Agglomération spatiale et performances des régions européennes

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L'analyse s'inscrit dans une série de notes réalisées en 2005 par le groupe Europe sur la Stratégie de Lisbonne. Celle-ci donne à l'Union européenne un cadre d'action et d'articulation pour les politiques économiques, sociales et environnementales, visant un renforcement de la position de l'Europe face à la mondialisation et au développement de l'économie de la connaissance.

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Publié le 01 novembre 2005
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AGGLOMÉRATION SPATIALE ET PERFORMANCES DES RÉGIONS EUROPÉENNES
Mathieu Crozet Maître de conférences université de Paris-I Vacataire, groupe de projetEurope
n° 14 Novembre 2005
SOMMAIRE
INTRODUCTION
PREMIÈRE PARTIE Agglomération et croissance : principes théoriques
1.Externalités : définition et nature 1.1. Typologie des externalités
1.2. Externalités et innovations 1.3. Le rôle de la concurrence 2.Croissance et agglomération 2.1. Lagglomération spatiale, moteur de la croissance ? 2.2. Économie géographique et dynamiques de croissance 3.Quels enseignements pour les Objectifs de Barcelone ?
DEUXIÈME PARTIE Agglomération et croissance : vérifications empiriques
1.Urbanisation, densité et croissance 2.Accès au marché et performances économiques 3.Tissu industriel et performances économiques des territoires
TROISIÈME PARTIE Léconomie de la connaissance contre léconomie régionale ? Les clés du débat européen
1.Les investissements en R & D de lUnion européenne 1.1. Intensités de R & D 1.2. Budgets publics de dépenses de R & D
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2.Localisation de linnovation et performances économiques des régions 2.1. La concentration spatiale de linnovation et des industries high-tech
QUATRIÈME PARTIE Larbitrage cohésion  croissance en Europe : évidences économétriques
1.Équation estimée, données et méthode économétrique 2.spatiale au sein des NUTS1 : faits stylisésLinégalité 2.1. Lévolution des inégalités 2.2. Inégalité intra-régionale et niveau de développement 3.Résultats économétriques
CONCLUSION
BIBLIOGRAPHIE
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INTRODUCTION
Lanalyse présentée ici sinscrit dans une série de notes réalisées en 2005 par le groupeEuropesur la Stratégie de Lisbonne. Autour des enjeux de léconomie de la connaissance, le principe retenu a été de varier les approches, en se situant à chaque fois à linterface de plusieurs domaines politiques (R & D, compétitivité et santé dans Regards Prospectifs n° 2 et n° 3 ; environnement et compétiti-vité dans le Cahier du Plan éco-technologies à paraître). Il sagit ici de tester certaines hypothèses dans le cadre des débats à linterface des poli-tiques de cohésion et de compétitivité. En mars 2000, le Conseil européen de Lisbonne a dessiné les contours dune nouvelle stratégie économique et sociale pour lUnion européenne. Elle sarticule autour de trois piliers (éco-nomique, social et environnemental), reconnus interdépendants, et vise à redynamiser la croissance de lUnion européenne dans le contexte de la mondialisation.
Le renforcement du potentiel de recherche et technologique est un des leviers prioritaires mis en évidence. Le Conseil européen de Barcelone (2002) a renforcé cette proposition en donnant à lUE lobjectif daccroître rapidement les dépenses en R & D afin datteindre 3 % du PIB en 2010. La question des orientations de poli-tique économique esquissée à Lisbonne et Barcelone a pris un tour nouveau en 2005 : réévaluation à mi-parcours du processus, mais aussi mise en place dune nouvelle com-mission, négociations sur les perspec-tives financières 2007-2013 de lUnion et émergence de nouvelles difficultés institutionnelles.
Par ailleurs, comme le note le rapport Kok réévaluant la Stratégie de Lisbonne, les objectifs avancés à Lisbonne et Barcelone sont encore
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loin dêtre atteints et leffort de poli-tique économique se doit dêtre nette-ment intensifié au cours des prochaines années, tant aux niveaux communau-taires que nationaux. Un recentrage sur certaines politiques publiques en vue de la croissance et de lemploi, ainsi quune meilleures mise en cohérence des différents champs ont ainsi été pro-posés. Cela tend à intensifier les débats autours des politiques économiques européennes et des équilibres budgé-taires publics associés. Même si la croissance des investissements en R & D doit passer par une participation financière accrue du secteur privé, la réalisation des Objectifs de Barcelone appelle, en effet, une certaine réorien-tation des politiques économiques communautaires et des pays membres. Associée à lélargissement et lappro-fondissement du marché intérieur, la mise en place de la Stratégie de Lisbonne imposerait de focaliser les politiques publiques sur les facteurs de croissance de long terme : lappro-fondissement du marché intérieur, le développement des infrastructures, la recherche et développement et lédu-cation. Dans le même temps, limpor-tance du soutien aux régions agricoles et/ou souffrant dun retard écono-mique devrait être reconsidérée.
Enfin, ces choix stratégiques pour lUE auront nécessairement des répercus-sions sur les politiques nationales. Les budgets nationaux auront à prendre en charge les domaines où lUnion se désengage, mais aussi à accompagner les décisions communautaires : les dépenses publiques de R & D et déducation sont en effet essentielle-ment le fait des États membres, et le budget communautaire ne pourrait suffire à satisfaire les Objectifs de Barcelone.
Ces arbitrages sillustrent bien sur la question de lobjectif de cohésion
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Introduction
régionale au sein de lUE. En effet, une politique volontariste de renforcement du potentiel technologique de lUnion peut affecter la cohésion spatiale de différentes manières :  les aides en faveur de la cohésion spatiale peuvent faire les frais dune intensification des efforts dinvestisse-ments publics dans léconomie de la connaissance ;  les interventions publiques de sou-tien à la R & D sont a priori plus effi-caces si elles ne sont pas saupoudrées sur lensemble de lespace commu-nautaire, mais ciblées sur les pôles les plus grands et les plus dynamiques. Or la concentration spatiale des soutiens à la R & D, moteur de la croissance, risque dengendrer un creusement sensible des inégalités spatiales ;  beaucoup dacteurs (politiques et économiques) ont dans lidée quune économie présentant un tissu écono-mique homogène sur lensemble de son territoire est moins efficace quune économie fortement agglomérée ; uvrer en faveur de la cohésion spatia-le reviendrait pourrait alors mener à une politique qui freinerait le dévelop-pement économique. Cest notamment ce qui a pu conduire à mettre dans le débat européen, des propositions de renationalisation de certaines poli-tiques de cohésion, notamment la poli-tique régionale.
Le premier point est affaire darbitrage de finances publiques. Nous ne le trai-tons pas explicitement, même si notre contribution devrait permettre dali-menter le débat sur cette question et si lapartie 3vise notamment à présenter des clés de ce débat. Le deuxième point nous semble bien étayé par de nombreuses analyses empiriques ; nous les passons rapidement en revue dans lesparties 2et3.Lobjectif de cette contribution est alors avant tout de proposer une analyse du dernier point.
Il serait réducteur de ne voir dans lopposition entre croissance globale et cohésion spatiale que la conséquen-ce dune réticence croissante des contributeurs nets au budget européen à financer le développement des régions périphériques. La réflexion est plus profonde et repose sur des para-digmes économiques bien établis. En effet, les avancées récentes dans la compréhension des dynamiques géo-graphiques de léconomie font ressortir une contradiction entre les objectifs de croissance globale et de cohésion spa-tiale. Cette opposition nest dailleurs que la version géographique dun dilemme récurrent de lanalyse écono-mique entre efficacité et équité. Notons que le récent rapport du grou-pePerroux, de même que la contribu-tion de Hubert Jayet dans le Cahier du Plan du groupe 5 n°Perrouxrevient sur cette question. Pourtant, il nest pas certain quil faille a priori opposer si directement lob-jectif de Barcelone à lobjectif de cohésion spatiale au sein de lUE. Les réflexions théoriques récentes permet-tent de mieux cerner les forces en jeu et daboutir à des conclusions plus nuancées. En tout état de cause, il serait imprudent de conclure trop rapidement quune politique volonta-riste dinvestissement dans lécono-mie de la connaissance favorisera nécessairement les régions centrales de lUnion au dépend des zones péri-phériques. Notre contribution sinscrit dans cette ligne. Elle a pour objectif de proposer un éclairage de ce débat en exami-nant la pertinence de larbitrage cohé-sion/croissance. Elle est donc une contribution à lestimation du coût éventuel de la Stratégie de Lisbonne en terme de déficit de cohésion spa-tiale. Elle est complémentaire des ana-lyses qui montrent les gains que lon peut attendre de cette stratégie et doit alimenter le débat politique en per-
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ALDWIN ARTIN Agglomeration and Regional Growth, in VERNONHENDERSON(J.) et THISSE(J.), ed.,Handbook of Urban and Regional Economics, volume 4, Amsterdam, North Holland Publishing, 2004. (2) Nomenclature des unités territo-riales statistiques. La nomenclature NUTS découpe lensemble du territoire de lUnion en un ensemble cohérent de régions. Chaque pays est divisé en plusieurs macro-régions (NUTS1) elles-mêmes divisées en NUTS2 puis en NUTS3.
mettant desquisser sur des bases robustes un bilan coûts/avantages dun basculement des objectifs de la poli-tique économique depuis la défense de la cohésion territoriale vers la , recherche dune croissance maximale à léchelle de lUnion. Nous cherchons dabord à en explici-ter les fondements théoriques en met-tant particulièrement en exergue les nuances de ce paradigme. Le fait quil faille faire un choix explicite entre les objectifs defficacité économique et déquité spatiale est effectivement sou-ligné par les développements récents de la théorie économique. Toutefois les analyses théoriques approfondies permettent aussi de mettre en avant quelques leviers de laction publique susceptibles de favoriser un partage inter-régional plus égalitaire des gains associés à la Stratégie de Lisbonne.
Par ailleurs, nous examinons les preu-ves empiriques dune opposition entre la cohésion spatiale et la croissance économique. Lintuition théorique et de nombreuses études empiriques soulignent lévidence de ce lien. Toutefois, la revue de la littérature que nous proposons montre que cette évi-dence repose sur des fondements encore fragiles, si bien que, de façon assez paradoxale, on ne dispose pas encore détude statistique sur données
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Introduction
européennes abordant cette question de manière directe1.
Ce Cahier du Plan propose donc une vérification empirique originale de larbitrage cohésion/croissance. On mesure, sur 66 macro-régions euro-péennes, linégalité intra-régionale par les écarts de niveau de vie entre les différentes subdivisions composant les régions. On estime ensuite économé-triquement linfluence du creusement des inégalités sur la croissance des macro-régions. Leffet observé est significatif : en moyenne, une aug-mentation de 10 % de lécart type des revenus par têtes des régions NUTS32 constituant une NUTS1 tend à engen-drer une croissance de cette région de lordre de 0,8 % à 1,3 %.
On montre aussi que cet effet nest pas systématique ; il est bien plus marqué pour les régions du nord de lUnion que pour les régions de Grèce, de la péninsule ibérique et du sud de lItalie. En fait, dans ces régions péri-phériques de lUE, la croissance sem-ble plutôt portée par une intensifica-tion des inégalités de densité de popu-lation (i.e. de lurbanisation), alors que dans les régions du Nord, cest surtout le renforcement de lagglomération de la production qui est associé à de meilleures performances en terme de croissance.
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