Le Voyage aérien

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Gustave Nadaud — C h a n s o n sLe Voyage aérienJ’ai rompu le dernier lienQui me rattachait à la terre ;Sur mon navire aérienJe m’élance dans l’atmosphère ...

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Gustave NadaudChansons
Le Voyage aérien
J’ai rompu le dernier lien Qui me rattachait à la terre ; Sur mon navire aérien Je m’élance dans l’atmosphère.
Le tissu flexible et léger, Que gonfle le subtil fluide, Part, sans secousse et sans danger, Au hasard du vent qui le guide.
La terre s’éloigne de moi ; Je glisse dans l’air diaphane ; Je vois l’abîme sans effroi, Et dans l’immensité je plane.
Les champs dorés et les prés verts, Les eaux d’argent, les toits de brique, Forment, avec leurs tons divers, Une éclatante mosaïque.
Sous un brouillard épais et lourd Les villes grisâtres pâlissent ; Leur aspect sombre et leur bruit sourd Dans le néant s’ensevelissent.
Ô les humaines passions, Les espérances mensongères ! Ô les basses ambitions Qui grouillent dans ces fourmilières !
Adieu, terre ! j’ai pris mon vol Au delà des zones connues ; Mes pieds ne touchent plus le sol ; Je sonde l’infini des nues !
Voici le zénith étoilé ; L’horizon disparaît immense ; Il semble que Dieu m’ait parlé, Et que l’éternité commence !…
Mais l’air plus rare a, dans les cieux, Ralenti mon élan rapide ; Le froid me saisit, et mes yeux Se sont couverts d’un voile humide.
Ah ! c’en est fait, l’immensité Ne sied qu’à l’essence divine ; Je sens bien que l’humanité Frémit encore en ma poitrine.
Sur le sol qui soutint mes pas Est une famille que j’aime ; Des amis m’attendent là-bas, Qui me sont plus chers que moi-même.
Ah ! que le soleil etait beau ! Je veux, je veux fouler la terre, La terre qui fut mon berceau, Et qui couvrira ma poussière !
Terre, terre, je te revois ! Salut, ma maison sédentaire, Gaîté des champs, calme des bois !
Salut, mes sœurs, salut, ma mère !