahir et les happer au point de blesser dÕautres per-sonnes et de se blesser eux mÍmes.
D O C U M E N T
lÕhumain, en lÕamour. Le chemin p r e t r o u v e rc e t t ef o ip e u tÍ t r et r Ë long !Ò(É) Je voulais que le film dÈfie certaine conventions, quÕil soit ‡ la fois inconfo table et plaisant, rÈaliste et lyrique Èmouvant et drÙleÉ Si vous Ítes rÈali-sateur et Ècossais au Royaume Uni vous nÔavez que deux options, soit l ÒrÈalisme socialÒ soit le Òfilm de jeun avec musique branchÈeÓ! JÕavais env dÕautre chose. Le sujet dOÕrphansm permettait dÕexplorer dÕautres alter tivesÉ Toutes ces choses qui nÕarriveraient p dans la Òvraie vieÓ comme le toit d lÕÈglise qui sÕenvole, Thomas sÕÈcroul sous le poids du cercueil ou Sheila ren contrant dans une rue noire et dÈsert une petite fille dÈguisÈe en fÈe qui lÕaccueille. La douleur de Thoma Michael, Sheila et John les entraÓne a plus profond de leur folie et, pour moi cette folie devait apparaÓtre ‡ lÕimag elle devait traduire cette immense e ancienne colËre qui les empoisonne Pour exprimer la folie de Thomas, pa exemple, je voulais un ÈvÈnement spec taculaire, comme un sÈisme devan lequel nÕimporte qui se sauverait en co rant. Le toit de lÕÈglise qui sÕenvole ar chÈ par la tempÍte est pour moi plus u signe de la mËre que la consÈquenc dÕune catastrophe naturelle, sa mËre l dit ÒTire-toi de l‡, rejoins les vivants aime-les, occupe-toi dÕeux!Ò. Ca nÕa r ‡ voir avec la rÈalitÈÉ quoiqueÉ depuis le tournage, on a essuyÈ de trË gros orages ‡ Glasgow et des toits s sont envolÈsÉ Dans le cinÈma, tel que je lÕaime, to est possible. Dossier distributeu
Le rÈalisateur
Peter Mullan est nÈ en 1959 ‡ Glasgo o˘ il vit actuellement. CÕest ‡ lÕ‚ge 19 ans quÕil commence ‡ sÕintÈresse la mise en scËne. Il rÈalise trois court mÈtrages :Close,Good days for ba guys,Fridge. A la fin des annÈes 80 i fait ses dÈbuts dÕacteur au thÈ‚tre, milite pour un thÈ‚tre engagÈ et donn des reprÈsentations dans les prisons. I commence ‡ Ítre connu gr‚ce aux rÙle tenus dans :Riff-Raffde Ken Loach Braveheartde Mel Gilbson TrainspottingetPetits meurtre entre amisde Danny Boyle. En 1998, i reÁoit le Prix dÕInterprÈtation Masculi au Festival International du Film Cannes, pour son rÙle dansMy name i Joede Ken Loach. Il vient de terminer l tournage deAn ordinary decent cri minalau cÙtÈ de Kevin Spacey et Lind Fiorentino. Actuellement il tourne dan le film rÈalisÈ par Mike Figgis Mademoiselle Julie, dÕaprËs Augu Strindberg. Dossier distributeu
Filmographie
Courts mÈtrages Close Good days for bad guys Fridge
Long mÈtrage Orphans
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