L'ENSEIGNEMENT DU PAYSAGE, MOYEN D'UNE APPROCHE TRANSDISCIPLINAIRE  ...
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INSTITUT UNIVERSITAIRE DE FORMATION DES MAITRES DE L’ACADÉMIE DE LYON
CENTRE LOCAL DE: LYON CROIX - ROUSSE
CONCOURS DE RECRUTEMENT: PROFESSEUR DES ÉCOLES
L’ENSEIGNEMENT DU PAYSAGE, MOYEN D’UNE APPROCHE TRANSDISCIPLINAIRE DU CONCEPT DE PATRIMOINE
ANNÉE : 2004
Pierre - Cyril LAURENT
 Directeur de mémoire  BOYER Gilles
L’enseignement du paysage, moyen d’une approche transdisciplinaire du concept de patrimoine
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Introduction I. Que peut donc signifier « patrimoine paysager » ? I.1 Lire un paysage … I.1.1 La définition du mot « paysage » I.1.2 Qu’est-ce que « lire un paysage » ? I.2 L’utilisation du concept de paysage … I.2.1 L’évolution de l’emploi du concept de paysage dans la géographie moderne I.2.2 L’utilisation du concept de paysage dans les programmes de l’éducation nationale I.3 Dans quelles mesures associer les termes de « patrimoine » et de « paysage » avec des élèves ? I.3.1 La dimension mémorielle du paysage I.3.2 Le patrimoine, un aspect singulier de cette dimension mémorielle du paysage I.4 Les écueils ou éléments de complexification I.4.1 Les mesures politiques de protection I.4.2 D’autres « artificialisations » du paysage II. Quelles transversalités programmer par le biais d’une étude de paysage? II.1 Un exemple de progression transdisciplinaire en cycle 2 II.1.1 Première phase de la progression II.1.2 Deuxième phase de la progression II.2 Une multitude de pistes de travail par champ disciplinaire II.2.1 La découverte du monde et l’histoire géographie II.2.2 La maîtrise de la langue II.2.3 L’éducation civique II.2.4 Les arts visuels II.2.5 D’autres potentialités… II.3 Des cas particuliers II.3.1 Les gestions de classe à plusieurs enseignants II.3.2 Les classes de découvertes III. Des applications nécessitant un mode organisationnel … III.1 Présentation des situations de stages III.1.1 Stage en responsabilité filée en CM2 III.1.2 Stage en responsabilité massée en CE1 III.2 Recueil des représentations III.2.1 Absence de représentations III.2.2 Représentations tronquées III.3 Situations de remédiation III.3.1 Par raisonnement III.3.2 Empiriquement III.4 Choix des documents III.4.1 Les supports III.4.2 Les contenus Conclusion Bibliographie
Annexes
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 Il n’y a pas de paysage sans géographie. Il « n’y a pas non plus de géographie sans paysage. L’analyse paysagère ne peut que modifier le comportement méthodologique des géographes en transformant en profondeur leur représentation du monde. Déjà, la prise en considération du paysage permet de surmonter le clivage entre géographie naturaliste et géographie sociale, il réconcilie le matériel et l’idéel, le quantitatif et le qualitatif, il dépasse la coupure entre culture et nature, il combine l’individuel et la collectif, l’écologique et le géographique, la monographie et le système. (…) En composant un paysage, on recompose la géograph i»e
BERTRAND G., inActes de l’université d’été de l’A,F1D9G95
INTRODUCTION
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En tant que géographe, je me suis très rapidement placé, lors de mes premières années d’études, en observateur attentif et circonspect des évolutions, des débats didactiques ayant trait à ma discipline. En effet, les professeurs ou maîtres de conférence pouvaient proposer à leurs étudiants des points de vue, des approches conceptuelles parfois très éloignées, voire divergentes. La distinction au sein même de la discipline : géographie physique, géographie régionale, ... m’interrogeait. La géographie régionale me paraissait la mieux en adéquation avec les finalités que je donnais à ma discipline : connaître son espace et se positionner au sein de celui-ci. A cette échelle, l’étudiant peut avoir une vision syncrétique de l’espace, une synthèse des différents apports – théoriques ou non – qu’il a pu assimiler durant son cursus scolaire puis universitaire. Mais, au cours de mes préparations aux concours de l’Education Nationale du Deuxième puis du Premier Degré et alors que j’avais eu l’occasion d’enseigner en collège et en particulier en 6ème– classe pour laquelle les programmes font la part belle aux études de paysages – je me plaçai en opposition avec cette approche paysagère de la géographie que l’on assimile maladroitement à la géographie régionale. Lors de l’épreuve orale d’histoire - géographie d’admission au CRPE, une étude de paysage m’a été proposée ; je décidai de démontrer la subjectivité notoire d’une telle analyse, concluant qu’il ne pouvait exister de raisonnement cohérent pouvant prouver l’intérêt d’une telle approche à ce niveau et que ce n’était pas une aide que l’on fournissait aux élèves en proposant des images stéréotypées, mais plutôt une vision restrictive voire répressive de ce que peut être la géographie. Je continuais, les mois suivants, à me questionner sur la pertinence d’une telle approche… La géographie est une science aux multiples facettes ; beaucoup d’autres disciplines viennent greffer leurs savoirs et compétences aux études géographiques. Il paraît alors bien difficile de présenter à des élèves d’écoles primaires cette dimension systémique. Le paysage semble être une notion relativement simple ou plutôt familière aux élèves et pouvant permettre une approche systémique sommaire. Je tenais là peut-être une des premières explications de la présence de l’entrée par le paysage en cycle 3… Lors de la rentrée de septembre, nous fûmes répartis dans des séminaires ayant trait à des champs disciplinaires et très rapidement, je décidais de rejoindre celui d’histoire – géographie dirigé par Jean Large et Gilles Boyer qui avait pour thème central, la mémoire. Là encore, la dimension mémorielle de l’histoire m’avait toujours posé et me pose encore des questions auxquelles je n’ai pas toujours de réponses. Le lien qui m’a fait associer ce concept de mémoire
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à l’entrée par le paysage fût la part de subjectivité qui me perturbe dans ces deux domaines. Cherchant à comprendre ce que peuvent être les finalités de la géographie d’après les instructions officielles et voulant réaliser des projets avec des élèves d’écoles primaires autour de cette discipline, je choisis de travailler la dimension mémorielle – puisque c’était le thème de ce séminaire – du paysage, ce qui me permettait de ne pas limiter mon domaine de recherche à la géographie. En effet, au sein des nouvelles instructions officielles de 2002, l’entrée par le paysage apparaît comme un bouleversement permettant à l’enseignant d’utiliser la géographie en corrélation avec d’autres disciplines comme l’histoire qui, au sein du système éducatif français, va de pair avec la géographie, mais également l’éducation civique, le français, les arts plastiques, etc. … Cette expression qu’est la « dimension mémorielle de l’entrée par le paysage » peut être interprétée de différentes manières, deux en particulier. L’une fondée sur la relation et la différenciation entre l’espace géographique « réel » et l’espace vécu ou perçu. L’autre repose sur l’idée qu’il demeure des traces du passé, volontaires ou non, au c œur des paysages ; ils deviennent alors des « lieux de mémoire ». C’est sur cette dernière proposition que nous axerons notre étude dans la mesure où une application concrète avec des élèves paraîtrait plus appropriée. Notre premier raisonnement ne nous donnait, en effet, la possibilité d’élaborer un projet tant les capacités de décentration, d’abstraction et de concentration requises étaient importantes. Néanmoins, par nécessité, nous devrons faire référence à cette dimension de l’interrelation entre paysage et mémoire au cours de notre réflexion visant à trouver dans quelles mesures l’enseignement ou l’étude de paysage permet une transversalité ou transdisciplinarité – termes voisins – à partir du concept de patrimoine. Au préalable, il nous semblera fort à propos de définir ce que nous considérons lorsque nous évoquons le terme de paysage et ce à quoi peut correspondre l’expression « patrimoine paysager ». Ensuite, nous verrons donc quelles transversalités programmer par le biais d’une telle étude. Enfin, nous constaterons que la mise en œuvre de séquences nécessite un mode organisationnel particulier, une démarche didactique et pédagogique réfléchie.
I. Que peut donc signifier « patrimoine paysager » ?
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Notre raisonnement met donc côte à côte les termes de paysage et de patrimoine. Leur association récurrente à travers l’expression « patrimoine paysager » traduit un intérêt social. Notre démarche nous conduit à analyser en détail ce terme ; nous aurons auparavant défini ce que nous considérons comme paysage et comment le lire. Enfin, nous évoquerons les écueils, pas seulement les clichés stéréotypés « caractérisant » un paysage, mais des éléments de complexification qui peuvent biaiser les observations si les informations qui leur sont relatives ne sont pas connues. C’est une véritable éducation au regard et une réflexion qui oscille entre Nature et Culture que nous proposons.
I.1 Lire un paysage …
I.1.1 La définition du mot « paysage » La définition du terme de paysage a énormément évolué. En 16901, cela correspondait à « l’aspect d’un pays, le territoire qui s’étend jusqu’où la vue peut porter ; les bois, les collines et les rivières sont les beaux paysages ». Plus tard, au XIXèmesiècle2, le paysage est « une étendue du pays que l’on voit d’un seul aspect ; il faut qu’il soit observable d’un lieu assez élevé où tous les objets dispersés se rassemblent sous un seul coup d’œil. » En 19773, le paysage est considéré comme « la partie d’un pays que la nature présente à un observateur » ; en 19844, il devient « une étendue géographique qui présente une vue d’ensemble ». Incontestablement, le sens du mot paysage a changé. Le fait que l’on insiste sur le caractère observable de ce qui doit être global, sous la forme d’une « vue d’ensemble » est commun à ses définitions. De nos jours, on a conscience que le paysage n’est que « la partie émergée de l’iceberg »5, de la réalité géographique. C’est aussi « une réalité culturelle, résultat du labeur humain et objet d’observation voire de consommation ». Le paysage est très fréquemment associé aux termes de « pays » à caractère parfois historique, à celui de « terroirs » à connotation biogéographique et également à celui de patrimoine à travers l’expression « patrimoine paysager ». C’est sur cette corrélation que nous allons spécifiquement nous interroger. Très et trop souvent considéré comme un cadre « naturel », le paysage est indéniablement – les définitions citées en attestent – tout espace visuellement perceptible voire même perceptible intellectuellement, et donc sans véritables bornes qu’on essaie de lui donner. Le paysage est un concept relevant d’ailleurs plus                                                1Source Furetière.   2 Source Littré (1873) 3  Source Robert 4Source Le grand dictionnaire encyclopédique Larousse